Et quel effet le multiculturalisme a-t-il sur la réalité nationale ?
L’idéologie multiculturelle s’est déployée partout en Occident, lentement à partir des années 1970, et à partir des années 1990 surtout. Et toutes les sociétés occidentales y ont été soumises par une camarilla de félons mondialistes partageant ce projet. Le multiculturalisme repose sur le fait qu’il est une critique radicale et sans concessions de l’expérience historique des sociétés occidentales, qui va jusqu’à la criminalisation de leur identité et de leur héritage. Cette criminalisation de l’identité nationale est supposée permettre, du point de vue des « multiculturels », l’émancipation de toutes les identités marginales qui auraient été étouffées par l’histoire.
En conséquence, ce que l’on pratique à partir de là, c’est une censure délibérée de l’héritage majoritaire, de l’héritage fondateur de nos sociétés au nom d’une forme d’égalitarisme multiculturel qui pense toute la réalité sociale selon les catégories inclus/exclus, dominant/dominé, ce qui fait en sorte qu’à terme cette critique radicale sert à véritablement « déconstruire » le fait national et à remplacer nos sociétés, le régime politique de nos sociétés, par une forme de convention multiculturelle, d’égalitarisme multiculturel, qui repose sur la révocation de leur expérience fondatrice.
L’idéologie multiculturelle c’est donc l’expérience de la conversion culturelle du marxisme. Il y a dans le multiculturalisme cette espèce d’idée « progressiste » qui consiste à lutter systématiquement contre la nation qui serait vue comme l’aliénation des aliénations.
Le multiculturalisme implique une logique de fragmentation sociale. Il transforme la société en un champ d’une guerre civile permanente, une guerre civile de basse intensité, mais permanente. Mais cette espèce de censure, de criminalisation des identités nationales, repose sur un fait que certains occultent, et qui est que pour l’immense majorité des sociétés occidentales, pour leur population, le fait national demeure fondamentalement positif, le fait national demeure une référence, une norme légitime. Ce qui fait en sorte que l’on voit aujourd’hui, partout en Occident, une nette rupture entre d’un côté l’idéologie multiculturelle très en vogue dans les couches sociales supérieures bien souvent, et l’idée nationale, la réalité nationale, l’identité nationale qui demeurent très fortes dans les classes moyennes et populaires. Mais il n’y a là rien de nouveau, « l’élite », la bourgeoisie, ont toujours été attirés par l’apatride, et le peuple par la nation.
La gauche « progressiste » veut imposer le multiculturalisme destructeur des patries charnelles. Elle est aussi schizophrène. Pour preuve, citons à ce propos une figure de son panthéon, Jean Jaurès : « A celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien ». Mais partout en Occident, la pensée de gauche a implanté de force le modèle multiculturel qui est précisément l’antithèse de la patrie charnelle. Et lorsque les peuples se sont rendu compte de cette tentative de confiscation de leur identité, et se sont rendu compte des conséquences réelles néfastes d’un tel modèle, se sont alors formées des « rébellions identitaires » à grande échelle, qui sont des rébellions démocratiques.
Notre société ne peut pas trop s’écarteler sans éclater. On voudrait nous faire célébrer les « vertus de la différence », mais l’exercice a des limites que l’on atteint très rapidement, qui sont celles des autres peuples de notre continent. Au-delà de ces limites l’excès d’hétérogénéité sociale entraîne une situation d’implosion collective. La principale menace pour un peuple est la disparition dans l’abstraction, quand on oublie qu’il faut des frontières. Une identité, cela ne peut pas être tout et n’importe quoi. Aujourd’hui, en « amincissant » les nations occidentales par une sorte de « diète identitaire » d’anorexique, on les pousse à la disparition dans un pur squelette juridique. Imaginons une société où il n’y a plus de représentation d’un destin commun ; alors tous les groupes qui sont dans cette société-là se tiennent à distance les uns des autres, dans un repli propre à leurs identités respectives. Une société qui s’éparpille en identités concurrentes et rivales n’est plus capable de se reconnaître un horizon, flou peut-être, mais qui est néanmoins indispensable pour faire artificiellement tenir un « vivre ensemble ».
