Nous vivons la fin de cinquante années de déclin de la France, et du bloc politique central. Abel Bonnard écrit en 1936 dans son livre Les Modérés, que la faiblesse de ceux-ci devient fascinante quand on considère tous les événements qui en sont sortis. Fascinante en effet, quand on constate l’ampleur des maux que les modérés ont infligé à la France depuis la présidence Giscard. Enfin, modérés selon l’étiquette convenue qu’ils sont parvenus à implanter dans la majorité des cervelles. Car ce sont en fait des radicaux enragés. En effet, il n’y a rien de modéré à vouloir modifier la composition de la population de tout un pays par l’imposition de la société multiraciale, on voit bien là la radicalité d’une telle pensée.
La France est arrivée à saturation. L’élection présidentielle de 2022 s’est faite dans un contexte mêlant abstention, citoyens non-inscrits sur les listes électorales, votes blancs, votes nuls, Emmanuel Macron n’a été élu que par 10 à 12 % de la population, il ne représente pour ainsi dire personne. A partir de là, au bout d’un moment, la coupe est pleine. Platon affirme que quand il y a dégénérescence de la démocratie, apparaît une « théâtrocratie ».. C’est ce qui se déroule sous nos yeux. Le propre d’un théâtre c’est que quand il est bon, ça marche, pour un temps, mais au bout d’un moment on le siffle. Blaise Pascal pour sa part disait que quand il y a dégénérescence il y a divertissement. Plus près de nous Debord parlait de la Société du spectacle, et Baudrillard de simulacre. C’est ce qui justifie qu’à un certain moment il y a saturation. Par une lente sédimentation, un verre d’eau que l’on sale et que l’on sucre, on ne voit pas jusqu’au dernier moment qu’il est saturé.
Nous vivons la fin de cinquante années de déclin de la France, et du bloc politique central. C’est aussi l’avis de Jérôme Fourquet (La France d’après, Éditions du Seuil), qui parle d’un moment actuel d’accélération. Chez Machiavel, il y a à un moment un désaccord entre la pensée du Palais et la pensée de la place publique. Et c’est à ce moment que Machiavel dit « secessio plebis ». C’est ce qui est en train de se passer actuellement, la coupe est pleine. La logorrhée présidentielle est désormais clairement perçu pour ce qu’elle est : il baratine. La théâtralisation de la politique ne renvoie plus stricto sensu à ce qu’est le politique. La politique c’est le baratin que l’on tient, le politique c’est la gestion de la Cité, et gestion il n’y a plus. L’enfumage ne marche plus, et l’on va voir ce processus de désaccord se multiplier entre le peuple et le palais.
Le déclin est constaté, par un effondrement général du pays, un mépris affiché de la gouvernance pour les « sans-dents », un délitement de l’économie, des finances, des services publics, la perte de puissance diplomatique, militaire, le refus de tirer les leçons de l’Histoire, la fuite en avant face aux réalités, le niveau scolaire calamiteux, l’insécurité qui a explosé, l’immigration volontairement sans restriction et totalement incontrôlée, le mensonge permanent sur tous les sujets, érigé en véritable méthode de gouvernement… Bilan qui saute enfin aux yeux d’une population qui veut simplement et légitimement vivre en sécurité, dans un pays sain et bien géré, ce qui lui est interdit par ces décennies de gouvernance « au centre-gauche ». Bilan d’un pouvoir déconnecté, hors-sol. Bilan du centralisme parisien. Les commentateurs politiques n’insistent pas assez sur l’incroyable événement des élections législatives européennes du 9 juin dernier, une carte de France entièrement bleue, où 94 % des 36 000 communes du pays ont placé le Rassemblement national en tête des résultats, une carte où seules demeurent en jaune Paris et un ou deux résidus urbanisés du territoire. Un vote qui est une révolte contre les « élites » parisiano-centrées.
Se pourrait-il que le « bon sens populaire » soit enfin en train de surgir, et qu’il ne se reconnaisse plus dans les étiquettes qui jusqu’à présent se sont autoproclamées seules légitimes à la gouvernance ? Nous entrons peut-être dans l’ère des soulèvements. Chaque fois que l’on arrive à la fin d’une époque, il y a quelque chose de cet ordre qui se passe, et c’est ce qui est en jeu. Les systémiques parlent de « démocratie », mais dans le fond ils n’aiment pas le peuple, ce ne sont pas des démophiles, ils sont même démophobes à bien des égards, tout simplement parce que le peuple « sent le crottin », disons-le simplement. Pour le qualifier, ils ne parlent pas de peuple mais de populisme, or ce dernier n’est que l’expression de ce ras-le-bol justifié.
Il y a déclin, mais c’est le signe qu’il y a un ordre nouveau en gestation. Le constat de ce phénomène cyclique observé depuis les temps les plus reculés n’est rien d’autre que le mot de Friedrich Hölderlin : « Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve ».
En cela s’inscrivent les mots de Guillaume Faye (L’Archéofuturisme) :
« […] il faut envisager et imaginer dès maintenant l’après-chaos, le monde de l’après-catastrophe, selon l’archéofuturisme, d’après des critères radicalement autres que ceux de la modernité égalitaire.
[…] la parenthèse des XIXe et XXe siècles une fois refermée, les hallucinations de l’égalitarisme ayant sombré dans la catastrophe, l’humanité en reviendra aux valeurs archaïques, c’est-à-dire tout simplement biologiques et humaines (anthropologiques) […].
[…] le futur requiert le retour des valeurs ancestrales et ce, pour toute la Terre. »
