« Si nous les battons, ils ont une patrie où retourner. S’ils nous battent nous n’avons nulle part où aller ». Ces mots sont ceux de Miltiade aux Grecs avant la bataille de Marathon.
Au VIe siècle avant l’ère vulgaire, la ligue péloponnésienne, sous l’hégémonie de Sparte, la plus grande puissance militaire de la Grèce, réussit à unifier une partie des territoire grecs. Athènes jouera également un rôle fédérateur du monde grec face à l’avancée du monde oriental perse.
Vers 550 avant l’ère vulgaire, une dynastie perse qui s’était enracinée en Elam au début du VIIe siècle, permet aux Perses un essor fulgurant. L’expansion perse vers l’Ouest et le Sud-Ouest débuta avec Cyrus qui, en 546, battit les Lydiens et annexa leur territoire ainsi que plusieurs colonies grecques. L’empire perse était alors en plein expansion et menaçait d’assujettir l’Occident grec.
Puis vint Darius (roi des Perses de 522-486). A l’origine des guerres Médiques, il y eut d’abord une révolte identitaire : les cités grecques de la côte occidentale se sentirent menacées dans leur identité culturelle par les Perses. Les armées perses de Darius avaient conquis une grande partie des terres grecques lorsque s’ouvrit le Ve siècle. Les Perses avaient aussi vassalisé la Macédoine. Darius avait d’abord vaincu les Ioniens avant de se tourner vers ceux qui les avaient soutenus : Athènes et Erétrie. En 490, Erétrie fut détruite et sa population déportée. Les Perses étaient désormais proches d’Athènes. L’union des Grecs permit le sursaut vital à Marathon la même année. L’armée athénienne et ses alliés, menée par Miltiade, poussa l’armée perse à la retraite. La flotte perse se replia alors sur l’Asie Mineure.
Les Perses contre-attaquèrent dix ans plus tard et parvinrent à dévaster la Béotie, l’Attique, et à brûler Athènes en 480, année de la bataille des Thermopyles où 300 spartiates menés par Léonidas Ier et 700 soldats de Théspies sous les ordres de Démophilos (« aimé du peuple », on est loin des pourritures qui gouvernent en France !) font face jusqu’au sacrifice à l’armée de Xersès 1er, pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense. La même année, un autre Spartiate Eurybiade, conduisit les Grecs à la victoire à Salamine et, appliquant le plan de Thémistocle, empêcha la flotte perse de se déployer dans le détroit contre les navires grecs. L’année suivante, il mit fin aux Guerres Médiques (victoire grecque de Platées). En 477, fut créée la première Ligue maritime athénienne contre le danger perse. Délos était le siège de cette Ligue qui prit ensuite le nom du lieu. La Ligue de Délos fut dotée d’un trésor commun, déposé dans l’île de Délos et alimenté par un tribut que devaient payer les alliés ne participant pas aux combats.
Leurs victoires permirent aux Grecs d’inventer de nouvelles stratégies militaires, la pratique normale étant jusqu’alors fondée sur la défense du territoire, et non sur le siège ou sur la combinaison d’opérations terrestres et maritimes. L’homme clé de la construction de la flotte navale athénienne fut Thémistocle. Par lui, Athènes inaugura une grande tradition thalassocratique. Ensuite, l’opposition Orient-Europe se fit autour de la maîtrise de la mer Égée. L’enjeu fut essentiellement maritime, et c’est surtout la Grèce maritime plus que la Grèce continentale, qui affronta l’Empire Perse.
Les Guerres Médiques revêtent une dimension fondamentale dans la mémoire européenne et eurent des conséquences géopolitiques portant sur le très long terme. Elles furent rapportées par Diodore de Sicile dans les Livres X et XI et par le dramaturge Eschyle, mais c’est surtout par Hérodote qu’un récit très circonstancié des Guerres Médiques nous est accessible. Pour la première fois, les Grecs avaient su s’unir contre un envahisseur, avec la conscience d’appartenir à une civilisation commune qui transcendait les divisions et les rivalités étatiques. Ce furent les Grecs et non les Cités victorieuses qui dédièrent à Delphes une offrande faite avec la Dîme du butin de Salamine. L’érection d’une statue de Zeus à Olympie, de Poséidon à l’Isthme, et l’offrande d’un trépied d’or à Delphes, portant le nom des trente-et-une Cités présentes à Platées ou sur mer, montrent bien aussi cette notion d’unité. La division étatique avait bel et bien été dépassée au profit d’une unité du monde grec. L’Alliance s’était faite entre Athéniens, Spartiates, Eubéens, Béotiens et Thessaliens. Ainsi, dans la mémoire des Européens, les Guerres Médiques restent-elles comme la synecdoque de l’agression de la civilisation européenne par la barbarie orientale. Des générations d’élèves bercées aux humanités grecques seront désormais marquées par ce choc violent entre un premier Occident libre et un premier Orient despotique.

Soldat Grec se recueillant au pied de la statue de Léonidas
