Quand nous étions enfants, on entendait parlait des « pays en voie de développement ». Aujourd’hui, c’est la France qui est un pays en voie de sous-développement. En fait, la tiers-mondisations dont on parle, il y en a plusieurs symptômes, plusieurs signes. D’abord il y a un phénomène d’appauvrissement des Français. Ensuite, comme dans les pays du Tiers-monde, la France produit de moins en moins ce que l’on consomme, elle ne produit plus que 36 % de ce qu’elle consomme. C’est relativement peu.
Comme dans les pays du Tiers-monde, on a des pénuries, des ruptures, dans l’industrie pharmaceutique par exemple.
Comme dans les pays du Tiers-monde l’écart se creuse entre des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres, et la classe moyenne s’évapore.
Comme dans les pays du Tiers-monde l’État est faible, de plus en plus faible. Il ne contrôle pas, il n’assure pas la sécurité sur des pans entiers de son territoire.
Dans les prisons françaises il y a jusqu’à 40 % de surpopulation. Compte tenu de la violence qui y règne, les standards des prisons françaises se rapprochent dangereusement de ceux des pays du Tiers-monde.
L’État coûte de plus en plus cher exactement comme dans les pays du Tiers-monde et s’endette au point que le FMI nous tire l’oreille comme dans les pays du Tiers-monde. L’État est d’ailleurs de plus en plus inefficace, rend de moins en moins de services. Prenons l’Éducation nationale, on y dépense 15 % de plus que d’autres pays européens, et le niveau des jeunes Français a totalement dégringolé.
Alors oui, la tiers-mondisation, c’est maintenant !
La question se pose de savoir si les phénomènes migratoires sont au cœur de cette tiers-mondisation ?
En tout cas, le lien entre l’insécurité et l’immigration est désormais documenté, avéré, reconnu y compris par le ministre de l’Intérieur. Si les tribunaux sont débordés il y a un lien avec l’immigration, si les prisons débordent il y a un lien avec l’immigration, si les services de sécurité, de Police sont débordés il y a effectivement un lien avec l’immigration, c’est incontestable. C’est moins clair en revanche pour les services publics qui ne sont pas régaliens. Néanmoins le lien mérite d’être souligné. D’abord en matière de services sociaux. La France est la championne du monde des dépenses sociales. En fait c’est explicable, les immigrés sont en moyenne beaucoup moins riches que les Français. Le taux de chômage des immigrés est deux fois celui des Français. Donc c’est assez logique que les étrangers consomment en fait 62 % de services sociaux de plus. Il y a là une sorte d’effet tonneau des Danaïdes.
Mais si l’on regarde les services publics de l’Éducation par exemple, on se rend compte qu’à côté de ce phénomène quantitatif il y a un phénomène qualitatif. C’est normal là encore, les immigrés, souvent, ont des parents qui maîtrisent mal le français, parfois ont des parents qui ont fait relativement peu d’études, et donc sans surprise leur trajectoire éducative, leur réussite est beaucoup plus difficile que celle des Français. Selon l’Insee dans une étude déjà ancienne (2012), on se rend compte que les enfants de l’immigration sont deux fois plus nombreux à sortir du système éducatif sans aucun diplôme.
Cela a des effets de phénomènes en chaîne en quelque sorte, y compris des phénomènes quantitatifs et qualitatifs. Qu’est-ce que ça veut dire ? En fait, globalement, si l’on essaie de comprendre l’effet de l’immigration sur les services publics, on tombe sur une notion que les économistes appellent le « passager clandestin » (qui n’a aucun rapport avec le statut d’un immigré clandestin). Le passager clandestin, décrit pour les économistes la situation de quelqu’un qui rentre dans le métro sans payer son ticket, donc qui resquille en fait. Le passager clandestin, il ne paie pas un service qui est payé par les autres. Si vous avez un seul passager clandestin, ça va, mais si vous avez 10 ou 20 % de passagers clandestins, le prix du ticket de métro d’abord va mécaniquement augmenter, et en général le service va se dégrader. C’est exactement ce qui se passe avec les services publics et l’immigration.
