Ce 29 mai 2025 maquait les vingt ans du référendum sur la constitution européenne marqué par la victoire du Non. On sait ce que la classe politique a fait de ce résultat. Ce fut un moment majeur, un moment de rupture, de déchirure, de révélation sur la nature de la gouvernance et de la « représentation » nationale, un moment fondateur de la fracture entre l’oligarchie et les Français. Le dévoilement entre deux conceptions de la démocratie : d’un côté une conception qui est celle des « élites progressistes » pour qui la démocratie consiste au démantèlement des frontières, à pousser toujours plus loin la mise en place de la société multiculturelle/multiraciale et de là la destruction de notre identité, la construction de leur Union européenne, et si vous êtes contre cela vous n’êtes pas démocrate mais populiste ; et de l’autre côté un peuple qui lorsqu’il vote s’attendait à ce que son expression soit prise en considération, et qui constate que ce n’est pas le cas.
On se souvient du contexte qui l’a précédé. D’un côté le parti « élitaire » très majoritairement rallié au camp du Oui dans les médias, parce que c’est supposé aller de soi, on va faire un référendum se disent-ils, pour avoir la caution du troupeau et parce que c’est sans risque, des années de matraquage pro-européiste ont dû faire leur œuvre d’influence, ils ne peuvent pas imaginer la possibilité que le résultat ne soit pas celui qu’ils veulent, parce que ces gens baignent dans un milieu endogame, qui se parle à lui-même, ce milieu est à ce point habitué à fréquenter les mêmes idées qu’il n’imagine pas la possibilité d’un Non, les mêmes méchants diront qu’ils sont contre comme d’habitude, et au final l’Union européenne passera. Or, une coalition hétéroclite se met en place, composée essentiellement de souverainistes de droite et de gauche (il en existe). Et le résultat tombe : 55 % de voix pour le Non.
Ce Non à la constitution européenne est le point d’aboutissement d’une dissidence qui s’inscrit sur près d’un quart de siècle. Le point de départ se situe dans les années 1980 qui deviennent le moment d’exprimer un désaccord profond. Le système électoral au niveau européen permet à l’époque l’émergence de partis et de courants que le système électoral national français ne laisse pas percer.
On voit aussi l’expression de ce désaccord en 1992 avec le traité de Maastricht. Déjà à cette occasion, l’oligarchie juge inimaginable la possibilité d’un Non. Or une opposition de circonstance passe à deux doigts de bloquer ce traité. Résultat : 51 % pour le Oui, 49 % pour le Non. Le Système avait été tellement violent à l’époque, avec Jacques Delors disant que ceux qui ne sont pas pour la construction européenne n’ont plus rien à faire dans la vie politique, ce sont des rebuts de l’histoire.
Mais l’opposition à la construction européenne s’exprime encore en 1999. Puis en 2002, autre moment de rupture avec l’élection présidentielle et l’arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen. C’est un désaccord profond qui s’écrit sur une vingtaine d’années, contre une Union européenne qui prend forme à la manière d’un fantasme technocratique.
Enfin vient 2005, où le Non est définitif avec 55 %, ceci malgré une propagande médiatique massive en faveur du Oui synonyme comme toujours de « progrès, démocratie », une majorité s’empare du sujet pour dire « Cette construction européenne n’est pas la nôtre ».
Dans un fonctionnement honnête et loyal, avec ce résultat l’affaire est entendue. Mais en 2007 Nicolas Sarkozy fait adopter par les parlementaires à travers le traité de Lisbonne ces dispositions qui avaient été rejetées par le peuple deux ans plus tôt.
