La pensée de gauche repose sur deux facteurs fondamentaux : le refus du réel, et la conviction pathologique de pouvoir changer ce dernier, de pouvoir le plier, le tordre, afin qu’il corresponde à l’utopie dont elle est porteuse. Le gauchiste est comme un enfant d’un an qui avec un jeu de formes s’obstine à vouloir faire rentrer la pièce carrée dans le trou rond. Avec la pensée de gauche, l’homme va pouvoir accoucher, des cultures incompatibles vont pouvoir « vivre ensemble » dans l’harmonie, etc. etc… De là tous les problèmes et souffrances qui nous sont inutilement infligés parce que trop de cervelles sont acquises à ces délires. La pensée de gauche est idéaliste et subjective. Face à elle, la pensée de droite est réaliste et objective.
Pensée réaliste et objective :
C’est la soumission de l’intelligence au réel, à ce que l’on a devant soi, à ces choses dont l’existence est indépendante de notre intelligence ou de notre volonté créatrice. Elle est l’exacte contraire de la pensée de gauche, laquelle a été fort bien illustrée par Bossuet, évêque que nous citerons malgré tout : « Le plus grand dérèglement de l’esprit c’est de croire les choses parce que l’on veut qu’elles soient, et non parce que l’on a vu qu’elles sont en effet. »
L’homme n’est pas la mesure de toute chose, il est inséré dans un univers physique et métaphysique qu’il n’a pas fait, une hiérarchie dont il ne peut altérer la distribution sans dommage pour lui-même. L’adhésion à ce qui est, le refus de ce qui n’est pas, telles sont les caractéristiques de l’intelligence.
Cette pensée réaliste et objective est naturelle à l’homme au point que le plus subjectiviste des philosophes s’y soumet dans la vie quotidienne : il peut nier le concept de chaise, c’est cependant sur une chaise qu’il s’assiéra s’il est fatigué. Il y a de fait une vérité objective, ni variable ni multiple, et « ce qui n’est pas vérité s’appelle erreur. »
La réalité est faite de choses bonnes ou mauvaises que la raison naturelle permet de distinguer. Le bien et le mal y sont également des notions objectives qui dépendent du concret et non du choix de l’intelligence. Cicéron disait : « Seul un fou pourrait soutenir que la distinction entre l’honorable et le déshonorant, entre la vertu et le vice, n’est qu’une affaire d’opinion. »
L’homme est donc par sa nature tributaire de lois naturelles physiques et (puisqu’il distingue le bien du mal) morales. Toute conception politique dérivée de cette pensée stipulera donc le respect de ces lois ; par exemple :
– La famille : Les lois de la reproduction sexuée, pour réaliser l’indispensable mélange des héritages génétiques, subordonnent la conception à l’union de deux individus, une femme et un homme. L’être humain, à sa naissance particulièrement dépendant et démuni, a ensuite besoin d’une famille (toute une famille, pas seulement ses parents) pour recevoir, outre les soins nécessaires, une formation morale et ce capital de traditions, de connaissances, acquises au long des générations (les fameuses racines).
Nombre d’idéologues rêvent bien sûr de réaliser un système artificiel dans lequel l’enfant enlevé à ses parents recevrait une formation déterminée ; reste que la raison naturelle commande que la responsabilité de l’éducation incombe (sauf incapacité notoire) à ceux qui ont pris la responsabilité de la naissance.
– La propriété : Si l’on songe que le moindre animal marque d’instinct son territoire il est non moins naturel que l’homme, dont l’âme n’exerce ses facultés qu’avec l’aide du corps, ait besoin pour s’épanouir de son propre cadre matériel. Le droit de propriété est lié à la nature humaine ; il doit pouvoir se transmettre de génération en génération, comme support des traditions familiales, puisque l’homme est maillon de cette chaîne vivante qui relie passé et avenir.
– La nécessité de l’organisation sociale : Autour de cette cellule de base qu’est la famille s’organisent des groupes plus vastes en fonction des besoins. Cette organisation sociale trouve ses légitimes fondements dans la communauté d’origine (de pensée, d’habitat), les impératifs de sécurité et d’entraide, les spécialisations économiques…mais aussi la vie intellectuelle et spirituelle.
Il en résulte une ramification de sociétés naturelles, notamment géographiques (cités et nations) mais aussi les organisations de métiers, toutes subordonnées à leur objet, ordonnées au bien commun, et non au bien propre d’une entité artificielle comme peut l’être l’état déconnecté de la nation ou le nouvel ordre mondial. En bref, il est contre-nature de substituer une organisation idéaliste et artificielle de la société à son organisation quasi spontanée, réaliste et naturelle.
