Dans Qu’est-ce que le fascisme ? publié en 1961, Maurice Bardèche répond à la question. Nous en présentons divers extraits choisis. Mais coupons court quant à la réponse : le fascisme, personnifié par les trois régimes que furent le fascisme mussolinien, le franquisme, et le national-socialisme, fut un mouvement de défense des petits, contre les puissants du monde capitaliste. D’aucuns, à la vue trop courte ou à la connaissance trop pauvre, seront tentés de se dire « mais alors, ce sont les mêmes que les socialistes marxistes, bolcheviques, pourquoi donc dès lors se sont-ils combattus ? », c’est que, tous ces mouvements étant ou se présentant comme défenseurs des petits, ils ne voient pas la chose unique, évidente, élémentaire, qui les différencie : les mouvements fascistes étaient nationalistes, chacun œuvrait au profit de sa population, le célèbre « les nôtres avant les autres » (et quel mal y a-t-il à cela ?), la patrie c’est le bien de ceux qui n’ont rien ; le socialisme marxiste au contraire est internationaliste, il ne distingue pas, le monde est sans frontières. Cela devrait être clair pour tous. Comme il devrait être clair que, les puissants, la banque, le camp de la bourgeoisie (tant de jeunes gens abusés, qui n’y comprenaient rien, se sont battus et sont morts pour eux) étant à l’Ouest sortis vainqueurs du deuxième conflit mondial, le fascisme, défenseur des petits est depuis diabolisés (et cette réputation de « vilain » de l’histoire a la peau dure, il est laborieux d’en délivrer le manipulé, le camp des vainqueurs travaille à son maintien sans relâche, notamment à travers le cinéma). C’est pourquoi le lecteur ne doit pas être surpris de trouver dans les extraits à suivre des propos, comme ceux du phalangiste espagnol Jose-Antonio Primo de Rivera, que l’on voit plus habituellement placés dans la bouche des socialistes internationalistes. En Angleterre, le mineur ou l’ouvrier pouvait rejoindre les rangs du Parti travailliste ou ceux du nationaliste social Oswald Mosley. De même en France entre la CGT et le maréchal Pétain. Par quelle perversion de l’esprit quelqu’un peut préférer la doctrine contre-nature de l’indistinction apatride à une doctrine focalisée sur son propre pays, c’est l’éternelle question qui établit la séparation entre gens de gauche socialiste marxiste et des « fachos ».
Extraits :
Les seuls fascistes véritables pendant la guerre d’Espagne furent les phalangistes. Le phalangisme a pour point de départ une protestation contre la cruauté et l’hypocrisie du monde moderne. (…) L’ouvrier, le petit salarié, constatait la Phalange, sont devenus des parias, leur existence sans idéal et sans foi consiste à répéter quotidiennement la même besogne au profit des autres, comme les rouages anonymes d’une immense machine. On leur dit qu’ils sont libres : mais leur liberté n’a d’autre effet que les amener à accepter les contrats de louage que d’autres hommes plus riches qu’eux sont libres également de leur proposer sans que personne se soucie de savoir si ces contrats sont justes et humains. (…)
Voilà donc ce que disait, à la veille de la guerre d’Espagne, Jose-Antonio Primo de Rivera. L’Etat assiste impuissant à cette exploitation des faibles par les plus forts qui amène une dégradation de la nation : car l’Etat démocratique n’a pas d’autre fonction que d’assister à ce qui se passe et de compter les coups en s’assurant seulement qu’ils sont joués conformément à une certaine règle. Il ne dirige pas le destin de la nation, il contemple le développement des forces de destruction et attend paisiblement qu’elles aient achevé de détruire la nation et la démocratie elle-même, satisfait seulement de constater que tout se passe selon une procédure réglementaire.

