Transition… le mot est partout depuis 2017, avec un ministère de la « transition » énergétique, un autre de la transition écologique, avec la « transition démographique » (en clair le changement de population annoncé sans vergogne par l’occupant de l’Élysée et mis en œuvre désormais par l’installation jusque dans les villages de nos campagnes de fournées de migrants extra-européens), avec la transition de genre chez ces malades mentaux qui prétendent changer de sexe à coups de charcutages chirurgicaux et de gavage aux hormones. Inclusion est un autre mot de la novlangue martelée depuis 2017, avec ses dérivés (inclusif…). En 1789, le mot à la mode, dans l’air du temps, c’est « Régénérer ». Il est dans tous les discours, toutes les bouches, y compris dans celle de Louis XVI qui en mai 1789, sans doute par suivisme crétin de la tendance du moment dans les salons et les écrits des penseurs, pour faire « in » parle lui aussi de participer à la régénération du royaume. Sans doute ne soupçonnait-il pas à ce moment-là de quelle manière ses interlocuteurs « progressistes » et révolutionnaires entendaient le faire participer à cette « régénération », sous la lame de la guillotine, mais c’est là un autre sujet. Et le vocabulaire trahit une tendance, il trahit toute une ambition, la volonté à cette époque de donner naissance à une France nouvelle nourrie de principes abstraits, d’une idéologie dont on pense que la mise en œuvre permettra d’apporter à tous le bonheur dès ici-bas.
Au cœur de cette idéologie il y a la sécularisation de la société, la rationalisation des institutions, et toute une anthropologie nouvelle, la primauté de l’individu sur l’esprit de communauté, le contractualisme, le matérialisme, le sensationnisme (doctrine selon laquelle toutes les connaissances viennent des sensations). La « régénération de l’homme » n’aurait même pas pu être concevable sans cette anthropologie matérialiste et sensationniste. A partir du moment où l’on considère que l’homme n’est qu’une petite machine, un amas d’organes, un assemblage d’atomes, ne faisant que réagir aux sensations qu’il perçoit, alors on en vient rapidement à l’idée qu’il suffit pour pouvoir le changer d’agir sur son environnement, d’agir sur ses sensations pour pouvoir le faire penser différemment, le faire agir différemment, et c’est bien ce qui a été mis en œuvre dès 1789. Avec cette progression : en 1789, on pense qu’il suffit de changer les institutions et le droit pour que spontanément l’homme change. Mais il y a la montée des oppositions, qui est rapide. Plus la Révolution se radicalise, plus elle s’isole, plus son assise populaire est faible, on en arrive très vite à la conclusion que cette régénération ne sera pas spontanée, qu’il faudra qu’elle soit contrainte, et les années 1792 à 1794 sont celles d’une contrainte avec un certain nombre d’outils que sont le calendrier révolutionnaire, le religion civile, et l’élimination physique de tous ceux qui ne sont pas régénérables, élimination facilitée par la conception matérialistes de l’homme, finalement il ne s’agit que de broyer des chairs. Les bourreaux eux-mêmes ne sont que des machines, donc pas responsables de leurs actes. Fouquier-Tinville lors de son procès dira « j’étais une hache, punit-on une hache ?… » Pas responsables…
Dans la Terreur il y a un autre aspect : la Terreur régénère en éliminant ceux qui ne sont pas régénérables ; mais elle régénère aussi, perspective qui a été parfaitement mise en valeur, exploitée par les bolcheviques, et surtout plus encore par les communistes chinois, elle régénère en mouillant le reste de la population que l’on rend complice des atrocités ou même simplement des petites vilénies qui sont commises, en faisant de la délation un devoir, en poussant les gens à dénoncer leur voisin, leurs proches, on « régénère » les gens, on les abîme, on leur fait perdre l’estime d’eux-mêmes, on les pousse à la docilité, la « régénération » est aussi passée par-là. Dans la révolution communiste, quelques militants arrivent dans un village, réunissent toute la population, on fait venir le notable local, on s’acharne sur lui, on pousse la population à s’acharner sur lui de façon à ce que chacun soit mouillé dans le crime qui va être commis. Le village est alors débarrassé de l’obstacle principal à la révolution et en même temps les gens rentrent chez eux en ayant participé à quelque chose d’épouvantable.
