Le mal qui nous asphyxie, la diminution constante des libertés, a des racines qui ne datent pas d’aujourd’hui. Herbert Spencer (1820 – 1903), dans un travail déjà ancien, avait montré que l’accroissement de la liberté apparente était suivi d’une diminution de la liberté réelle. Reprenant la même thèse à la fin du 19è siècle dans son ouvrage L’individu contre l’État, il s’exprimait ainsi au sujet du parlement anglais :
« Depuis cette époque la législation a suivi le cours que j’indiquais. Des mesures dictatoriales, se multipliant rapidement, ont continuellement tendu à restreindre les libertés individuelles, et cela de deux manières : des réglementations ont été établies, chaque année en plus grand nombre, qui imposent une contrainte au citoyen là où ses actes étaient auparavant complètement libres, et le forcent à accomplir des actes qu’il pouvait auparavant accomplir ou ne pas accomplir, à volonté. En même temps des charges publiques, de plus en plus lourdes, on restreint davantage sa liberté en diminuant cette portion de ses profits qu’il peut dépenser à sa guise, et en augmentant la portion qui lui est enlevée pour être dépensée selon le bon plaisir des agents publics ».
Cette restriction progressive des libertés, commentait pour sa part Gustave Le Bon (1841 – 1931), se manifeste pour tous les pays sous une forme spéciale : « La création de ces séries innombrables de mesures législatives, toutes généralement d’ordre restrictif, conduit nécessairement à augmenter le nombre, le pouvoir et l’influence des fonctionnaires chargés de les appliquer. Ils tendent ainsi progressivement à devenir les véritables maîtres des pays civilisés. Leur puissance est d’autant plus grande que, dans les incessants changements de pouvoir, la caste administrative est la seule qui échappe à ces changements, la seule qui possède l’irresponsabilité, l’impersonnalité et la perpétuité. Or, de tous les despotismes, il n’en est pas de plus lourds que ceux qui se présentent sous cette triple forme. Cette création incessante de lois et de règlements restrictifs entourant de formalités les plus byzantines les moindres actes de la vie, a pour résultat fatal de rétrécir de plus en plus la sphère dans laquelle les citoyens peuvent se mouvoir librement. Victimes de cette illusion qu’en multipliant les lois l’égalité et la liberté se trouvent mieux assurées, les peuples acceptent chaque jour de plus pesantes entraves. Ce n’est pas impunément qu’ils les acceptent. Habitués à supporter tous les jougs, ils finissent bientôt par les rechercher, et arrivent à perdre toute spontanéité et toute énergie. Ils ne sont plus alors que des ombres vaines, des automates passifs, sans volonté, sans résistance et sans force ».
Détail intéressant à relever : connaissant ce qu’est aujourd’hui en réalité notre degré dérisoire de liberté, le matraquage fiscal qui nous saigne à blanc, le gaspillage et la captation de l’argent public par l’État et son personnel politique, lire Herbert Spencer se plaignant de l’action du parlement anglais, et Gustave Le Bon dénonçant la diarrhée normative liberticide, nous laisse entrevoir ce que pouvait être la très grande liberté des gens avant l’instauration dans nos pays de la République et de la « démocratie représentative ». Et de repenser à ces paroles de Descartes, « la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices en sorte qu’un Etat est bien mieux réglé lorsque n’en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées ».
Nous ne vivrons libres qu’au prix du renversement complet de ce despotisme dont le mondialisme n’est que le dernier des fouets qu’ils abattent sur notre dos. On ne peut achever cet article que par les mots de Saint-Loup : « Les libertés perdues ne se regagnent que l’arme au poing, toute l’histoire des peuples en témoigne. »
