Pourquoi ce sont toujours les pires qui gouvernent en démocratie ? 

Nous donnerons dès maintenant notre commentaire sur le texte ci-après de Renzo Giorgetti traitant de la dégradation du personnel politique : S’agissant de la France, la chute a connu une spectaculaire apparition avec la Révolution de 1789 qui a vu la prise du pouvoir par une collection de médiocres et de vils, les sceptiques peuvent se tourner à ce sujet sur notre article La rancune des disgraciés, répertorié dans la thématique Psychologie sociale et politique. Il y a cependant eu par la suite dans l’Histoire une exception qui est venu interrompre cette longue et lente dégénérescence de la classe politique : les régimes fascistes du XXe siècle, qui au contraire ont placé à la direction de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne, des hommes dont la qualité intellectuelle et morale, dont l’intérêt pour la nation, la patrie et le peuple, ont radicalement tranché à la hausse par rapport au cloaque des démocrates forgés dans la médiocrité et la bassesse. Et la France actuelle, encore plus que sous les mandatures passées, constitue une extraordinaire illustration de cet abaissement lorsque l’on considère l’improbable nullité de nombre de figures, surtout au sein du parti mélenchoniste et de la macronie. On s’épargnera de citer des noms, tout le monde est à même de voir à quels énergumènes hallucinants, femmes et hommes, nous faisons allusion. On est loin l’aristocratie morale et intellectuelle, et des paroles attribuées au chef Viking Olaf Hoskuldsson dans la Laxdoela Saga (XIIIe siècle) : « Je veux que les plus sages décident ; l’avis des gens stupides me paraît d’autant moins utile qu’ils seront toujours les plus nombreux. » Mais les temps étant cycliques, il n’y a pas de doute que tous ces nuls malfaisants actuels finiront un jour, le moins lointain il faut l’espérer, balayés par une résurgence fasciste salvatrice s’appuyant sur ses modèles passés, les meilleurs, ou les moins mauvais, spécimens qui ont accédé au pouvoir dans un régime démocratique, comme le dit l’auteur, l’ont toujours fait de manière contre nature, par un acte de force.

Il est un fait qui, dans tous les régimes démocratiques, se produit constamment, régulièrement et presque jamais sans exception. Tous les soi-disant représentants du peuple, ainsi que l’appareil gouvernemental, ministériel et tout ce que l’on pourrait appeler l’appareil du pouvoir, sont invariablement animés par une qualité humaine très basse, se distinguant au mieux par l’ignorance et l’incompétence ou, dans le pire des cas, par la nocivité intrinsèque, la méchanceté et la mauvaise foi systématique. Une sédimentation de spontanéité extravagante dans une sorte de grand réceptacle où convergent toutes les pires crapules antisociales, composées d’hommes d’affaires, d’escrocs, de fanfarons, de délinquants plus ou moins habituels, d’inadaptés, d’histrions, d’handicapés mentaux, d’intrigants de toutes sortes : un véritable « État dans l’État », une petite république, non pas « des Lettres » mais de la pathologie criminelle.

Cette « attraction gravitationnelle » de la racaille vers le sommet de l’État n’est pas du tout accidentelle et a en soi quelque chose d’inévitable, presque de mathématique, qui nous fait deviner l’existence de principes bien déterminés, encore à découvrir et à interpréter.

Selon un lieu commun abusif, la classe politique est le miroir de la nation : une banalité consolatrice et justificatrice qui doit être totalement rejetée, car elle est fausse et peu généreuse envers ceux qui mettent quotidiennement leurs qualités à profit, en construisant, en concevant et en agissant pour obtenir ensuite d’excellents résultats sur les plans personnel, professionnel et collectif. Toute personne ayant un minimum d’expérience peut facilement constater qu’en plus des nombreuses excellences individuelles, il y en a aussi beaucoup au niveau associatif dans les domaines de l’économie, de la science et de la culture, des hommes et des femmes réels qui, contre toute attente, s’honorent sur la scène nationale et internationale, malgré qu’ils soient souvent entravés par la politique.

Mais alors pourquoi ne pouvons-nous pas promouvoir une classe politique digne de respect ? La vieille critique selon laquelle la démocratie est un gouvernement de médiocres ne nous a jamais vraiment convaincus. La sélection inverse qui a lieu est trop précise, presque scientifique, pour être aléatoire, mais elle n’est même pas le produit d’un choix humain, car dans un tel cas, il devrait y avoir une marge d’erreur de toute façon. Il y a certainement quelque chose d’autre, une sorte de loi naturelle qui n’a pas encore été complètement clarifiée, qui agit dans ces contextes même à l’insu des protagonistes.

Pour l’expliquer, il faut remonter très loin, à l’époque de la démocratie antique d’Athènes (la seule, d’ailleurs, à pouvoir porter ce nom). Cette institution, héritière directe de la polis gentilice, a atteint son apogée et sa gloire éternelle tant qu’elle a pu maintenir son ossature aristocratique, en essayant de transfuser l’idéal héroïque dans l’idéal civique. La tentative était d’ennoblir le peuple plutôt que de démocratiser l’aristocratie. La citoyenneté était un privilège, elle n’était pas automatique et permanente, toutes les épreuves et les devoirs auxquels le citoyen était soumis avaient pour but de créer un type humain capable de commander et d’obéir avec le même esprit, avec la même capacité, jamais par individualisme et toujours pour les intérêts supérieurs de la communauté. Mais ce modèle idéal a rapidement décliné, se vulgarisant et se dégradant dans la cacophonie démagogique et la confusion des masses amorphes.

