Tyran, Tyrannie… le sens négatif, détestable, attaché à ces mots et unanimement affiché par les dictionnaires est tellement installé qu’il est difficile de s’en défaire. Pourtant on n’est pas surpris, lorsque l’on creuse le sujet, de découvrir que le sens de ces mots présente les aspects d’une diabolisation menée par l’idéologie régnante depuis les « Lumières », pour dénigrer bien entendu ce modèle de gouvernance, tout comme à l’inverse d’autres termes ont été choisis pour faire valoir des époques, des idées, des personnages.
L’un des meilleurs exemples du tandem discrédit/louanges par le vocabulaire, est l’ensemble Moyen-Âge/Renaissance/Lumières dans la frise chronologique. Il va de soi que les contemporains du Moyen-Âge ne nomment pas ainsi leur époque. Ce terme est choisi par les plus tardifs, républicains voulant salir la royauté initiale en l’associant dans les esprits à une époque d’obscurantisme, une époque médiocre (moyen)… des républicains qui par opposition flatteuse se qualifient de « lumineux ». La ficelle est grosse comme un cuisseau de bœuf. Le camp du Bien de la démocratie s’en sera donné à cœur joie de la même façon pour diaboliser toute autre forme de régime, dont la tyrannie. En conséquence, dans les consciences moulées par l’école républicaine, par les médias et le conformisme aux dogmes établis, la tyrannie, c’est d’abord l’Antiquité, Caligula, Néron, Commode et autres personnages de la même eau, puis Louis XVI, les leaders nationalistes du XXe siècle, et aujourd’hui dans le scénario médiatique les méchants chefs d’État opposés au mondialisme. Vladimir Poutine est régulièrement qualifié de tyran. Étrangement, l’action de Théodose imposant le christianisme, l’action des bolcheviques, des khmers rouges, de Mao et de Pol Pot échappent à la critique contre la tyrannie chez les suiveurs de Jésus et chez les consciences de gauche…
Mais remontons donc aux sources du régime de tyrannie. Dans l’Antiquité grecque, l’évolution économique et démographique provoquera des changements politiques majeurs. Les classes pauvres augmentent numériquement, provoquant ainsi le renversement des oligarchies et des aristocraties en place, au profit de la tyrannie qui consiste en une alliance entre un roi-tyran et les humbles. A cette image, on apprécierait aujourd’hui l’émergence d’un « tyran » balayant la caste politique de la Ripoublique et la domination de la bourgeoisie, dans une alliance avec le peuple.
Régime politique non répandu chez les Indo-Européens qui étaient plutôt tournés vers les régimes aristocratiques, la tyrannie a pour but essentiel d’abaisser l’aristocratie et de relever les plus humbles, suivant la même logique qui prévaudra dans la construction d’une France capétienne alliant un roi à son peuple contre les intérêts et les pouvoirs féodaux (on comprend donc que la tyrannie ait été à partir du XVIIIe siècle diabolisée par la bourgeoisie accédant au pouvoir, le régime de tyrannie alliant le peuple des humbles à un roi étant contraire à la domination bourgeoise).
Les transformations économique et l’augmentation de la démographie amèneront les Grecs, durant les siècles suivants, à se tourner vers des régimes de pouvoir de masse, démocratie, et tyrannie. L’exemple marquant est celui d’Athènes, ville fondée selon la Tradition, au Xème siècle avant l’ère vulgaire, par Thésée. Monarchie à l’origine, la ville adopte un régime aristocratique vers l’an 750 avant d’évoluer vers la tyrannie – vers l’an 561 se met en place la tyrannie des Pisistratides, Pisistrate, Hipparque, Hippias. La période tyrannique assure la prospérité et le développement. Les Pisistratides eurent à cœur d’accroître le prestige de la cité : constructions publiques (dont le grand temple d’Athéna sur l’Acropole), mécénat (naissance de la grande sculpture attique, édition des poèmes orphiques et des poèmes homériques), exaltation des dieux qui patronneront la religion athénienne, Athéna et Dionysos… On a vu pire.
