La Bible, dont l’existence a engendré l’imagination de tous les délires hérétiques à son contenu, est bien le « livre qui a pourri l’humanité », selon l’inégalable et définitive formule de Robert Dun.
Parmi la descendance de la Bible, figurent la gnose et le millénarisme. La gnose est l’ensemble de doctrines religieuses ésotériques enseignées par diverses sectes orientales au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne. De la gnose, la « religion de l’humanité » qui est le socle philosophique du régime maçonnique appliqué à nos pays, a notamment repris le thème de l’homme-Dieu. Le millénarisme est pour sa part lié à l’espoir chez ses suiveurs de la venue (ou du retour) d’un messie ouvrant à l’établissement du paradis sur Terre.
Gnose et millénarisme sont les fondements du droit-de-l’hommisme contemporain. Nous allons rentrer dans le détail de ces doctrines, mais c’est nécessaire pour voir le lien direct qu’elles ont avec des pans entiers de l’idéologie politique sous laquelle vivent les Français, lutte contre la famille hétérosexuelle et le mariage traditionnel, avortement, antipatriotisme, relativisme…
La gnose
Selon les gnostiques, il y a Dieu, « divinité suprême », et il y a la divinité que la Bible appelle Yahvé qui est une divinité inférieure. C’est elle qui est la créatrice de la matière – laquelle est le Mal – et elle a monstrueusement enfermé dans cette dernière des fragments de la « divinité suprême ». Les âmes humaines sont ces fragments. Et ces étincelles divines aspirent à s’arracher de la matière afin de rejoindre le ciel pour y être réabsorbées en Dieu. Portant ainsi en lui une âme céleste de nature divine, le gnostique considère partager la nature de Dieu : il est un homme-Dieu. En conséquence, il est au-dessus des lois et de la morale ordinaire. Le gnostique affirme que le message véritable et caché apporté par Jésus, lequel n’a pas eu de corps humain et dont un sosie a été crucifié (soit dit en passant on se demande comment pourrait exister un « sosie » d’un corps qui n’a pas existé), était de révéler aux hommes leur divinité. La gnose répudie tout ce qui vient de la Bible, tout ce qui correspond à l’origine juive du christianisme. La Bible contient des notions telles que le sens de la famille, du clan, de la patrie, de l’ordre social, sans que les Juifs en aient l’exclusivité, ce sont des notions naturellement existantes sans qu’elles soient toujours écrites et mises en pratique par les autres peuples. Construisant sa doctrine en concurrence avec le chrétien, et répudiant donc tout ce qui vient de la Bible, ces notions de famille, de patrie, d’ordre social sont rejetées chez le gnostique. Et son horreur de la matière, réputée mauvaise, conduit la gnose à condamner la procréation (puisque le corps humain est matière et que la matière c’est le Mal), le mariage, la propriété ainsi que l’ensemble des règles régissant la vie en société. Un être de nature divine n’a à se soumettre à aucune autorité, à aucune règle. Du fait de son rejet des règles sociales et juridiques (de son antinomisme), la gnose est porteuse d’une immense charge subversive. En dépit des persécutions ayant frappé les grandes poussées gnostiques, la gnose poursuivra subrepticement son chemin dans la chrétienté médiévale et moderne, jusqu’à notre époque. Concurrente de la religion chrétienne, elle l’a parasitée, se coulant dans son vocabulaire et dans ses schémas théologiques, mais leur donnant insidieusement un sens entièrement différent, conforme aux croyances gnostiques. La gnose a ainsi travaillé à subvertir le christianisme de l’intérieur en affectant d’en être la forme spirituellement la plus élevée.
