Sous l’empire des communicants

Communication… Ce mot aux multiples facettes a pris de nos jours le sens principal d’ensemble des moyens techniques et des méthodes permettant d’assurer l’effet optimal d’un message sur un destinataire ciblé. La communication est devenue autonome par rapport au message. Seul l’intéresse son acheminement. La communication a deux fonctions complémentaires : capter l’attention de la cible (client, électeur, administré, public…) et y déposer le message comme on injecte une piqûre. La communication est devenue un art d’autant plus nécessaire que l’individu contemporain est submergé de messages et que la compétition est rude pour capter son attention. La communication crée donc le besoin de communication.

Elle est devenue un élément indispensable de la préparation des expéditions militaires à l’étranger. « Vendre » une guerre à l’opinion demande une longue campagne préalable. L’opinion n’a, évidemment, pas à connaître les véritables raisons de l’engagement militaire. La communication a pour rôle de lui fournir des raisons alternatives, à la fois légitimes et valorisantes. La défense des Droits de l’homme fait en général fort bien l’affaire. Avant, on faisait la guerre sans considérations morales, l’ennemi n’était que cela, un ennemi, combattu pour ce qu’il « faisait », non pour ce qu’il « était ». Mais ça c’était avant que certains pays durant la première moitié du XXe siècle ne se considèrent comme investis dans le « camp du Bien » contre le « fascisme », faisant de fait basculer l’adversaire dans « l’axe du Mal ». Le stratagème a été repris ensuite par George W. Bush et les « néoconservateurs » américains. Lorsque les dispositifs militaires d’intervention sont prêts, la campagne de communication commence. Elle prend la plupart du temps la forme d’une diabolisation de l’adversaire désigné. Les médias sont investis pour énoncer ses forfaits jour après jour, jusqu’à ce que l’opinion se rallie à l’idée de la nécessité d’une intervention. BFMTV fait parler un psychiatre qui vient nous dire que Vladimir Poutine a une jouissance pathologique du malheur d’autrui. La campagne de communication atteint un degré de réussite parfait quand ce sont les relais de l’opinion eux-mêmes, dopés par cette diabolisation, qui pressent les gouvernements ayant planifié la guerre (et sa campagne préparatoire) de faire parler le canon. La campagne de communication a, dans l’intervalle, et avec l’aval de l’opinion, permis de réaliser un certain nombre d’objectifs tels que l’affaiblissement de l’adversaire, tant physique (en l’affamant et en le désarmant) que moral (en le mettant au ban de l’humanité). La désinformation n’a d’autre but que de préparer l’opinion à accepter les desseins gouvernementaux.

L’intense préparation psychologique de l’opinion à l’intervention militaire exige que les services de communication la lui donnent ensuite en spectacle de la façon la plus propre à maintenir sa conviction du bien-fondé de l’intervention. On a pu constater dans les derniers conflits qu’ils y excellaient à des degrés variables.

Mais au-delà du domaine de l’ingérence militaire et de la guerre injuste contre autrui, aucune entreprise d’envergure ne peut réussir sans une campagne de communication. Dans le domaine commercial ordinaire, la communication s’appelle « publicité ». Mais elle prend aussi d’autres formes : articles de complaisance dans les journaux, sponsoring, etc. Dans le domaine politique, elle est devenue un élément essentiel de la prise de décision. Le corps social a en effet été habitué par le règne de la communication à recevoir les décisions gouvernementales et législatives comme des produits qu’on adopte ou refuse selon qu’ils ont été bien ou mal vendus. Les campagnes de communication politiques se nomment « campagnes d’explication ». Lorsqu’un projet de loi, une décision, sont battus en brèche par l’opinion publique – on dit alors par la « rue » – le ministre qui en est responsable s’empresse de dire que c’est parce qu’il a été mal ou insuffisamment « expliqué ». Ils parlent toujours de « pédagogie », mais la qualité de la décision n’est jamais en cause, seule l’est la façon dont on a communiqué à son sujet ou dont on l’a « vendue ». Durant la première mandature Macron, on a vu ce dernier et un de ses ministre faire passer, avec des mots choisis, que les Français n’avaient pas « le niveau » pour comprendre la communication et l’action du gouvernement.

On est vraiment trop cons…