Le débat sur la loi de finance pour 2025 arrive à l’Assemblée nationale, sur les recettes d’abord, avec le désir du gouvernement d’augmenter encore impôts et taxes. Mais est-ce encore possible ? Y a-t-il encore une marge de manœuvre fiscale chez les Français ?
On le dit depuis quelques jours, la crise budgétaire laissée par cinquante ans de fuite en avant (le dernier budget en équilibre français date de 1974) est telle, et l’état d’esprit de révolte chez plusieurs à l’idée d’augmenter les impôts, nous obligent à regarder ce projet de loi de finance en construction, autrement qu’à la manière d’un examen technique habituel (simple exercice comptable et on passe à autre chose…).
L’ampleur de la crise devant laquelle nous nous retrouvons, de la dette dont nous parlons, pendant que son responsable intouchable continue sa petite vie tranquille dans son palais gardé, comme tous ceux qui lui ont servi de Premier ministre (ce régime est une honte), devant l’asphyxie fiscale de beaucoup de Français (rappelons que nous ne voyons pas en France la couleur de la moitié de notre argent gagné durant toute une année, et ceci toute notre vie, nous sommes la moitié du temps les esclaves de l’État, voir notre article La France, cet enfer fiscal, cliquez sur son titre pour y accéder), tout ceci nous oblige non plus à débattre à l’intérieur des paramètres fixés du débat public convenu, établi, mais à débattre de ces même paramètres, à savoir sommes-nous arrivés au terme d’un modèle dans la gestion des finances publiques, au terme d’une certaine manière d’aborder l’État ?
Car que voit-on pour l’instant ? Des annonces d’augmentation des impôts et de baisse de certaines dépenses, ce qui donnerait une forme de dernier sursis à un système qui objectivement court à la faillite. Le problème est que les augmentations d’impôts seront bien réelles alors que les baisse de dépenses, c’est maintenant su, ne se feront pas sur les postes où il faudrait les faire, véritablement décisifs pour être efficace, mais sur des postes gadget, secondaires, ce qui n’aura que des effets homéopathiques dans la baisse des dépenses, sans correspondance avec le nécessaire.
Alors ne serait-ce pas l’occasion de réfléchir un peu au modèle dans lequel nous sommes enfermés. Ce modèle, il est le fruit du « socialisme mental », c’est-à-dire que socialistes et étatistes de gauche, du centre et de droite s’entendent pour estimer que l’État n’a jamais assez de ressources, et doit toujours trouver le moyen d’étendre l’assiette fiscale en taxant et imposant de mille et une manières, sous les prétextes les plus fallacieux et malhonnêtes (ainsi de la taxe que nous jugeons délirante sur la production : vous fabriquez un boulon, ou quoi que ce soit d’autre, il tombe dans le bac des boulons usinés, vous ne l’avez pas encore vendu, mais vous allez payer une taxe sur ce boulon du simple fait de l’avoir produit ; ou du cafetier qui fait entrer un baby-foot dans son établissement et qui est taxé pour cela alors qu’il est déjà taxé sur le chiffre d’affaire de son établissement et qu’il a payé la TVA sur le dit baby-foot en achetant celui-ci ? Quelle espèce de cervelle putride de vautour faut-il avoir pour imaginer pareils justificatifs pour prendre de l’argent à la population ?).
Il faut donc poser la question des paramètres du débat sur les finances publiques, et redéfinir ces paramètres, en précisant qu’une réflexion sérieuse sur l’économie n’est pas qu’une réflexion technique. C’est une réflexion sur notre conception de la richesse, de la liberté, et du partage dans la société, sur la nature de l’être humain. Il y a là une dimension anthropologique de l’économie, ce qui est trop souvent oublié. Et pourtant elle est devant nous aujourd’hui.
Il y a deux conceptions de la richesse. La conception socialiste, collectiviste, étatiste, celle dans laquelle la France est prise jusqu’aux yeux, qui postule la richesse à la manière d’une somme, d’un montant, qui serait incréé et à disposition, il y a de l’argent. A partir de là, cette somme, il faut se la partager, mais toujours selon une logique égalitaire, pour la plèbe bien sûr, l’État se taillant la part du lion. Et dès lors que le socialisme mental considère qu’il y a une disparité entre les revenus de la plèbe, que certains ont plus que d’autres, ce n’est pas le fruit de leur travail, de leurs efforts, du fait que certains pourraient avoir de meilleures idées que d’autres pour créer, c’est simplement le fruit d’un système inégalitaire, inique, qu’il faut corriger. Donc toute politique économique budgétaire sociale doit avoir comme objectif la sacro-sainte égalité (dans les faits pas toujours existante), rien au-delà de l’égalité, et dès que l’on prononce le mot inégalité c’est pour nommer un problème. L’objectif, c’est de couper ce qui dépasse, pour que tous ensemble nous soyons pauvres ensembles. Nous sommes là dans la pleine et stricte obsession égalitaire du lit de Procuste, ignoble personnage qui dans la mythologie grecque attirait les voyageurs dans sa demeure où se trouvaient un grand lit et un petit lit. Il obligeait les petits visiteurs à se coucher dans le grand lit, et les grands à se coucher dans le petit lit. Puis il les étirait, ou leur coupait les membres, afin de les mettre à la dimension de leur couche. Et dans cette logique il y a le rapport à l’État. L’argent que vous gagnez ne vous appartient pas. Il fait partie de cette somme générale à disposition de l’économie et dont le propriétaire est l’État, qui se sert, prend sa part, et toujours une plus grosse part, et vous laisse ce qui est juste nécessaire pour la gestion de vos jours ordinaires, que vous puissiez continuer à faire tourner la machine, et pour que vous ne vous révoltiez pas.