Le millénarisme
L’autre grande source de la religion de l’humanité est le millénarisme, d’où vient l’idée du paradis sur la terre, de l’avenir radieux. Le millénarisme est lui aussi une déviance des fables chrétiennes, puisqu’il méconnaît le caractère spirituel du message christique en s’inscrivant dans la continuité de la promesse messianique terrestre des prophètes. Contredisant la transformation radicale que Jésus a apportée au messianisme juif en déplaçant vers les cieux la promesse terrestre du royaume de Dieu, le millénarisme annonce qu’avant la fin des temps Jésus (le Machia’h chez les Juifs, avec la même idée) va revenir sur la terre pour y établir un royaume de bonheur absolu où l’abondance sera miraculeuse. Ce royaume va durer mille ans, et les saints y régneront avec le Christ. Donc, un salut non pas individuel et céleste selon la version évangélique, mais collectif et terrestre. Évidemment désavoué à partir du Vè siècle par l’Église qui ne tolère aucune concurrence dans l’imposition de sa camelote, le millénarisme va néanmoins lui aussi poursuivre souterrainement son cours en donnant épisodiquement lieu à des phénomènes révolutionnaires violents. Car le royaume terrestre millénariste du dieu chrétien va être de plus en plus conçu comme un paradis où régnerait l’égalité la plus parfaite grâce au communisme, ce qui ne serait d’ailleurs que le retour au paradis des origines, fantasmé comme un âge d’or où l’humanité primitive aurait vécu dans le collectivisme et l’abondance. D’où l’idée, afin de hâter le retour du Christ (comme les Juifs religieux agissent par la prière et politiquement pour précipiter le retour du Machia’h) et son règne de mille ans, de lui préparer le terrain par l’instauration dès à présent d’une société communiste, en éliminant ceux qui y feraient obstacle, à commencer par les riches et les puissants. Bref, pour inciter Dieu à venir régner sur la terre, il faut commencer par faire la révolution avec un tee-shirt à l’effigie du Che. On retrouve dans le millénarisme le même mépris que celui des gnostiques pour la justice et la morale des gens ordinaires. Les révolutionnaires millénaristes se considèrent en être dispensés par leur pseudo-sacralité. Ils préparent la venue du Christ et sont persuadés qu’ils vont régner avec lui. Ils sont un peuple saint, l’armée des saints, comme les Juifs sont un « peuple élu » supposé régner sur les autres nations après le retour du Machia’h et du Royaume de David. La grâce de Dieu est sur eux, Dieu est en eux. Comme les gnostiques, ils sont divins. En conséquence, tout leur est permis puisque tout ce qu’ils font est saint. Le mal ne saurait être en eux.
Gnose… Millénarisme… Toutes fables funestes accouchées des terres du Moyen-Orient, qui n’auraient jamais dû dépasser l’horizon des cervelles frelatées qui ont pu les concevoir. Ce ne fut pas le cas hélas, et il y eut de surcroît des cinglés pour importer et développer ces salades sur le sol européen.
Leurs conséquences actuelles
Quelle est l’influence de la gnose dans les dérives « sociétales » actuelles ? Un exemple de cette influence (via la franc-maçonnerie) dans les politiques actuelles de destruction des valeurs, est le mythe de l’androgyne (reconnue par le Talmud). Selon ce mythe, l’homme et la femme ont été artificiellement séparés et doivent être fusionnés à nouveau en un être à la fois masculin et féminin : l’androgyne. C’est dans ce droit fil que se situait dans un article paru en 1999 dans Le Figaro, l’un des tenants de la notion de « Genre », disant à l’époque : « nous aurons atteint nos objectifs lorsque nous aurons obtenu que la Femme puisse se faire greffer elle-même un sexe et s’auto-féconder ». Cela peut paraître le fait de gens qui auraient consommé trop de LSD la veille. C’est pourtant une politique qui est volontaire et qui se veut comme telle, on l’a bien constaté depuis. Pour sa part, le Daily Mail publiait début 2008 un article relatant que des biologistes Anglais cherchaient à créer du sperme féminin à partir de moelle osseuse afin de créer à terme un système de reproduction « unisexe ». Le militantisme revendicatif sur l’homosexualité (laquelle a toujours existé sans avoir besoin de ça, et présentée désormais comme une sorte de norme juridique) était un premier pas. L’idéologie du « transgender » est un pas supplémentaire : l’ambivalent sexuel correspond tout à fait à l’androgyne gnostique. Élucubrations de fous isolés ? Pourquoi donc alors Obama a-t-il pris la peine d’écrire à tous les établissements scolaires publics des USA pour leur intimer l’ordre de prévoir le transgender dans les toilettes ? Il s’agit évidemment à terme d’en faire un état « normal » des choses et de brouiller encore plus les limites entre les sexes. Sur ce thème de la gnose, on peut lire avec profit les ouvrages de Mircea Eliade et de Jacques Lacarrière.
