Sur le führer-prinzip

A la lecture de Qu’est-ce que le fascisme ? de Maurice Bardèche (paru en 1961), faisons quelques commentaires comparatifs à propos de certains paragraphes.

Le führer-prinzip, parce qu’il faisait partie des fondements du IIIe Reich, a été frappé de réprobation. Or…

« Si le führer-prinzip est l’affirmation d’une unité de direction, quel homme d’État peut le réprouver ? Il exprime une évidence. Il est la règle d’une saine gestion des affaires, privées ou politiques, en tout temps. S’il veut dire que le subordonné doit obéir à l’ordre donné perinde ac cadaver, il est le principe de discipline qu’on retrouve à la fois dans les ordres religieux et dans les armées en campagne. » Ajoutons aux mots de Bardèche, qu’on le retrouve également dans la fonction publique d’État.

« En ce sens, ce principe n’est pas spécialement l’expression du fascisme : il est la règle de tout état de crise et de toute entreprise difficile, loi des pionniers, des hommes en péril, de l’état de siège. Si le führer-prinzip veut dire en outre, que le chef seul décide et que l’obéissance lui est due quand il a décidé, n’est-ce pas ce qui se passe partout, en fait ? » C’est en effet et évidemment ce qui se passe partout de façon normale. Quand le président des États-Unis fraîchement élu signe des parapheurs de décrets sous l’objectif des caméras et des photographes, immédiatement mis en application par l’obéissance des fonctionnaires, nous sommes dans le führer-prinzip. Quand en France Emmanuel Macron décide seul de l’envoi en Ukraine de milliards d’euros et de matériels militaires, sans consulter la représentation parlementaire, décision appliquée par l’obéissance des fonctionnaires de Bercy et du ministère des Armées, nous sommes dans le führer-prinzip. Nous sommes à la même enseigne que ces affreux « fascistes » historiques. Cette découverte va être un choc pour les beaux « démocrates » de nos latitudes. Et comble de l’horreur, le führer-prinzip est prévu par l’article 16 de la constitution française de 1958 permettant de donner les pleins pouvoir au président de la République.

« Une direction collective ne se distingue d’un pouvoir personnel que parce qu’elle remet à la majorité d’un bureau cette décision après laquelle la discussion doit cesser. » L’horreur continue. Imaginez, quand l’assemblée générale ou le conseil d’administration de n’importe quelle association de loi 1901, votent une mesure qui sera mise en application par le bureau de l’association, nous sommes dans ce maudit führer-prinzip reproché au national-socialisme allemand et au fascisme italien. Et encore, ledit bureau d’association fera concrètement exécuter la décision par un seul, par le président de l’association. Le fascisme est décidément partout. « En fait, elle remet presque toujours (…) les pouvoirs nécessaires à l’exécution de cette décision entre les mains d’un seul homme qui a la confiance des autres. »

« Ce n’est pas seulement cela, répondent les docteurs irrités, et vous savez très bien où est l’abomination. Les docteurs dressent ici un index grave : il y a le serment, le serment par lequel on abdique toute volonté, toute conscience devant l’ordre du führer, ce serment à double tranchant qui fait de chacun un autocrate quand il le reçoit et un esclave quand il le prête. Voilà ce qui offense la dignité humaine, voilà ce qui est la figure même de la Bête, car il n’est pas plus raisonnable d’exiger une obéissance sans condition que de se soumettre à la subir. » Mais dites-nous donc, chez docteurs, que faites-vous du serment prêté non pas publiquement comme c’était le cas dans les cérémonies fascistes ou national-socialistes, mais à l’abri des regards celui-là, discrètement, derrière les portes closes des temples maçonniques, dont les obédiences font la « démocratie » dans laquelle nous vivons ? Et que sont les vœux prononcés pour rentrer dans un ordre religieux, sinon une abdication de toute volonté et d’obéissance aveugle aux ordres des supérieurs ? Le fascisme se cache jusque dans les coins sombres des monastères.

« Ici, les docteurs prennent une voix attristée : qu’un peuple soit assez fou pour renoncer à sa liberté, pour se donner un maître, l’histoire nous apprend que ce n’est pas impossible, mais, voyez-vous, ce qui est intolérable, ce qui doit révolter et ce qu’on doit maudire, c’est que des hommes s’arrachent leur conscience, se châtrent de leur conscience, ne soient plus que des eunuques de la vie morale, des janissaires sans entrailles et que le régime leur fasse de cela une obligation. »

Cette indignation des docteurs n’a qu’un point faible : c’est que jamais, aucun fasciste ne s’est fait du führer-prinzip cette conception extravagante. Le fascisme ne repose pas sur la contrainte, comme le croient la plupart de ses adversaires : il a pour objet de faire naître une volonté collective de discipline et les mécanismes de cette discipline relèvent d’un style qui varie d’un pays à l’autre. Le serment, à l’intérieur du fascisme, n’est donc pas un emprisonnement, encore moins une abdication des consciences. Il constate simplement un accord, il affirme solennellement cette volonté libre de servir et de se dévouer, il en est la consécration, pour ainsi dire, rituelle. Par le serment, le responsable fasciste et aussi le militant fasciste déclarent leur appartenance à une communauté qui travaille pour eux et ils déclarent en même temps leur volonté de lui apporter en échange toutes leurs forces et toute leur loyauté.  Les limites de ce serment sont fixées par chaque conscience et la loyauté seule est imprescriptible. » Les francs-maçons ennemis du fascisme et les adeptes de la vie monastique ne diront pas autre chose.

Comme l’esprit honnête peut le constater, nous vivons sous l’empire de tartuffes malhonnêtes. Attention au discours que vous sert le « camp du Bien ». Le führer-prinzip n’a été l’objet de critiques que parce qu’il était pratiqué par le IIIe Reich et que figurait le mot führer dans son nom.

Pour une lecture complète, Qu’est-ce que le fascisme ? est aujourd’hui réédité par les Éditions Kontre Kultur.