Existe-t-il plus étrange association de mots, alors que la typologie mentale de droite se définit avant tout comme une aspiration à l’ordre, le contraire de la chienlit dont accouche la pensée gauchiste et sa mansuétude pour la canaille. Nous n’en connaissons pas l’origine, mais le fait est que cette association de mots n’est pas la plus heureuse pour prétendre faire comprendre ce qu’elle désigne au sein de la philosophie politique fondamentale. Car en matière d’anarchisme, le grand public de nos jours est surtout abreuvé de culture gauchiste et ne connaît des anarchistes que ces militants d’extrême-gauche au « A » cerclé de rouge sur fond noir, ceux de la Fédération anarchiste rue Amelot, de la CNT espagnole, et les autonomes casseurs constitués en « black blocs ».
Il faudra trouver un jour une autre formule plus adaptée pour désigner ce courant d’idée. En attendant, voici pour ceux qui ne le connaissent pas l’essentiel de son contenu.
– L’ « anarchiste de droite » refuse philosophiquement l’héritage de 1789. Il refuse le postulat prétendument égalitaire légué par la Révolution française, car il sait que c’est là une escroquerie.
– Il nie la légitimité de la majorité qui laisse toujours une importante proportion d’insatisfaits obligée de subir ce que lui impose l’autre partie. Il refuse donc la légitimité de la République. Selon lui, celle-ci représente la décadence à la fois morale et politique. Il juge le système politique instable, corrompu et inefficace. Il sait que la bourgeoisie détient en fait le pouvoir et masque sa domination sous un semblant démocratique qui conduit à une tyrannie collective.
– Il refuse aussi bien le sens de l’histoire d’Auguste Comte que celui de Karl Marx.
– Il estime qu’il a le devoir intellectuel et moral de se révolter. Cette opposition le conduit souvent à la violence, dans ses propos, ses écrits, et parfois dans ses actes, car il estime que c’est la juste réponse à la mesure de ce qui le révolte et à la hauteur de la violence idéologique que lui inflige le système.
– Il s’oppose d’abord aux institutions qui sous couvert de démocratie emprisonnent les libertés individuelles. Il fustige également l’inertie de la collectivité aveugle. Il fustige non seulement les puissants sans morale, mais aussi les médiocres qui laissent faire, voire fabriquent, les puissants.
– Il défend l’idée qu’il faut responsabiliser les hommes au lieu de les entretenir dans l’abrutissement et la dépendance.
– Il défend l’aristocratisme qui est pour lui la volonté de rigueur, la recherche perpétuelle de l’excellence à travers les valeurs que sont l’honneur, la fidélité, l’héroïsme. Est aristocrate celui qui sait harmoniser la force de ses désirs et la sévérité de leurs exigences.
– Il se découvre des valeurs communes avec l’Ancien Régime. Il n’est pas pour autant monarchiste, il est davantage nostalgique des idéaux de la chevalerie que de l’organisation institutionnelle royale.
A votre grande surprise, vous vous reconnaissez dans tout ou partie de ces points que l’on vous avait désignés comme des « crimepensée » Orwelliens, des idées portées par les partisans des « heures les plus sombres de notre histoire », parce qu’on vous avait dit avec Jean-Paul Sartre que « tout anticommuniste est un chien » ? Pas de panique, vous êtes dans la normalité, vous sortez de la « Matrice ».
