Le Panthéon du monde slave par Nikola Milošević et Vesna Kakaševski

Les dieux slaves sont assez difficiles à classer. Leurs rôles sont souvent mixtes et leur nature même n’est pas clairement définie. De ce fait, il est impossible de suivre certains modèles utilisés pour systématiser les mythologies d’autres peuples.

Nous avons donc classé les dieux slaves en deux groupes principaux, les divisant en dieux traditionnels, majeurs, et non traditionnels ou secondaires. Pour préciser cette distinction, nous avons divisé les dieux traditionnels en deux panthéons : d’une part ceux de Kiev et de Polab, d’autre part ceux vénérés dans d’autres régions. Le panthéon de Kiev est bien sûr lié aux Slaves orientaux, tandis que celui de Polab est lié aux Slaves qui vivaient sur le territoire compris entre l’Oder et l’Elbe, et la mer Baltique au nord. Le panthéon de Polab, quant à lui, englobe un territoire beaucoup plus vaste, terre d’origine de nombreuses tribus, telles que les Polabs, les Obotris et bien d’autres.

Les divinités non traditionnelles sont principalement celles appartenant au védisme slave, un mouvement néopaïen basé sur les œuvres d’Alexandre Asov et de Juri Mirolubov. De plus, nous avons également classé comme non traditionnels les dieux dont la tradition est contestable, c’est-à-dire ceux dont l’origine slave est incertaine. Enfin, nous avons recensé les dieux qui ne sont mentionnés qu’en passant dans les textes traitant de l’ancien credo slave.

DIEUX MAJEURS

Panthéon de Kiev. Perùn, Dazbog, Mokos, Veles, Stribog, Horz, Simargl.

Panthéon de Polab. Svetovid, Radgost, Ziva, Svarozic, Prov, Pripegala, Podaga.

Autres dieux traditionnels. Svarog, Vesna, Gerovit, Lada, Morana, Triglav, Crnobog, Mati Sira Zemlja.

DIEUX SECONDAIRES

Divinités dont la tradition est discutable. Belobog, Devana, Koledo, Krisnji, Kupalo, Lela, Mater Sva, Rod, Trajan, Visnji, Voten, Zlata Maja.

Autres divinités mineures. Crnoglav, Jula, Pizmar, Porevit, Rinvid, Turipid, Turuvid, Zizilelija, Ezi, Leto.

— Vesna Kakaševski

Nous en décrirons quelques-uns. On y voit trace de l’appropriation culturelle à la fois perfide et infantile opérée par le christianisme pour se faire accepter des populations. Ainsi que certains détails attestant des parentés entre diverses mythologies (pour ceux qui les connaissent) des peuples européens, Grecs, Nordiques, Romains, Celtes…

Perun

Perun est le dieu slave du tonnerre et du ciel. Il ne faut pas le confondre avec Svarog, lui aussi dieu du ciel, car Svarog est le dieu de l’univers, et Perun appartient au ciel inférieur, que l’on pourrait interpréter comme l’atmosphère. C’est l’un des dieux slaves les plus puissants. Il représente le destructeur, car il est le dieu du mauvais temps et des catastrophes naturelles. Perun est membre de la plus grande et de la plus puissante trinité slave (Triglav), avec Svarog et Svetovid (la théorie selon laquelle Triglav n’est pas un dieu et qu’il représente une trinité est très discutable et controversée, et il est possible qu’elle ait été initialement établie par des néo-païens). Perun est souvent mentionné comme le frère de Svarog et de Veles.

Perun représente également le punisseur du parjure, ainsi que le punisseur du mal en général. Il punit les méchants et les désobéissants en leur fermant la porte céleste. Il punit le parjure du vivant de celui qui parjure et utilise la foudre pour le punir. Dans de nombreux documents écrits du haut Moyen Âge (Chronique de Nestor, Sbornik Paisijev (Anthologie de Paisijev), Sofyskij Sobor), et même dans les contrats de paix, on peut constater que les Slaves juraient d’obéir à Perun lui-même, et qu’il était censé punir et maudire tout homme qui romprait ce contrat. Perun était le plus souvent mentionné et souvent diabolisé dans les notes chrétiennes du haut Moyen Âge. Cela montre que le culte de Perun était profondément ancré chez les Slaves. Leur dévouement à Perun se manifeste également par le fait que de nombreux lieux géographiques et plantes portent son nom (le pic et la côte de Perun en Russie, Perunja ves en Slovénie, le mont Perin en Bulgarie, perunika est iris germanica, etc.). Aujourd’hui encore, on trouve des dictons et des malédictions portant le nom de Perun dans certaines langues slaves. « Aller en enfer » se dit « do Paroma » en slovaque, où Parom représente Perun. Le mot « tonnerre » se dit « piorun » en polonais. Les Slaves baltes appelaient jeudi jour de Perun, « perendan ».
Le nom Perun est formé du suffixe -un, ou -unj (-унь), qui signifie celui qui accomplit une action, et de la racine « per », qui signifie frapper, briser, fracasser. Ainsi, Perun désigne un frappeur, un briseur, un fracasseur, un tonnerreur, et aussi une divinité : le destructeur, le démolisseur. C’est la raison pour laquelle on lui attribuait des catastrophes naturelles.

Les légendes racontent que le tonnerre se fait entendre à cause du cliquetis des roues de Perun voyageant dans le ciel dans son carrosse. Sur les statues, Perun était représenté comme un homme fort et barbu. Des parties de ses vêtements nous indiquent qu’il est un guerrier en armure. Certaines légendes le représentent avec une masse en pierre à la main, qu’il lance sur les gens et les pétrifie. D’autres le représentent avec un arc, autrefois associé à un arc-en-ciel, dont les flèches se transformaient en éclairs. L’une des armes étranges de Perun était des pommes d’or. Certaines chansons folkloriques en témoignent :

… Te izvadi tri jabuke zlatne
I baci ih nebu u visine…
…Tri munje od neba pukoše
Jedna gađa dva djevera mlada,
Druga gađa pašu na dorinu,
Treća gađa svata šest stotina,
Ne uteče oka za svjedoka,
Ni da kaže, kako pogiboše.

