Dans une époque normale, tant leur action est grave au plus haut degré. Mais nous ne vivons pas dans une époque normale, c’est bien connu. Le démantèlement d’EDF n’a rien à voir avec un prétendu libéralisme que du reste nous n’avons pas connu en France depuis Guizot au XIXe siècle, et tout à voir avec l’Europe de la corruption qui est au libéralisme ce que le viol est à l’amour courtois.

EDF c’était la production d’électricité nucléaire Alsthom, c’était la production et la conception des centrales nucléaires et Areva, c’était la recherche du minerai et la transformation de ce minerai en combustible appelé à servir dans les centrales. Et donc début 2000, la France était sans doute le seul pays au monde qui contrôlait l’ensemble de la filière nucléaire, de la recherche de l’uranium à la construction des centrales et à la distribution du courant. Et tout cela, qui avait commencé avec de Gaulle, devait gêner beaucoup de gens ailleurs dans le monde.
Mais force est de constater que si la capacité de la France à développer une indépendance énergétique gênait beaucoup de gens, eh bien voilà une gêne qui a disparue, pour eux à tout le moins. Areva est en état de mort cérébrale, Alsthom a transféré tous ses brevets à General Electric qui les a domiciliés en Suisse (et donc, plus de royalties pour la France), et quant à EDF elle est en voie de déposer le bilan grâce aux actions combinées d’Emmanuel Macron et Bruno Le Maire et aux dispositions prises par la Commission Européenne.
Il faut donc maintenant essayer de décrire comment la mort programmée d’EDF a été organisée avec la bénédiction de la fonction publique française.
Revenons en arrière, il y a trente ans. Grâce à ses centrales nucléaires et à ses barrages, la France produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme et donc les entreprises françaises bénéficient de l’électricité la moins chère d’Europe, ce qui donne un avantage comparatif non négligeable à ce pays par rapport à ses voisins.
Mais EDF est un monopole. Ce monopole, qui n’est pas un monopole privé mais un monopole public, est détenu à 100 % par l’État et donc in fine par les Français, ce qui est bien normal puisque les investissements, tous les investissements qui ont amené à cette heureuse situation, ont été payés par les impôts des citoyens français.
Hélas, la France a été mise dans les pattes mortifères de l’Union européenne, et la Commission européenne n’aime pas les monopoles et veut établir un marché unique de l’énergie électrique. Pourquoi ?
En matière économiste, on peut parfaitement justifier de l’existence d’un monopole étatique dans quelque chose d’aussi vital que la fourniture d’énergie. La France avait une politique énergétique de long-terme, les autres non, et on ne voit pas au nom de quoi ces autres pays devaient bénéficier des efforts des Français.
Et que fait la Commission, avec l’accord de tous les gouvernements français et pendant que ces incorrigibles Français dorment, des gens chez qui la conscience a déserté les cerveaux après que ce pays ait donné tant de grands hommes dans l’histoire : elle force la France à passer une loi (Loi NOME – Nouvelle organisation du marché de l’électricité) pour forcer EDF à vendre chaque année le quart de sa production nucléaire à prix coutant (42 e/ MWh) à des intermédiaires qui ne produisent aucune énergie mais pourront faire ainsi en faire commerce et concurrencer dans la vente d’énergie à EDF, même s’ils ne produisent rien. Et ça passe ! Dans les foyers, on regarde le JT de France2, Plus Belle la Vie, Joséphine Ange Gardien, et l’opium des retransmissions sportives, c’est autrement plus intéressant que de se soucier de ce que font les crapules accouchées par l’élection.
Pour faire simple, les contribuables français subventionnent gratuitement des sociétés du secteur privé qui ne contribuent en rien à la production d’énergie. Le capitalisme de connivence à son meilleur niveau. La seule obligation pour ces sociétés est d’aller acheter 20 % de leurs fournitures aux clients qu’elles ont piqué à EDF, sur les marchés libres, au prix du marché. Ce sacro-saint marché veau d’or des idolâtres de Adam Smith et John Locke.
Le prix auquel ces sociétés achètent leur électricité à EDF n’a pas bougé depuis 2012 et est environ à 42 € /MWh, alors que le prix de l’électricité au comptant se balade entre 200 € et 400 € / kWh, ce qui est un joli cadeau fait à des sociétés dont on espère qu’elles financent les campagnes électorales de ceux qui nous gouvernent en ce moment, dans ce système infecte qu’est la démocratie.
Et cette loi est entérinée par le Parlement, sous Sarkozy (qui n’en est pas à sa première forfaiture avec le référendum de 2005 bafoué), dont on découvre avec le temps qu’il a été sans aucun doute l’un des deux pires présidents de la cinquième République (le second étant celui en poste jusqu’en 2027 théoriquement), et cette loi précise ce que la France doit faire avec son énergie électrique excédentaire : subventionner les productions industrielles en Allemagne, en Hollande, en Belgique alors que ces pays n’ont en rien contribué à la construction des centrales de production française.
Une officine étatique de plus est créée (CRE – Commission de régulation de l’énergie) pour gérer tout ça et pas grand-chose ne se passe jusqu’en 2018, les prix de l’énergie restant aux alentours de 60 €/kWh.
