Quelques considérations sur le monde politique français

Politique et politique-spectacle… Un acteur narcissique se reconnait à ceci qu’il est aussi indifférent à la pièce où il joue que passionné par son propre rôle. Le vrai politique, c’est-à-dire l’homme d’État, travaille pour un résultat réel et qui peut être lointain, qui dépassera sa propre existence ; le politicien, l’acteur du simulacre d’action, ne vise qu’à un effet apparent, mais immédiat, il n’est qu’un communicant média. L’homme d’État s’oublie dans son œuvre, l’homme politique se pavane dans son personnage, l’un s’efforce d’être le maître des événements, l’autre n’en est que le parasite, l’un craint d’être vaincu, et l’autre d’être sifflé. Ou pour le dire selon d’autres mots, la différence entre l’homme d’État et l’homme politique, c’est que le premier pense à la prochaine génération, le second à la prochaine élection. Et nous n’avons plus que des hommes politiques, des politicards. La routine ronronne sur les genoux de la destruction. Quelle que soit la réalité qui se soulève autour d’eux, les gens de la politique actuelle ont systématiquement recours au mensonge pour se maintenir, ils ne savent que se cramponner au système par lequel ils existent, répéter les formules qui les ont fait élire, et c’est la même adhésion au régime, à ce système, qui fait l’homme étiqueté à gauche et celui étiqueté à droite mener la France à sa dissolution.

Pour les Jacobins d’aujourd’hui comme pour ceux d’hier, dès qu’il s’agit de défendre leur suprématie, ils rejouent le couplet de « la Patrie en danger », ils organisent des journées, comme dans l’entre deux tours de la présidentielle 2002. Ils font paraître « le Peuple », mais ce peuple-là n’est que la marionnette du régime. Si en revanche les Français s’insurgent d’eux-mêmes, sans téléguidage, s’ils se révoltent sans qu’on le leur ait demandé, comme l’ont fait les premiers Gilets Jaunes, s’ils marquent le moindre mouvement de mécontentement sincère, ils ne sont plus que des factieux, des scélérats, des fachos : hier dans les révoltes du XIXe siècle, et le 6 février 1934, on tirait sur le peuple, aujourd’hui on le gaze, on l’éborgne, on l’incarcère pour des mois, parce que ce n’est pas le peuple que l’on a fabriqué. Et si cela ne suffit pas, ils sortent la carte mythomane de la « menace extérieure », celle de l’ogre russe en la circonstance actuelle.

Pour juger combien ce régime est rejeté du présent, quoi qu’il y dure encore, il suffit de considérer le type où il s’est incarné, celui du démagogue bourgeois. Il s’obstine à répéter ses tirades dans un drame où elles détonnent, avec un effet bouffon et sinistre.

Le camp formé par les partisans occultes du régime n’est pas seulement une association de bénéficiaires ; quoi qu’il le soit tout à fait. C’est une secte de croyants. Si peu redoutable qu’ait été jusqu’à ce jour la masse des autres, c’est-à-dire les Français dans la neutralité ou le désaccord avec eux, ces moines-soldats du régime, ces prétoriens occupant tous les postes et fonctions-clés, les craignent pour les idées qu’ils pourraient apporter dans l’accès au débat, ne fut-ce que pour la plus simple d’entre elles, celle qu’il faut gouverner pour les gens d’ici, pour les gens du creuset biologique et culturel européen : cette idée elle dissoudrait l’âme de la Secte dont la raison d’être est la disparition des identités et des nations historiques dans le grand mélange sans discernement et sans bornes. De là, la nécessité dans leur recrutement de ne pas admettre les profanes en troupe, mais seulement un à un, et après une épreuve où le postulant aura commencé par se renier dans l’humiliation.

Une assemblée parlementaire n’est qu’en apparence le lieu où se discutent les questions qui touchent à la vie de la nation, ces questions sont réglées en amont et ailleurs ; c’est en vérité l’endroit où les privilégiés d’un régime se barricadent contre elles, et tous sont d’accord pour les écarter dans le moment, quoi qu’il puisse ensuite arriver. La question première aujourd’hui, vitale pour la France, est celle de la destitution de celui qui occupe la présidence par les parlementaires à travers la mise en œuvre de l’article 68 de la constitution. Personne ne lance cette procédure. Il s’agit pour tous de maintenir un système de profits, en dépit de la réalité qui l’étreint, et de nier les difficultés, jusqu’au moment où les désastres arrivent. Ils pourraient ne pas retrouver leur siège dans la législative suivant une destitution et l’élection d’un nouveau président. Leur cervelle de bourgeois gavés à la gamelle du régime ne saurait l’accepter, leur siège et ses prébendes sont plus importants que le destin du pays. Ainsi, le régime parlementaire ne se perfectionne que pour s’isoler de toutes les questions qu’il devrait résoudre, le politicien devient le parasite d’une société et d’une nation qu’il détruit ou laisse détruire. Pourquoi la canaille en col blanc et complet cravate triomphe insolemment et se maintient à tous les échelons du dispositif politique et étatique ? Parce que trop de « Gaulois » sont encore prisonnier de l’illusion que le monde tourne à la gentillesse et à l’honnêteté. Alors qu’en réalité tout ce que leur gentillesse leur garantit c’est d’être les premiers à y passer. Mais la plus cruelle blague de toutes, le truc qui coulera à chaque fois celui qui s’en approchera, c’est l’espoir que le monde va redresser tous les torts, qu’il va récompenser les bons et punir les méchants et les traîtres. Depuis le temps ça se saurait. Celui qui se laisses avoir par ces utopies, n’a pas l’ombre d’une chance. Pour l’honnête homme comme pour la nation, le seul moyen de survivre dans cet univers putride, c’est de parvenir à prendre les commandes pour faire le ménage.

Se renier dans l’humiliation…

Image d’un « passage sous le bandeau », cérémonie d’entrée dans la franc-maçonnerie