Au cœur d’une révolution idéologique, il y a le projet, les abstractions avec lesquelles on va forger une société nouvelle, et il y a les techniques permettant de conquérir le pouvoir et de le conserver. Et dans ces techniques il y a la manipulation du vocabulaire. On constate alors l’apparition d’une langue nouvelle, quelques mots, quelques expressions, des mots qui servent à mobiliser le peuple, d’autres mots qui servent à stigmatiser. Le mot « peuple » en particulier est extrêmement intéressant. Pour le commun des mortels, c’est l’ensemble de la population. Et c’est bien ce que comprennent ceux qui entendent l’usage du mot. Mais pour les orateurs révolutionnaires et pour les militants qui sont initiés à ce discours, le mot peuple a un autre sens : il désigne uniquement la partie du peuple qui adhère à la révolution ; les autres n’en font pas partie, ils sont autre chose, et sont donc potentiellement les ennemis du peuple. Et ceci offre des perspectives considérables lorsque l’on nous dit « le peuple a pris la Bastille ». Ce n’est pas le peuple qui a pris la Bastille, ce sont quelques militants révolutionnaires qui ont pris la Bastille (et encore n’ont-ils rien pris en réalité puisque c’est son Gouverneur qui l’a livrée en acceptant d’ouvrir les portes). Mais qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? On a une liste des « vainqueurs » officiels de la Bastille, une liste de 863 noms. On est loin des 700 000 habitants du Paris de l’époque. Jean-Baptiste Salle qui est député du Tiers État explique que le matin du 14 juillet 1789 il y a 2 500 personnes qui sont allées en direction de la Bastille pour l’assiéger, 500 gardes nationaux et 2 000 bourgeois. En imaginant que dans le courant de la journée il y a eu quelques badauds en plus, ça ne fait pas grand monde, ce n’est pas le « peuple », c’est une poignée d’activistes. On a donc là une manipulation qui permet de faire croire à une participation massive de la population, ce qui n’a pas été le cas, ce que reconnaîtra d’ailleurs Camille Desmoulins dans un discours qu’il prononce le 21 octobre 1792 à la tribune des Jacobins, discours qui est cité par Alphonse Aulard, le grand historien pro-républicain de la Troisième République, dans lequel Desmoulins explique que les 12, 13 et 14 juillet 1789 les parisiens ne pensaient pas à faire la révolution, que ce sont quelques individus, des gens comme lui que les meneurs sont allés chercher, et qu’ils se sont servis des instruments qu’ils avaient à leur portée pour faire une révolution, et que ce n’était pas faire de cette révolution une révolution différente des autres que de le dire, parce qu’une révolution c’est un petit nombre qui agit et qui provoque un renversement.