L’existence de la famille et des autres corps sociaux pose en outre le problème de l’autorité. La source de l’autorité découlant des lois naturelles ne peut être que l’auteur de ces lois. Il ne peut donc s’agir de l’homme et encore moins de cette abstraction que l’on nomme « le peuple souverain. » En réalité l’homme n’exerce qu’une souveraineté déléguée par l’auteur des choses et des lois qui les régissent, ce qui ramène clairement, pour la plupart des hommes, à la notion de « Dieu », créateur et législateur universel.
On retrouve la pensée réaliste et objective, plus ou moins nettement exprimée, tout au long de l’histoire et jusque dans les peuplades primitives.
Pensée idéaliste et subjective :
Elle n’est plus fondée sur l’acceptation du réel mais sur les conceptions de celui qui pense.
Le ressort de ce mode de pensée est l’orgueil : voulant tout trouver en sa propre intelligence, le sujet en vient à nier l’existence d’une vérité extérieure à lui. Il niera de même la notion objective de bien ou de mal et, s’il distingue un bien et un mal, ce sera le fruit de ses propres constructions idéologiques. (Il pourra donc désigner lui-même le bien, un bien d’ailleurs fluctuant et contingent, et expédier à son gré dans le camp du mal quiconque aura le malheur de lui déplaire…).
Il n’admet pas davantage l’existence de lois naturelles, ce qui lui permet de concevoir force sociétés artificielles : c’est le règne de l’UTOPIE. Il s’y accroche, en dépit des démentis cinglants de l’histoire qui montre que ces constructions artificielles finissent toujours par se briser sur cette réalité dont on n’a pas voulu tenir compte.
Dès lors qu’il n’y a plus de vérité objective et extérieure à nous, c’est de nous que naissent idées et jugements ; des « vérités » subjectives, issues de nos sentiments, de nos passions et instincts. C’est la porte ouverte à l’arbitraire, bien sûr, mais surtout au MATÉRIALISME : l’idéaliste peut nier l’existence de l’âme mais non celle du corps : ce serait nier sa propre existence. Il en déduit que l’origine des idées se trouve dans la matière.
Plus de vérité transcendante, plus de lois naturelles, rien en somme qui soit imposé de l’extérieur. Il n’y a pas davantage d’auteur de ces vérités et lois naturelles, pas de créateur, pas de surnaturel. Seule reste la matière. La pensée idéaliste ne débouche pas toujours aussi brutalement sur l’athéisme, mais passe parfois par le naturalisme. On peut le définir comme une attitude d’indépendance et de répulsion de la nature à l’égard de l’ordre surnaturel. Avec plusieurs degrés.
Premier degré : On croit en « Dieu » mais on considère ce surnaturel comme facultatif. C’est l’attitude des partisans de la liberté religieuse, du syncrétisme, de l’œcuménisme, des libéraux qui iront éventuellement à la messe le dimanche mais n’entendent pas inclure les commandements de leur dieu dans leurs programmes politiques par exemple.
Deuxième degré : On ne nie pas le surnaturel, mais on se crée un dieu tel qu’on le ressent. C’est l’attitude du protestantisme libéral, du progressisme chrétien, du teilhardisme, du déisme voltairien ou maçonnique.
Troisième degré : On nie purement et simplement le surnaturel, aboutissement logique des deux premiers. Cela donne au mieux l’agnosticisme, le laïcisme, au pire l’athéisme militant et agressif, profondément matérialiste.
La pensée idéaliste et subjective ne peut qu’aboutir au matérialisme athée. Une fois évacuée la notion de réalités et de vérités objectives, il ne reste au cerveau que la ressource de créer ses propres constructions. Par-là l’esprit se détache de toute contemplation pour se réfugier dans l’action : puisqu’on n’admet pas les choses telles qu’on les voit, il faut les rendre telles qu’on les voudrait, telles qu’on les imagine ; ce qui correspond très exactement aux philosophies de gauche, de toutes les gauches, lesquelles postulent une explication générale d’un monde sans force créatrice initiale expliquant l’existence de la matière.
Ce mode de pensée n’est pas récent, éternelle révolte de celui qui veut s’approprier la connaissance (la maîtrise) du bien et du mal. Ces idéologies se parent toujours du manteau de la vertu (les croisades de la démocratie, du nouvel ordre mondial, des droits de l’homme) mais ne recourent jamais qu’au mensonge, à la licence des mœurs, la corruption, voire à ces génocides qui sont la marque habituelle des périodes révolutionnaires.
La pensée idéaliste et subjective, c’est celle de la révolte puérile et capricieuse de l’homme contre l’ordre créé.
