La pensée dominante (c’est-à-dire l’opinion partagée par le plus grand nombre sur un sujet) est toujours prise à contre-pied par les zigzags de la réalité. Il n’est point d’exemple dans toute l’histoire de l’humanité, où une pensée dominante ait prévu et anticipé un virage politique, culturel, économique et financier décisif. La pensée dominante est comme un immense paquebot lancé sur une trajectoire rectiligne, que sa masse empêche de virer court. Lorsque le mastodonte commence à tourner pour prendre un nouveau cap, la réalité, ce hors-bord bondissant, y cinglait à pleine vitesse depuis longtemps déjà. Par sa lenteur extrême, l’opinion publique, à l’instar du lourd navire, se trouve constamment en porte-à-faux par rapport à la réalité. Si bien que la pensée dominante peut servir de boussole, la bonne méthode consistant à chercher les tendances de l’avenir à l’opposé de l’idée que s’en fait le plus grand nombre.
Le poids du conformisme, les normes d’une conscience collective conduisent les esprits influençables et trouillards à ne pas dire certaines choses, donc à ne pas les penser et, en définitive, à ne pas les voir. Ils pataugent dans un aveuglement général, refusant l’évidence jusqu’à ce qu’il soit trop tard, jusqu’à ce qu’elle s’impose à tous. C’est alors, et pas avant, que le mouton s’interroge, et si tant est qu’un éclair de conscience lui monte au cerveau, sur les raisons d’une si longue cécité. L’exemple le plus énorme et le plus dramatique en la matière chez le mouton a été celui de la crainte de se voir coller une étiquette infamante de « raciste », et sa conséquence : le Grand Remplacement en cours de la population historique de la France par la submersion migratoire extra-européenne. La crainte du racisme, la culpabilité de « riches » par rapport aux pauvres, l’ethnomasochisme d’anciens colonisateurs par rapport aux colonisés, ont depuis cinquante ans ôté chez le mouton toute lucidité et éteint son instinct de préservation. Il est devenu exactement ce qu’a décrit H.G Wells dans La Machine à explorer le temps, à travers la figure des Eloïs, réjouis irréactifs attendant sur l’herbe des plaines d’être raflés par les Morlocks sortant de leurs caches souterraines pour les y emporter et les dévorer.
Seuls quelques réfractaires, bravant l’indifférence, le dédain ou les condamnations, osent vivre comme il leur chante, croire ce qu’ils croient, et se passer de l’estime et de l’approbation du troupeau.
A méditer :
« Vois-tu, en ce temps-là, je me demandais toujours : « puisque tu vois la bêtise des autres, pourquoi ne cherches-tu pas à te montrer plus intelligent qu’eux ? » Plus tard j’ai compris, Sonia, qu’à vouloir attendre que tout le monde devienne intelligent, on risque de perdre du temps… Ensuite j’ai voulu me convaincre que ce moment n’arriverait jamais, que les hommes ne pouvaient changer, qu’il n’était au pouvoir de personne de les modifier. L’essayer n’eût été qu’une perte de temps inutile. Oui, tout cela est vrai…c’est la loi humaine… Et maintenant, je sais, Sonia, que celui qui est doué d’une volonté, d’un esprit puissant, n’a pas de peine à devenir leur maître ». – Dostoïevski, Crime et Châtiment, tome 2.
« Que sert à des troupeaux d’être libres ? Le lot qui leur échoit est d’âge en âge un joug, des grelots et un fouet ». – Pouchkine.
