Aborder une étude de la doctrine fasciste sous la plume de Maurice Bardèche peut, selon nous, se faire par la lecture des extraits suivants :
La première version du fascisme que nous présente l’histoire contemporaine est le fascisme italien. A l’origine, c’est un mouvement de militants socialistes et d’anciens combattants qui sauva l’Italie du bolchevisme. Mussolini est le fils d’une institutrice et d’un forgeron militant de l’Internationale. On le met en prison à vingt ans pour avoir fomenté une grève générale. Il est d’abord insoumis, s’exile en Suisse, traduit Kropotkine, la première revue qu’il fonde s’appelle La lutte de classe, le premier journal qu’il dirige est un journal socialiste. Les débuts du fascisme ne démentent pas cette origine. Le discours de San Sepulcro qui est l’acte de naissance du fascio réclame la confiscation des biens des nouveaux riches, la dissolution des grandes sociétés anonymes, la distribution des terres, la participation des ouvriers à la gestion des entreprises, la suppression des titres nobiliaires.

Définition honnête de Fasciste dans un ancien dictionnaire en langue anglaise, contrairement aux définitions que l’on trouve actuellement, dans le Larousse, le Robert, etc. qui occultent volontairement le combat contre le bolchevisme dont les horreurs en Russie sont connues très tôt après la révolution de 1917… Mais le communisme fait partie du camp des vainqueurs de 1945.
En vingt ans, qu’est-ce que le fascisme a réalisé de ce programme ? Ce que nous pouvons dire, ce que nous devons dire, c’est qu’il a été autre chose. Très vite, le fascisme a oublié une grande partie de son programme révolutionnaire pour accomplir une œuvre d’efficacité pratique et d’union. Il était venu au pouvoir pour éviter l’anarchie, le chaos, la guerre civile. Il alla au plus pressé, rétablit l’ordre, le travail, la paix. L’Italie redevint la nation des bâtisseurs. La sève romaine remonta dans le vieux tronc. Mussolini fut d’abord un proconsul. Le fascisme produisit des routes, des hôpitaux, des écoles, des aqueducs, il assécha des marais, augmenta les récoltes. (…)
Nul n’est tenu d’être fasciste dans un pays fasciste. Ceux qui ont le malheur de se sentir hors de la communauté nationale, on ne leur demande rien d’autre que de ne pas entraver et de ne pas prendre part. Ils sont hors du serment comme ils sont hors du régime. Ils suivent avec leur vie privée, à leur pas, et selon leur mode, l’armée en marche à laquelle ils n’appartiennent pas. La persécution systématique des Juifs a été, à cet égard, une erreur d’Hitler, car elle est une mesure située hors du contrat fasciste. Il y a des sans-parti dans un régime fasciste, comme il y a des spectateurs sur le parcours d’un défilé. S’ils se tiennent tranquilles, pourquoi les ennuyer ? Bien plus, dans une nation fondée sur un serment librement prêté, l’objection de conscience devrait avoir son statut. Dans tout pays fasciste, il y aura toujours une minorité qui ne sera pas fasciste : un des objectifs politiques du fascisme est de rallier cette minorité en lui montrant les résultats du fascisme, mais si ce ralliement ne se produit pas, une des préoccupations de l’Etat fasciste doit être d’établir des rapports normaux et stables entre ceux qui veulent participer à la marche en avant de la communauté nationale et ceux qui restent à l’écart.