Et il y a une autre conception de la richesse, plus libérale, qui voit la richesse comme une dynamique. Elle se crée, mais il y a pour cela des conditions maximales institutionnelles, culturelles, sociales, idéologiques, pour faire que la richesse augmente régulièrement, autrement dit la croissance. Pour qu’il y ait croissances, les grands économistes libéraux l’ont dit de longue date, il faut qu’il y ait un minimum de stabilité institutionnelle, c’est-à-dire que l’on sache dans quelles règles nous jouons, que les impôts ne varient pas sans cesse par exemple. Si dans un pays les règles changent sans cesse, en tant qu’investisseur vous allez avoir tendance à vous méfier de ce pays, de ce système, et l’individu lui-même va se dire mais que se passe-t-il, je ne comprends pas ces règles faisant radicalement monter les impôts d’un coup, sans que l’on nous ait prévenus, on nous détrousse. Non seulement augmenter les impôts et les taxes, mais aussi selon l’idée qui se met à circuler dans l’actualité en ce moment d’aller se servir dans l’épargne des Français, piller l’épargne ! Nous sommes mis devant le fait accompli d’un changement des règles. Les meilleurs économistes ont donc dit qu’il faut un contexte national stable. Mais tous ajoutent qu’il faut une autre chose pour que la richesse se crée (et lorsque la richesse se crée tous finissent par en profiter, il n’est que de voir l’aisance des Scandinaves aux pays bien gérés par un mental et un personnel politique autrement plus vertueux que la clique de fléaux français), il faut maximiser autant que possible l’espace de liberté, parce que cela est favorable à la créativité, à l’innovation. Cela fait en sorte que chacun, selon son talent, peut faire bien, faire davantage pour lui et les siens, et la collectivité finit par en tirer avantage. Dans cette optique, il y a bien sûr des gens qui s’en tirent moins bien que d’autres, des malchanceux. Il faut les aider bien sûr, mais les aider ne veut pas dire ramener tout le monde au niveau du malchanceux, ce que fait le socialisme mental à l’œuvre en France pour son plus grand malheur, au nom de la « lutte contre les inégalités ».
Une chose est certaine quand on parle de création de richesse, non pas la richesse stable des socialistes, mais la richesse croissante, il faut limiter les facteurs dissuasifs, à savoir cette idée que si vous travaillez fort la part qui va vous revenir sera néanmoins mineure parce que toujours l’État prend sa part et sa plus grosse part, considérant que ça lui appartient. L’État ne doit pas créer des entraves au désir d’activité économique. Il passe son temps à cela ici. Mais plus encore, il ne doit pas non plus utiliser l’argent public en croyant aider une partie de la société alors qu’il handicape l’ensemble, la subvention souvent à des secteurs économiques qui sont en panne, qui n’ont pas été capables de se moderniser par exemple, et c’est l’ensemble des contribuables qui financent ces secteurs économiques défaillants. Précisons pour l’occasion que l’une des formes de ces subventions est l’immigration massive que l’on connaît, qui est une subvention déguisée (par fourniture de main d’œuvre docile et corvéable), à ceux qui n’ont pas été capables de faire fonctionner leur outil autrement, de moderniser leur modèle économique, et qui ne peuvent fonctionner qu’avec une main d’œuvre à bas salaires (voir l’importance de la robotisation dans certains domaines de production au Japon, sans nécessité d’avoir des zozos importés pour faire tourner l’outil), secteurs que l’ensemble de la société va devoir financer ensuite.
Quand on consent cette augmentation croissante des impôts, on finance la croissance de la bureaucratie, on finance souvent des emplois publics inutiles (combien de zozos importés en gilets violets sur les quais de gare ou de métro et qui ne connaissent même pas le réseau pour vous répondre sur une destination, payés à papoter entre eux, de véritables emplois fictifs pour donner un salaire à des incapables que l’on a installé dans le pays), on finance l’assistanat, on finance des dépenses inutiles, et des dépenses nuisibles comme l’ensemble de ces associations militantes qui n’existent que grâce à l’argent public et qui une fois subventionnées font le procès de ceux qui leur donnent de l’argent. Il serait plus avisé que l’État dispose de moins de ressources pour l’obliger à ne plus dépenser n’importe comment dans des domaines inutiles alors que tant d’autres domaines crient misère (Police, Justice, Santé…). La dépense publique peut devenir contre-productive, et pourtant l’État en France en veut toujours plus.
