Assez de ces joues à tendre

Je pouvais alors m’abstraire de tout un système de références, images, concepts, croyances et morales de « mauvais » goût. Loin de moi les représentations déprimantes d’un torturé cloué, les récits affligeants de ces femmes calcinées et auxquelles on avait longtemps refusé une âme, comme c’est encore le cas pour les animaux. Finis la vindicte d’un dieu lointain, jaloux, omnipotent, cruel et vengeur et les sermons de ses représentants dévoués à des dogmes étroits et figés. Terminés l’achat à crédit d’un paradis évanescent, les perversités sadiques d’un diable grimaçant. Assez de ces pères prêts à tuer leur enfant, de ces fils prodigues, de ces joues à tendre pour une deuxième baffe. Assez aussi de baisser la tête, tant, pour pouvoir entrer dans les plans de cet « amour » divin, j’avais dû éprouver et cultiver de culpabilité, de gêne, de honte, de soumission et de peurs !

L’homme accède directement aux dieux, avec respect bien sûr, mais aussi avec confiance et joie. Plus question de faute originelle, de péchés graves, d’humilité servile, de représailles infernales ou d’exclusivisme intolérant. Pas besoin de doctes intercesseurs, agitant carottes et bâtons pour prêcher guerres de religion ou pour absoudre, du fond de sombres confessionnaux, les consciences torturées. Pas non plus de livres de recettes, de possible salut futur, ni d’aide à quémander.

— Catherine Nauwelaers, « Païens ! », Editions de la Forêt – 2001.