Le fascisme sera toujours un pari. Mais la vertu du fascisme est dans cette confiance de toute la nation en un homme dans lequel elle se reconnaît. Le principe de discipline du fascisme, loin de le regretter et de le renier, nous devons donc, au contraire, le proclamer comme une des lois les plus nécessaires des temps modernes. Nos nations d’Europe meurent de la maladie de la discussion et de la défiance, de l’esprit de dénigrement qui s’est installé dans la pratique de la vie parlementaire. Le civisme n’est plus dès lors qu’une obéissance réticente et souvent purement formelle à la volonté provisoire d’une majorité fragile. Ces régimes où tout le monde louvoie, évite les responsabilités, écoute sa Loge, sa conscience, suppute, spécule, se réfère, ils rendent eux-mêmes hommage au fascisme dans leurs moments de crise en conviant le pays à suivre aveuglément pendant un temps quelque providentiel sauveur. Mais quel coup de baguette magique transformera un marécage en terrain solide ? Le principe de l’obéissance et le respect du serment restituent à la loyauté sa place naturelle dans la cité. Une nation n’est saine que si chacun s’y regarde comme un homme et s’y conduit comme un homme, non regardant derrière soi, ni prenant le vent, ni rongé de peur, ni jaune d’ambition, non tendant la bouche à la gourmette de quelque trahison, mais fidèle à sa parole d’homme, à l’engagement avec lequel il est entré dans la vie, à la promesse faite non seulement à celui qui guide et dans lequel on le reconnaît, mais à travers lui à tous les camarades de travail et de combat. Telle est l’image à travers laquelle le fascisme voit les rapports de celui qui obéit à celui qui commande. Et il n’y a pas de raison que nous renoncions à cette image.
Quant aux résultats du national-socialisme, nous n’avons à nous en préoccuper que dans la mesure où ils se rapportent au fonctionnement du fascisme. Cette mobilisation de la nation a fait de l’Allemagne, en quelques années, le plus puissant des pays d’Europe. L’économie planifiée et autoritaire a transformé son industrie, son niveau de vie, son équipement. Elle a su remplacer par des produits synthétiques les matières premières qui lui manquaient, elle a donné en quelques années à la science et à la technique allemande le premier rang dans le monde. Dans la course à la puissance, elle a écrasé les économies et anarchiques des démocraties européennes. Si elle n’a pas su réaliser véritablement un « socialisme national », elle a donné, du moins, à ceux qui travaillaient l’impression qu’ils étaient défendus par le régime et que le règne immoral et insolent des ploutocrates avait pris fin. Elle a rassemblé la jeunesse autour du régime et lui a donné un espoir et une volonté. L’Allemagne vaincue, boueuse, bedonnante de Weimar, elle en a fait un jeune dieu. Le fascisme allemand fut pour la nation la santé, la jeunesse, la vie. Tout ce qui venait de cette Allemagne, toute parole, tout symbole, tout essaim, tout ce qui passait dans le ciel de cette Allemagne, tout ce qui venait sur la terre de cette Allemagne parlait de courage, de volonté, d’énergie. Ceux qui n’ont pas connu ce printemps de l’Europe ne savent pas ce que nous voulons dire en parlant d’Europe. Et quelle force, quelle sève, quel renouvellement jaillissent alors de cette terre du bout du monde que l’on croyait usée. Et nous ne pouvons pas oublier, quelqu’amertume que nous en ayons ressentie, la grandeur et l’héroïsme de cette lutte sauvage soutenue contre le monde entier. Le fascisme nous montra alors ce que peut représenter sa puissance, quel levier il serait au service de la civilisation. Et l’on ne peut songer sans désespoir qu’il y a si peu d’années, l’Europe était une île imprenable, un récif sur lequel les invasions impuissantes se brisaient. Le fascisme a tiré tout cela de cette seule mobilisation des énergies, c’est-à-dire de sa vertu même, de sa bonne définition. On peut mesurera aujourd’hui ce que signifie sa disparition.
Ne nous laissons pas prendre à cette idée de nos adversaires que le fascisme, étant un régime de discipline, est nécessairement un régime de contrainte. Il n’y a aucune vérité dans cette proposition. Les régimes fascistes retirent à bon droit à certains groupements financiers l’usurpation des monopoles qu’ils ont institués grâce à leurs milliards pour contrôler l’opinion et imposer leur volonté à l’Etat. Il y a un alcoolisme moral des démocraties qui explique la dégénérescence de nos pays et il y a des bouilleurs de cru et des marchands d’alcool qui vivent et qui prospèrent de cet empoisonnement national : les combattre est une tâche précise, limitée, qu’on peut entreprendre sans rien retirer d’essentiel à la véritable liberté.
Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ? (1961)
Pour une lecture complète, Qu’est-ce que le fascisme ? est aujourd’hui réédité par les Editions Kontre Kultur.
