Les nazis de carnaval, avec lesquels la gauche se plait à faire peur au mouton habitué à avaler sa ration de pensée prémâchée, sont nostalgiques d’un monde dont ils ne connaissent rien. Dans l’édition de juillet-août 1993 du Choc du Mois, Jean Mabire livrait ces lignes :
Les Nostalgiques, ce fut le titre d’un livre du romancier Saint-Loup. On y découvrait quelques figures d’aventuriers qui après avoir participé à la dernière guerre dans le camp des vaincus, ne cherchaient pas, bien au contraire, à oublier les élans de leur jeunesse.
Ceux qui avaient eu 20 ans en 1943 sont aujourd’hui septuagénaires. Ce ne sont pas des « néo-nazis », mais des anciens combattants sans drapeaux ni médailles qui refusent d’oublier leurs camarades tombés en Poméranie ou à Berlin. Comment pourraient-ils se reconnaître dans les provocations des jeunes au crâne rasé se réclamant d’un monde dont ils connaissent uniquement ce qu’en racontent les médias partis à la chasse de la Bête immonde ?
Le « néo-nazi » fait partie du paysage audiovisuel. Il ressemble parfaitement à ce qu’on voudrait qu’il soit, bête et méchant.
Très bête et très méchant. Et partout semblable à lui-même, comme un parfait clone du Diable devenu diablotin.
Avant la guerre, les grands magasins proposaient à l’approche des fêtes des « panoplies ». Les petits garçons se déguisaient en Peaux-Rouges et les petites filles en infirmières. Cet amusement a disparu, comme les découpures et les soldats de plomb. Aujourd’hui, la seule panoplie qui fait encore prime sur le marché est celle du « néo-nazi, modèle international, dont la presse assure gratuitement la promotion.
Si l’on attache quelque importance aux symboles et aux signes, on ne peut qu’être frappé chez les néo-nazis de particularités fort peu en usage sous le régime dont ils se réclament.
D’abord, l’inévitable crâne rasé. C’était alors la caractéristique des bagnards plutôt que de leurs gardiens ; la coupe de cheveux caractéristique étant courts sur les côtés et plus longs sur le dessus, très différente de la « brosse » à la mode dans l’armée française. Le crâne rasé évoque bien davantage les Marines que les Waffen SS…

Courts sur les côtés et plus longs sur le dessus
Il y a toujours des gens pour croire que l’habit fait le moine et la chemise le fasciste, surtout rehaussée de quelque brassard. Ainsi naquit ce qui n’était que mauvais folklore.
Au fur et à mesure que ce folklore vestimentaire disparaissait pour péniblement survivre dans quelques groupuscules squelettiques, indispensables viviers pour les provocateurs et les indicateurs, on vit apparaître une nouvelle mode. Elle ne nous vint pas d’outre-Rhin mais d’outre-Manche et porte le nom de skinheads, têtes de peau, ou l’on préfère crânes rasés…
Des skins aux néo-nazis il n’y a qu’un pas, ou plutôt un geste, le bras tendu et l’autre poing fermé sur la pinte de stout. Puisque les Allemands hurlent dans les films, on hurle aussi. Yeah et Heil, ou n’importe quoi. L’essentiel, c’est de scandaliser l’establishment et de cogner sur les policemen. Défendez à un gamin de toucher aux confitures. Il n’aura de cesse avant d’avoir trouvé un escabeau et dévalisé la dernière étagère du placard interdit.

Un skinhead anglais (« notice the difference ? »)
La mode des skinheads lancée, elle se révéla vite, à l’inverse de ce que disait Mussolini du fascisme, un article d’exportation. Le Channel franchi, le public des stades français subit la contagion. Mais que sont les quelques centaines de skins français à côté des milliers d’Allemands qui allaient désormais fournir les gros bataillons du mouvement sur le continent ?
On ignore trop la fascination qu’éprouvent les Allemands pour les Britanniques. Il y avait dans le IIIe Reich une nostalgie secrète de l’empire victorien et du grand mythe raciste de l’homme blanc régnant sur les sept mers du monde. En déferlant sur le continent, la mode skin ne pouvait qu’attirer nombre de jeunes Teutons en rupture de respectabilité.
Les skinheads britanniques leur ont fourni, plus qu’on ne l’imagine, leurs défroques, leur musique, leur brutalité. Tout est anglo-saxon dans le background culturel des émeutiers que nous montre la télévision. Ils ne copient pas leurs grands-pères, mais l’image qu’en a donné la propagande antifasciste, ce ne sont pas les SA du capitaine Rohm mais les SA de Rohm vus par Visconti dans Les Damnés. Et encore plus pédés que les fusillés du 30 juin 1934 ! …
La mise en valeur par les médias des groupuscules les plus folkloriques contribue largement à multiplier les actes de violence qui s’enchaînent par contagion morbide, dans l’attrait irrépressible du Mal absolu, d’autant plus séduisant qu’il est inlassablement dénoncé.
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Nous ajouterons au propos de Jean Mabire pour la petite histoire que le skinhead britannique associé à l’épouvantail « néo-nazi » par la propagande des vainqueurs de 1945 trouve sa source dans… l’univers des rasta Jamaïcains ! En effet, pour échapper à la police montée qui les saisissait aisément par les dreadlocks dans les manifestations, nos fumeurs de ganja en vinrent à se raser le crâne ; la chose donna naissance au mouvement « redskin », du fait de leurs accointances avec l’idéologie gauchiste, avant que par effet miroir d’autres, anticommunistes ceux-là, ne s’emparent du même look de crâne rasé.
Homme d’une immense culture et aux convictions affirmées, Jean Mabire fut un « éveilleur de peuple ». Dans les années 60 et 70, il était encore possible d’aborder certains sujets historiques qui sont aujourd’hui tabous ou sous la haute surveillance des censeurs de l’idéologie dominante. C’était le cas par exemple de la Seconde Guerre mondiale qui fut l’une des matières de prédilection de Jean Mabire. Mais il était aussi un militant. Très jeune, il s’intéressa à la politique et, dès l’après-guerre, il prit fait et cause pour la Normandie, région dans laquelle sa famille avait ses racines, région sacrifiée pour ce que l’on appelle « la Libération ». Déjà, avant l’heure, Jean Mabire était un identitaire. Son attachement à la Normandie le rapprocha évidemment de la cause européenne. En fait, il fut l’un des premiers à imaginer un nationalisme qui dépasserait le cadre strict de la nation française pour se rallier à la dimension civilisationnelle européenne. Ce n’est pas par hasard que Mabire collabora à Défense de l’Occident, la revue de Maurice Bardèche. Plus tard, il sera le rédacteur en chef d’Europe Action, la revue de Dominique Venner, qui marqua une véritable rupture au sein du mouvement nationaliste et qui donna plus ou moins naissance, au lendemain de mai 1968, à ce que l’on appelle aujourd’hui la « nouvelle droite ».
