L’ordure mentale des intellectuels de gauche

François Mitterrand, fraîchement élu président de la République, et invité par Margaret Thatcher au Royaume-Uni, demanda à y rencontrer des intellectuels. Les services du 10 Downing Street répondirent qu’ils pouvaient trouver des écrivains, des historiens, des philosophes et des chercheurs mais pas d’intellectuels. Depuis la glorieuse époque des Lumières – si seulement les Français en connaissaient les réalités idéologiques ! – l’intellectuel est une spécialité « made in France ». Le terme lui-même est hérité des remous de l’affaire Dreyfus. En réalité, il n’y a pas de régimes plus corrompus et totalitaires que ceux où les « Intellectuels » à la française détiennent une place trop considérable.

Depuis Jean-Paul Sartre qui traitait de « chiens » ceux qui ne le suivaient pas, la gauche, confite dans une prétention mégalomane, est persuadée qu’elle a le monopole de la morale et qu’il n’y a d’intellectuels que dans ses rangs, contre les faits et le réel, mais on sait que la négation du réel pour lui substituer ses propres utopies est le trait fondamental de la pensée gauchiste. La gauche est persuadée le monde autour d’elle ne se constitue que d’idiots, d’incultes, de « bas du front » aux idées dangereuses, à qui il est hors de question d’accorder la moindre attention.

Pour ce qui est du XXe siècle, les « intellectuels, » dont le corps enseignant farcit la tête des lycéens, ne pouvaient ignorer totalement ce qu’était la réalité de la Russie communiste. Pourtant, appuyés sur des témoignages irréfutables, des journaux, des livres révélaient au moins partiellement l’immense horreur soviétique. Or, voici avec quelle outrance délirante s’exprimaient ces éminences « intellectuelles » d’alors.

Sur LÉNINE.

Henri Barbusse en 1917 : « La figure de Lénine apparaît comme une espèce de messie ». Plus tard, il se félicite « du véritable culte que le peuple a pour Staline. » Aujourd’hui encore, on ne peut pas traverser une commune de France sans tomber sur une rue Henri Barbusse.

Sur l’URSS.

Romain Rolland en 1915 : « … Il n’y a aucune raison de douter des condamnations qui frappent en Kamenev et en Zinoviev des personnages depuis longtemps méprisés. Je ne vois pas comment on peut rejeter comme inventées ou arrachées les déclarations faites publiquement par les accusés. »

André Malraux en 1937 : « Trotski est une grande force morale dans le monde, mais Staline a rendu sa dignité à l’humanité ; et de même que l’Inquisition n’a pas rabaissé la dignité fondamentale du christianisme, de même les procès de Moscou n’ont pas rabaissé la dignité fondamentale du communisme. »

Simone de Beauvoir : « Supprimer cent oppositionnels, c’est sûrement un scandale, mais il se peut qu’il ait un sens, (…) peut-être représente-t-il seulement cette part nécessaire d’échec que comporte toute construction positive. » On appréciera la pourriture mentale de cette icône gauchiste quant au résultat du communisme en tant que « construction positive » : cent millions de morts Simone, et non pas cent « oppositionnels »…

Hubert Beuve-Méry, fondateur du quotidien Le Monde, le 17 avril 1945 : « L’heure slave a sonné à l’horloge de l’Histoire. Seuls le déploreront ou s’en indigneront ceux qui consciemment ou non feront le jeu de l’Allemagne… C’est la Grande Russie qui les a sauvés de la servitude et de la destruction et il est normal qu’aujourd’hui ils lui manifestent leur reconnaissance en se groupant sous son égide… »

Jean-Paul Sartre (dans Libération, 1954) : « Le citoyen soviétique possède à mon avis une entière liberté de critique… Il critique davantage et d’une manière beaucoup plus efficace que la nôtre. »

Sur STALINE.

André Pierre, soviétologue du journal Le Monde : « S’il est vrai que Staline, à mesure qu’il vieillit, représente l’élément modéré et conciliateur du Politburo et qu’il tient de plus en plus à la paix pour sauvegarder son oeuvre révolutionnaire, le monde occidental peut s’associer au vœu de millions d’hommes qui, partout, lui souhaitent de vivre encore beaucoup d’années. »

Louis Aragon : « Ô Grand Staline, ô chef des peuples… Toi qui fais naître l’homme… Toi qui fécondes la terre… Toi qui rajeunis les siècles… Toi qui fais fleurir le printemps… Toi qui fais vibrer les cordes musicales… Toi splendeur de mon printemps, toi… Soleil reflété par des millions de cœurs. »

Frédéric Joliot-Curie : « Son œuvre pratique est considérable ; elle est indissociable d’une œuvre théorique que nous devons plus que jamais assimiler et mettre en valeur. »

Aujourd’hui, la Russie n’est plus l’URSS, elle a bien changé, elle en est très éloignée. Les nouveaux « intellectuels » de la gauche française quant à eux baignent toujours dans la même ordure mentale.