Les gauchistes sont vulgaires par idéologie

Dans leur fanatisme, les révolutionnaires de 1789 ne se contentèrent pas de débaptiser/rebaptiser 1 200 villes et villages de France, et d’imposer un calendrier républicain introduisant une « rééducation » brutale de la population par les noms des mois et des jours conçus par ses rédacteurs. Rééducation brutale comparable à l’imposition du dogme chrétien aux peuples d’Europe polythéistes entre les IVe et VIIIe siècles. Les révolutionnaires tentèrent également d’interdire aux Français le voussoiement et les vœux de Nouvel An. 

La France bascule à l’époque dans une mode de l’anti-politesse revendiquée, cette tentative de faire disparaître la vieille civilité française étant directement associée à la mise à bas de la société d’ordres et de privilèges. L’épisode sera court heureusement, le tutoiement révolutionnaire éphémère, et les imprécations du Père Duchesne (ce « Charlie Hebdo » de l’époque), sommets de l’anti-politesse, prêteront plus à rire qu’elles n’effraieront.

Cet épisode n’est ni unique dans l’histoire, ni dépourvu de signification. Il occupe, dans sa démonstration, une place de choix. La politesse, en effet, n’appartient ni à la sphère du droit, ni à celle de la politique, ni à celle de la morale. Mais elle a à voir avec toutes ces dimensions de la vie publique, et avec l’esprit qui anime les institutions et les mœurs politiques d’une époque. En France, la plus profonde des crises – la Révolution – fut aussi un moment d’anti-politesse brutale. En 1793, Robespierre est à deux doigts d’employer la guillotine à l’éradication de deux plaies sociétales : l’adresse respectueuse (Monsieur, Madame) et le voussoiement. Au nom de l’égalité et de la simplicité, il est ordonné d’appeler son prochain « citoyen » et de le tutoyer. La raison était, selon un anonyme de l’époque, que «la politesse n’est pas sincère». Cette passion égalitaire, on le sait, ne survivra pas à l’Empire. 

On a ensuite vu en Mai 68 le refus des vieux codes de bienséance, qualifiés alors avec mépris de « bourgeois ». Et de nos jours, nous sommes confrontés à un problème majeur d’incivilité largement dénoncé. 

Un régime qui se complait à défigurer le classicisme en y mêlant des merdes d’art contemporain partout où il en a l’occasion, dans les salons de l’Élysée, devant les bâtiments publics, ne pouvait que faire un pont d’or au rap et à sa vulgarité. Et les nouveaux députés de La France Insoumise se distinguent, tant dans l’hémicycle que dans toutes leurs apparitions, par leur le goût provocateur du « débraillé », du vulgaire, aidés d’ailleurs en cela par leur physique souvent ingrat*. Rien de surprenant, ils sont les héritiers idéologiques des impolis de la Révolution.

*Voir notre article La rancune des disgraciés, répertorié dans la thématique Psychologie sociale et politique.