Le coup d’accélérateur fédéraliste de l’UE

La guerre en Ukraine est l’occasion pour les dirigeants rangés sous la bannière de l’Union européenne, d’annoncer, par leurs déclarations et intentions, la révolution fédéraliste qu’ils chérissent de leurs vœux, façon perfide de cacher que nous y sommes déjà de longue date. Mais la situation nous place dans un moment d’accélération de cette révolution fédéraliste, dans l’accélération de la volonté d’opérer ce « grand saut » vers ce fédéralisme inavoué, c’est-à-dire vers la souveraineté européenne, donc vers la fin de la souveraineté nationale des pays membres, but réel de la mafia qui s’est emparée de l’UE.

Les européistes traitent cette guerre comme une forme d’occasion inespérée pour accélérer la fédéralisation de l’Europe. Cette formule qui revient en boucle en ce moment, « Nous devons penser en Européens » (c’est-à-dire non pas comme Français, non pas comme Suédois, non pas comme Hongrois…), consiste à dire que si vous ne situez pas votre réflexion stratégique, politique, culturelle, historique, à la hauteur de la souveraineté européenne désirée par certains (et par certains seulement !), eh bien dès lors vous êtes un traître, un agent de Poutine, un agent de la régression réactionnaire souverainiste.

Les européistes se disent que c’est le moment de profiter de ces circonstances historiques trop belles, pour obtenir ce que les urnes n’ont pas donné, ce que les référendums n’ont pas donné, ce que les peuples n’ont pas voulu, à savoir créer une souveraineté européenne impériale qui efface les souverainetés nationales, la crise est idéale pour briser les résistances intérieures et créer cet empire européen fédéraliste. C’est la stratégie du choc européiste porté par l’impératrice Ursula.

Et dans ce contexte, la France est invitée à offrir l’arme nucléaire en partage à l’Europe, à la manière d’un grand geste créateur de cette souveraineté européenne dès lors dotée du bâton de foudre suprême. Mais quelques-uns ne sont pas d’accord, comme dans les bandes dessinées d’Astérix des irréductibles résistent encore et toujours. Alors on vient nous raconter que le partage de l’arme nucléaire ne veut pas dire le partage de la décision nucléaire. Cette nuance n’est qu’une ruse. Évidemment qu’il ne s’agit pas dans les six prochains mois de transférer le bouton rouge sur le bureau à Madame Von der Leyen, nous ne sommes pas idiots à ce point. Mais par ailleurs nous sommes, chacun l’a constaté, dans une dynamique d’effet cliquet qui se manifeste par toujours le transfert d’une part de pouvoir supplémentaire, et à terme le transfert de pouvoir est tel que dans les faits la souveraineté est une fois pour toutes à la commission européenne et non plus dans les nations. Et dès lors, on aura créé avec ce partage de l’arme nucléaire, cette souveraineté fantasmée de l’empire européen, c’est la logique dans laquelle la camarilla de crapules à la manœuvre, nous conduit. C’est nous prendre pour des idiots que nous dire que cela ne risque pas d’arriver, le partage du bouton nucléaire ne veut pas dire le partage du bouton nucléaire. Alors quoi, on consulterait les voisins pour savoir si l’arme doit être utilisée ou pas ? Que signifie le partage si cela ne signifie pas le partage du bouton rouge ? Parlons clair : comme toujours, on nous prend pour des cons.

Les souverainetés nationales sont globalement traitées par les fédéralistes européens comme des résidus des temps anciens, comme quelque chose qui ne devait plus peser. Et le vocabulaire de la « menace existentielle », de la défense des frontières qu’ils utilisent pour parler du cas Ukraine/Russie, ils ne l’utilisent jamais pour parler de l’autre menace, beaucoup plus existentielle pour l’Europe occidentale, c’est-à-dire la remontée du Sud vers le Nord, l’abandon volontaire de la maîtrise de l’immigration, la submersion migratoire. Quand on pense en « Européen », c’est surtout pour ne plus vouloir penser en national.