La société française est de plus en plus polarisée, de moins en moins réconciliable. C’est la fin d’un double consensus. La fin du consensus social-libéral, celui postérieur aux années 1990, consensus mondialisé. C’est-à-dire un modèle de société qui s’imposait, en tant qu’héritage de l’État-providence qui un peu partout en Occident disait que quel que soient les problèmes que nous ayons, la réponse est toujours socio-économique. Les questions identitaire, économique, existentielle, trouvaient une réponse exclusive dans une matrice matérialiste. Le propre de cette espèce de social-démocratie consistait à dire que le politique n’existe pas, il n’est simplement question que d’ajustements techniques, avec des gens globalement d’accord sur les objectifs et les orientations, les sociaux-libéraux d’un côté, les libéraux-sociaux de l’autre, avec un désaccord relatif sur les méthodes. La mondialisation était pour ces gens l’horizon indépassable de notre temps. Il était inimaginable d’en sortir. Sont tout de même apparus au début des années 1990 des antimondialistes, qui sont rapidement devenus des altermondialistes, et finalement des mondialistes comme les autres, qui avaient tous la même idée que l’on soit de gauche, de centre, de droite : c’est à l’échelle du monde, d’une gouvernance globale, que doit désormais se poser le problème politique, l’espace national est un espace périmé.
En Europe, la chose était indissociable aussi du consensus européiste. L’intégration européiste était un projet politique, avec l’idée qu’elle soit toujours plus poussée, elle devait aller toujours plus loin, et c’était inarrêtable. C’était un consensus autour de la « société des droits », l’extension sans cesse des droits validés, créés même souvent par les juges, ce qui restreignait le domaine du politique, parce que ce dont on pouvait parler autrefois, ce que l’on pouvait contester, on n’en parlait plus puisque tout relevait du domaine des droits : « c’est mon droit, de quel droit osez-vous vous y opposer ? ». Restriction du politique, extension du gouvernement des juges (voir également notre article Comment en est-on venus au gouvernement des juges ?). Consensus aussi autour de l’État administratif : le politique encore une fois était congédié et les hautes autorités administratives se multipliaient.
Sous le signe officiellement de l’ « expertocratie » (sous-entendu ces gens sont davantage qualifiés que les élus pour gouverner), c’est une redistribution de la souveraineté dans nos États qui sortait de la matrice démocratique. A ce sujet deux exemples viennent à l’esprit. Jacques Delors au moment du référendum sur Maastricht disait que si l’on s’oppose à Maastricht, on doit quitter la politique, on n’a plus de place en politique, autrement dit le « sens de l’Histoire » était fixé, nulle possibilité de sortir de ce sens, on peut œuvrer plus ou moins rapidement mais sans autre direction possible. Ensuite Jean-Claude Juncker ancien président de la Commission européenne, qui avait dit un peu plus tard qu’il n’y a pas de démocratie à l’extérieur des traités européens, traités dont on ne peut sortir d’aucune manière. Ce qui est faux car comme tous ces fossoyeurs des nations, il oubliait sciemment qu’en politique tout n’est que question de volonté, et que ce qu’une loi a fait une loi peut le défaire, rien n’est définitif.
Il y a un formule qui relève du vocabulaire politique ordinaire et qui est autant intéressante que malhonnête, c’est celle exprimée par l’idée qui y aurait des « partis de gouvernement » et d’autres qui ne le sont pas. Formule évidemment forgée par les premiers pour interdire aux autres de les chasser. En réalité, tous les partis peuvent évidemment être « de gouvernement », il suffit pour cela dans un système électoral de gagner des élection. Mais non, l’oligarchie qui tient la place s’est définie comme étant des partis naturellement voués à prendre le pouvoir et à se le partager, centre-gauche centre-droit, leur conception de la démocratie trouvant ses limites à leur microcosme en connivence. C’était toujours sous le signe de l’alternance limitée à ces partis, l’alternance des équipes, des bandes, des amitiés, mais ce n’était jamais l’alternative entre divers projets politiques. Et il y avait des partis extérieurs dits « anti-Système », ceux qui se trouveraient hors de « l’arc républicain » selon l’expression chère à la funeste Élisabeth Borne entre autres. Mais ce Système, qui s’est déployé depuis l’après Deuxième Guerre mondiale, et plus encore depuis les années 1970, et davantage encore depuis les années 1990, ce Système n’est plus capable de répondre aux problèmes qu’il a créés dans le monde occidental, c’est un Système qui n’est plus capable de répondre aux questions profondes qui traversent notre civilisation, c’est un Système qui a fait faillite un peu partout, et de ce point de vue on voit émerger ce que l’on appelle l’alternative dite populiste. En conséquence, en Europe occidentale, des partis dits populistes ont intégré certaines coalitions gouvernementales, soit directement soit indirectement, et ils sont parvenus souvent à réorienter vraiment la politique de leurs pays, l’exemple marquant à ce sujet étant le Danemark. Mais il y a deux pays où pour l’instant le populisme demeure dans l’opposition sous le signe de l’infréquentabilité absolue : la France évidemment, on le voit avec le RN, Reconquête, extrême-droitisés, diabolisés, on refuse de voir en eux d’autres partis qui pourraient gouverner, on joue toujours contre eux la chansonnette de « l’antifascisme » ; et Allemagne, mais là pour des raisons évidemment historiques.
