La « Sécu »…

Le système français de Sécurité sociale a été institué à la « Libération » par l’appareil communiste (le gouvernement comprenait quatre ministres communistes dont celui de la Santé) au profit de l’appareil communiste (par le biais de la CGT qui y faisait vivre un nombre pléthorique de ses cadres), et l’origine de son financement fut le vol pur et simple des caisses des mutuelles indépendantes mises en place au cours du siècle précédent. Cette idée de faire main basse sur les contributions solidaires internes à certaines professions n’était pas nouvelle, l’économiste français Frédéric Bastiat (sur lequel nous venons de publier Bastiat, le libéral inconnu des Français), l’avait magistralement prévu et décrit dès 1850 dans des Propos contemporains des premières sociétés de secours mutuel jaillies spontanément au milieu du XIXe siècle chez les ouvriers : « Supposez que le gouvernement intervienne. Il est aisé de deviner le rôle qu’il s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser et, pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. »

Depuis, tous les Français naissent et meurent dans ce système obligatoire de cotisation, le système général par répartition valant aussi bien pour les soins que pour la retraite, nonobstant la nécessité désormais, face aux abus et aux déficits, de recourir au système de capitalisation individuelle du système privé.

Marquée d’un tel péché originel, la Sécurité sociale ne pouvait être que ce qu’elle est : un système irresponsable et soviétiforme, un gouffre financier sans fond, auquel toute la classe politique du régime tient pourtant comme à la prunelle de ses yeux, qui n’a pu faire illusion qu’en période de forte croissance, et parce qu’on se gardait bien de faire constater aux salariés que plus de la moitié de leur salaire réel était prélevé pour assurer leur merveilleuse « protection sociale ». Depuis, les Français ont eu l’occasion de savoir qu’a été établi le « jour de libération fiscale » dans le calendrier, à partir duquel ils commencent à travailler uniquement pour eux et pas pour l’Etat (nous renvoyons le lecteur à notre autre article édifiant La France, cet enfer fiscal, spécialement sur la fin de l’article consacré à un mémoire de thèse signé Xavier Badin).

Pour tenter de faire survivre ce monstrueux dévoreur, les gouvernements n’ont cessé et ne cessent d’augmenter les cotisations et de baisser les remboursements et les prestations réelles. Quelques voix libérales réclament la privatisation de la protection sociale, et les tenants du dogme répondent qu’il ne peut être question de toucher au fleuron de la « solidarité ». Telle est une fois de plus la fausse alternative entre libéralisme capitalistique et collectivisme. La protection sociale n’a pas davantage vocation à devenir l’enjeu d’appétits financiers privés que d’être une agence para-étatique irresponsable. La véritable solidarité ne peut s’exercer d’abord qu’entre les hommes, là où ils vivent, là où ils travaillent. Tel était le sens des premières mutuelles. Telle est la voie à redécouvrir.