Il n’y a plus de morale entend-on dire ? Faux. Il y a un nouvel ordre moral qui participe de la nature du système dans lequel nous vivons dans les sociétés occidentales, et qui porte l’idéologie du Genre. Car un activisme tente de faire disparaître une morale pour qu’une autre prenne sa place. Pour être plus explicite il faut différencier l’éthique et la morale. L’éthique est une attitude devant la vie. Mais cette éthique traditionnelle qui a inspiré la plus grande partie de l’Histoire de l’Europe depuis quelques millénaires, certains tentent depuis une vingtaine d’années de la remplacer par une autre forme de morale.
L’éthique, ou ancienne morale, était ordonnée au Bien. La nouvelle morale est ordonnée au « Juste », ou plus exactement elle détermine ce qu’elle considère être le Bien à partir du Juste. C’est donc essentiellement une morale sociale, d’ordre public, qui estime que l’on peut être permissif vis-à-vis des individus, mais que la société globale en revanche doit être toujours plus « juste ». De fait, on voit bien qu’un certain nombre de thématiques idéologiques dominantes se présentent comme des thématiques morales, qu’il s’agisse de l’humanisme, des droits de l’homme, de l’antiracisme, etc. L’idéologie dominante, qui est l’idéologie des droits de l’homme est essentiellement une idéologie morale. Par conséquent il s’agit de bien comprendre qu’il y a des morales différentes, et qu’aujourd’hui l’idéologie dominante est une certaine forme de morale. L’ancienne morale disait aux gens ce qu’ils devaient faire. La nouvelle morale leur dit ce que la société « doit » devenir. Sur le plan de la science politique, il faut également rappeler que lorsqu’un État veut se faire professeur de vertu (ça a commencé sous la Révolution française notamment avec Robespierre) cela signifie en fait qu’il veut réformer l’Homme, qu’il veut changer l’individu, et qu’il veut lui enlever certaines de ses caractéristiques jugées pour telle ou telle raison négatives. Cela participe de ce que certains ont qualifié d’idéologie constructiviste. Mais c’est bien connu l’enfer est pavé de bonnes intentions, illustration de l’hétérotélie désignant le fait que les résultats sont contraires aux intentions. Sur l’idéologie des droits de l’homme qui est la base de cette nouvelle religion civile, on pourrait dire qu’elle se manifeste par une totale inversion des valeurs, où les droits prennent le pas sur les devoirs, où la « victime » est jugée beaucoup plus intéressante que le héros*, où l’événement est en permanence traité de manière lacrymale, jouant sur l’émotionnel, etc. On psychologise les problèmes de façon à détourner l’attention de leurs véritables causes d’ordre sociales et politiques, dans un État maternel, un Big Mother.
Et l’on en vient à aborder l’idéologie du Genre et sa source, à aborder les deux natures du féminisme, et le cadre général duquel ces mouvements sont nés, à savoir en arrière-plan le terreau de l’idéologie des « Lumières ».