C’est ce processus de destruction que la Phalange veut arrêter, en confiant un autre rôle à l’Etat et en cherchant un autre destin pour l’individu. Pour le phalangisme, la patrie se définit comme l’ensemble des hommes qui ont par leur naissance le même destin. Chaque patrie a donc une mission historique ou morale à accomplir. L’Etat a pour tâche de réaliser ce destin national. C’est là sa justification et il n’en a pas d’autre. Tout Etat a quelque chose à faire, tout Etat a quelque chose en quoi il croit : et il n’a le droit d’exiger du peuple des sacrifices et même simplement l’obéissance qu’au nom de ce principe, pareil à une foi, qu’il incarne et a nom de la mission qu’il s’est donnée. Tout Etat qui ne s’identifie pas à un destin de la nation, à cette mission qui est la patrie elle-même, n’est qu’un Etat tyrannique et non la représentation et le guide de la nation. Ce sentiment absolu de ce qu’on veut est comme la conscience de la nation : il est aussi ce qui unit le peuple et chaque individu : « ce sentiment absolu, clair dans l’âme, nous dit en toute conjoncture ce que nous devons faire et ce que nous devons préférer. » Et il donne aussi un sens à chaque vie individuelle. Chaque homme réalise son propre destin en participant au destin national. Sa tâche est transformée parce qu’il est au service de la nation, comme le soldat, comme le prêtre sont au service de la patrie et de la religion. Cette volonté de servir transforme non seulement l’essence du travail accompli chaque jour, mais l’homme lui-même. Car le seigneur est précisément celui qui est capable de « renoncer » pour « servir ». Qui engage sa vie dans cette vocation du service appartient par cela même à la noblesse de son temps, car la noblesse n’a pas été autre chose dans tous les temps que l’ordre de ceux qui acceptent les servitudes et les exigences de la vocation de servir. Cette notion fondamentale ne résout donc pas seulement l’antagonisme qui oppose l’individu à l’Etat, elle donne un contenu à chaque vie humaine, pareil à celui de la vie du soldat et du prêtre, ce que Jose-Antonio appelle « le sens ascétique et militaire de la vie ».
Il est bien évident que l’Etat qui accepte une si haute mission ne peut plus tolérer que sous le nom de libéralisme se perpétuent le développement de l’égoïsme et de l’avidité et l’exploitation du travailleur par le capitalisme. Les pages de doctrine de Jose-Antonio sont catégoriques à cet égard. Il condamne en même temps, comme des maux inséparables ou plutôt comme les deux faces de la même fausse monnaie, le libéralisme et le capitalisme. (…)
L’injustice et l’indifférence du capitalisme devant le monde qu’il a créé sont pour lui une perpétuelle source d’indignation et de violence. « Oui, le socialisme devait naître et sa naissance fut justifiée… » Et il dénonce ceux qu’il appelle les parasites, les banquiers usuriers, les grands propriétaires, les administrateurs des grandes compagnies, les porteurs d’actions libérées, grassement payés pour leurs intrigues et leurs marchandages.
Et tout cela chez Jose-Antonio n’est pas seulement révolte sentimentale et colère contre les « convives oisifs de la vie », les « invités non payants », comme il dit, dont il ne veut plus dans l’ordre nouveau qu’il veut construire, c’est doctrine aussi et principe de son système national. (…) Constatant que le capitalisme n’est pas la propriété privée, qu’il en est même tout le contraire et qu’il a eu en réalité pour résultat « d’anéantir presque complètement la propriété privée dans ses formes traditionnelles », il conclut en caractérisant le capital comme un instrument économique qui doit être au service de la nation et non de quelques-uns : « Les réservoirs de capital sont comme les réservoirs d’eau, ils n’ont pas été faits pour que quelques privilégiés organisent des régates à leur surface, mais pour régulariser le cours des rivières et faire tourner les turbines des barrages. »

