Occident et Europe sont deux mots auxquels on attribue souvent le même sens. Il est vrai que pendant très longtemps, l’Occident a coïncidé avec l’idée de civilisation européenne. Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ? De réalité civilisationnelle inscrite dans une terre bien particulière, l’Occident n’est-il pas devenu de nos jours un projet et un mode de vie à part entière non seulement distinct de la civilisation européenne mais même surtout opposé à elle ? Et si, pour vivre, l’Europe devait se défaire de l’Occident ?
« La vieille tradition se trompe : l’Occident n’est plus européen, et l’Europe n’est plus l’Occident. Dans sa marche vers l’Ouest, le soleil de notre civilisation s’est terni. Parti d’Hellade, investissant l’Italie, puis l’Europe occidentale, puis l’Angleterre, et enfin, ayant traversé les mers, s’étant installé en Amérique, le centre de l’Occident (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle) s’est lentement défiguré. Aujourd’hui, comme le comprit Raymond Abellio, c’est la Californie qui s’est installée comme épicentre et comme essence de l’Occident. Terre pacifiée des bords du Pacifique, elle est le symbole de ce bonheur où meurt notre civilisation ; terre de la fin de l’histoire, et terre hollywoodienne du simulacre, elle marque l’asymptote qui monte jusqu’à la folie, de la société marchande, de la société du spectacle, et du cosmopolitisme. » – Guillaume Faye, L’Occident comme déclin
Sans avoir forcément lu le livre d’Oswald Spengler Le déclin de l’Occident, tout le monde a déjà entendu cette expression. Quand on n’appartient pas aux idées de l’oligarchie politique qui tient la France depuis 1945, il s’agit en effet d’une expression que l’on accepte généralement sans prendre la peine d’y réfléchir profondément. Les raisons de parler de déclin de l’Occident sont nombreuses, on pensera notamment au bouleversement démographique de l’Europe, au vieillissement de la population européenne, à la fin de la culture classique et à ce que Renaud Camus nomme « la grande déculturation », au déclin du courage, etc.
Dans L’Occident comme déclin, Guillaume Faye donne une analyse d’une profonde acuité intellectuelle de la situation politique et idéologique de l’Europe. Et très sincèrement, ce texte de 1984 n’a presque pas pris une ride aujourd’hui. La pensée de Guillaume Faye a évidemment évolué avec les années, et il apportera certaines nuances à sa critique de l’Occident et des Etats-Unis. Néanmoins, on trouve dans ce texte généralement le cœur de sa pensée politique et philosophique, qui constitue en quelque sorte la matrice de tous ses développements ultérieurs.
L’Occident comme déclin est divisé en sept chapitres, le premier étant intitulé Cosmopolis : l’Occident comme non-lieu. En quelques pages lumineuses, Guillaume Faye y décrit l’évolution de l’Occident comme réalité géographique tout d’abord, se déplaçant d’Est en Ouest, pour devenir ensuite une idéologie à part entière, voire un modèle de société. Parti de la Grèce, puis se déplaçant vers l’Italie, puis vers la France et l’Angleterre, c’est donc enfin en Amérique que l’Occident trouve son épicentre. Mais en s’étendant de plus en plus, en devenant quelque chose de planétaire dit Guillaume Faye, l’Occident devient de plus en plus un ensemble flou et indéfini qu’on retrouve dans de nombreux pays hors de la première zone civilisationnelle de l’Occident. Ainsi que l’écrit Faye, si les États-Unis le dominent encore, l’Occident prend toujours plus le visage d’une qualification, et non d’une appartenance, d’une qualification qui traverse chaque nation. L’Occident, ou la civilisation occidentale actuelle, désigne les lieux où le système occidental sévit. Évidemment, il y a des pays plus « occidentaux » que d’autres, comme les pays anglo-saxons par exemple qui constituent le noyau de ce modèle, d’autres qui le sont moins, mais en définitive peu de pays pourront échapper à « l’Occident ». Or, si l’Occident vient à se diffuser partout, il arrive qu’à terme il n’ait plus d’ancrage nulle part. C’est pourquoi, écrit Guillaume Faye, « L’Occident est appelé à perdre toute vertu spécifiante ; être occidental, c’est se voir déqualifié plutôt que qualifié. Et singulièrement pour les Européens, qui perdent dans l’affaire la possibilité même de se désigner valablement en se disant occidentaux. Si l’Indien, par exemple, peut demeurer « Indien » et occidental, l’Allemand ou le Hollandais sont appelés à ne plus être qu’Occidentaux, c’est-à-dire au fond plus rien. Négligeant les frontières, les Etats, les religions, l’Occident recouvre beaucoup plus qu’une réalité géopolitique ou qu’une solidarité diplomatique avec le monde libre (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle). Il déborde largement ce cadre. Il est, dans son essence, l’installation mondiale d’un type de société, celui de l’américanosphère (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle). » Cette idée d’américanosphère et de style de vie américanomorphe est capitale. Car si tous les pays ne se sont pas intégrés au club occidental de la même façon, le moindre défaut d’identification à la source des idées occidentales, c’est-à-dire le mode