L’islam quant à lui ne nous menace que parce qu’en face il y a une sorte d’implosion intellectuelle sous l’effet de ces deux vieilles hérésies de source orientale, gnose et millénarisme, lesquelles ont réussi à s’imposer dans les esprits, à prendre le pouvoir au XIXè siècle dans le monde occidental à la suite des bouleversements de la civilisation industrielle. L’idée de la « religion de l’Homme », de la non-transcendance, de l’Eden sur Terre, de la divinité intrinsèque de l’homme, de la culture de l’excuse, du progrès perpétuel, tout cela fait que la puissance de la civilisation occidentale est vidée de sa substance. Et comme la nature a horreur du vide, elle crée un espace de dépression où va s’engouffrer une autre religion conquérante et avide de revanche : la religion des droits de l’homme. Il y avait déjà indiscutablement dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, une dimension potentielle de religion laïque, une promesse d’avenir radieux sur la Terre, relevant du millénarisme. Puis dès 1795 avec la Constitution de l’An III, on commencera à parler des droits et des « devoirs » de l’homme. Dès lors, s’il y a des devoirs à l’homme, c’est qu’il n’y a pas que des individus épars, mais une véritable société qui a des droits, et envers laquelle les individus ont des devoirs. Puis à travers le XIXè siècle, les droits de l’homme se perpétueront, mais ils ne seront pas autre chose que les libertés publiques qui existaient sous l’Ancien régime. Le roi se devait de les assurer. Puis dans la seconde moitié du XXè siècle, surviendra une mutation profonde, un changement de nature, et le retour (avec par exemple en France la constitutionnalisation de la déclaration du 26 août 1789) des dimensions gnostiques et millénaristes qui étaient derrière tout cela. Et ce retour va se concrétiser dans cette religion laïque des droits de l’homme, dont le caractère religieux a été très bien perçu par de nombreux auteurs. François Furet note que cette religion laïque des droits de l’homme, avec sa promesse d’avenir radieux et de salut terrestre, va au tournant des années 1980-1990 prendre la place du communisme qui implose alors. Furet écrit qu’à ce moment-là, la lutte pour les droits de l’homme va prendre la place de la lutte des classes avec le même objectif qui est l’émancipation de l’humanité. Ce caractère utopique de la religion des droits de l’homme, qui s’édifie sur les ruines des grandes utopies révolutionnaires, a été confirmé par l’historien américain Samuel Moyn dans son livre non traduit en Français The Last Utopia. Celui-ci montre bien que nous avons affaire-là à une des grandes utopies comme l’a été en dernier lieu le marxisme. Les droits de l’homme ont pris la place de ce dernier. On peut considérer que dans cette religion laïque des droits de l’homme il y a indéniablement quelque chose du communisme, puisqu’elle consiste à dire qu’il n’y a pas de nation, il n’y a sur la Terre que des individus, ces individus sont interchangeables, ils ont tous les mêmes droits. Donc tout individu, d’où qu’il vienne, quelle que soient sa culture et son mode de vie, aurait le droit d’aller là où des peuples pendant des siècles ont créé un héritage, des conditions de vie agréable, et d’exiger sa part de ces avantages qui ont été mis en place, de ce patrimoine. Ils viennent prendre possession de leur portion, qui leur est due, du patrimoine de ces peuples. C’est du communisme. C’est ce que Marx appelait « la prise au tas ».
La différence de nature entre les droits de l’homme « ancienne manière » (les libertés publiques) et les droits de l’homme « nouvelle manière » (la religion laïque des droits de l’homme), apparaît très bien dans le langage anglo-saxon. Pour les « anciens » droits de l’homme, on parlait de rights of man. A partir du milieu du XXè siècle, fait son apparition la terminologie de human rights. Nuance. Et actuellement en France on voit très bien qu’il y a un néologisme d’origine anglo-saxonne puisqu’on parle de plus en plus de « droits humains » (une obédience mixte de la franc-maçonnerie, le Droit Humain, porte ce nom directement inspiré de l’usage anglais). Quand on se met à parler de droits humains, on est véritablement dans la religion laïque des droits de l’homme. Et c’est devenu une religion de « l’Autre », caractérisée par le culte de « l’ouverture à l’Autre ». Il ne s’agit plus pour le citoyen d’être garanti contre d’éventuelles ingérences de l’État, mais de l’obsession de l’amour de l’Autre jusqu’au mépris de soi.
L’inversion des valeurs dans laquelle on nous fait vivre est la conséquence tout à fait logique de la prise du pouvoir intellectuel, idéologique, politique et religieux par la gnose et le millénarisme. Le mot progressiste est un mon millénariste. Le pouvoir a été pris par une secte qui rêve de faire disparaître tout ce qui n’est pas elle-même. La religion des droits de l’homme va dans ce sens. Et c’est pourquoi elle est mortelle aux européens, lesquels sont en travers du « sens de l’histoire » que veut imposer cette pensée. C’est pourquoi la religion des droits de l’homme les invite à quitter le terrain de l’histoire, à disparaître comme peuple dissous dans le métissage.