L’idéologie du Genre soutient, de façon très paradoxale, que le sexe au sens anatomique et biologique du terme n’intervient en rien dans la détermination de notre identité sexuelle mentale, et que par conséquent notre identité sexuelle est uniquement le résultat d’une construction sociale qui ne doit rien au caractère physiologique, anatomique, du sexe biologique. On devine immédiatement que l’on souhaite appliquer à tous de façon égalitaire et sur la base de la « préférence victimaire » cette idée, parce qu’une petite minorité de personnes ne se sentent pas construites définitivement en accord entre mental et corporel, peuvent se ressentir intérieurement du sexe opposé à celui qui est anatomiquement le leur, les amenant pour certains à la chirurgie et au transsexualisme. La genèse de tout ça, on ne peut la comprendre qu’en ayant un minimum de connaissance de l’histoire du mouvement féministe. Car incontestablement l’idéologie du Genre est un sous-produit du féminisme, d’un certain féminisme pour être plus précis. Car le féminisme est double, il n’est pas du tout une idéologie homogène. Il y a toujours eu dans l’histoire du mouvement des Femmes une tendance identitaire et différentialiste d’un côté, et de l’autre une tendance égalitaire et universaliste. D’un côté il y a eu des femmes qui ont constaté que dans l’Histoire les femmes ont souvent été rabaissées, négligées, niées, et qu’il importait pour y remédier de valoriser le féminin, la nature féminine, les valeurs féminines, de montrer que la condition et les valeurs féminines ne sont en rien inférieures à la condition et aux valeurs masculines, et dans cette optique le féminisme passe nécessairement par l’affirmation d’une différence au profit du féminin : le courant identitaire et différentialiste. Et de l’autre côté un courant égalitaire et universaliste qui dit au contraire qu’il ne faut surtout pas mettre en avant le féminin car c’est en s’appuyant sur la différence que les femmes ont été rabaissées dans l’histoire. Raisonnement d’où il résulte qu’il faut au contraire poser les femmes comme des « hommes comme les autres » (ce qui nous rappelle le titre d’un film avec Antoine de Caunes porté en 1998 par le Système…) c’est-à-dire comme des sujets universels abstraits, sujets qui seront dans cette optique d’autant plus rehaussés, d’autant plus revalorisés que plus rien ne les distinguera des hommes : « tout faire comme les hommes, être comme les hommes, et par conséquent à ce moment-là on sera leurs égales ». L’égalité est donc immédiatement réinterprétée comme « mêmeté ». Et le défaut, l’absurdité évidente de cette façon de voir égalitariste universaliste, c’est que si l’on pense que la promotion des femmes passe par leur alignement sur les hommes, c’est qu’on tient implicitement le modèle masculin comme supérieur puisque c’est celui sur lequel il faut s’aligner. Ces deux courants du féminisme n’ont cessé de s’opposer depuis la fin du XIXème siècle. Les égalitaires taxaient d’essentialisme ou de naturalisme les identitaires, et les identitaires leur répondaient avec pertinence « vous niez la réalité féminine, vous niez le féminin, donc vous faites exactement comme le machisme auquel vous prétendez vous opposer puisque lui aussi à sa manière niait tout ce qu’il pouvait y avoir de positif et différent dans l’identité féminine ».
Dans le second courant, égalitaire et universaliste, ce désir de masquer la différence, de faire comme si elle n’existait pas, cette façon de croire qu’on en finira avec l’oppression des femmes uniquement le jour où finalement il n’y aura plus de différences entre les hommes et les femmes, aboutit à partir des années 1970 dans une branche du féminisme nord-américain, à l’idée qu’il faut aller à la source du « problème », c’est-à-dire nier, ou dévaloriser, ou minorer le sexe anatomique et physiologique, qui finalement est évidemment la différence première à l’intérieur de l’humanité. Derrière toute utopie se cache un totalitarisme. Et à partir d’un certain nombre de cas, qui sont souvent des cas pathologiques, des anormalités de la Nature, on va voir se développer cette idéologie du Genre qui assène qu’il ne faut plus parler de sexe parce que le sexe c’est la biologie, c’est la Nature, mais qu’il faut parler de genre, parce que le genre c’est le « sexe construit » sur la base du mental, c’est le sexe social. Et cette théorie délirante qui est restée confinée pendant un certain temps dans des milieux féministes sans trop en déborder, va gagner le discours public à partir des années 1990. En particulier en 1995 se tient à Pékin une conférence mondiale des Femmes organisée par l’ONU (beaucoup à dire sur la composition de cette organisation !) où la résolution finale proscrit le mot sexe et n’emploie plus que le mot genre. Les institutions européennes vont suivre à leur tour. Bien entendu, cela va être relayé par les médias et par les politiques qui, pour flatter ou acquérir un électorat, pour faire moderniste, « dans le vent », dans le « sens de l’histoire », sont prêts à adopter et à imposer n’importe quoi. Et finalement on va voir au début des années 2000 le discours de la théorie du Genre pénétrer les manuels scolaires, et l’idée se répandre de plus en plus que finalement « rien n’est joué par avance, le sexe biologique ne détermine rien, tout est de l’ordre de la construction mentale, sociale ». On est donc bien dans la filiation des Lumières et de sa « tabula rasa » avec ce rejet de l’Ordre naturel, cette lutte à outrance contre toute forme de déterminisme, de choses dont nous héritons, mais aussi dans une volonté de nous arracher à la dimension biologique de notre être.