de vie cosmopolite américain, est inexorablement cause d’anxiété, d’insatisfaction nationale. Cela conduit la planète entière, dit Faye, à éprouver une sorte de complexe d’identification face à cette norme culturelle universelle ainsi qu’une honte schizophrénique. Mais en tant qu’Européens, on peut dire que ce n’est pas bien grave. Après tout, si l’Occident est né de l’Europe, on pourrait très bien le voir comme un prolongement de la civilisation européenne. Or c’est là que Guillaume Faye attire notre attention : l’Occident dans sa dimension américanomorphe se constitue aussi sur un refus de l’Europe. Pour illustrer ce fait, Guillaume Faye prend le cas de la Grèce antique et contemporaine ; « La culture grecque, par un incroyable retournement apparaît alors – et pas seulement hélas aux touristes – orientale (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle) pour les occidentaux, alors qu’elle demeure en Europe un exemple d’authenticité et d’enracinement ancestral presque unique, alors que dans ses formes linguistiques, musicales, religieuses, économiques et familiales, elle s’avère pour les historiens et les sociologues profondément européenne. En Grèce, et à un moindre degré dans tous les autres pays européens, la norme occidentale rend le peuple étranger à lui-même (expression à mettre en guillemets de l’autre modèle), étranger à sa propre culture, celle-ci devenant objet d’ethnologie, ou se trouvant sectorisée et neutralisée dans le folklore (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle). La différence essentielle entre les normes culturelles traditionnelles et la normalité occidentale tient à ce que les premières se définissaient par rapport aux normes culturelles d’autres ethnies ou d’autres régions, selon une logique différentialiste, alors que la seconde se pose elle-même comme LA normalité, ayant valeur à l’universalisation et désignant de fait les autres cultures comme atypiques ou moralement anormales, comme sauvages et appelées à se voir civilisées, c’est-à-dire domestiquées. » Or cette domestication des peuples en vue de l’occidentalisation du monde se fait au moyen d’une culture mondiale de masse. A la suite de l’anthropologue et sociologue allemand Arnold Gehlen, Guillaume Faye distingue trois types de cultures normalisées qui coexistent les unes à côté des autres :
– Premièrement, une culture mondiale de masse à proprement parler, dans la musique, le cinéma, le vêtement, le mobilier, l’alimentation, etc. toutes sortes d’arts qui se ressemblent toujours de plus en plus et dont la fonction première est distractive.
– Deuxièmement, une culture absconse et élitaire, car quand bien même elle serait très abstraite comme l’est l’art contemporain, elle n’en est pas moins universaliste, mais sa fonction réelle est discriminatoire socialement, elle se substitue aux anciens découpages ethnoculturels pour affirmer une autre distinction, entre ceux qui adhèrent pleinement aux valeurs occidentales et ceux qui sont encore « arriérés ».
– Troisièmement, une culture rangée au musée, qui se contente de codifier la mémoire collective dans le but de transformer le passé culturel propre à chaque nation en un stock folklorique normalisé, qualifié par exemple de patrimoine de l’humanité. Sous couvert de préservation de la culture, la culture rangée au musée consacre en vérité la mort du passé.
Et à travers cette culture mondiale de masse s’instaure un imaginaire occidental. Et l’exemple le plus frappant de cette normalisation culturelle est celui de ladite culture des « jeunes ». A partir de l’après Deuxième Guerre mondiale, et sous couvert d’un esprit contestataire et rebelle, la culture de la jeunesse visait à créer la première classe bourgeoise occidentalisée de l’histoire communiant dans la même musique et dans les mêmes mœurs. Cela a été vrai dans les années 1980 quand Guillaume Faye a écrit son texte, cela est plus vrai encore de nos jours, si ce n’est que le niveau de cette culture mondiale de masse est encore plus affligeant. C’est ainsi que même s’il se vit comme une réalité culturelle et géopolitique, l’Occident se vit aussi et surtout comme une idéologie d’autant plus cohérente et structurée qu’elle est totalitaire.
Après avoir fait ce constat de l’Occident comme non-lieu, voyons maintenant en quoi consiste cette idéologie occidentale à proprement parler. Le second chapitre du texte commence par ce titre hautement évocateur, Fin de l’idéologie ou idéologie de la fin. Parler d’idéologie occidentale comme s’il n’y en avait qu’une seule peut paraître quelque peu provocateur voire caricatural. En effet, l’Occident, de prime abord, semble marqué par un certain pluralisme et par une variété d’idéologies en son sein, le libéralisme, le marxisme, le socialisme, etc. Néanmoins, dit Faye, quand on les regarde d’un peu plus près on est amenés à se demander si toutes ces idéologies ne sont pas fédérées autour d’un même fond originel commun, si elles ne partagent pas une même représentation ou conception du monde au sens au sens Dumézilien du terme, représentation qu’on pourrait lire en filigranes dans chacune d’entre elles, en ceci qu’elles partent toutes des mêmes axiomes.
