Ce matin, alors que je baladais mon chien tranquillement, il s’est passé un truc anodin qui m’a diablement fait penser aux Français. Je marchais dans mon village, perdu dans mes pensées, pendant que mon chien vivait sa « best life » en reniflant chaque poteau et chaque arbre sur notre chemin. Puis, à un moment, en tirant sur la laisse, je me suis rendu compte qu’elle n’était plus autour du cou de mon chien (sûrement pas assez serrée) et que celui-ci s’était assis quelques mètres derrière moi, immobile, me regardant, attendant simplement que je vienne la lui remettre. Je lui ai donc remis son collier pour continuer notre balade…
Depuis ce moment, je ne peux m’empêcher d’y penser et d’y voir un parallèle avec les Français et leur rapport à l’économie, et particulièrement à leur attachement au socialisme, qui est pourtant la cause principale de la déchéance de leur pays. Formatés dès le plus jeune âge à voir l’État partout, à gérer chaque petite partie de leur quotidien, ils sont devenus incapables de concevoir que la liberté n’est pas synonyme de danger. L’économiste français Frédéric Bastiat le faisait remarquer dès 1850 : « Mais alors on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice. » (pour en savoir davantage sur cet auteur voir notre article Bastiat, le libéral inconnu des Français, répertorié dans la thématique Économie).
Le libéralisme, c’est devoir agir seul, sans être tenu en laisse par un État omnipotent, et ça, les Français en ont une peur bleue. Ce formatage a court-circuité leur capacité à prendre eux-mêmes leurs propres décisions, sans devoir demander la permission. Par peur du « risque », ils choisissent sciemment de s’appauvrir pour s’en remettre à un État qui est pourtant la cause de leur pauvreté.
Ce qui est fort, c’est que cette laisse invisible, ils ont fini par l’aimer, par la désirer, et par ne plus pouvoir imaginer un monde où elle ne serait pas autour de leur cou (et de leur porte-monnaie).
J’espère qu’un jour, les Français ouvriront les yeux et se rendront compte qu’ils chérissent ce qui est pourtant à l’origine d’une bonne partie de leurs malheurs. Pour les aider, ils devraient commencer par lire le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de la Boétie, et la fable de Jean de La Fontaine Le loup et le chien :
Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
» Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. «
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. «
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
» Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. «
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