Mais quelle est la grande erreur des théoriciens de l’idéologie du Genre ? Le genre, en tant que construction sociale, existe bien. Dans toutes les sociétés, dans toutes les cultures humaines, le féminin et le masculin font l’objet d’interprétations sociales, historiques, symboliques, qui sont éminemment variables. Mais ce qu’il est important de voir c’est d’une part que dans aucune société les rôles sociaux féminin et masculin ne sont les mêmes, et d’autre part que dans tous les cas ils prennent appui sur la donnée première qui est le fait que les femmes et les hommes sont dès leur naissance et même avant, porteurs d’un sexe physiologique et anatomique. En d’autres termes, la construction sociale est bien réelle, mais on ne peut pas dire qu’elle part de rien, qu’elle ne s’appuierait sur rien. Il y a un socle, un socle physiologique et anatomique, qui oriente naturellement chez la plupart d’entre nous ce que sera notre construction sexuelle sociale (on se sent femme parce qu’on a un sexe féminin, on se sent homme parce qu’on a un sexe masculin), et c’est ce socle que l’idéologie du Genre essaie de faire sauter. La théorie du Genre fait confusion totale entre le sexe, le genre, la préférence sexuelle, le sexe psychologique (la composante de féminité dans le tempérament de beaucoup d’hommes et de masculinité dans le tempérament de beaucoup de femmes, des hommes un peu moins virils que d’autres, des femmes un peu moins féminines que d’autres). La théorie du Genre mélange absolument le tout.
C’est chose connue, la philosophie des « Lumières » va mettre l’accent sur l’idéologie du « progrès » qui a cette caractéristique fondatrice qu’elle dévalorise le passé au profit de l’avenir. Elle valorise le futur parce que précisément elle pense que le futur sera en progrès par rapport au présent comme le présent est en progrès par rapport au passé. Cette idéologie par conséquent disqualifie par principe tout ce qui est en amont de nous, ce qui s’est passé avant nous, et qui autrefois était source d’inspiration, d’exemple, de tradition, etc. L’idéologie du Genre s’inscrit tout à fait dans cette perspective dans la mesure où elle aussi disqualifie ce qui est en amont, le génitif. De même que les philosophes des « Lumières » estimaient que le passé n’avait rien à nous dire et qu’il ne fallait surtout pas s’en inspirer, les théoriciens du Genre nous disent que le sexe biologique est finalement un détail tout à fait négligeable, que nous serions neutres à la naissance malgré les évidences physiques, idéal de neutralité à la façon dont Condorcet et d’autres de ses contemporains disaient que les hommes à la naissance sont également neutres, qu’ils sont une cire vierge, une table rase, dont la personnalité va être entièrement modelée, conditionnée, déterminée, par les facteurs d’environnement, d’éducation, de milieu social, etc. Le point commun, c’est le refus du génitif, et ce fantasme d’auto-engendrement absolu (vieille lune des progressistes se prenant pour le Créateur) c’est-à-dire que l’on peut se construire soi-même à partir de rien. La vérité, c’est que l’on n’est jamais issu de rien, nous sommes toujours bâtis entre autres par une part de passé et c’est ce que nous transmettons à notre tour.
