L’ennui est qu’avant d’entrer dans la chapelle du grand collège, il fallait passer, en haut de l’escalier, devant une peinture du Christ au tombeau, grandeur nature, avec les plaies, le sang coagulé, les os qui tendaient la peau verdâtre et meurtrie. J’en éprouvais, pendant toute ma scolarité, une impression de profonde horreur. Que le Sauveur fût cette charogne me terrorisait et m’indignait.
J’ai, comme on dit, perdu la foi. Pas seulement par négligence. Mais la résurrection de la chair, l’enfer, le paradis et le purgatoire, les trompettes du jugement dernier, la Sainte Trinité avec la colombe… Tout cela me devenait étranger et même fantasmagorique. Et puis il y avait l’horreur absolue : le péché originel et toutes les variétés de péchés, les mortels et les véniels, les par omission et les par intention, avec, obligatoire, cette scène obscène qui se nomme sacrement de la pénitence, la confession.
— Jean Mabire, « Païens ! », Editions de la Forêt – 2001.
