Toutes les tentatives modernes – ou presque – d’explication du phénomène humain se ramènent le plus souvent à l’affirmation gauchiste péremptoire d’un « sens » et d’une « accélération » de l’histoire, desquels il ressort que l’homme est seul maître de son destin et que c’est la raison pour laquelle il est en train de bâtir un âge d’or que nos ancêtres ont été incapables de concevoir et de réaliser parce qu’ils n’étaient pas « évolués ». De tout temps, les hommes se sont plu à imaginer une ère fortunée, réalisant toutes leurs espérances, tous leurs rêves de félicité. C’était l’âge d’or, dont la tradition se retrouve chez presque tous les peuples de l’Antiquité. Tandis que les modernes considèrent l’humanité comme s’élevant par un progrès continu vers un état meilleur, les Anciens inclinaient au contraire à croire que l’âge d’or était dans le passé, et que les générations successives suivent, surtout sous le rapport des mœurs, une marche rétrograde, et qu’elles sont en proie à une corruption toujours croissante. Et de fait, quand on compare par exemple ce que furent les 300 Spartiates des Thermopyles avec les élucubrations du Gender et de « l’homme déconstruit » on ne peut donner que raison aux Anciens.
Le mantra que scandent les modernes, c’est « L’âge d’or qu’une aveugle tradition place dans le passé, est en réalité devant nous », les célèbres « lendemains qui chantent » chers aux communistes. Et tous les ouvrages – ceux qui bénéficient d’une importante publicité commerciale – qui paraissent sont tellement imbus de cette idéologie progressiste que les esprits en sont saturés, en sorte que toute tentative s’écartant un peu de cette ornière apparaît comme une lueur au milieu de la nuit confuse. Et cela d’autant plus que l’homme contemporain, celui de tous les jours, constate, grâce à ce qui lui reste encore de bon sens non encore annihilé, que la plupart des faits, lorsqu’ils ne sont pas immédiatement travestis et dans la mesure où ils sont révélés, apparaissent le plus souvent en contradiction avec la théorie dont on l’abreuve. C’est ainsi, exemple entre mille, que le « progrès » dont la gauche nous affirme qu’il est constant en tous les domaines va de pair avec une recrudescence accélérée et savamment orchestrée de la régression, de la déconstruction… En ce sens, nous sommes hélas d’accord pour constater qu’il y a progrès ! Les gens doivent prendre conscience du chaos dans lequel l’homme du vingt-et-unième siècle vit. C’est la caractéristique même de cette « fin des Temps », de l’Âge sombre, du Kali Yuga dont la manifestation majeure est la confusion des esprits, soit par des contradictions flagrantes et apparemment inexplicables, soit par l’inversion totale des valeurs.
Les évènements n’ont pas manqué depuis un siècle d’éveiller de nombreuses inquiétudes chez les plus illustres de nos contemporains et de diviser pratiquement le « monde-qui-pense » en deux fractions : ceux qui croient au « Progrès » et ceux qui n’y croient pas… D’ailleurs jamais davantage qu’aujourd’hui nous n’aurons vécu sous le signe du Dualisme, et ceci sur tous les plans de la réalité : tandis que tout l’appareil officiel des propagandes progressistes (que celles-ci soient d’ailleurs d’inspiration « capitaliste » ou « communiste » pour employer des étiquettes connues) s’acharnent à imposer aux peuples l’idée d’un « Progrès » rectiligne et indéfini de la civilisation soi-disant en route vers un âge d’or aussi technocratique qu’inéluctable. Mais de plus en plus d’esprits doués de sens critique prennent conscience depuis le début du XXe siècle d’une évidence manifestement contraire. Et le païen identitaire sait que le temps n’est pas rectiligne mais cyclique.
En 1917 éclate une bombe avec le livre désormais classique et constamment réédité d’Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident. Tout un groupe d’écrivains épouvantés par l’absurde et inutile barbarie de la Première Guerre mondiale qui a détruit presque toute l’élite de la race blanche, se met alors à s’interroger sur les notions de civilisation et de progrès, car aucune guerre du passé n’avait jamais eu ce caractère de génocide scientifique.
L’écrivain catholique Georges Bernanos, dans une conférence prononcée à Bruxelles en 1927, précise la nature de l’angoisse post-Première Guerre mondiale de ceux qui osent s’interroger sur cet évènement et sur le progrès : « La guerre m’a laissé ahuri, comme tout le monde, de l’immense disproportion entre l’énormité du Sacrifice et la misère de l’idéologie proposée par la presse et les gouvernements. Et puis encore, notre espérance était malade, ainsi qu’un organe surmené. La religion du Progrès pour laquelle on nous avait poliment priés de mourir, est en effet une gigantesque escroquerie à l’espérance !… » (Cité dans le numéro des Cahiers de l’Herne consacré à Bernanos).
L’inversion des valeurs traditionnelles caractérisant fondamentalement « l’époque de la Fin », il est logique que, sociologiquement parlant, se soit depuis quatre siècles déroulé, puis soit maintenant accompli, un processus de destruction de toute hiérarchie véritable qui n’est que l’un des aspects de la désagrégation générale de ce qui faisait la stabilité et la pérennité de la société d’autrefois.
Ceux qui ont su se laver de l’intoxication abêtissante des propagandes progressistes savent que la décadence intellectuelle et spirituelle de notre époque n’est pas un « accident » incompréhensible. Ils savent que parvenus à cette fin de cycle putride, il y aura diverses façons de sortir de ce temps, et que c’est l’attitude présente, de veule acceptation ou de refus lucide à l’égard des forces de subversion, qui conditionnera notre destin. Nous sommes dans le temps du Mensonge tout puissant. Le retour à la Tradition nous permet de nous en préserver spirituellement.