Il y a en fait deux erreurs symétriques. Il y a une erreur biologisante qui consiste à dire que nous ne nous construisons en aucune façon, parce que nous serions dès la naissance entièrement déterminés, ce qui est de toute évidence faux car si c’était vrai il ne faudrait pas se soucier d’éducation par exemple, nous serions programmés comme des machines ou des animaux. Et à l’inverse l’erreur plus grave encore de ceux qui disent que nous pouvons nous construire sans le support de rien et surtout sans provenance, sans le « socle » que l’on évoquait plus haut. Cet idéal de neutralité qui est nécessaire au fantasme d’auto-engendrement, on peut l’envisager de manière très philosophique, très théorique. Mais il faut être conscient en même temps que les prolongements concrets, immédiats, sont déjà là, cas de ces écoles extravagantes qui ont été créées dans les pays scandinaves où les prénoms féminins et masculins sont interdits, où les pronoms « il » et « elle » sont interdits (avec la rééducation, le conditionnement, le militantisme que cela a supposé chez les adultes travaillant dans ces structures pour contrarier l’usage réflexe de leur ancien vocabulaire), on n’y emploie plus que des termes neutres, avec cette idée que les garçons ne deviennent des garçons que parce qu’on les élève comme des garçons, les filles ne deviennent des filles que parce qu’on les élève comme des filles, par conséquent si on élève tout le monde de la même manière il n’y aura plus aucune différence. On imagine bien le sentiment des adultes qui se livrent à ça avec des enfants, d’être des démiurges, des potiers militants modelant la cire vierge de l’enfant, de l’argile sans résistance, par un modernisme flattant leur ego. C’est visible de nos jours sous l’influence de l’idéologie du Genre, avec ces fabricants de jouets dont les catalogues ont délibérément supprimé les « jouets pour garçons » et les « jouets pour filles » car ce serait déjà présumer que les garçons préfèrent un certain type de jouets et les filles un autre. Or en réalité on sait très bien qu’il est évident que l’immense majorité des garçons préfèrent naturellement jouer avec des voitures de pompier qu’avec des dînettes et des poupées, et que pour l’immense majorité des filles c’est le contraire. Cela ne veut pas dire qu’aucun petit garçon ne joue avec des poupées ou qu’aucune petite fille ne joue avec des meccano, mais il y a des tendances statistiques qui ne résultent nullement, contrairement à ce que disent les théoriciens du Genre, du conditionnement, mais résultent d’une nature féminine ou masculine qui est inscrite en eux dès leur naissance et qui se constate dès les tout premiers mois de l’existence.
La prégnance de l’idéologie du Genre se traduit aussi par exemple au travers de ce cas assez hallucinant, ce jardin d’enfants Egalia à Stockholm, où précisément on évacue totalement l’identité des enfants en tant qu’êtres sexués pour n’en faire que des amis indifférenciés, en employant une locution qui exprime le neutre dans la langue suédoise (combien de futurs suicidés parmi ces enfants perturbés et contrariés dans leur croissance psychologique par rapport à ce qu’ils sentent pourtant bien être, fille ou garçon ?!). Mais il y a bien d’autres cas extrêmes, comme en Norvège où un parti politique a très sérieusement demandé qu’il soit interdit par la loi aux hommes d’uriner debout parce que cela était discriminant par rapport aux femmes qui n’ont pas cette facilité. En dehors de ces cas extrêmes des pays scandinaves tombés dans l’émasculation sociétale (leurs ancêtres Vikings doivent en pleurer au Valhall !), il faut bien voir que toutes les formes de l’application du Gender auxquelles nous assistons dans la vie quotidienne en dérivent. Lorsque l’on entend en permanence parler de « déconstruire les stéréotypes de genre » par exemple, de « l’homme déconstruit » qui vivrait avec Sandrine Rousseau (ce dont nous doutons fortement), il faut bien comprendre que cela veut dire apprendre, et notamment aux enfants, qu’il n’y a pas de nature féminine, qu’il n’y a pas de nature masculine, qu’il n’y a pas de tempérament masculin ni féminin, et finalement qu’il n’y a pas de sexe. Et l’on en revient toujours à cet idéal de neutralité qui est en même temps un idéal d’indistinction. Or, nous avons là une autre erreur profonde de l’idéologie de Genre, qui est de croire que l’appartenance sexuée n’a