S’appuyant sur les travaux de Louis Dumont (Homo aequilis, Homo hiérarchicus) qui avait montré qu’en dépit de la variété des doctrines politiques et sociales que nous connaissons, nous vivons sous l’empire d’une idéologie commune dite « moderne » caractérisée par une pensée de l’égalité et opposée aux idéologies traditionnelles caractérisées elles par l’idée de hiérarchie, Guillaume Faye estimait que cette idéologie moderne, qu’il préférait appeler occidentale ou économiste, est caractérisée dans son essence par l’individualisme égalitaire, lequel constitue le noyau de l’idéologie occidentale. Et c’est pourquoi des philosophies aussi différentes que le libéralisme ou le marxisme, différentes dans leurs théories comme dans leurs pratiques de classe, appartiennent au fond à cette même idéologie occidentale égalitaire car elles partagent les mêmes postulats philosophiques. Et Guillaume Faye distingue trois postulats en particulier qui constituent selon lui la triade fondamentale de l’idéologie occidentale, sur laquelle réponse sa tendance à vouloir normaliser le monde :
– Le premier postulat, ou concept central est celui d’ « individu ». Faye voit dans l’individualisme moderne la transposition sécularisée de l’individualisme religieux chrétien, ce qui a pour effet de ne plus voir dans la société qu’un agrégat mécanique d’individus et non une communauté organique. A ce sujet nous renvoyons le lecteur à notre article Isolés et inorganisés répertorié dans la thématique Idéologie des Lumières, Philosophie politique fondamentale, article dont les éléments attestent que cette idée d’agrégat mécanique d’individus vus par Faye trouve sa source et a été théorisée chez les penseurs des Lumières.
– Le deuxième concept est celui de « bonheur ». Faire le bonheur des individus plutôt que de gouverner des communautés, tel est l’objet que les idéologies occidentales assignent aux Etats modernes. Faire le bonheur socio-économique des individus, de chaque citoyen, tel est le but proclamé de toutes les idéologies occidentales, ce qui les différencie des autres fonctions que d’autres époques, d’autres cultures, assignent à la souveraineté. Or, une telle finalité ne peut se réaliser dans l’idéologie occidentale qu’au moyen de son troisième concept central : la raison.
– La raison, troisième concept, qui n’est plus la raison au sens où l’entendaient les Anciens Grecs, mais plutôt la raison gestionnaire et planificatrice, technique et productive, dont le but est d’organiser rationnellement la société en vue du bonheur individuel.
Ainsi donc, dit Guillaume Faye, « Le postulat final de l’idéologie peut alors se résumer par la formule : réaliser le bonheur socio-économique de l’individu par une organisation (technique), par une normalisation rationnelle de la société ; cet objectif, qui est lui-même envisagé comme le summum du raisonnable, constitue le fond commun du modèle occidentale de civilisation (expression à mettre en guillemets de l’autre modèle) et se trouve porté par toutes les idéologies modernes, des plus progressistes (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle) aux plus réactionnaires (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle). Il s’est tellement intériorisé dans les mentalités collectives qu’il nous semble naturel (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle), commun à tous les âges, alors qu’il faudrait le considérer, avec relativité, comme le propre culturel de l’Occident. »
Du fait de ces postulats philosophiques désormais universellement partagés dans sphère occidentale, toutes les sociétés de celle-ci convergent vers des formes sociales et idéologiques communes consistant, dit Faye, à réaliser une société de consommation harmonieuse sous le management d’un Etat-nation providentialiste.
Mais selon Faye nous serions en train de vivre le troisième et dernier âge de l’égalitarisme, après l’âge religieux ce la promulgation des droits de l’homme, et l’âge bourgeois. C’est-à-dire un âge où l’idéologie égalitaire se présente moins comme un ensemble de valeurs extérieures à nous-mêmes et devant encore lutter contre les formes hiérarchiques de la tradition. Non, le dernier acte de l’égalitarisme est celui où l’idéologie occidentale et égalitaire se présente comme un « code de conduite » parfaitement intériorisé, au point qu’il en devient presque naturel. Les valeurs de l’égalitarisme, dit Faye, sont vécues, intériorisées, intégrées comme jamais auparavant dans les comportements individuels et sociaux, mais elle se voient de moins en moins pensées. L’idéologie égalitaire n’est plus une pensée subversive devant encore s’imposer, elle est pleinement devenue une praxis sociale.
L’idéologie occidentale poursuit donc une œuvre de normalisation universelle légitimée par la philosophie des droits de l’homme qui repose sur l’affirmation selon laquelle tous les hommes ont les mêmes besoins. Elle se représente donc l’image d’un homme normal, l’individu consommateur occidental, qu’elle projette sur le reste du monde, estimant que tout doit être mis en œuvre pour le bonheur et le bien-être de cet individu consommateur. Tout le projet de l’idéologie occidentale, qu’elle soit de droite libérale ou socialiste, consiste en la construction d’une société planétaire définie et élaborée par l’économie, rationnelle et égalitaire, et dont la Justice se définit, dit Faye, comme le point terminal des histoires et des destins politiques particuliers réputés belligènes et répressifs. Une harmonie heureuse, non conflictuelle, est donc le but promu par l’idéologie occidentale. Mais ce que la plupart des gens ignorent, c’est que ce but coïncide avec la croyance messianique juive du tikkun olam (voir notre article La pensée juive veut « réparer le monde »), au point que, ayant constaté combien l’influence juive est présente et forte dans l’orientation qui est donnée à nos nations par le monde politique à laquelle elle est inféodée par l’intermédiaire des idéaux de la franc-maçonnerie, l’on est en droit de penser que cette idéologie et cette politique occidentales sont mises en œuvre pour servir cette croyance messianique religieuse particulière au judaïsme et dont nous n’avons légitimement aucune raison d’être les pions servant ses objectifs.