Mais en 2018, les demandes pour l’électricité à bas prix fournie par EDF passent de 25 % de la production totale de la société à plus de 30 %. Et donc la CRE fait des quotas, EDF refusant de vendre à perte à ces sangsues. Et ces sociétés, qui ont vendu de l’électricité soi-disant moins chère à vous et à moi se retrouvent en train de devoir acheter sur le marché libre non pas 20 % de leurs ventes, mais trente ou trente-cinq pour cent. Et le prix sur le marché libre passe à 100 €/MWh puis 200 €/MWh, puis 300 € MWh, et ainsi de suite. Et toutes ces sociétés qui vous ont vendu de l’électricité à 55 €/MWh de se mettre à perdre du fric cul par-dessus tête. Et elles font faillite, ferment et disent à leurs clients de retourner chez EDF. Et le gouvernement français (et la CRE) force EDF à reprendre ces clients.
Admettons qu’EDF, même après avoir vendu un quart de sa production à prix coutant, ait eu encore l’an précédent des capacités inemployées pour 2022. En bons gestionnaires qu’ils sont, ils les auront vendus en 2021 dans le marché à terme pour 2022, mettons à 80 € /MWh. Pour livrer ces clients auxquels ils ne s’attendaient pas, EDF qui a vendu toute sa capacité pour 2022, va devoir racheter de l’électricité au comptant à 300 € /MWh, ce qui va engendrer une perte de 16 MILLIARDS D’EUROS.
Mais le plus curieux est que comme toutes les capacités de production d’électricité en Europe travaillent déjà à plein, pour satisfaire cette demande « inattendue », il va falloir rouvrir des centrales à charbon ou à gaz, en rachetant du charbon ou du gaz, dont les prix bien entendu s’envolent, ce qui accroit les pertes… et ajoute à la pollution.
Et la question qui se pose est : qui va absorber cette gamelle gigantesque ? Logiquement, ce devrait être les fournisseurs parasites, mais ils n’ont pas les fonds propres nécessaires et/ou ont déposé le bilan. Ceux qui ont cru aux promesses des vendeurs des sociétés sangsues devraient donc assumer leurs pertes, mais ils n’en ont pas les moyens. Mutualiser la perte sur tous les utilisateurs d’électricité en France voudrait dire augmenter les prix de l’électricité de 44 % pour vous et moi, mais aussi pour Peugeot et le boulanger du coin, ce qui est difficile trois mois avant une élection présidentielle. Et donc, la décision prise par Emmanuel Macron a été de faire supporter la perte par …EDF, ce que la bourse n’a pas aimé puisque l’action EDF, qui se cassait la figure depuis 2010 et le passage de la loi la spoliant, a baissé de 25 % le jour suivant cette annonce… EDF a été soumis à la torture. Et l’on se souvient de Élisabeth Borne en 2020, alors premier ministre, heureuse d’annoncer, grand sourire aux lèvres, la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Conclusion : Sans l’Europe et sans le gouvernement français, le cours de bourse d’EDF aujourd’hui devrait être à 500 € au moins : EDF produirait à un coût de 50 €/MWh et vendrait tous ses excédents, équivalents à 25 % de sa production actuelle à 300 € /MWh, dégageant des marges gigantesques qui lui permettraient de financer centrales sur centrales aussi bien en France qu’à l’étranger et notre balance commerciale serait excédentaire.
Hélas, la politique suivie par les Sarkozy, Le Maire, Macron etc… a ruiné EDF. En conséquence, il va falloir faire une augmentation de capital pour combler le trou de 16 milliards, qui selon certains spécialistes, sera plutôt de 25 milliards, surtout si les prix du gaz continuent à monter, ce qui parait acquis. Et cela, alors que la France utilise très peu de gaz pour sa production d’électricité. Rendre le prix de l’électricité en France dépendante du prix du gaz alors que nous ne produisons quasiment pas d’électricité avec du gaz est un vrai exploit de cette technocratie française. Et encore bravo, nous sommes décidément gouvernés par des génies.
Bruno Lemaire en automne dernier s’est rendu à Bruxelles pour se plaindre de la situation et s’est fait renvoyer dans ses buts par les Allemands, qui ne nous avaient pourtant pas demandé la permission pour fermer leurs centrales nucléaires ou forcer les autres pays à accueillir des millions de réfugiés en Europe. La France obéit donc à l’Allemagne plus qu’à la Commission. A ce propos, dans le dernier numéro de la Revue « Conflits » qui traite des problèmes de géopolitique et à laquelle tous les Français devraient s’abonner tant les articles sont de qualité, il y a un papier incroyable détaillant les manœuvres de la diplomatie allemande à Bruxelles pour torpiller l’industrie nucléaire française et chacun comprendra en l’ayant lu que les nations n’ont pas d’amis mais des intérêts (citation de Lord Salisbury, premier ministre britannique au XIXe siècle).
Et quel est l’intérêt de la France ? Reprendre le contrôle d’EDF, produire de l’électricité à 50 € /kWh et ne la vendre qu’à ceux qui produisent en France. Et nous verrons rapidement les usines installées en Allemagne, où il y aura des coupures d’une électricité qui se vendra à 300 €/kWh, déménager très rapidement pour passer le Rhin dans le bon sens et venir s’installer ici.
Réindustrialiser la France serait chose facile si le pays reprenait le contrôle d’EDF, puisque son électricité serait quatre fois moins chère que chez ses principaux concurrents. Et si Bruxelles et Francfort (la BCE) ne sont pas d’accord, qu’ils aillent au diable. Mais pour cela, il faut écarter de la direction de la France cette caste européiste, qui après tout est soit incroyablement incompétente, soit corrompue, soit des défenseurs du parti de l’étranger, c’est-à-dire des traîtres.
