Le plus vivace foyer d’intégrisme

Par quel délire, des Européens de souche (Anglais, Hollandais, Allemands) faisant voile au XVIIe siècle vers le continent nord-américain, ont-ils pu se voir en nouveaux juifs voguant vers une nouvelle « Terre promise » ?! On ne cesse de se poser la question. L’identification au monde sémite de ces pionniers et de leurs descendants est une telle aberration pour l’Européen conscient de ses véritables racines, ses racines préchrétiennes et extérieures à cet univers mental !

Le chrétien, en tant que suiveur d’un mouvement religieux établi par un rabbin hérétique, en tant que suiveur d’un univers mental pétri de références juives, est bien un « juif synthétique » par rapport au judaïsme original. Et les États-Unis naissants du début du XVIIe siècle ont été les pères de l’intégrisme actuel. Pourquoi ? Parce que leurs racines religieuses et politiques plongent à la fois dans le littéralisme scripturaire et dans la confusion du temporel et du spirituel. Les États-Unis sont de notoriété publique un pays extrêmement religieux. La scène de prière d’évangélistes menés par Paula White autour de Donald Trump dans le bureau ovale le 5 mars 2026 l’a encore montré.

Les pères fondateurs de l’Amérique anglaise furent des puritains. L’Angleterre recelait en son sein des groupes de chrétiens sectaires tels que les Shaking Quakers à Manchester, aussi appelés Shakers, évoqués par le film Le Testament d’Ann Lee (fondatrice de ce groupe en 1747), qui finiront interdits par le pouvoir anglais et poussés au départ vers New York en 1774. Les puritains anglais étaient exclusivement attachés à la Bible. Selon Bernard Lazare : « La Bible fut l’âme de la Réforme, elle fut l’âme de la révolution religieuse et politique anglaise ». La dimension politique de la subversion religieuse est ici fort bien saisie. Les puritains, qui se voyaient en successeurs directs des anciens hébreux, visaient « à travers une guerre civile (qui était pour eux une « guerre sainte ») à établir une théocratie de type biblique sur le sol britannique. Ils y échouèrent grâce aux efforts de l’Église anglicane, non sans influencer cependant la mentalité britannique : en identifiant les « saints » du puritanisme au peuple hébreu, la nation anglaise en vint à considérer qu’elle était la nouvelle élue de Dieu. Et ce sentiment arrogant et mégalomane inhérent au monothéisme s’établit de manière bien plus forte sur la terre et dans la nation que les puritains contribuèrent grandement à former, celle des États-Unis d’Amérique. Par un « covenant » (une alliance) spécial entre Dieu et les puritains, une sorte de codicille aux dix commandements, les émigrants du Mayflower échappés de « l’Égypte anglicane » recevaient en partage le Chanaan transatlantique, en échange de l’engagement qu’ils avaient pris de suivre la « Loi du Seigneur » dans toute sa rigueur vétérotestamentaire.

Les puritains poussèrent jusqu’à ses dernières conséquences le principe de l’écriture seule (la scriptura sola de Luther) et tombèrent logiquement dans le littéralisme. Un littéralisme de plus en plus figé, à mesure que les rejoignaient sur le sol d’Amérique les épaves de toutes les sectes plus ou moins illuminées chassées d’Europe, anabaptistes, frères moraves, mennonites, etc. Quand on parle de la domination WASP (white, anglo-saxon, protestant) sur les États-Unis jusqu’à l’aube du XXIe siècle, il y a un mot qu’il faut absolument définir plus précisément, c’est l’adjectif protestant. Le « protestantisme » américain est le produit d’une floraison de sectes biblistes centrées sur des figures patriarcales qui lisent dans le Livre le tout de ce que doit être faite la communauté ou la famille dont elles ont la charge. Cela débouche sur une bibliocratie qui rappelle fortement, puisqu’elle en découle, la théocratie juive appuyée sur la Torah et le Talmud, ou encore la théocratie musulmane fondée sur le coran, les hadiths et la charia. Le Yankee, comme l’islam, est le fils d’Israël. Ces communautés errent et dérivent de l’archaïsme le plus décidé (type amish) à l’effusion religieuse des innombrables « églises » libérales, en passant par les sectes qui produisent leurs propres livres, type mormons ou témoins de Jéhovah : tous ont pour caractéristique d’être les « saints » (les bons), de lire l’Écriture, et de régler leurs actes sur la lettre de leur bible, sans faire la moindre distinction entre temporel et spirituel, comme dans l’islam. Cela devait marquer la façon dont les Yankees se considéreraient eux-mêmes durant toute leur histoire : pendant leur guerre d’indépendance, ils se figuraient être le peuple de Dieu persécutés par les habits rouges du Pharaon britannique, et depuis lors ils n’ont jamais cessé d’incarner la justice écrasant le Mal de ses bombes, en Normandie, en Allemagne, au Japon, au Vietnam, en Serbie, en Irak, en Libye ou ailleurs.

L’homme antique était pieux envers les Dieux, envers sa patrie, envers sa famille. L’Américain est certes patriote et attaché à sa famille, mais c’est avant tout sa morale qui le dirige. Sa « morale », celle qu’il estime être celle du « camp du Bien », est toute sa politique. Il est donc revenu à une conception vétérotestamentaire, et talmudique, qui est aussi celle de l’intégrisme musulman. Quand il ravageait Bagdad, Bush était aussi sûr de faire le Bien que les jihadistes de l’État Islamique. On n’espère pas avoir Dieu avec soi, on est sûr d’accomplir la volonté de Dieu en perpétrant sa propre barbarie. En comparaison, il n’y a pas d’exemple connu de Païens et de Polythéistes ayant agi sous ce prétexte, ou pour imposer leur religion à autrui, leurs guerres étaient des guerres de conquête territoriale, de conquête de richesses, pas de prosélytisme religieux. De Mossoul à Manhattan, les fous de Dieu sont à l’œuvre, jumeaux ennemis ivres de dialectique, l’un égorgeant l’autre qui vitrifie l’un. La Réforme protestante est vétérotestamentaire, en particulier dans ses formes américaines, l’Ancien Testament est partout, il déborde, il règne, et il est lu à la lumière du Talmud – ce qui, certains pourront en être surpris, le rapproche énormément de la mentalité de Mahomet et de ses suiveurs.

Ce qui brouille la perception du phénomène, c’est l’aspect bénin, voire débonnaire, que la société américaine aime à donner d’elle-même, le déisme gentillet que ses classes dirigeantes professent et qu’elles répandent dans les médias. En réalité, le déisme franc-maçon (rappelons que ces derniers sont les fondateurs politique du pays) qui chapeaute les sectes « chrétiennes » fait de l’Amérique le plus vaste et le plus vivace foyer d’intégrisme.

Là encore, on peut voir combien toute cette pensée sémite est étrangère à l’âme européenne, étrangère à la culture païenne européenne, à nos mythologies, combien cette pensée sémite nous est en réalité extérieure malgré sa domination depuis seize siècles, situation qui nous rappelle qu’il faudra bien finir par en sortir.

Les Américains prendront-ils un jour conscience du fait qu’ils vivent eux aussi sous l’empire d’une pensée sémite n’ayant rien à voir avec leurs diverses racines (blanches européennes, amérindiennes, africaines) ? On ne peut que le souhaiter ardemment.

*Rappel de définition. Vétérotestamentaire : relatif à l’Ancien Testament ou Bible hébraïque c’est-à-dire la partie antérieure au rabbin Yeshua ben Yosef, alias Jésus-Christ.