Naturellement, d’autres idéologies que l’idéologie occidentale se sont développées entre les 18ème et 21ème siècles, le romantisme allemand, les diverses contre-pensées révolutionnaires, ou le vitalisme Nietzschéen par exemple. Mais force est de constater que ces diverses idéologies n’ont eu qu’une influence très limitée au cours de ces derniers siècles, sauf en de très brèves occasions qui furent très vite contrecarrées. Néanmoins, la présence de ces autres idéologies, même souterraines, nous indique qu’une autre mentalité existe encore dans le substrat européen, une mentalité dont le système de valeurs est radicalement différent de celui de l’égalitarisme, et qui n’a pas encore dit son dernier mot.
Reprenant donc les idées de l’éthologue zoologiste autrichien Konrad Lorenz, Faye oppose l’humanité « civilisée » (c’est-à-dire selon les mots de Lorenz une humanité domestiquée par la civilisation occidentale) à une humanité « culturée » (c’est-à-dire possédant, en Europe ou ailleurs, ses propres normes culturelles spécifiques et relatives.
Ce qui fait la force de l’idéologie occidentale, c’est son fond religieux. Comme le remarque Guillaume Faye, les idéologies ne naissent pas par hasard, ex-nihilo. Ce sont les religions, par leur prégnance et leur puissance sur les esprits, qui sont à l’origine des grandes idéologies que traversent les civilisations. A l’instar de Marcel Decorte, et bien qu’il n’appartienne pas du tout à la même tradition philosophique que ce dernier, Faye estime que l’idéologie occidentale dominante est le fruit d’une sécularisation du christianisme. Faye estimait qu’il ne pouvait pas y avoir d’idéologie forte proprement laïque mais seulement une transposition dans un contenant laïc d’un contenu mythique. Ainsi que l’écrit Faye : « On a pu voir, par exemple, comment Luther et Calvin ont été à l’origine de la laïcisation des thèmes chrétiens dans le domaine social et politique par l’intermédiaire de philosophes qui professaient une grande neutralité religieuse, voire même un athéisme affiché. L’Ecole de Francfort elle-même n’aurait pas eu un tel impact si elle n’avait pas exprimé, à travers son discours, tout l’imaginaire du judaïsme. Ainsi la grande idéologie égalitaire, humanitaire et individualiste, qui traverse et se confond avec l’histoire occidentale jusqu’à présent, n’aurait pas pu voir le jour, progresser, se régénérer à chaque nouveau moment épocal, sans l’injection de linéaments religieux. Il semble qu’une idéologie ne puisse pas être autre chose, tout au moins jusqu’à maintenant, que la traduction d’une transcendance. Cela nous en dit long sur la prétendue rationalité des sociétés humaines. L’individualisme, l’idée d’égalité, le communisme, le nationalisme lui-même, bref, toutes les idées qui préforment la civilisation occidentale, se greffent sur des concepts religieux, païens quelquefois – par exemple l’héritage du stoïcisme – mais chrétiens la plupart du temps. Ce n’est pas étonnant : seule la mobilisation intense de l’esprit par la religion, par la force de l’extramondain (mot à mettre en guillemets de l’autre modèle), peut donner lieu à des idées, à des valeurs durables dans la société. Il n’y a pas d’idées sociogéniques. » Ainsi donc, l’origine de l’idéologie occidentale est religieuse, mais sa fin ne l’est pas moins, à savoir, la fin du politique. Des marxistes aux pseudo-conservateurs en passant par les gauchistes du moment, l’idéologie occidentale ne vise pas le politique, mais l’économique et la technique, dans le but on l’a dit de construire un monde homogène sans histoires, et débarrassé de la polarité ami/ennemi, dans une sorte d’imitation de la parousie finale.