En quoi cette manipulation du mot « peuple » peut être extrêmement précieuse ? citons un exemple : au lendemain de l’élimination des Girondins, en juin 1793, les Montagnards sont empressés (en trois semaines) de tricoter une Constitution pour rassurer le pays, texte que l’on fait ratifier par référendum (1,5 million de OUI, 5 millions d’abstentionnistes, être identifié comme ayant voté NON c’est risquer sa peau), placé dans « l’arche sainte » (comme la Torah dans une synagogue et à l’égal de la pratique pour la Constitution américaine, un détail qui en dit long sur les inspirateurs et concepteur de 1789), une grande fête le 10 août en marque l’événement. Une fois ce travail fait la Convention doit se séparer, on organise des élection et un corps législatif va prendre sa place, ce qui veut dire que les Montagnards doivent quitter le pouvoir, et ils savent bien qu’aux élections à suivre ils n’auront pas la majorité, ils seront réélus à Paris et autour de Paris oui, mais ne seront pas majoritaires dans la nouvelle assemblée, ils considèrent n’avoir pas fait tout ça, s’être donné tant de mal pour perdre le pouvoir aussi vite, il ne faut donc pas qu’il y ait d’élection, il faut que la Convention reste en place. Comment faire pour esquiver une Constitution qui est leur œuvre, dont le prolongement est de nouvelles élections, et qui vient d’être ratifiée par un million et demi de citoyens ? on va faire agir le réseau serré des sociétés affiliées au Club des Jacobins, autrement dit aux nombreuses loges maçonniques qui se sont implantées partout en France, on envoie des consignes, et à partir du 20 août les pétitions remontent à Paris, avec la même formule : évidemment on ne met pas « Ne mettez pas en œuvre la Constitution », ce serait trop grossier, la manipulation trop visible, on dit quelque chose du genre « Que la Montagne reste à son poste, et notre triomphe est assuré ! » Et de toute la France affluent ce genre de pétitions, et évidemment la « Société populaire de Saint-Céré » du Lot ou celle d’Angers ne dit pas « les militants révolutionnaires… » mais « le peuple de la ville demande que… » On a ainsi trente ou cinquante activistes qui font régner la terreur dans leur ville et parlent arbitrairement au nom des cinq mille, trente mille habitants du lieu. Le tour est joué. Et le 10 octobre, fort de ce mouvement d’opinion parfaitement factice, Saint-Just pourra monter à la tribune en expliquant au nom du Comité de salut public que la Constitution c’est bien gentil quand on est en temps de paix, mais on est en guerre, et cette Constitution on ne peut pas se permettre de la mettre en œuvre, et on sera en guerre tant que le dernier ennemi de la Liberté n’aura pas cessé de respirer, autant dire que ça va prendre du temps, et d’ici là on conservera la barre, on restera là, on gouvernera de manière révolutionnaire pour éliminer tous les ennemis, et la Constitution continuera à dormir dans l’arche sainte où on l’a déposée deux mois plus tôt. « Merveilleux allié que le peuple, dit le banquier Tolomei à Robert d’Artois dans les Rois Maudits, on se sert de lui et on ne lui doit rien ».
Patrie est un autre mot exemplaire des pratiques des auteurs de 1789, un vieux mot, avec son sens établi, qui a été vidé pour être rempli d’autre chose. Lorsque les révolutionnaires parlent de la patrie à partir de 1789, ils parlent en fait de la révolution, du pacte social, des droits de l’homme et de la constitution (à condition que cette dernière ne soit pas un obstacle à la révolution), ils parlent de l’adhésion à un corpus d’idées, ils ne parlent pas de cet enracinement dans l’histoire et la géographie, de la terre des pères, et c’est pourtant ce que croient, ce que comprennent les habitants dupés qui entendent parler de la patrie. Bien sûr, si à ces habitants, alors que l’on vient de déclarer la guerre au royaume de Bohème et de Hongrie on leur dit « la patrie est en danger » ils comprennent que les ennemis sont là et qu’il faut leur faire face. Si on leur avait dit « la Révolution est en danger », ce machin qui a doublé les impôts, instauré toutes sortes de contraintes, séparé des milliers de têtes de leurs corps, qui se serait mobilisé pour se rendre aux frontières la défendre ?
La Révolution idéologique française a été la première expérience totalitaire du monde moderne, référence ouvertement assumée de Lénine, de Pol Pot, et aujourd’hui des députés et figures de proue de La France Insoumise.
La Révolution française est-elle finie ou non ? Elle n’est pas finie pour ceux qui considèrent qu’elle n’a pas encore pleinement atteint ses objectifs, comme le radical-socialiste Clemenceau à la tribune de l’Assemblée : « La Révolution est un bloc, cette admirable révolution par qui nous sommes n’est pas finie, elle dure encore, nous en sommes encore les acteurs, ce sont toujours les mêmes hommes qui se trouvent aux prises avec les mêmes ennemis », pour Vincent Peillon ministre socialiste de l’Éducation nationale (2012-2014 mandature Hollande) qui en fait ouvertement le titre d’un de ses livres (Éditions du Seuil 2008) : « La Révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps. C’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français… ». La Révolution française est une religion. L’idée d’une religion civile était décrite par Rousseau dans le Contrat social, en insistant sur la « sainteté » de ce dernier et des lois. Et cette idée sera mise en œuvre très tôt au cours de la Révolution.