La dégénérescence démocratique est clairement exprimée par Aristophane dans sa comédie Les Chevaliers ou Les Cavaliers (424 av. J.-C.), une représentation pas trop métaphorique des dernières années de la vie politique athénienne. Dans le gouvernement (dans la fiction théâtrale comme dans la réalité) se succèdent des individus de plus en plus mauvais, dans une course à la bassesse et à la vulgarité. Le personnage du Paphlagonien, un des serviteurs du vieux Démos, est en fait le maître de maison, et impose sa volonté aux autres habitants de la maison (on reconnaît en lui la figure de Cléon, le premier dirigeant politique athénien à ne pas appartenir à une famille de la noblesse antique). Il dissimule des lectures oraculaires qui parlent de l’avenir de la ville : ceux qui gouvernent ne peuvent être remplacés que par des individus toujours plus mauvais. Ses adversaires, ayant découvert cette prédiction, se sont mis à la recherche d’un antagoniste pour vaincre le Paphlagonien, et l’ont trouvé dans un charcutier, un « homme misérable et sans vergogne qui a grandi sur la place », qui a tout ce qu’il faut pour devenir le chef du peuple : « une voix épouvantable, une naissance ignoble, et des manières dignes de la rue ». Métaphoriquement parlant, la prophétie d’Aristophane ne fait que prendre acte des événements qui se sont déjà déroulés au cours de ces années : après la mort de Périclès, des personnages de bien moindre envergure s’affirmeront, d’abord le marchand d’orge Eucrates, puis le marchand de bétail Lysikles, « qui détiendra le pouvoir jusqu’à ce que survienne un plus infâme que lui », à savoir Cléon lui-même.

En effet, on théorise ici une décadence qui est presque une nécessité naturelle, une loi physique, semblable à celle qui régit la chute des corps et qui, inéluctable dans son déroulement, ne peut que conduire à la fin des institutions et du modèle de vie qu’avait exprimé la polis.

Cette loi de la chute gravitationnelle est, à notre avis, la meilleure explication du très faible niveau humain de tous les représentants démocratiques, niveau qui ne cesse de se dégrader selon une accélération continue. René Guénon s’en rendait déjà compte et liait le démocratisme au poids, non seulement d’un point de vue strictement matériel mais aussi d’un point de vue « métaphysique ». Selon son analyse, la tendance à la baisse du poids – que la philosophie Samkhya appelle tamas et qui peut aussi être assimilée à l’ignorance et à l’obscurité – « crée dans l’être une limitation toujours plus grande, qui en même temps va dans le sens de la multiplicité, représentée ici par une densité toujours plus grande » (1).

Une chute symbolique toujours plus basse, vers ce centre de la Terre, ce point vers lequel tend tout corps (selon l’expression de Dante « al qual si traggon d’ogne parte i pesi ») (2).

Mais actuellement, nous avons une anomalie, car la chute va « vers le haut » et non plus « vers le bas »: mais cela ne se produit que dans un sens relatif, en raison d’une erreur de perspective qui nous amène à voir les choses d’un point de vue inversé. Nous vivons actuellement dans un monde dit « à l’envers ». Si l’on regarde de cette façon, tout est logique, car si la pyramide sociale est inversée, la montée n’est rien d’autre qu’une chute, et celui qui est au sommet l’est « méritoirement », mais seulement en vertu de ce bouleversement, comme dans le carnaval et les fêtes de fin d’année (dans toutes les cultures traditionnelles, dès les Babyloniens) où tout ordre est inversé et où les membres les plus vils de la population peuvent accéder à des postes de commandement, exerçant la souveraineté, même si ce n’est que pour une courte durée (il existe de nombreuses illustrations du « monde à l’envers » à l’époque moderne, mettant en scène des épisodes tels que des serviteurs commandant au maître, des élèves réprimandant les maîtres, le ciel à la place de la terre, etc.).

On comprend maintenant pourquoi cette sélection en politique est si précise et infaillible, répondant à une loi non seulement physique, mais aussi hyper-physique, qui n’est pas affectée par l’erreur et n’admet guère d’exceptions (les meilleurs, ou les moins mauvais, spécimens qui ont accédé au pouvoir dans un régime démocratique l’ont toujours fait de manière contre nature, par un acte de force).

Pour s’en convaincre, on peut aussi ajouter le traditionnel parallélisme entre la tendance tamas (lourdeur, grisaille, obscurité) et les parias, les intouchables, les exclus, qui trouvent leur satisfaction dans ce que les autres rejettent. Le paria, selon Frithjof Schuon, est un sujet qui « constitue un type défini qui vit normalement en marge de la société » et qui a souvent « quelque chose d’ambigu, de déséquilibré, parfois de simiesque et de protéiforme, qui le rend capable de tout et de rien », « acrobate, acteur, bourreau », protagoniste de « toute activité illicite ou sinistre », attitudes qui le font également ressembler à certains saints, mais seulement « par analogie inverse, bien sûr. » (3)

Ce qui est en haut se reflète dans ce qui est en bas, comme un reflet plausible mais déformé qui ne laisse entrevoir, et de surcroît de manière négative, que la réalité authentique du modèle à suivre. 

Renzo Giorgetti

NOTES

1 R. Guénon, La crisi del mondo moderno, Mediterranee, Rome, 1972, p.110.

2 Inferno, XXXIV 111.

3 F. Schuon, Castes et Races, Edizioni all’insegna del Veltro, Parme, 1979, p.13.