Ainsi donc, est politique aujourd’hui tout mouvement de résistance ethno-national contre ce projet de normalisation occidentale. En effet, dans un paradoxe déjà annoncé par le juriste et philosophe allemand Carl Schmitt, nos sociétés sont inondées de politique tout en étant dépolitisées. Le politique est partout sauf dans la politique, dit Guillaume Faye. Ce qu’on appelle la « politique politicienne » est le lieu d’un spectacle médiatique et non plus le lieu des grands enjeux nationaux. Et cela pour une raison bien simple : les idées des partis politiques ne sont plus des idées politiques mais des idées électorales, commerciales et publicitaires s’inscrivant dans un même système de valeur unique. Dans une telle configuration, gauche et droite politiciennes se ressemblent de plus en plus dit Guillaume Faye : « Gauche et droite occidentales partagent en commun une haine implicite du politique. Le politique est, en effet, consubstantiellement insoluble dans l’alcool des idéologies occidentales. Qui dit politique dit lutte, inégalité, puissance et surtout projet historique. Tout cela ressortit d’un psychisme faustien, d’une mythologie aventureuse et inégalitaire incompatible avec le minimum commun de la gauche et de l’archéo-droite occidentales toutes deux issues de l’évangélisme chrétien. Le politique suppose aussi par nature, outre les effets de domination, l’organisation différentialiste du monde et l’exaltation des entités et des volontés nationales, comme l’irréductibilité des peuples comme entités historiques. Ces caractéristiques s’opposent radicalement aux projets des idéologies occidentales : unifier la Terre et l’humanité. L’humanisme et le progressisme sont philosophiquement apolitiques. Ils peuvent provisoirement faire de la politique (dans le but de liquider le politique) mais en aucun cas souscrire à l’essence du politique. » Pour comprendre ce que Faye veut dire, prenons quelques exemples concrets. Des hommes comme Richelieu, Bismarck, Bonaparte ou Périclès étaient des hommes politiques. En revanche, des hommes comme Marx, Jefferson, Robespierre, dit Guillaume Faye, n’étaient pas des hommes politiques. Pour quelle raison ? Parce que les premiers cités avaient pour objectif l’auto-affirmation d’entités nationales au milieu d’autres puissances en lice. Les seconds, eux, se préoccupaient uniquement du passage d’une idéologie abstraite dans un donné social supposé devenir universel. Les premiers désignaient l’ennemi d’une entité politique donnée pour conquérir une position dominante sur un adversaire qui n’avait rien d’absolu, sans vouloir pour autant aboutir à une homogénéisation du monde. C’est pourquoi le maintien de la politique, de ses tensions, et même de ses oppressions, est la condition nécessaire de l’autonomie et de la liberté, de l’existence de personnalités collectives et individuelles. En revanche l’humanisme apolitique est totalitaire. Lorsque le lieu du pouvoir a disparu, qu’il est délocalisé et insaisissable comme l’est le pouvoir de l’Union européenne, que la censure et l’oppression sont partout, lorsque la légitimité des pseudo-Etats se fonde sur la « philosophie des droits de l’homme », sur la « non-violence », et sur le concept de « libertés individuelles », alors c’est le déchaînement de la pire des violences. « Face à la société occidentale, irénique, humanitaire et économiste, individualiste et égalitaire, comme la rêvent les belles âmes de l’idéologie anti-politique des Droits de l’homme, aucune révolte, aucune auto-affirmation n’est possible. Le Grand Frère omniprésent remplace les princes. L’idéologie unique entre dans les cerveaux ; chacun devient son propre censeur, son propre oppresseur. Chacun est maître et esclave à la fois, car auteur de son propre désir d’intégration dans le système ; esclave car soumis à cette auto-aliénation et abdiquant sa propre volonté de puissance. En préservant la dialectique maître-esclave et la polarité ami-ennemi qui sont selon nous, les deux déterminants de l’essence du politique, on fait œuvre de salut, on travaille dans le sens de l’humain, c’est-à-dire de l’espèce. » Et Guillaume Faye de rappeler certains points capitaux :
– L’essence du totalitarisme est son apolitisme (rappel : L’humanisme et le progressisme sont philosophiquement apolitiques. Ils peuvent provisoirement faire de la politique dans le but de liquider le politique mais en aucun cas souscrire à l’essence du politique). Le politique, même coercitif, est rarement totalitaire.
– Une authentique idéologie de la libération doit être politique.
– Une authentique idéologie de la libération doit admettre cette catégorie fondamentale du politique qu’est l’unité politique c’est-à-dire la lutte pour la volonté de la nation.
– Est à la fois politique et libérateur ce qui lutte pour une planète constituée de nations-peuples en compétition de volonté et de projets les unes avec les autres.