Depuis ce manque de respect pour le résultat référendaire, il y a une béance dans la « démocratie » française. La morale de cette histoire, c’est que le vote de la population ne veut plus rien dire. Le résultat n’est « pas le bon » ? L’oligarchie décide de ne pas en tenir compte. Et dès lors, elle va considérer qu’il faut de moins en moins recourir au référendum. Dans la vision nouvelle qui s’impose, la « souveraineté populaire » n’est légitime que s’il s’agit de pousser toujours plus loin ce qu’ils appellent le progrès. Mais si un référendum risquerait d’entraver la vision progressiste, par exemple sur l’immigration, le mot d’ordre c’est « plus jamais ça ! ». Le journaliste Jacques Julliard dit en substance à l’époque qu’il n’aurait pas fallu consulter le peuple, on savait qu’il voterait mal. N’est-ce pas la forme suprême de délinquance que de voter pour des populistes. La question que se pose l’oligarchie depuis est de savoir comment faire en sorte que cela n’arrive plus jamais. La meilleure façon est bien sûr de ne plus organiser de référendum. Au moment du Brexit britannique (2019-2020), le funeste Jacques Attali dit alors : « Une génération devrait y réfléchir à deux fois avant de modifier une situation ayant un impact sur les générations qui suivent. Il faudrait ensuite modifier la procédure de réforme constitutionnelle pour s’assurer qu’un vote de circonstance ne puisse pas avoir des conséquences de long terme non désirées. Toute décision ayant un impact lourd sur les générations suivantes ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60 % des votants réaffirmée à trois reprises à au moins un an d’écart. » Des conséquences non désirées par qui s’il vous plait ??? En substance, puisque le peuple ne vote pas comme on lui demande de voter aujourd’hui, puisqu’il s’égare, puisqu’il fait preuve d’incivilité démocratique en votant pour les méchants, il faut désormais limiter l’usage du référendum le plus possible, et si le peuple est tout de même consulté il faut le faire voter, voter et revoter pour s’assurer qu’il ne soit pas manipulé par les populistes. Dans son esprit Jacques Attali bien sûr n’est pas dans le camp des manipulateurs de peuple, il n’y a que ceux qui ne pensent pas comme lui qui manipulent. Depuis, si un référendum est tenu, il ne peut pas porter sur des questions qui concernent le peuple. Le travail de l’oligarchie ces dix dernières années a consisté à limiter et verrouiller l’usage du référendum.
Vingt ans après 2005, on peut dire que le plus grand travers de l’Union européenne est de ne pas être européenne. Elle n’est pas une traduction politique de la civilisation européenne. Elle est une forme d’utopie technocratique immigrationniste, multiculturaliste qui entend prendre l’Europe comme laboratoire pour poser une « civilisation nouvelle » qui a très peu à voir avec les nations, la civilisation, et la culture européenne. Ils ont fait de notre continent un laboratoire qui a accouché sur le mode soviétoïde d’une nomenklatura nouvelle, une classe politique proprement européiste qui évolue dans les institutions de Bruxelles et Strasbourg, qui considère que les vies politiques nationales sont des vies politiques provinciales, secondaires, sans envergure, avec des peuples qui s’agitent attachés à des identités mortes qui de toutes façons seront balayées par les vents de l’histoire et les vagues migratoires. De 2000 (en Autriche) à 2025 (en Roumanie), quand les élections ne semblent pas donner les résultats attendus, ils considèrent désormais qu’un résultat électoral peut être suspendu, qu’on peut ne pas en tenir compte, que l’on peut annoncer que si les gens « votent mal » on va leur donner un tour de vis pour qu’ils votent correctement la prochaine fois. L’Union européenne est moins démocratique que jamais, et la technostructure est contestée plus que jamais par les peuples qui la subissent. Et comme chacun sait l’homme à la tête de l’État qui mène la France dans le gouffre est un champion de cette entreprise.
Cette dérive dans la radicalisation de la caste européiste intimant désormais l’ordre d’annuler des élections qui ne lui conviennent pas, et la constante observée qu’elle ne revient JAMAIS en arrière sur ses décisions au prétexte que ce serait une « régression » – selon ses vues bien sûr – laisse comprendre que ces gens n’accepteront jamais de céder la place en respectant la règle électorale et que s’agissant de la France (je ne m’exprimerai pas sur les possibilités éventuelles dans d’autres pays d’Europe par insuffisance de connaissance sur leurs situations politiques), elle ne sera jamais sauvée par les urnes, la caste en annulera aussi le résultat comme c’est désormais de mise ailleurs. Et si le peuple se lève et s’empare de la rue en refusant de se laisser voler sa victoire, elle alignera contre lui les forces de police et militaires qui lui sont loyales puisque dirigées par des francs-maçons elles aussi. Ces gens ne seront renversés que par les armes et des temps d’insurrection terribles, au prix d’énormes pertes dans les rangs du peuple. Or, le peuple français qui a consenti depuis cinquante ans à la politique des européistes et des maastrichiens n’est pas près de bouger, la caste politique est parvenue à lui faire perdre sa conscience identitaire, son instinct de préservation face à la submersion migratoire (au risque d’être traité de raciste), et il n’a pas encore faim, ses frigos sont pleins, il a de quoi garnir son plateau repas pour regarder « C à vous ». Et d’ici à ce qu’il ait faim, il sera remplacé. Que les esprits lucides en capacité de quitter la zone de l’UERSS pour faire leur vie ailleurs, quelque part où l’air est plus libre, songent sérieusement à cette option.

Romano Prodi premier ministre italien en 2005