des effets qu’au niveau de l’anatomie et de la physiologie, des organes sexuels ou génitaux. En réalité, le fait d’être un garçon ou une fille, le fait d’être un homme ou une femme, a des conséquences dans toutes les dimensions de la personne, de la personnalité, anatomique, physiologique, de prédispositions aux maladies, dans le domaine psychologique. Des travaux se sont accumulés ces dernières années, qui montrent même que le cerveau est lui-même sexué, c’est-à-dire que statistiquement parlant il ne fonctionne pas de la même manière chez les femmes et chez les hommes. Des travaux empiriques l’ont démontré grâce aux techniques d’évaluation de l’activité cérébrale par le moyen de la résonance magnétique, l’imagerie médicale par IRM. Le cerveau est sexué en ce sens que pour accomplir les mêmes tâches, les femmes et les hommes ne mettent pas en jeu les mêmes zones cérébrales. Les femmes et les hommes ne sont pas sensibles de la même manière aux mêmes maladies, ils n’ont pas le même tempérament, ils n’ont pas les mêmes valeurs immédiates, et là encore ce n’est pas affaire d’éducation car on a pu constater dès les tout premiers jours de la vie, donc avant que la moindre influence environnementale ait pu s’exercer sur la formation des esprits, que par exemple les filles ont un rapport beaucoup plus intense aux personnes alors que les garçons ont un rapport beaucoup plus intense aux objets, et c’est quelque chose qui va se retrouver toute leur vie durant. Les femmes choisissent en général des professions dans lesquelles le rapport à autrui est essentiel alors que les hommes recherchent beaucoup plus un rapport à des choses plus abstraites ou plus matérielles, et en l’occurrence des objets. A trois ans, à âge égal, les filles et les garçons n’emploient pas du tout la même quantité de mots différents, les filles surclassent de très loin les garçons pour tout ce qui est de l’ordre de la verbalisation, et ça se retrouve encore à l’âge adulte. Donc lorsque l’on croit que le sexe c’est seulement les organes génitaux on se trompe totalement. En réalité, l’appartenance sexuée s’étend à toutes les dimensions de la personne, et c’est la raison pour laquelle cette idéologie du Genre est extrêmement pernicieuse, parce qu’elle s’attaque frontalement à ce à quoi finalement on ne s’était jamais vraiment attaqué auparavant, c’est-à-dire la différence première qui fait que les bipèdes qui peuplent cette planète se classent en deux grandes catégories, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. La théorie délirante du Gender se place directement en porte à faux avec ce que nous pouvons conclure d’une réalité qui nous entoure, celle tout simplement du monde du vivant.
Il faut se tourner également vers une donnée intéressante qui différencie très nettement les sexes. Lorsque l’on fait des tests concernant les capacités quelles qu’elles soient, et notamment les capacités cognitives, on s’aperçoit que les femmes et les hommes obtiennent les mêmes résultats moyens, mais que chez les femmes ces résultats moyens sont beaucoup plus resserrés autour de la moyenne. Par exemple lorsque l’on fait passer aux femmes et aux hommes des tests de quotient d’intelligence, la moyenne chez les uns et les autres est la même. Par conséquent il est ridicule de dire que les uns ou les autres seraient plus intelligents. Mais, ces moyennes s’exprimant par le biais de graphiques à courbe de Gauss, chez les femmes cette courbe de Gauss est beaucoup plus resserrée autour de la moyenne, « à pic », alors que chez les hommes elle est beaucoup plus allongée, « aplatie ». En termes plus immédiatement compréhensibles, cela veut dire qu’il y a chez les hommes à la fois davantage de génies et davantage de débiles. Lorsque l’on observe les enfants souffrant de graves déficits psychomoteurs, cognitifs, ou qui sont très franchement anormaux, ce sont dans une très vaste majorité des garçons. De même, à l’autre bout, si l’on prend par exemple les prix Nobel qui sont sensés récompenser quelque chose qui s’apparente un peu au génie, on trouve une forte majorité d’hommes, surtout dans les disciplines économiques et scientifiques. Donc la moyenne est la même, simplement il y a davantage d’extrêmes chez l’homme. N’oublions pas non plus qu’il y a chez les hommes davantage de violence, d’agressivité, de perversité sexuelle, 90 % des condamnés, des grands criminels, sont des hommes.