Le conflit est l’ordre du monde. Il n’y a pas d’ordre véritable sans la conscience que le conflit est intrinsèquement lié à la vie. Or, la grande caractéristique de l’idéologie occidentale est l’évacuation du conflit sous toutes ses formes. Il s’agit en effet d’une réalité assez largement honnie par nos contemporains qui préfèrent se réfugier dans toutes sortes de rêveries apolitiques dans lesquelles le conflit n’a pas sa place. Le désir de sécurité en vient alors à dominer la société toute entière. C’est ainsi pourtant que nous en arrivons à une situation tout à fait paradoxale : le désir de sécurité passant par la négation de tout conflit se heurte en effet à une grande contradiction que relève Guillaume Faye, l’humanitarisme qui nie le caractère tout à fait résolument conflictuel de la vie coexiste difficilement avec la réalité sécuritaire et criminelle du pays. D’un côté l’emprise de la philosophie des droits de l’homme fait imaginer une société entièrement harmonieuse et pacifiée, de l’autre on assiste à une hausse de plus en plus importante de l’agressivité individuelle au quotidien. Notre société est donc en proie à une profonde schizophrénie. D’un côté l’idéologie de la non-violence devient une sorte de « valeur obligatoire », un leitmotiv constant, de l’autre l’agressivité et l’insécurité progressent sans fin du fait de l’atomisation de la société qui empêche toute solution proprement politique. Ainsi donc, l’agressivité et le conflit sont tout aussi présents de nos jours qu’autrefois si ce n’est même beaucoup plus, mais ils ne sont pas vécus de la même manière. Le conflit n’est plus intégré dans une vision réaliste du monde, il perd ainsi tout sens social. Les multiples agressions du quotidien ne sont donc plus comprises politiquement, ne peuvent plus être comprises politiquement, mais uniquement comme des anomalies individuelles causées par des dysfonctionnements ou par des imperfections dans la machine techno-économique de l’Etat moderne. Les multiples formes d’agressivité quotidienne ne sont alors plus comprises que sous le prisme de « l’accident ». Le conflit lorsqu’il apparait, dit Faye, est donné comme accidentel, comme relevant d’une pathologie sociale ou d’une fatalité. Mais comme il n’est plus compris de manière politique, c’est-à-dire en faisant place au conflit et en accordant toute l’importance qu’il faut à la dialectique de l’ami et de l’ennemi, les multiples formes d’agressivité quotidienne ne génèrent plus aucune réaction de solidarité. Et c’est bien normal, remarque Faye, avec beaucoup de lucidité : « La peur de tout conflit, le rêve de fraternalisme ne correspondent d’ailleurs pas à des sentiments communautaires (mot avec guillemets autres), mais à un profond égoïsme. Il s’agit d’être bien (mot avec guillemets autres) avec tout le monde, mais en même temps de préserver son hédonisme individuel. Au pôle altruisme/combat caractéristique du psychisme communautaire, s’est substitué le pôle égotisme/universalisme pacifique. Alors qu’une mentalité agonale va de pair, généralement, avec l’altruisme envers les proches, toujours peu nombreux, les pacifismes et les fraternalismes humanitaires modernes sont le fait d’individus profondément embourgeoisés, c’est-à-dire très pénétrés de la mentalité obsidionale du consommateur et de l’homo oeconomicus calculateur. La morale marchande de l’intérêt justifie d’ailleurs par des principes humanistes une horreur du conflit et un fraternalisme général dont le véritable fondement n’est pas éthique mais économique, c’est-à-dire assis sur la crainte qu’un conflit ne vienne perturber le cours normal du confort individuel et du bien-être (mot avec guillemets autres) garantis par la technocratie. » En effet, contrairement à ce qu’on croit aujourd’hui, le conflit est générateur de sociabilité et de lien communautaire. Le conflit vécu et intégré politiquement mobilise les sentiments et intensifie les appartenances. En accord avec l’éthologie contemporaine, on peut dire qu’un groupe humain se définit d’abord contre un voisin qui le menace. D’une certaine façon l’homme cherche les agressions et il va répondre par une contre-agression. Et c’est ainsi qu’il organise son amitié et son amour en fonction d’une défense de ce qu’il aime face à ses ennemis. Ainsi donc, la polarité ami/ennemi définie et analysée par Carl Schmitt trouve en quelque sorte ses racines dans l’anthropologie et dans la biologie éthologique. D’Héraclite à Konrad Lorenz, tous les esprits réalistes reconnaissent que le conflit est la base, la matière première de la vie sociale et du politique.
C’est ainsi qu’après avoir passé en revue toutes les caractéristiques de l’idéologie occidentale, Guillaume Faye en arrive enfin au cœur de son sujet, à savoir le déclin. En apparence dit-il, la thèse d’Oswald Spengler est erronée. Alors que ce dernier annonçait pour le XXe siècle le déclin de l’Occident, nous assistons au contraire à l’occidentalisation de la planète toute entière, l’Occident devenant même le paradigme du genre humain. Au fond, la thèse de Faye est très simple : « L’Occident n’est pas en déclin, il est même au contraire en expansion, mais il est LE déclin, et il est le déclin depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIe siècle. L’Europe quant à elle, n’est qu’en décadence. » Le déclin qui caractérise l’Occident est tout à fait atypique si on le compare au déclin d’autres civilisations, car il connaît une expansion toujours plus impressionnante de ses modèles économiques et idéologiques au détriment des traditions des peuples, de leur souveraineté et de leurs cultures : « Au lieu de vivre des déclins globaux et linéaires comme les autres comme les autres civilisations qui nous ont précédé, nous subissons ce que l’on pourrait nommer un « déclin emboîté dans une expansion ». Comme si la civilisation occidentale était une machine devenue folle, son centre implose tandis que sa périphérie explose, l’Europe régresse, l’Occident se répand. Le sens disparait, les formes croissent. Le sang s’évapore, mais les veines se ramifient en réseaux de plus en plus vides. De moins en moins de cerveau, mais de plus en plus de corps et de muscle. De moins en moins d’humanité, mais de plus en plus d’hommes. De moins en moins de cultures, mais de plus en plus de civilisation. Tout cela ressemble étrangement à une prolifération cancéreuse. Un cancer, en effet, c’est le déclin de la différenciation qualitative des cellules au profit du triomphe de la reproduction quantitative. »
