L’intolérance des monothéismes

Les porteurs de valises du christianisme, ses théologiens, ses fidèles, ont tous présupposé, avec un total esprit partisan et aveugle, sans la moindre considération critique, que le monothéisme est, d’une façon ou d’une autre, une forme de croyance supérieure au polythéisme.

Est-il donc si évident que le monothéisme soit philosophiquement « supérieur » au polythéisme ? Absolument pas bien sûr. Le monothéisme n’est pas nécessairement, philosophiquement ou métaphysiquement supérieur au polythéisme, puisqu’il n’existe AUCUNE preuve de l’existence d’un seul et unique Dieu.

Les monothéismes ont fait preuve d’une intolérance totalitaire féroce, contrastant avec le polythéisme au nom duquel aucune guerre de religion n’a jamais été menée. Cette intolérance découle logiquement de l’idéologie monothéiste, elle est dans son ADN, puisque par définition le monothéisme n’admet pas d’autre existence que la sienne.

Le grand mal qui est au cœur de notre culture est le monothéisme. A partir d’un texte comme l’Ancien Testament, qui remonte aux temps primitifs de l’âge du bronze, se sont développées trois religions qui veulent asservir l’homme : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ce sont des religions d’un Dieu jaloux, qui exige une obéissance aveugle. Ceux qui Le rejettent doivent être convertis ou éliminés. Le totalitarisme est la seule politique qui peut véritablement servir une telle conception du divin. Toute velléité de liberté met en péril Son autorité. 

En opposition avec cette vision perverse et masochiste de Dieu enfantée dans les esprits sémites, le païen, le polythéiste, il faut le rappeler sans cesse, est un homme debout face à des Dieux amis, pas des maîtres-chanteurs. Le païen n’est pas soumis à l’arme du « chantage au salut » constituée par l’acte de foi qui pose, pour ainsi dire, une hypothèque sur l’âme du croyant astreint, chaque jour de sa vie, à payer un « ratio de foi » qui lui donne, tout au plus, le droit d’espérer un salut imaginaire, « à crédit » comme l’a magnifiquement exprimé Pierre Krebs.

C’est au monothéisme que l’intolérance est indispensable. Un dieu unique est par nature un dieu qui ne tolère pas l’existence d’un autre dieu. Au contraire, les dieux polythéistes sont par nature tolérants : ils vivent et laissent vivre. En premier lieu, ils tolèrent évidemment leurs « collègues », les dieux de la même religion et, ensuite, cette tolérance s’étend aux dieux étrangers qui sont reçus avec hospitalité et à qui on accorde plus tard, dans certains cas, l’égalité de droits. Les Romains, qui de bonne grâce respectaient les dieux phrygiens, égyptiens et autres, en sont précisément l’exemple. Les Romains auraient volontiers accepté le monothéisme à la condition que ses suiveurs respectent leurs dieux. Ce sont les chrétiens monothéistes, donc par nature intolérants, qui n’étaient pas d’accord et prétendaient imposer leur culte à tous. Depuis leur apparition, christianisme inclus, ce sont les monothéismes qui nous offrent le spectacle des guerres faites pour imposer leur foi, des persécutions, des destructions des temples et lieux sacrés d’autrui, cette destruction des représentations des dieux étrangers.

Une des plus intéressantes illusions à laquelle les hommes et les nations peuvent être sujets, c’est d’imaginer qu’ils ont été spécialement élus pour être les instruments de la volonté divine. La certitude dogmatique d’être l’unique accès au vrai Dieu, d’être seul à détenir la vérité (quelle arrogance mégalomane, quelle prétention !), est implicite dans toutes les religions monothéistes. Tous les autres cultes sont considérés non seulement déplorablement mal guidés, mais également leurs fidèles condamnés à la perdition et à la damnation éternelle. Les monothéismes proclament détenir une vérité non seulement universelle, mais exclusive. Chacun d’eux prétend être le seul gardien de la révélation divine. Aucun n’admet de salut en dehors de son propre credo. Comme chaque secte monothéiste est convaincue que sa propre foi et que son adoration sont pleinement agréables à la déité et, comme nul parmi ces sectes ne conçoit que la même déité pourrait être satisfaite par des rites et des principes autres, les différentes sectes monothéistes éprouvent mutuellement de l’animosité et déversent l’une sur l’autre, ainsi que sur la foi polythéiste, ce zèle et cette haine sacrés, qui sont les plus implacables des passions humaines.

On a reproché, à juste titre au monothéisme d’entraver la liberté humaine. C’est une évidence. Beaucoup de spécialistes ont soutenu qu’il menait inévitablement au totalitarisme, tandis que les philosophes modernes voient de plus en plus le polythéisme comme une source potentielle de pluralisme, de créativité et de liberté humaine.

L’esprit de tolérance des polythéistes est tout à fait évident pour quiconque est un tant soit peu versé dans les récits des historiens et des voyageurs. L’intolérance des religions qui ont défendu l’unicité de Dieu est aussi remarquable que le principe contraire chez les polythéistes. L’esprit étroit, implacable des juifs est bien connu. L’islam a débuté sur des principes encore plus sanglants. Quant au christianisme, qui a lu Christianisme et Paganisme de Ramsay MacMullen sait par quels moyens il nous a été imposé. Mais si les polythéistes anciens furent tolérants dans l’Antiquité, en Gaule, dans l’Empire Romain finissant et au Proche-Orient, les polythéistes contemporains seraient bien avisés de modérer (et c’est un euphémisme) cette tolérance vis-à-vis des monothéismes, car c’est par une forme de naïveté dans ces temps anciens qu’ils se firent déborder puis écraser par le totalitarisme du Dieu unique et ses méthodes d’imposition extrêmement agressives. Il faut ne pas ignorer les leçons de l’histoire. Chat échaudé…