La Corse fut-elle une colonie Atlante ?

Si l’Atlantide a bien existé, la Corse est-elle sujet de la question posée en titre. La Corse, c’est aussi le site préhistorique de Filitosa, les dolmens de Fontanacia, de Calacuccia, les alignements de menhirs de Renaggiu, de Santari, de Palaggiu (une centaine). C’est aussi les « Casteddi » (châteaux), qui d’après l’archéologue Roger Grosjean, auraient été construits par les Torréens, peuples de la mer, venus envahir la Corse entre 2000 et 1500 av. J.-C.

Parmi ces casteddi, la forteresse de Cucuruzzu serait la plus récente. Comme ils avaient un but défensif, ils étaient bien situés toujours sur des hauteurs très escarpées, actuellement complètement recouvertes par le maquis, ce qui rend l’ascension de ces sites très difficile.

Les sites de la culture torréenne sont quasi-exclusivement situés dans la moitié sud de la Corse

Lorsqu’on considère ces forteresses cyclopéennes, on est surpris par la similitude de la technique et du plan d’architecture de ces peuples de la mer avec celle des constructeurs qui élevèrent chez nous des châteaux forts au Xe siècle pour se protéger des envahisseurs originaires du nord de l’Europe. Le principe des Torréens consistait à choisir un piton rocheux le plus escarpé possible, à l’entourer à flanc de coteau si nécessaire de deux ou trois enceintes en se servant de rochers chaotiques existants et, en les réunissant entre eux avec d’autres apportés. Il est à remarquer que certains de ceux-ci sont de l’ordre de plusieurs quintaux, dépassant la tonne. En haut, enfin, la forteresse proprement dite avec un mur souvent éboulé aujourd’hui mais qui devait être de 5 à 7 mètres de haut et de 2 à 5 mètres d’épaisseur, dans lequel étaient aménagées des casemates qui servaient de réserves de vivres et de matériaux. A Cucuruzzu, il y avait aussi une cursive circulaire recouverte d’un plancher de bois utilisé comme chemin de ronde. Le dernier rempart, ancêtre de nos donjons, comportait en général des ouvertures permettant d’attaquer (à la façon des futures archères médiévales). Au sommet se trouve, souvent démoli par les assauts ou par le temps, un monument cultuel avec un couloir, une ou plusieurs salles et un emplacement rituel pour le feu. Ce sont les débris de charbon de bois de ces foyers qui retrouvés dans les couches les plus profondes de remblais ont permis de les dater du début du deuxième millénaire av. J.-C.

Toujours à côté de la forteresse, on découvre l’emplacement d’un village torréen (la civilisation dite « Torréenne », principalement dans la région située au sud d’Ajaccio, se caractérise par la présence de statues-menhirs armés et la construction de lieux fortifiés) dont les habitants devaient se réfugier à l’abri des remparts en cas d’attaque extérieure. Parfois, faute d’un piton rocheux, les constructeurs choisissaient un haut plateau en éperon dominant à pic, souvent de plus de 50 mètres, le maquis, et dont le côté atteignable était plus spécialement protégé par des enceintes fortifiées entourant les maisons d’habitations comme à Filitosa.

Là, en revanche, le spectacle est très différent. Nous trouvons des statues menhirs de 2 mètres de haut, souvent même 3 mètres qui seraient bien antérieures aux casteddi. Roger Grosjean les a classés d’après l’évolution de leur sculpture en : Filitosa 1, 2, 3, 4 et va au fur et à mesure de ses découvertes jusqu’à Filitosa 9, statues menhir dont les têtes sont déjà très travaillées. Sur les têtes des menhirs casquées, on voit parfois encore les deux cavités qui permettaient de placer les cornes. Grosjean les appelle les « Paladins ». L’une d’elles qui était encastrée dans les mus d’une ferme de Tavaro est sculptée de cornes de Taureau boulées aux extrémités. Elle serait classée dans le Filitosa ancien qui peut peut-être atteindre 3000 ans av. J.-C. ou plus et est semblable à celles trouvées en Crète et au Moyen-Orient. Ces statues portent également sur leurs flancs des épées et des poignards sculptés en relief. Sur la poitrine, des chevrons probablement des cuirasses de cuir couvertes de plaques de bronze dont on a trouvé les débris dans les fouilles, et, sur le dos, le relief des omoplates et de la cage thoracique, à moins qu’il ne s’agisse de pièces métalliques faisaient partie de la cuirasse protectrice du guerrier.