Sous l’apparence d’une grande santé et d’une juvénilité, c’est en vérité l’entropie qui marque l’Occident, c’est-à-dire l’homogénéisation de toute forme de vie et de la civilisation. Or, selon la biologie comme selon l’astrophysique dit Faye, l’entropie est le véritable marqueur du déclin. Croissance de cellules cancéreuses indifférenciées, ou déperdition d’énergie par homogénéisation. C’est en ce sens que l’essence de l’Occident, c’est le déclin, puisque sa raison d’être, sa raison d’exister, est l’uniformisation de toute forme de vie, puisque que le « progrès » dont il est porteur est entropique. La prolifération des nouvelles technologies vient masquer son déclin et donne l’illusion de la santé. Mais en vérité dit Faye, l’Occident est un vieillard qui se prend pour un adolescent. Tout vibre, mais rien ne bouge, ou du moins rien ne bouge encore car les idées et valeurs hostiles à l’idéologie occidentale sortent tout doucement de leur sommeil. L’Occident utilise donc le développement de la technique déchaînée pour cacher à ses protagonistes le vide spirituel, le caractère purement quantitatif de son âme, et la perte de toute valeur de vie. Évidemment, ce serait commettre un contre-sens que de lire ici sous la plume du futur auteur de L’Archéofuturisme une critique de la technique en tant que telle. Guillaume Faye ne croit absolument pas que la technique est la cause du caractère décliniste de l’Occident. Au contraire, il estime que c’est parce que l’Occident est une telle force du déclin qu’il ne permet pas de voir la technique dans toute sa beauté et dans toute sa poésie : « Le divorce entre la Technique, aujourd’hui prosaïque et désenchantée, et l’idéologie fut souvent mal compris, notamment par Spengler et Jünger. Ce n’est pas, selon nous, la Technique qui constitue la cause du matérialisme, de l’uniformisme et de la déspiritualisation de l’Occident ; mais c’est l’idéologie occidentale elle-même qui a fait de cette Technique le moteur de sa logique mortifère. La Technique est désenchantée et non désenchantement dans son essence. La raison en est ce divorce entre l’essence de la Technique qui est, comme le vit le philosophe allemand Martin Heidegger, poétique, lyrique, faustienne, donc spirituelle et artistique (ce mot en guillemets autres), et les idéologies dominantes en Occident qui n’assignent à cette Technique que prosaïque mécanique de la domestication par le bien-être et la finalisent comme « technologie du bonheur individuel ». Si la fusée Ariane ne fait pas rêver alors qu’elle le devrait, qu’elle devrait représenter pour notre imaginaire la « transfiguration des dieux », c’est parce que sa finalité est la retransmission des émissions de télévision, c’est-à-dire l’expression du banal le plus plat. »
Ainsi, quand Faye en appelle à un réenchantement de notre imaginaire collectif, il n’entend pas faire preuve de nostalgie ni de consommation muséale. Paradoxalement, c’est même dans la contemplation des fusées c’est-à-dire d’une technique qui porte en elle le plus haut potentiel de rêve que connaisse l’humanité, qu’il voit un possible chemin de réenchantement. Chemin qui sera développé dans son Archéofuturisme : « Mais donc si l’Occident est le déclin dit Faye, l’Europe, elle, est en décadence. Et c’est précisément parce qu’elle participe exclusivement de la civilisation occidentale, qui fut européenne mais qui ne l’est plus, que l’Europe est entrée en décadence. Ceux qui occupent la position d’ « élites européennes » n’en ont pas la carrure, leur vacuité intellectuelle est incommensurable, leur seul combat consistant à défendre la philosophie pauvre et sommaire du droit-de-l’hommisme. De plus, leur inféodation à la civilisation occidentale leur fait prendre, très concrètement, des décisions pour l’Europe qui vont contre son indépendance, sa culture et sa souveraineté. « Mais la décadence européenne est moins grave et n’apparaît pas de même nature que le déclin explosif qui porte l’Occident. Ce dernier, répétons-le, est le déclin ; il porte en lui le dépérissement de toutes choses. Le déclin d’un organisme est sans rémission, parce qu’il touche ses fondements et son principe. L’Occident a un principe, abstrait, c’est l’idéologie. Or, l’Europe n’est pas un principe, mais un peuple, une civilisation, une histoire de nature vivante et organique et non pas mécanique. En ce sens, l’Europe n’est qu’en décadence. Elle traverse un âge sombre dont elle peut se remettre. Elle est malade et peut se guérir par auto-métamorphose, alors que l’Occident est inguérissable parce qu’il ne peut pas se métamorphoser, parce qu’il obéit à une logique linéaire, ignorant tout polymorphisme. Comme le formule l’historien Robert Steuckers, l’Occident américain est l’alliance de l’ingénieur et du Prédicateur ; l’Occident soviétique est l’alliance de l’Ingénieur et de l’Idéologue. Or, l’Idéologie et le Prédicateur perdent, en ce moment même, leur légitimité, leur mystique, leur enchantement. Le travail de l’Ingénieur, qui n’était fondé que sur la corde raide de leurs discours et qui continue, pour un temps encore, par effet d’inertie, son processus, est condamné à terme parce qu’il n’est plus alimenté. L’Europe en revanche, est l’alliance de l’Ingénieur et de l’Historien. Le discours de ce dernier, irrationnel, fondé sur les profondeurs de l’imaginaire, peut sans doute entrer en crise comme aujourd’hui, mais il est inépuisable parce qu’il peut se régénérer selon le principe dionysiaque de perpétuelle efflorescence. »
L’Europe n’est liée à l’idéologie occidentale que de façon provisoire dit Guillaume Faye, ses principes de vie sont multiples. Les conditions d’une renaissance européenne sont à puiser dans une auto-métamorphose de l’Europe et dans l’abandon du discours occidental. Aux cosmopolites s’opposent les défenseurs de l’enracinement, et aux Californiens s’opposent les nouveaux Européens.