Quoi qu’il en soit, l’affrontement politique a changé de nature. Ce n’est plus un affrontement entre des partis globalement d’accord sur la vision de la société mais en désaccord sur les méthodes, ce sont des visions de la société, des philosophies radicalement différentes qui s’affrontent aujourd’hui dans le monde occidental, et on n’avait pas vu cela depuis presque un siècle. La première ligne de fracture porte sur le rapport à la technostructure. Aujourd’hui vous pouvez voter pour qui vous voulez, le vrai pouvoir est ailleurs que chez les marionnettes candidats qui font office d’élus. Il a été redistribué chez les juges, dans les autorités administratives, dans l’influence des médias. Il y a là un enjeu de fond : est-il possible de ramener le pouvoir chez les élus ? Quelqu’un qui se fait élire a-t-il suffisamment de pouvoir pour réorienter la société, ou bien toute la machine va chercher à le bloquer ? Il ne s’agit évidemment que d’une question de volonté et de disposer d’un bras armé. Qu’un Hitler, qu’un Mussolini, qu’un général Franco, qu’un homme ou une femme volontaire arrive au pouvoir en France, épaulé d’un bras armé loyaliste et d’un peuple qui ne se dégonfle pas à la première difficulté introduite par les fossoyeurs évincés, et l’on verra le pays radicalement réorienté vers le salut économique, culturel, identitaire. Il y a le rapport à la nation évidemment. Est-ce que la nation est encore le cadre de « l’expérience démocratique », ou n’est-ce plus désormais qu’un reste que le Système doit simplement tolérer pour faire illusion parce qu’il serait trop flagrant de le liquider directement. De même du rapport à l’immigration : est-ce que l’immigration massive est vouée à transformer en profondeur nos sociétés ou bien est-ce qu’il est légitime de la stopper. Nous sommes partisans de la seconde option : arrêt immédiat et remigration massive. De même du rapport aux identités traditionnelles, c’est-à-dire les sexes, les cultures, nous sommes dans un monde où l’ingénierie sociale est devenue une forme d’ingénierie psychologique qui cherche à reconstruire intégralement dans une œuvre d’apprenti-sorcier les notions de base par lesquelles se définissait l’humanité, l’homme la femme, la composition de la famille, il y a clivage autour de cela. De même du rapport à l’écologisme autoritaire : un certain écologisme est en fait l’instrument de déconstruction des cultures, des souverainetés, il devient une sorte de monstre technocratique, bureaucratique, qui multiplie les normes (les agriculteurs s’en sont assez plaints récemment) et qui étouffe la société.
Crise sanitaire, crise sociale, crise économique, crise identitaire, crise migratoire. Il y a des crises partout, Et elle n’ont fait que les aggraver sous la conduite de l’exécutif actuel. Aujourd’hui tous les regards sont dirigés vers Bruxelles. L’Union européenne est désignée coupable, elle porte le visage d’Ursula von der Leyen, mais ce serait trop facile de la rendre seule responsable. Même si l’on voulait convoquer tous les coupables au banc des accusés, le Stade de France n’y suffirait pas. Il faut peut-être commencer par rappeler ce qu’est l’Union européenne. Contrairement à ce que l’on nous dit, ce n’est ni une fédération, ni un empire, ni une union. C’est juste une machine à acheter de la souveraineté, c’est le royaume des lobbies et des lobbyistes. Un pays aux gouvernants inféodés dans cette structure, n’est qu’un lobby, parce qu’il ne travaille pas pour son intérêt général, Il faut rappeler que personne n’oblige la France à ployer le genou devant la Sainte Union européenne, la France l’a toujours fait toute seule, de son plein gré, par les gouvernements successifs de « droite » comme de gauche, qui n’ont cessé d’expliquer que l’on ne pouvait pas déroger au droit européen. Or la souveraineté du droit européen n’a jamais été adoptée par le vote des Français, ce droit est sournoisement glissé par les juges. Le seul moment où l’on a consulté les Français c’était en 2005 et l’on sait comment leur volonté a été bafouée. Si l’on sort d’un traité, que va bien pouvoir faire Ursula von der Leyen ? Nous envoyer des blindés ? Une police européenne ? Ils n’existent pas, c’est un pouvoir technocratique sans bras armé. Il n’y a donc strictement aucun risque à se défaire du jour au lendemain, par une simple annonce, de ce carcan inutile, de cette machine bureaucratique à tuer les nations et les identités, dont la France reste prisonnière uniquement par la volonté de ses gouvernants félons.
En tout état de cause, le combat entre les « populistes » et les hommes du Système mondialiste avec leur instrument bruxellois en Europe, demeure celui décrit lumineusement par Pierre Vial en ces termes : « Aujourd’hui comme toujours, le combat plurimillénaire oppose les peuples du désert et ceux de la forêt, ceux qui obéissent à la loi du Sinaï et ceux qui sont fidèles à la voix de Thulé. Quand on a compris cela tout s’éclaire, tout devient simple, on sait où est l’ami et où est l’ennemi ».
