Ce qui macère obsessionnellement depuis 1789 dans la tête des socialistes…

« La Patrie a le droit d’élever ses enfants, elle ne peut confier ce dépôt à l’orgueil des familles, ni aux préjugés des particuliers » (Robespierre). 

« Les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Qui me répondra que ces enfants, travaillés par l’égoïsme des pères, ne deviendront pas dangereux pour la République ? » (Danton).

Il faut que les Français finissent par comprendre la nature du régime sous lequel on les fait vivre. Pour les penseurs de la révolution de 1789, il faut surtout prendre le contrôle des enfants, en les coulant dans le moule social à un âge où ils sont encore malléables et perméables. Dans la pure conception socialiste, les enfants sont la chose de l’État. Et l’État n’apprécie pas que la famille puisse avoir un regard sur l’éducation (« l’égoïsme… ») de ses enfants.

Dans la célèbre dystopie de Aldous Huxley Le Meilleur des Mondes, (écrit en 1931, publié l’année suivante) dont notre réalité actuelle se rapproche tant sur bien des sujets, la production des humains est planifiée en cinq castes et selon les besoins quantifiés pour le fonctionnement de la société. Les Alphas et les Betas bénéficient d’une individualité propre, fournissent le personnel dirigeant. Les Gammas, les Deltas et les Epsilons font l’objet d’un clonage, et restent cantonnés dans une existence bassement matérielle. Cette masse indifférenciée de citoyens primaires constitue « un instrument majeur de stabilité sociale ». L’auteur fait dire à l’un des personnages de son roman : « Nous prédestinons et conditionnons. Nous décantons nos bébés sous forme d’êtres vivants socialisés, sous forme d’Alphas ou d’Epsilons, de futurs Administrateurs, ou de futurs vidangeurs. Chez les Epsilons nous n’avons pas besoin d’intelligence humaine, et on ne l’obtient pas ». 

Pourquoi ces préalables en introduction ?…

Parce que le 7 avril dernier sur LCP, chaîne de télévision parlementaire, la funeste Élisabeth Borne a lancé l’idée qu’ « il faut se préparer très jeune, dès le départ, presque depuis la maternelle, à réfléchir à la façon dont on se projette dans une formation et un métier demain. » Élisabeth Borne est issue du Parti socialiste. Elle est de ces socialistes renégats qui ont abandonné par intérêt leur parti initial pour rejoindre le parti présidentiel, sans avoir bien sûr rien perdu de son idéologie frelatée.

Depuis 1789, la tentation de collectiviser l’enfance n’a jamais quitté ceux qui tiennent et vivent de l’État en France. Mais de surcroît aujourd’hui, dans une perspective de technocratisation intégrale de l’existence, les enfants appartiennent donc au marché du travail de demain, il faut les y flécher le plus rapidement possible. Les enfants ne sont pas des êtres dont il faut rechercher l’épanouissement, ils sont les cobayes au service de la société de demain.

Dans l’école néoféministe dont est partisane Élisabeth Borne, l’enfant n’existe pas, il n’y a que des adultes en miniature libres de « s’autodéterminer », capables de tout choisir, jusqu’à leur transition de genre. C’est donc évidemment un projet idéologique totalitaire. Si les féministes d’hier défendaient les enfants, les néoféministes d’aujourd’hui les attaquent dans leur devenir, et parfois jusque dans leur chair. Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant aux annonces d’Élisabeth Borne, que ce soit de parler d’orientation professionnelle dès la maternelle, d’inculquer la parité avant l’âge de quatre ans, ou d’apprendre l’endométriose dès dix ans. Depuis la IIIe République le régime ne se privait pas de formater les esprits, mais au moins transmettait-il également les savoir essentiels et formait l’intelligence. Ce second aspect n’est plus, ou si peu. Le programme d’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle qui sera mis en œuvre dès septembre 2025 en est un parfait exemple puisque dès l’âge de trois ans on va biberonner les enfants à l’égalité entre les sexes et à la liberté « d’être soi », en étant l’année suivante les architectes de leur cour de récréation qu’ils devront organiser de manière « non genrée ». A six ans ils adopteront une lecture du monde uniquement émotionnelle. Ce qui fait qu’à huit ans ils seront experts en repérage de discrimination et les apôtres de la culture victimaire. A dix ans ils apprendront à se protéger des violences sexistes et sexuelles car pour les néoféministes c’est aux enfants eux-mêmes de s’en protéger. Lire, compter, raisonner, devient quelque peu secondaire dans ce contexte.

Le vrai problème, c’est que l’école des néoféministes ne connaît pas l’enfant. Elle ne sait pas quels sont ses besoins. Prenons quelques exemples pour mesure à quel point cette marche forcée menée par des fanatiques est dramatique. De deux à sept ans, c’est l’âge de la « pensée magique », et accessoirement celle de l’acquisition du langage, à cet âge l’enfant ne distingue pas l’imaginaire de la réalité. Autre repère important, la différence des sexes et des générations, elle ne débute qu’à quatre ans et va jusqu’à sept ans. Parler de parité, d’égalité femme-homme, et bombarder ces concepts d’adultes à ces âges n’a strictement aucun sens. L’enfant accède à la pensée abstraite vers ses onze ans, avant cet âge il ne peut pas se représenter une expérience qu’il n’a pas lui-même vécue. S’agissant de sa capacité à percevoir les émotions, pour percevoir ses propres émotions, il le pourra à partir de dix ans, pour percevoir les émotions des autres il le pourra à partir de treize ans, il est donc aberrant de parler de consentement avant ces âges. La capacité de l’enfant à avoir une autonomie morale, c’est-à-dire à penser par lui-même, va démarrer à partir de douze ans, avant cet âge l’enfant va croire la parole d’un adulte ayant autorité sur lui, en conséquence les discours idéologiques à l’école sont donc des actes d’endoctrinement.

Ceux qui croient encore que ceux qui s’engagent en politique sont des philanthropes armés d’intentions bienveillantes envers la population doivent sortir de leurs illusions. Ces politiques apprentis-sorciers se foutent totalement de ces paramètres pourtant bien connus du domaine de l’enfance et des conséquences destructrices de leur politique, la seule chose qui leur importe c’est de se donner aux yeux de l’opinion une image d’entreprenants, de modernisateurs, de marquer leur nom et laisser une trace de leur passage dans l’action qui a été menée par l’État, en étant porteurs du sacro-saint « progrès » gauchiste.

Le nouveau programme scolaire d’Élisabeth Borne s’inscrit dans les mots de Vincent Peillon, autre ancien ministre socialiste de l’Éducation nationale (présidence Hollande) qui faisait ouvertement cet aveu dans son livre éponyme en 2008 (éditions du Seuil) : la révolution française n’est pas terminée.