État, Police, et Insécurité

Il faut revenir sur quelques idées reçues : tout d’abord le crime paie, la délinquance est rentable, et c’est même l’une des grandes industries mondiales. Crime et délinquance sont rentables :

•  Pour le délinquant, particulièrement lorsque celui ci jouit d’une certaine impunité. Que l’on pense à tous ces délits qui ne sont même plus réprimés et devenus d’une telle banalité qu’ils sont désormais classés dans les incivilités, et surtout quand un ministre de la justice, Éric Dupont Moretti demande aux magistrats faire disparaître les infractions en classant sans suite les procédures les plus anciennes laissées sans traitement dans les commissariats et brigades de gendarmerie (par insuffisance de personnel policier face à leur nombre, faute de temps…).

Pour la société (ce qui est dérobé, fracturé, détruit doit être remplacé) car ils génèrent une activité de contre-mesures (sociétés de sécurité, compagnies d’Assurances, production industrielle, enrichissement du délinquant qui va généralement dépenser son gain illicite dans des produits à forte valeur ajoutée).

• Et surtout pour l’État qui certes ne prélève pas directement sa dîme sur les trafics mais bénéficie de la circulation financière induite et surtout utilise le bruit de fond de l’insécurité comme un instrument de contrôle de la population, en la confortant dans sa dépendance envers les organes supposés la protéger ou, à l’opposé, dans le maintien machiavélique de ses administrés dans la peur, la résignation et l’individualisme.

L’État est un instrument du Système, sa fonction n’est pas (n’est plus) d’améliorer le sort des populations mais d’optimiser la traite du « parc à bestiaux » :

Les organes de répression, police, gendarmerie, justice, fisc, douanes, etc… sont une interface entre l’État et les masses, qui interagit sur deux plans : les organes doivent être craints du peuple (la répression brutale des Gilets Jaunes), et, simultanément, ils doivent craindre l’État (le policier persécuté par le pouvoir politique, sa hiérarchie, et des juges aux arguments spécieux dans ce pays de dingues à la législation de fous, où rien n’a plus de valeur que la vie d’une petite racaille, policier persécuté pour avoir neutralisé un délinquant nommé Nahel au comportement dangereux pour autrui, policier qui nous dit-on sera jugé pour homicide volontaire – La racaille fait ce qu’elle veut et a de beaux jours devant elle, quel policier osera encore dégainer son arme face à elle en France dans ce contexte ?).

Il est capital que la police ne soit pas aimée des honnêtes gens (les délinquants ne l’aiment pas par principe évidemment), sinon elle pourrait s’en rapprocher, fomenter avec lui une révolte contre le Système que tous savent injuste. De même il est vital que la police se méfie de la population et en soit coupée. L’affrontement doit donc être organisé entre les deux, mais jusqu’à un certain point, variable car il ne faut pas non plus que la mécanique s’emballe, du moins selon les effets du moment historique que l’on souhaite gérer. Pour ce faire, l’État dispose de plusieurs curseurs, et emmerder préférentiellement les gens ordinaires tout en laissant tranquilles les pires loubards, au vu et su de tous, est le B.A.-BA de la méthode.

Un automobiliste, qui se fait verbaliser à un feu rouge pour non port de ceinture, à qui on fait subir une inspection chirurgicale de son véhicule, tandis qu’à 100 mètres de là, on deale de l’héroïne en pleine rue, va évidemment voir sa tension monter. Si, en plus, il laisse échapper, dans un accès bien légitime de contestation, un « vous feriez mieux de vous occuper des dealers » entrainant ainsi la conversation qu’il ne faut jamais avoir, et qui se solde toujours par un constat d’outrage, tout va pour le mieux.

En effet l’administré est furieux. Il déteste les flics, en a peur, est humilié et en même temps les flics sont entretenus dans l’agressivité nécessaire à leur bon usage. C’est en quelque sorte du dressage : le mouton est bien rangé et le chien de berger en pleine forme.

Cette tension sociale accumulée, bien entendu, pèse surtout sur le flic, qui est un être humain après tout, et qui se rend bien compte qu’il n’a pas le bon rôle. Elle contribue à l’affaiblir psychiquement, en plus de toutes les formes de violence et de dysfonctionnement sociaux qu’il est appelé à côtoyer, et de l’absence de soutien de sa hiérarchie, elle même entretenue dans le calcul froid de ses plans de carrière. Quelle que soit la façon dont il gère cette situation (sauf par la démission) c’est tout bénéfice pour l’État. Affaibli, hargneux, il sera facilement « puérilisable », dépendant, atomisé et manipulable. L’État voit son travail paternaliste facilité.

La méthode est particulièrement au point dans la Gendarmerie, où le contrôle des individus est constant. Épuise, en sous effectif, victime d’une hiérarchie autiste, mal payé, en situation souvent dangereuse, constamment en collectivité, impliqué dans des rivalités de cohabitation où épouse et famille sont instrumentalisés, le Gendarme est découragé de toute revendication, dépendant du groupe, à la merci d’une récompense ou d’une sanction, et entrainé dans une solidarité de corps où la réflexion autonome doit tendre vers zéro.

Ces méthodes de contrôle des individus sont vieilles comme le monde. Il s’agit ni plus ni moins de celles employés pour briser l’individualité et créer un outil unifié, ce sont aussi les méthodes des sectes.

Quant à la population ordinaire, il est bon qu’elle craigne les organes, comme il est excellent qu’elle tremble devant le crime et la délinquance. Ainsi elle est demandeuse d’État, mais ne verra jamais satisfait son besoin de sécurité. Pourquoi la rassasier ? Elle ne serait plus cliente. Il suffira à chaque élection de lui promettre que cette fois ci, on a compris, puis, une fois élu, de lui servir des statistiques imaginaires. Si, malgré tout, le bordel réel est tel qu’elle (la population) ressent une légère dissonance cognitive, la propagande est là pour lui assurer qu’elle exagère (les médias du Système viennent de le faire de nouveau à propos des deux nuits de saccage consécutives au match de football PSG/Inter de Milan) et que tout est en ordre. Si vraiment la réalité ne peut plus être cachée, on lui fera comprendre localement qu’elle est seule, que si elle se défend face à l’incurie de l’État qui n’assure plus la sécurité, elle sera sanctionnée lourdement. Dès lors, résignée, en exil intérieur, elle se pliera globalement. Le reste relève du contrôle politique, de l’absence organisée d’offre alternative, et du contrôle psychiatrique, par les psychotropes médicaux ou commerciaux, alcool, drogues « illégales ». Et la machine continue de tourner, le Système de générer des bénéfices, et l’hyperclasse qui la contrôle de s’enrichir aux dépens des individus.