Aucun temps n’a jamais reposé autant que le nôtre sur le consentement de l’imagination. Le fascisme respire cet air pur d’un monde d’après le déluge qui ne veut connaître que ce qui est. A la vérité, l’homme, tel que le conçoivent les fascistes, est un jeune sauvage qui ne croit qu’aux qualités dont on a besoin dans la brousse ou sur la banquise : il récuse la civilisation. Car il ne voit en elle qu’hypocrisie et imposture. Il croit aux pionniers, aux constructeurs, aux guerriers de la tribu. Il croit à la morale qu’il s’est faite, qu’il a éprouvée et trouvée tutélaire dans les relations des hommes avec les hommes : laquelle comprend la loyauté, qui permet le sommeil et assure l’avenir, la protection des faibles, l’engagement d’être présent à sa place au combat, et aussi à sa place au conseil et au travail. Ils estiment les hommes pour ce qu’ils sont et non au nombre de plumes qu’ils portent sur la tête. L’affection, le dévouement, le sacrifice, ce sont les trésors qu’ils portent en eux et ils les offrent joyeusement comme la jeunesse offre ses forces, par joie pure de s’en servir, mais pour ce qu’ils aiment ou pour ce qu’ils admirent.
Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ? (1961)