Bardèche démontre que l’analyse économique de Marx paraît très juste à Primo de Rivera, mais il souhaite en revanche que les prophéties marxistes ne s’accomplissent pas. « Une figure à la fois repoussante et fascinante, celle de Karl Marx, plane sur le spectacle de la crise du capitalisme [nous sommes après le krach boursier américain de 1929]. A l’heure actuelle, partout, les uns se proclament marxistes, les autres antimarxistes. Je vous le demande, et c’est un vigoureux examen de conscience que je formule : « Qu’est-ce que cela veut dire : être antimarxiste ? Cela veut-il dire qu’on ne désire pas l’accomplissement des prédictions de Karl Marx ? Alors nous sommes tous d’accord. Cela veut-il dire que Karl Marx s’est trompé ? Alors ce sont ceux qui l’accusent d’erreur qui se trompent. »
Les objections de Jose-Antonio contre le socialisme [rouge] ne portent pas sur l’analyse des faits, mais sur des principes philosophiques étrangers à l’analyse économique. « Le socialisme qui était une réaction légitime contre l’esclavage libéral, s’est dévoyé parce qu’il a adopté, primo, l’interprétation matérialiste de la vie et de l’histoire, secundo, une attitude de représailles, tertio, la proclamation du dogme de la lutte des classes. » [Primo de Rivera reproche au marxisme « le remplacement de la Patrie par la classe fermée et haineuse, le groupement des hommes par classes et non le groupement des hommes de toutes les classes au sein d’une Patrie commune à tous… »] « c’est la substitution à la liberté individuelle de la sujétion à un Etat de fer, qui non seulement réglemente notre travail comme dans une fourmilière, mais encore et tout aussi implacablement, notre repos. » Je trouve moins frappante, dit Bardèche, une dernière citation que je fais seulement parce qu’elle est caractéristique de la position phalangiste. « Il nous fait horreur, comme à tout Occidental, à tout Chrétien, à tout Européen, patron ou prolétaire, de n’être plus qu’un être inférieur dans une fourmilière. Et cela nous fait horreur parce que nous en savons quelque chose par le capitalisme, qui nous convertit, lui aussi, en une foule grégaire, et qui, lui aussi, est international et matérialiste. C’est pour cela que nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. C’est pour cela que nous voulons éviter l’accomplissement des prophéties de Karl Marx. Mais nous le voulons résolument et non pas à la façon de ces partis antimarxistes qui croient que l’accomplissement inexorable des lois économiques et historiques peut s’atténuer en donnant aux ouvriers quelques bonnes paroles avec quelques petits tricots pour leurs enfants. »
Notre conclusion : Un tableau social bien différent de l’image de brutes autoritaires et dictatoriales maltraitant la population, implantée par le discours des vainqueurs, capitaliste occidentaux et rouges de l’Est, dans les cervelles de tous les enfants manipulés à travers leur parcours scolaire, qui vont brailler « facho » à tout propos ensuite contre « l’extrême-droite ». Les petits, encore moqués avec mépris ces dernières années par François Hollande (les « sans-dents ») et par Emmanuel Macron (ceux qui ne sont rien ») n’ont eu de cesse depuis la révolution industrielle au XIXe siècle de se défendre contre la politique de la bourgeoisie capitaliste, jusqu’au mouvement poujadiste français des années 1953-1958 fondé sur la défense des commerçants et artisans, et aux gilets jaunes en 2018. Les trois fascismes du XXe siècle se sont en leur temps portés à leur secours. La bourgeoisie capitaliste l’ayant emporté, elle qualifie de « populisme » pour les discréditer aux yeux de l’opinion si facilement manipulable, tous les mouvements s’étant portés ou se portant à la défense des petits. C’est ceux qui ont eu le culot de se nommer eux-mêmes le « cercle de la raison », les Alain Minc et consorts, défenseurs de la bourgeoisie capitaliste qui ont inventé le mot populisme, rangés chez les Fils du Sinaï que combattaient les trois fascismes historiques. La boucle est bouclée.
La nature et l’image du fascisme a tant été déformée, falsifiée, le camp des vainqueurs de 1945 a tellement bien fait son travail en la matière, que voici avec l’image ci-dessus ce que l’on peut voir fréquemment sur les réseaux sociaux, publications et commentaires, de la part de gens mécontents mais totalement ignorants et/ou désinformés, qui n’ont jamais ouvert un livre sur la doctrine fasciste, et qui usent de « fascisme, « facho » comme des perroquets conditionnés parce qu’on leur a martelé toute leur vie que c’était le Mal.