Nous n’avons pas traité ici des horreurs et massacres commis par les auteurs de 1789, c’est un propos pouvant être dévolu à d’autres articles. Depuis ces événements, nombreux sont les auteurs qui ont fait connaître la logique totalitaire qui a présidé à ce coup d’état, analysé, dénoncé ses abominations. Et c’est très bien. Cette mécanique et ces actes révolutionnaires apparaissent condamnables et odieux. En conséquence, ceux à qui par la suite, au XXe siècle, on a pu reprocher des méthodes similaires d’élimination des opposants ou dont on a qualifié les régimes de totalitaires, ou encore qui voudraient à l’avenir traiter leurs ennemis politiques comme le firent les acteurs de 1789, heurtent donc logiquement l’observateur qui voit en eux des monstres. Pourtant, l’honnêteté intellectuelle commande de poser cette question du point de vue de la théorie politique : lorsque des bourreaux tels que ceux de 1789-1794 s’installent au pouvoir, et que leurs héritiers idéologiques tiennent toujours la place des décennies plus tard en n’ayant que République à la bouche, comment espérer parvenir à les chasser tout en faisant l’économie contre eux de ce qu’ils infligèrent aux autres ? (et les chasser est impossible par la voie des urnes qu’ils contrôlent parfaitement grâce à l’influence des médias sur l’opinion). Comment ne pas recourir à leur élimination physique puisqu’ils font constamment la preuve qu’ils ne cesseront jamais par eux-mêmes de nuire ? (tout esprit honnête voit dans quel état de ruine et de dégénérescence se trouve aujourd’hui la France dans tous les domaines). Ils ne laissent pas d’autre choix à ceux qui voudraient les renverser que la neutralisation par l’élimination, comme eux-mêmes ne firent preuve d’aucun pitié pour ceux qu’ils renversèrent. C’est la règle d’or de toute révolution, car « une révolution, il faut la gagner, une révolution ne se fait qu’une seule fois » (Arthur Moeller van den Bruck). Si demain en France une force « d’extrême-droite », d’identitaires (que le système maçonnique en place depuis 1789 qualifiera de vilains fachos racistes) véritablement déterminée (comme le furent les auteurs de 1789) est en situation de renverser à son tour la table armes à la main, avec les morts que cela pourrait entraîner, sera-t-on en droit de le lui reprocher ? Non, puisque le système en place ne lui aura pas laissé d’autre choix. Nous ne sommes pas monarchistes (l’association de la monarchie à l’Église est incompatible aux Païens), notre critique de 1789 n’a pas pour objet de servir la monarchie. Mais nous n’avons pas de difficulté à dire que si la France de la fin du XVIIIe siècle avait besoin de réformes économiques et fiscales, la mise à terre du principe monarchique, les bains de sang, la décapitation de plus de 17 000 personnes et du couple royal par des enragés ivres d’un égalitarisme communiste pré-Marxiste, n’étaient pas nécessaires. Nous ne pouvons pas en dire de même d’une partie de la classe politique au vu du chemin qui est imposé au pays depuis 1945 et plus particulièrement depuis cinquante ans (submersion migratoire extra-européenne, installation de l’islam, délocalisations alimentant le chômage, vente à l’étranger des fleurons technologiques industriels, effondrement de la parole de la France sur le terrain diplomatique, etc… et jusqu’au sabordage volontaire par abandon/négligence de la moitié du parc nucléaire pour glaner les voix d’abrutis écolo-gauchistes, toutes décisions qui relèvent de la forfaiture contre les intérêts stratégiques et vitaux de la France, contre notre sécurité, notre identité et notre culture).