L’Oppidum de Filitosa mesure 130 x 140 mètres. Il est haut d’une quarantaine de mètres, et est entouré au pied de trois côtés par les petites rivières Barcajalo et Sardelles. Il comprend trois monuments distincts : Est, Centre et Ouest et plusieurs fonds de cabanes aux murs curvilignes. Partout ailleurs, les cabanes sont rectangulaires. Le tout est entouré au sommet et à mi-hauteur par des enceinte cyclopéennes dont il ne reste que des vestiges. Sur le monument central à usage cultuel, ont été groupées des statues menhirs parfois sciées en deux ou trois morceaux récupérés dans les constructions. Au sommet, l’emplacement où l’on faisait le feu. A l’intérieur de ces monuments dont deux servaient de défense, des couloirs et des salles. En bas, dans une prairie humide, ont été groupées une dizaine de statues entières retrouvées dans les environs. Toutes ces statues ont une grande épée verticale et à la ceinture, en biais, un petit poignard. Une seule porte, à la place de l’épée, un large poignard.

Au centre de l’oppidum se trouve un tumulus. Roger Grosjean nous indique qu’en fouillant ce tumulus il a découvert sous les pierres de la surface, une couche épaisse de terre noire composée de cendre, de matières organiques calcinées et tessons de poteries brisées. Au-dessous, une aire d’argile cuite d’un peu plus d’un mètre carré de surface. C’était un autel à incinération. Des fragments de cinq statues menhirs furent découverts dans le tumulus recouvrant l’autel primitif.

De tout cela, on peut déduire que les statues appartenaient à une époque beaucoup plus ancienne que celle des casteddi et qui a pu atteindre plusieurs milliers d’années av. J.-C. Les Torréens semblent n’en avoir fait aucun cas puisqu’ils les brisaient ou les incorporaient en entier dans leurs constructions. Si elles ont été liées comme certains le pensent à un culte funéraire, soit pour honorer un défunt, soit sculptées dans un but magique pour abattre un ennemi plus fort qui aurait possédé des armes et des cuirasses, elles auraient peut-être été dressées auprès des autels à incinération retrouvés dans les couches les plus profondes au-dessous des autels torréens. Puis, elles auraient été brisées et réemployées ensuite par ces peuples de la mer en 2000 ou 1500 av. J.-C. Roger Grosjean a ainsi trouvé plus tard de nombreux autres tumulus semblables avec autel à 2 mètres de profondeur recouvert d’un galgal de pierres sèches soutenant une aire d’argile, elle-même recouverte d’une couche calcinée avec tessons de poterie, etc. Nous retrouvons, là encore, le principe des hauts lieux sur lesquels les civilisations successives ont bâti à travers les ruines de la précédente.

A la suite de la découverte de plusieurs squelettes d’hommes de l’époque néolithique dans la région de Bonifacio, provenant dit-on d’une race blonde aux yeux bleus, grande environ de 1,70 mètre (découverte faite par Ch. Ferton en 1899), ce dernier précise que ces squelettes que l’on compare à ceux du Sud de la France, où l’on a également des dolmens et des statues menhirs du même type, pourraient être de la même époque que les Cro-Magnon français. Ferton nous dit également que bien que les côtes de Bonifacio ne semblent pas avoir changé depuis des millénaires, ces mégalitheurs ne pouvaient pas arriver par le Sud car les monuments retrouvés en Sicile, en Sardaigne et en Afrique sont bien différents. Il suggère qu’après un long arrêt dans le Sud de la France et autour des Pyrénées, ne pouvant par ailleurs franchir les Alpes, ils soient arrivés par le Nord. Puisque d’après les recherches océanographiques on peut penser que le continent Corse s’est effondré au Nord et à l’Ouest et était peut-être beaucoup plus grand à l’époque de l’Atlantide, n’y aurait-il pas eu là une colonie atlante qui fut refoulée vers le Sud par une population autochtone paléolithique, magdalénienne aux cheveux noirs, de 1,60 mètre de taille environ dont les descendants constituent encore le fond de la population. Certains de ces grands blonds se retrouvent encore à notre époque puisqu’il a été constaté deux types de tailles correspondant à deux éléments ethniques différents. Dans le centre dominerait l’élément le plus ancien, de taille plus élevée, disproportion entre la longueur du buste et des membres inférieurs, généralement 1,70 mètre à 20 ans, qui présente les mêmes caractéristiques que la race Cro-Magnon et d’après le voyageur et écrivain Louis Charpentier le même groupe sanguin.