Paradoxalement, c’est peut-être parce que l’Europe fut touchée par l’Occident qu’elle réagira plus fortement contre lui. Revenues de tout, désabusées, désenchantées, les nouvelles générations d’Européens désireux de défendre leurs peuples ne veulent plus croire en la morale vulgaire des droits-de-l’hommistes et des égalitaristes. Fils de la décadence, ils ne se reconnaissent plus dans la vulgate moraliste et humanitaire de l’Occident. C’est là l’effet à la fois pervers et positif du déclin de l’éducation culturelle en Europe. Au nom de l’égalité et de l’universalisme, l’idéologie dominante a négligé l’enseignement de la culture élitaire au point de la faire disparaître. Mais ce faisant, elle a également jeté le bébé avec l’eau du bain dit Faye. Les nouvelles générations se retrouvent peut-être déculturées, privées de mémoire, ce qui était le but recherché par les professeurs du déracinement, mais aussi, ce qui est sans doute un événement considérable, débarrassées de la scolastique et des tabous des idéologies mortifères de l’Occident. Ainsi privés des sources intellectuelles qui ont fait l’Occident, ces grands concepts sacrés comme la démocratie, la liberté, l’égalité, etc. flottent à présent dans les airs comme des corps morts dans le panthéon mental des jeunes générations. Deux voies possibles s’ouvrent alors à nous : ou bien la fin radicale de la culture classique ne donnera lieu qu’au vide et à l’immersion dans le néo-primitivisme, ou bien elle laissera resurgir le fonds assaini de notre psychisme européen, le fonds issu de notre instinct Grec comme disait Guillaume Faye.
Il appartient donc peut-être aux intellectuels européens, ceux qui ne sont pas soumis au Grand Dogme de l’idéologie occidentale, de réfléchir à de nouveaux principes, à des valeurs post-occidentales et post-égalitaires capables de prendre le relais et de mettre fin à cette longue procession d’illusions. Comme le virent Friedrich Hölderlin et Heidegger, nous sommes dans la minuit du monde, or même après la nuit la plus sombre surgit forcément la lueur du matin.
⬥⬥⬥⬥⬥
Conseils de lecture
La première partie de la vie intellectuelle de Guillaume Faye est marquée par cette critique de l’idéologie occidentale. Pour ceux intéressés par cette dimension de son œuvre, ils doivent se tourner vers ses livres Le système à tuer les peuples, Nouveau discours à la nation européenne, ses opuscules L’Occident comme déclin, La nouvelle société de consommation, Contre l’économisme. La plupart des textes de Guillaume Faye de cette époque sont assez difficiles à trouver malheureusement. Néanmoins, les trois derniers cités existent sous format numérique. La seconde partie de sa vie, inaugurée par des livres davantage connus comme L’Archéofuturisme, La colonisation de l’Europe, marque un changement de perspective. Non pas que Guillaume Faye ait abandonné ses critiques de l’idéologie occidentale, égalitaire, individualiste et droit-de-l’hommiste, bien au contraire. Mais face aux nouvelles menaces pesant sur l’Europe à savoir l’islam conquérant et l’immigration de masse extra-européenne, menaces encore peu perceptibles en 1984 quand il écrivit L’Occident comme déclin, Faye a réorienté son combat principal vers une défense des peuples de souche européenne. En disciple de Carl Schmitt, il avait conscience que c’était l’ennemi qui nous désignait comme ennemi. C’est pourquoi il a tenu à faire cette distinction entre les Etats-Unis comme adversaire c’est-à-dire qui veut être en position dominante, et nos ennemis qui veulent notre destruction pure et simple. Dans cette seconde partie de sa vie d’auteur, en supplément de La colonisation de l’Europe, ses livres les plus marquants sont Pourquoi nous combattons, Avant-guerre, La convergence des catastrophes. Et enfin, c’est dans le même esprit combattif que Guillaume Faye a rédigé son dernier essai politique Guerre civile raciale, qui est un livre explosif et important en ceci qu’il aborde une réalité, une situation brûlante de nos jours, il y dresse un constat impitoyable, à lire si l’on veut connaître la pensée finale de Guillaume Faye, ses ultimes réflexions.