L’État et le gouvernement, quel que soit ce dernier, en France ont toujours l’idée qu’il y a une marge d’augmentation fiscale disponible. Au terme de sa vie et de sa carrière, Michel Barnier regarde les Français, les gens les plus taxés d’Occident, et leur dit : « Il y a encore quelque chose à prendre… ». Il est toujours plus facile de taxer les enracinés modestes que de taxer l’oligarchie mondialiste nomade qui vit dans les aéroports. Quand vous gagnez votre vie sur le sol de vos ancêtres, le sol qui vous a donné le jour, vous n’avez pas de stratégie d’exil, d’expatriation, l’exil est quelque chose de compliqué pour la plupart d’entre nous, et nul ne désire s’exiler pour des raisons fiscales, sauf exceptions, il faut un mental et une idéologie de nomade mondialiste pour considérer que la nation est un cadre dépassé qui n’a plus d’intérêt. On a donc une population captive que l’on matraque. Augmenter un impôt, ça fonctionne bien la plupart du temps parce que les révoltes fiscales (la dernière en date fut celle des Gilets Jaunes) sont devenues assez rares, la répartition de l’impôt est telle que chacun se dit ok, on m’en prend encore plus, mais ce n’est pas encore suffisant pour se révolter (ce qui soit dit en passant valide la croyance du pouvoir selon laquelle il y a toujours une marge d’augmentation fiscale disponible, alors que les gens sont en réalité étranglés et à bout). Il y a ici la figure du « contribuable domestiqué », qui a intégré que ça pourrait toujours être pire.
Mais pourquoi est-ce si difficile pour le pouvoir de se résoudre à couper dans les dépenses folles ? D’abord parce que nous avons un système médiatique qui amplifie les revendications, les doléances, les critiques, les lamentations de tous ceux qui n’aiment pas que l’on touche à leurs privilèges et qui vivent de la gamelle de l’État, système médiatique très rapidement saturé où l’on présente un gouvernement qui coupe à la manière d’un gouvernement inhumain, qui arrache tout, il y a un récit médiatique qui fait en sorte que si un gouvernement veut faire preuve d’une véritable rigueur budgétaire, il est diabolisé. Et le pouvoir en France est fait de froussards, qui cèdent face à cette diabolisation. Il y a aujourd’hui des pans entiers de la société qui n’existent et vivent que sous perfusion publique. Quand vous coupez ça, inévitablement il y a un prix à payer, social, de turbulences, sans oublier le rôle des syndicats qui tiennent en otage souvent les services publics, et si on décide de faire des coupes ils sont capables de paralyser la société assez brutalement. Qu’a fait Margaret Thatcher sentant arriver suffisamment en amont la grève des cheminots ? Elle a fait embaucher et former en secret des conducteurs de trains qui le moment venu ont pris la place des grévistes, et fait donner la troupe contre toute action de blocage, ruinant la démarche syndicale. Les britanniques ont eu des trains roulants. Encore faut-il avoir des couilles pour cela, ce qui n’est pas le cas de la classe politique systémique française. Il y a aussi la logique du clientélisme étatique. L’État a des clientèles qu’il a acheté, soit par des emplois, soit par des subventions, et il s’étend ainsi sans cesse. S’étendant sans cesse, il est de plus en plus difficile de le contester, parce que chacun a intérêt à voir l’État s’étendre toujours davantage. Quand vous avez des groupes qui s’opposent à telle coupe de service, c’est toujours présenté comme une mutilation du bien commun, jamais comme une forme de volonté vertueuse de décrasser la machine de ses excès. Mais l’État ne peut s’étendre à un point tel qu’il étoufferait totalement les forces productives, parce que si ceux qui travaillent, créent la richesse se révoltent vraiment, tout le système qui vit en les vampirisant risque de s’effondrer, ou de basculer dans une crise qui peut aller jusqu’à l’effondrement, on ne tue pas totalement bête de laquelle sont perfusés tous les autres.
Certains voient dans cette affaire une nouvelle lutte des classes. On peut dire qu’il y a d’une part les « classes bureaucratiques », ceux qui n’existent que par l’État. Ces différentes formes d’assistanat (par l’emploi, par la subvention), ont intérêt à ce que l’État s’étende. Et il y ceux d’autre part les classes plus productrices, qui elles constatent qu’elles sont pressurisées, et qu’elles ne parviennent plus à s’en sortir. De là des comportements qui font que des citoyens finissent par se retirer du système de production économique ou cherchent à le contourner parce qu’ils savent que cela joue contre eux.
Or, couper dans les dépenses, ça ne veut pas dire couper dans les services élémentaires à la population, ça veut dire couper dans les privilèges et les gaspillages, cela revient à débureaucratiser massivement la société, et couper les services pompes aspirantes de l’immigration qui coûte si cher au pays. Encore faut-il un pouvoir qui ait fait l’analyse et la liste de tout ce qui doit être taillé, ce qui n’a jamais été fait en France, il y eu des ministres chargés de la « Réforme de l’État et de la Simplification », cette affaire n’a toujours été qu’une vaste blague stérile, sans volontarisme du chef de l’État en poste.