Dans les tombes de Bonifacio, Ferton a retrouvé des poteries, des armes et des outils en obsidienne qui n’existe pas en Corse. Le gisement d’obsidienne le plus proche signalé serait à Monte Arci en Sardaigne. A l’occasion de la construction d’un bâtiment dans le parc de la citadelle de Bonifacio, on a découvert à une époque plus récente que les fouilles faites par Ferton, des objets semblables à ceux décrits plus haut mais aussi des poteries décorées avec de fines paillettes d’or mélanges à la pâte. Ces poteries paraissent être d’une époque de haute antiquité par leur pâte grossière mélangée de grains de quartz. Le terrain de Bonifacio ne contenant pas d’or, la poudre fut donc importée. Il semble bien qu’il y ait eu un trafic avec d’autres pays depuis les temps les plus reculés.

En dehors des monuments mégalithiques et des Casteddi dont nous avons parlé, il existe en Corse beaucoup d’autres dolmens au Nord, dans la région de Saint-Florent, au centre dans le Niolo non loin de Calacuccia (enceinte préhistorique d’Albertacé) auprès desquels s’est bâti un couvent, et de nombreux autres dont parle Roger Grosjean. Également, dans la région de Porto Vecchio, des coffres formés de dalles de granit, longs de 2,50 mètres sur 0,80 mètre, e tout sept coffres dont on ignore la destination. Ils ne contenaient pas d’ossements. Ces coffres étaient entourés de menhirs dont plusieurs sont tombés sur le sol. A l’intérieur on retrouva des outils en obsidienne et des bijoux en micro-perles. On les date de 2000 et 2500 av. J.-C. à cause des matériaux qu’ils renferment qui n’auraient plus été importés et n’auraient plus circulé après ces époques (bronze ancien).

Parmi l’u des trésors retrouvés, une petite statuette qui provient du Campufiurelli est au British Museum et fait penser aux déesses mères trouvées dans les nombreux pays méditerranéens fréquentés par l’homme de Cro-Magnon.

Roger Grosjean nous indique aussi la découverte d’une pierre gravée dans le canton de Saint-Florent à côté d’une statue menhir dite de Santa-Maria. Cette pierre qui a 6,20 mètres par 6 mètres serait de l’époque postglaciaire suivant la dernière période du Würms. Elle est gravée de dessins qui se retrouvent dans des endroits fort éloignés, Sud Norvège, Fontainebleau, le mont Bego, les Alpes-Maritimes, l’Espagne cantabrique, l’Italie, l’Afrique du Nord. Ces dessins sont reproduits dans un article des Études Corses 1950, numéro traitant du congrès préhistorique d’Ajaccio. Il a été constaté par ailleurs qu’un certain nombre de ces signes figurent également sur des galets et des os gravés représentés dans le « Corpus des inscriptions de Glozel » de l’archéologue Antonin Morlet et parmi les inscriptions runiques de la pierre de Hanning au Danemark.

Nous pouvons remarquer une fois de plus que tous les lieux que nous venons d’énumérer ont été colonisés par les Cro-Magnon, ce peuple venant de l’Ouest, donc possiblement des descendants des Atlantes.