L’idéologie du Gender est également concomitante à la nouvelle guerre des sexes en cours de développement, sur un mode principalement né aux USA, à l’infantilisation des adultes et à « l’adultisation » des enfants, phénomènes liés à des carences éducatives. Tous ces sujets rentrent en télescopage et sont liés. Sur le second point, il est clair que beaucoup d’enfants aujourd’hui, compte tenu du système d’information et du milieu social dans lequel ils vivent, ont beaucoup plus des préoccupations d’adultes qu’au XIXe siècle par exemple. Et qu’à l’inverse il y a une sorte d’infantilisation des adultes, que l’on voit très bien dans un certain nombre de publications, dans la publicité, etc. Le premier point, la guerre des sexes, n’est pas une thématique nouvelle bien entendu. Certains auteurs de longue date ont soutenu que du fait même de leurs différences les femmes et les hommes ne pouvaient jamais se comprendre complètement, ce qui n’est d’ailleurs peut-être pas faux mais ce qui fonde aussi leur attirance mutuelle parce que cette incommunicabilité relative peut être facteur d’attrait bien entendu. Mais plus encore que dans cette « guerre des sexes », aujourd’hui, nous subissons les effets d’une vague d’indistinction. L’idéologie du Genre évidemment va tout à fait dans cette direction puisque ce qu’elle nous dit en matière de sexe et d’identité sexuelle c’est que rien n’est tranché, tout se construit, tout est flou, tout est neutre, il n’y a pas de différences fondamentales entre les femmes et les hommes, etc. et cet appel à la négation des différences naturelles, cet appel à l’indistinction, nourrit des rapports de sexe qui sont des rapports devenant souvent très problématiques. Et ils deviennent très problématiques parce que les hommes ne savent plus très bien quel rôle jouer dans cette société qui est plutôt dominée par des valeurs féminines, qui les enjoint de ne pas être trop virils sous peine d’être accusés de machisme. Les hommes ne savent plus très bien ce que l’on attend d’eux, ils ne savent plus très bien quel rôle ils doivent avoir. Et les femmes se trouvent dans une situation un peu comparable parce qu’elles ne savent plus très bien ce qu’elles doivent attendre des hommes, si elles doivent exiger d’eux qu’ils se comportent comme des hommes ou finalement qu’ils se féminisent pour être davantage compréhensibles. Et le résultat le plus général c’est que les sexes ont tendance à se re-séparer. Dans certains milieux, des hommes et des femmes, mais surtout des hommes, tendent à penser que finalement c’est trop compliqué en somme, donc on se replie sur l’entre-soi, sur la pornographie, sur la masturbation, le virtuel, parce que les relations sexuelles ça devient vraiment trop compliqué, on est toujours ce qu’il ne faut pas être, on fait toujours ce qu’il ne faut pas faire, et puis s’engager c’est « dangereux », on vit dans une époque très individualiste, très présentiste, les unions de couple durent de moins en moins longtemps. Donc il y a un mélange de crainte, de lassitude, qui fait que le jeu de la séduction qui est au fond le jeu normal à la base de tous les rapports de sexe depuis toujours, ce jeu de la séduction devient difficile à jouer et on préfère se tenir à l’écart. Ce n’est pas le cas de tout le monde bien entendu, mais c’est une tendance lourde qui paraît être le fruit direct de cette idéologie de brouillage des cartes qui fait l’apologie ou qui se bâtit sur la base de la neutralité et de l’indistinction, de la confusion totale. On est en train d’aboutir à une sorte d’apartheid entre les sexes, d’incommunicabilité croissante, qui n’est pas sans avoir de conséquences, y compris sur un plan plus macropolitique à propos des possibilités de régénération de nos pays et de nos peuples ici en Europe.