Que dit Pierre Brochand, ancien patron de la DGSE, qui a beaucoup réfléchi sur ces questions d’immigration ? : « Arrivent chaque année 500 000 personnes qui sont des free riders, des passagers clandestins c’est-à-dire des consommateurs de biens publics qui n’ont en rien contribué aux infrastructures dont ils vont bénéficier. Comme l’année suivante vont arriver 500 000 autres et que ceux entrés précédemment s’installent en position de sous-contributeurs et de sur-consommateurs structurels des services publics, l’immigration massive et continue nous engage dans une course budgétaire sans fin qu’il est absolument impossible de gagner. D’où la détérioration quantitative et qualitative, continue et spectaculaire, qu’il est donné à tous d’observer ».
Donc oui, il y a bel et bien un lien entre l’immigration et l’effondrement des services publics. Mais ce n’en est pas la seule cause.
Si l’on y réfléchit bien, en fait il y a une tiers-mondisation qui est due à des phénomènes de flux migratoires, mais il y a aussi une tiers-mondisation qui est dans la tête des dirigeants Français. Comme les élites de pays du Tiers-monde, désormais les élites françaises ne se pensent plus comme nationales, c’est ce que les sociologues appellent la bourgeoisie « comprador », comme dans les pays d’Amérique latine où les dirigeants se pensaient comme Américains, ou sous-Américains. Les classes dirigeantes françaises ont des valeurs, ont des références qui sont celles de la métropole États-unienne, sachant que l’Union européenne n’est autre qu’une imitation des États-Unis, c’est une Europe qui « copie ». Mais qui copie en empruntant à la société nord-américaine uniquement ce qu’elle a de mauvais, et jamais ce qu’elle a de bon. Avec ces idées importées ds Etats-Unis, des idées Anglo-Saxonnes, les mêmes qui nous empêchent de maîtriser les flux migratoires c’est-à-dire l’Union européenne, donnent des idées à nos dirigeants qui les adoptent, pour abîmer et saccager les services publics. L’idée est simple : le service public c’est mal, le secteur privé c’est bien. D’où il faut tout privatiser, d’où il faut tout soumettre à la concurrence, l’idée étant que l’on fait baisser les coûts, que l’on maîtrise les dépenses (notamment les dépenses publiques). Sauf que l’on aboutit finalement au résultat inverse. D’abord on n’investit plus, on n’entretient plus, les réseaux, les chemins de fer, l’école, etc. ; on n’embauche plus des fonctionnaires disons « actifs et efficaces », qui sont au cœur du service public, on ne les paie pas correctement, on peine à les recruter. Et on va recruter une couche de fonctionnaires, et c’est tout le paradoxe, qui vont être des fonctionnaires managériaux, qui vont se comporter exactement comme dans le secteur privé, c’est-à-dire qu’ils vont faire du reporting comme on dit, du cost killing, du management, de la communication, des choses qui sont absolument inutiles dans le service public.
Dans l’hôpital, tous ces mécanismes sont en place. Non seulement on a un afflux d’immigrés à soigner gratuitement, ce qui nous coûte extrêmement cher, mais il y a un autre mécanisme qui s’ajoute, c’est cette folie de la privatisation imposée par l’Union européenne, et cette tiers-mondisation de l’esprit des dirigeants. On a maintenant dans l’hôpital 34 % de fonctionnaires qui ne sont pas des soignants, donc pour baisser les coûts on a recruté des managers, pour baisser les coûts on dépense de l’argent, c’est un truc de fous, cette « logique » est incompréhensible. Les Agences régionales de santé par exemple, ne servent absolument à rien, mais on a fabriqué ça. On a fabriqué la tarification à l’acte, toujours pour « maîtriser » les coûts, on a transformé les patients en consommateurs, en clients, on a des services de comm’, de publicité. Et évidemment comme ce n’est plus un service public les conditions d’assurance ne sont pas du tout les mêmes, ça coûte beaucoup plus cher. C’est pour cela qu’il y a ce paradoxe : on continue à diminuer le nombre de lits, on ne peut pas payer correctement les infirmières, et ça coûte de plus en plus cher. Le pouvoir a été transféré par exemple à des chefs de service qui étaient des médecins, vers des directeurs d’hôpitaux qui sont de bons petits managers.
Donc ceux qui nous expliquent que l’immigration est la seule cause sont en général ceux qui veulent privatiser. Mais ils n’ont pas beaucoup de mémoire. Ceux qui ont moins de trente ans ne se souviennent pas que l’hôpital public c’était ce qu’il y avait de mieux dans le monde, ça coûtait beaucoup moins cher que le système privatisé, et c’était de meilleure qualité, les gens vivaient plus longtemps.
Il faut en revenir à l’intérêt général et à la nation.