La multiplication des groupes de pression, la multiplication des identités, la perte du sens de l’État, mènent à une paralysie politique de nos sociétés. Une société qui n’est plus capable de capitaliser sur son expérience historique est condamnée à la paralysie politique. L’antiracisme est une arme formidable pour réduire au silence tout discours identitaire, nationaliste. La problématisation du racisme dans le champ des sciences sociales a permis de faire ravaler l’expression du nationalisme majoritaire au rang d’une pathologie sociale à refouler le plus loin possible dans l’espace public. L’oligarchie politico-médiatique occidentale catégorise sous le signe du racisme la défense de l’identité nationale. On considère aujourd’hui que le fait d’exiger des nouveaux arrivants qu’ils s’intègrent à la majorité d’accueil est une forme de racisme culturel. Mais à quoi rime cette espèce d’extension du mot « racisme » ! Ce mot, tel qu’utilisé par l’antiracisme militant idéologique, a une fonction claire : il sert à criminaliser la seule évocation d’une critique du multiculturalisme. Les gens s’expriment, quelquefois maladroitement, mais ils s’expriment, et immédiatement leurs propos sont interprétés par la pensée unique obligatoire comme des préjugés, comme du racisme. Et le vocabulaire est riche pour stigmatiser ! On voit véritablement l’utilisation du « racisme » non pas dans sa définition et son sens réel, mais tel que défini par l’antiracisme idéologique. Il sert à stigmatiser tous les défenseurs de l’identité nationale, et sert à criminaliser les adversaires du multiculturalisme. Le politiquement correct est cette machine à censurer la critique du multiculturalisme.
La conversion des sociétés occidentales au multiculturalisme est une conversion forcée, pilotée par une technocratie militante qui a détourné les institutions publiques de leur fonction protectrice pour les mettre au service d’une politique censée reprogrammer l’identité des collectivités. Le « progressisme » ambiant, criminalise à la fois l’identité nationale et les classes populaires et moyennes. Il dit qu’elles sont portées par un vieux fond xénophobe, il les « bestialise », il présente une vision presque haineuse du peuple. Dans la mentalité technocratique, une fois présentée une vision aussi haineuse de la population, une fois la population criminalisée, on ne va certainement pas laisser le pouvoir à ces gens-là, on ne va pas consentir à la souveraineté d’une population qui est immédiatement présentée comme ayant besoin d’une grande thérapie pour sortir de ses démons. Dans cette perspective, le propos ancre le pouvoir vers une gouvernance supposée être capable de contenir des majorités immédiatement taxées d’intolérance. Il faut donc confier le pouvoir à la technocratie mondialiste qui, elle, saura assurer une gestion de la « diversité » à la lumière de la « raison progressiste ». Cela va ensemble, refus du peuple, et invention d’un système politique fondé d’une part sur un véritable piétinement désormais au grand jour de ce qui avait été vendu en tant que principe fondateur de la démocratie, à savoir la souveraineté populaire (un leurre, une escroquerie depuis toujours), et d’autre part sur l’alliance du juridique et du technocratique avec le vrai pouvoir dans la coulisse, le pouvoir financier, les élus n’étant plus que des pantins à la carrière choisie et placée pour mettre en œuvre les instructions dudit pouvoir.
Il y a tout simplement chez les mondialistes une phobie de l’idée nationale. Que nous dit l’establishment multiculturel « progressiste » sur ce point ? Il nous répond de manière assez claire « nous n’acceptons plus l’idée de nation ». L’idée nationale, avec sa capacité de mettre en forme une société à partir d’une réalité qui est celle d’une expérience historique partagée, on la censure, et c’est ainsi que se fait la criminalisation des identités nationales.
On parle souvent en ce moment de l’hystérie des classes populaires lorsqu’elles s’expriment à propos du multiculturalisme. Il faudra un jour poser la question de l’hystérie d’une « élite » qui nous dit une chose très claire à travers tout cela : qu’elle n’aime pas le peuple, et qu’elle n’aime pas l’identité nationale. On voit là véritablement la rupture entre les classes populaires et « l’élite », rupture qui est au cœur du problème contemporain dans lequel sont plongés les pays pris dans la construction européiste.