Il ne faut pas survaloriser l’idéologie du Gender comme il ne faut pas la sous-estimer. Il ne faut pas la survaloriser parce qu’elle se heurte à des réalités tellement fondamentalement inscrites dans la nature humaine, dans la nature des femmes et des hommes, que ce n’est pas demain que l’on supprimera les sexes, sinon dans les romans de science-fiction. Par conséquent on verra inévitablement resurgir des choses que l’on a toujours connu, y compris les jeux de séduction qui sont à la base des comportements amoureux. D’un autre côté, il ne faut pas la sous-estimer parce que dans l’époque très confuse où nous vivons, une époque de transition où la plupart des repères ont déjà disparu, le Gender s’attaque là à des repères qui étaient parmi les derniers véritablement signifiants. Quand on s’attaque à cette différence première qu’est la différence des sexes, on suscite un très profond malaise dans les esprits. Et cela est relayé dans la vie quotidienne par les politiciens qui y sont favorables, par les médias, par le discours délivré aux enfants dès les petites classes, qui se voient conseillés de se défaire des « idées préconçues », des « stéréotypes de genre ». Il y a là un travail de propagande qui vise à transformer très profondément la société dans ses bases les plus essentielles et qui par conséquent doit retenir notre attention. Tentative de transformation qui s’inscrit dans une démarche plus vaste où tout ce qui autrefois était de l’ordre du privé devient mis en lumière sur la place publique, en sorte que n’importe quelle lubie, désir, fantasme, préférence, va immédiatement exiger des pouvoirs publics sa reconnaissance sous une forme institutionnelle, le « mariage pour tous » et l’adoption par les couples homosexuels en sont emblématiques. Ce n’est donc pas du tout négligeable, et ça l’est d’autant moins que tous ces sujets d’ordre sociétal tendent de plus en plus à se substituer au social. C’est une grande réalité actuelle que le sociétal est en train de manger le social, parce que faire des réformes sociales c’est difficile, mais faire des réformes sociétales c’est beaucoup plus facile, ça amuse les cons, ça fait des débats médiatiques, et ça détourne l’attention des réalités sociales et politiques tout en donnant l’illusion de l’action. Nous sommes à la fois dans l’écran de fumée, la stratégie de diversion, mais aussi dans quelque chose qui porte atteinte au fondamental. On peut estimer sans tomber dans des considérations réductrices ou complotistes au mauvais sens du terme que tout cela s’inscrit dans le mode de gouvernance de nos oligarchies transnationales, qui veulent le développer dans ce qu’il est coutume de qualifier de monde occidental mais aussi sur le reste de la planète à travers les grandes institutions internationales et c’est cela qui est inquiétant. L’affichage insolent, démesuré, de toute cette propagande gay, de féminisation de l’homme, de cette « open society », en Ukraine contaminée, peu avant le déclenchement du conflit avec la Russie, a parfaitement montré cette volonté d’extension de ces pathologies mentales à l’ensemble de la planète. Nous pouvons tabler sur des résistances qui déjà se font jour ici et dans le reste du monde qui ne vibre pas à cet unisson. Ces résistances sont d’autant plus fortes que les sociétés sont restées un peu ordonnées par des valeurs traditionnelles, ce qui est essentiellement le cas des populations du tiers-monde. Mais comme toujours les promoteurs du Gender estimeront, avec toute la condescendance paternaliste des progressistes, qu’ils apportent la « Lumière » aux arriérés.
*tare caractéristique du christianisme (le droit-de-l’hommisme étant un recyclage de ce dernier), qui comme l’a dit Nietzsche a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué, a fait un idéal de l’opposition envers les instincts de conservation de la vie forte (vision de la vie qui était la norme parmi les peuples européens).
