Gueule de bois post-électorale

Très inconfortable réveil, au lendemain de cet épisode électoral, européennes, et législatives nationales 2024. La France est dans une crise inédite dans l’histoire de la Ve République. Une crise où le système politique produit le contraire de ce à quoi aspire la grande majorité de la population. Sur la question de l’immigration, il est désormais établi qu’il y a une majorité très importante d’idée en France pour stopper l’immigration massive extra-européenne. Non pas pour la ralentir, pour la modérer, mais pour la stopper. Or le régime fondamentalement continue d’imposer cette immigration massive aux Français. Il démontre s’il en était encore besoin combien cette démocratie « représentative » est une escroquerie(*) qui se fout de l’avis des gens pour ne retenir que le sien. Les Français ont beau crier sur le mode du désespoir, on ne les entend pas, et on leur impose le contraire de ce qu’ils expriment souhaiter. L’oligarchie bourgeoise mondialiste agit au grand jour. Il en va de même de sa surdité volontaire et méprisante sur tous les autres sujets, s’agissant de l’insécurité, de délinquance et de criminalité, du pouvoir d’achat, de la perte de souveraineté à travers l’inféodation à l’Union européenne, des agriculteurs en train de crever… Ce sont des démophobes (voir notre article La fin de 50 ans de déclin, répertorié dans la thématique République, Démocratie, Vie politique française). Les gueux ne comptent pas, ils n’ont qu’à fermer leur gueule, et subir sans broncher. Dans la situation actuelle, nous n’en sommes plus à un décalage entre les institutions et la population, mais à un retournement des premières contre la seconde.

Cette crise n’est pas conjoncturelle contrairement aux apparences, elle est structurelle. Elle s’inscrit dans un mouvement plus largement observé.

L’analyse des politiques et de l’action publique lève une des contradictions fondamentales des régimes classés parmi les démocraties. D’un côté, le nombre d’acteurs pouvant prétendre à jouer un rôle dans l’action publique (McKinsey par exemple pour prendre un cas désormais médiatisé) a connu une forte hausse et le nombre des « réseaux d’action publique » a augmenté. Il est aujourd’hui devenu usuel de retirer aux autorités publiques le monopole de la définition et de la mise en oeuvre de la chose publique dans un contexte de fragmentation des lieux de pouvoir et de polyarchie concurrentielle. Mais cela n’empêche pas pour autant l’existence d’espaces oligarchiques fermés et peu concurrentiels de décision. Les démocraties sont dans un ordre politique fondé sur la juxtaposition des lieux décisionnels en compétition, dont certains particulièrement fermé sur des « élites ». Par ailleurs, et parallèlement, cette élaboration de politiques s’isole des procédures de la démocratie qui était en place jusqu’alors, la représentative. La démocratie occidentale a basculé dans une situation d’espaces non pluralistes. Elle réalise la définition de l’autoritarisme du sociologue espagnol Juan Linz dans son livre Régimes totalitaires et autoritaires : régime dans lequel la concurrence pour l’accès au pouvoir ou aux lieux de décision est réduite, régime où le pluralisme est limité et où le suffrage universel est mis à distance. Pour les gens de la caste en place (qui refusent l’hypothèse « démocratique » de l’alternance libre) « La seule majorité possible, c’est celle qui va de la droite modérée à la gauche modérée », autrement dit tout ce qui a constitué « l’extrême-centre » fait du parti centriste auquel se sont joints de nombreux renégats issus du Parti socialiste et de la droite molle ex-RPR ex UMP LR, gouvernance sous dérive autoritaire aujourd’hui littéralement vomie par la majorité des Français. L’exemple des Barrot père et fils, des Stoléru père et fille (Emmanuelle Wargon, ministre dans le gouvernement Castex) montre que la gouvernance dite « démocratique » repose autant si ce n’est davantage sur la cooptation discrète de décideurs se sentant en connivence que sur l’élection ou la représentation organisée, et que cette gouvernance s’apparente davantage en définitive à un régime autoritaire déguisé dont les agents se prennent pour des « despotes éclairés ». Ainsi, plus les lieux de fabrication des dispositifs de politique publique sont fermés, sélectifs, élitistes et coupés de la « politique électorale » c’est-à-dire indifférents à l’expression du peuple, plus leur caractère démocratique s’estompe au profit d’un « pluralisme limité », d’isolats autoritaires.

Cela étant dit, et pour revenir à la situation française actuelle, c’est le jeu d’Emmanuel Macron de faire comme si rien ne s’était passé et que de vouloir perpétuer la gouvernance de cet extrême-centre en place depuis son accession au pouvoir. Les recompositions de l’action publique dans les pays occidentaux depuis une trentaine d’années ont laissé voir un « engouement » pour la gouvernance sans gouvernement et pour la « démocratie technique » (la Belgique en 2010-2011, en 2018-2021), de hauts fonctionnaires se chargeant simplement de mener les affaires courantes, ce dont peuvent accoucher la nouvelle composition de l’Assemblée nationale et la situation de blocage qui est en place.

(*) Nous insistons fréquemment, en fait à chaque fois que le sujet Démocratie se manifeste, sur le caractère frauduleux de celle-ci, en suggérant au lecteur de se tourner vers ces cinq articles fondamentaux à lire dans leur ordre de présentation, qui en font la démonstration :

1° Sommes-nous en démocratie (thématique République, Démocratie, Vie politique française)

2° La démocratie mérite bien un procès (thématique République, Démocratie, Vie politique française)

3° On vous a dit que la République c’est la démocratie ? (thématique Philosophie politique fondamentale)

4° La démocratie représentative, cette admirable mécanique (thématique République, Démocratie, Vie politique française)

5° L’astuce finale qui a trompé le peuple (thématique Philosophie politique fondamentale)