Qui se traduit ainsi :

…Puis il sortit trois pommes d’or
et les lança haut dans le ciel…
…Trois éclairs craquèrent
Le premier frappa deux jeunes frères du marié,
Le deuxième frappa un pacha sur une alezan,
Le troisième frappa 600 invités au mariage,
Il ne resta plus un œil de témoin,
Pas même pour dire comment ils furent tués.

Certaines légendes évoquent le conflit entre Veles et Perun. Veles aurait volé la femme de Perun, ses proches et son bétail. Veles se cachait ensuite, mais Peren le retrouva en brisant le rocher derrière lequel il se cachait et le frappa. Cette histoire biélorusse raconte également que Veles fut contraint de rester à la surface après cet événement. Selon une autre légende, Veles aurait pris à part Dodola, la déesse de la pluie, lors de son mariage avec Perun, et lui aurait exprimé son amour. Après cela, il fut vaincu par Perun au combat et banni à la surface jusqu’à ce qu’il trouve finalement sa place dans le monde souterrain.

Perun était également associé au feu et aux animaux de feu. L’animal de Perun était un coq de feu, une sorte de Phénix slave. Ses créatures étaient également des dragons. Les rites liés au feu étaient liés à Perun. Près de l’idole brûlait le feu éternel, qui ne devait en aucun cas être éteint, sous peine de blesser tous les serviteurs du temple. Perun luttait également contre la sécheresse. Selon une théorie, il influençait la pluie, et selon une autre, c’était Dodola, sa femme, qui influençait la pluie. Quoi qu’il en soit, il pouvait certainement faire beaucoup.

Concernant le monde végétal, l’arbre de Perun était un chêne. Aujourd’hui encore, les Serbes appellent une espèce de chêne « grm », un terme qui vient du mot « grmeti », qui signifie « tonner ». Il est donc évident que grm était dédié au tonnerre, c’est-à-dire à Perun. Parmi les autres végétaux, on trouve l’iris, la sauge, l’ortie, le pommier et la joubarbe. Les animaux qui le symbolisaient étaient un chamois et un bison d’Europe. Lorsqu’ils n’avaient pas de temples, les Slaves priaient Perun dans les bosquets, sur les autels sacrificiels et sous les chênes.

Après l’arrivée du christianisme, le rôle de Perun fut attribué à saint Élie. Perun, ainsi que les histoires qui le concernent, sont restés dans la tradition populaire, mais certaines ont pris la forme de récits de saint Élie, et d’autres ont dû changer le nom du personnage principal. L’Église a diabolisé Perun, probablement en raison de son culte puissant et de sa forte influence sur la vie des gens. La Chronique de Novgorod en parle ainsi :

« En 6479 (989), Vladimir fut baptisé. Le prince-évêque Aćim arriva à Novgorod, détruisit tous les autels sacrificiels, renversa Perun et ordonna qu’il soit jeté dans la Volkhova. Il fut traîné dans la boue et battu à coups de fouet et de bâton. Un esprit maléfique prit possession de Perun et se mit à gémir : « Oh, que je suis malheureux ! Je suis tombé entre des mains impitoyables.» Il traversa le grand pont, y jeta son gourdin, et aujourd’hui encore, des fous se frappent avec leur gourdin pour satisfaire les esprits maléfiques. Il ordonna alors que personne ne l’accepte (Pérùn). Au matin, un habitant de Pidba se rendit sur la rive au moment même où Perun s’approchait et le repoussa avec une perche : « Tu as bien mangé et bu ici, mon petit Perun, va et continue à naviguer ! » Et l’objet satanique disparut.

— Nikola Milošević

Dazbog (ou Dazdbog, Dabog, Dajbog)

Dazbog était le dieu du Soleil, des flammes et de la pluie. Il était également considéré comme un dieu-donateur, car l’un de ses noms était Dajbog. La première partie de son nom est « daj », une forme du verbe donner, tandis que la seconde partie, « bog », signifie dieu. Mais que donnait réellement Dazbog ? Il est possible que ce mot fasse référence au Soleil et à la lumière du soleil, essentielle à de nombreux processus naturels. Le Soleil était également très important pour les Slaves. Source de vie, il était toujours considéré comme une force positive. Le Soleil donnait la vie à la Terre, et le dieu qui la donnait était donc Dajbog. Dazbog représente en réalité le disque solaire.

Dans tous les textes médiévaux slaves qui nous sont parvenus, Dazbog est toujours mentionné à un moment ou à un autre. Son nom a été consigné par des chroniqueurs romains, grecs et russes qui ont écrit sur les anciennes croyances slaves. Hélios, dans les textes grecs, a été traduit en slave par Dazbog. Dans le manuscrit de Malalin, datant du VIe siècle, Hélios était également traduit par Dazbog. Le traducteur russe a tenté de raconter une histoire se déroulant en Égypte, mais il a substitué des dieux grecs aux dieux slaves. Dazbog est également mentionné dans le Code espagnol, une épopée relatant la quête d’Igor et bien d’autres événements. Vladimir le Grand fit ériger des statues de sept dieux devant son palais de Kiev, parmi lesquelles celle de Dazbog.

Pour une famille, il était le protecteur de la cheminée et du feu, indispensables à la survie de l’homme en hiver, et une aide indispensable aux tâches quotidiennes. Mais les flammes pouvaient être cruelles et se retourner contre les hommes, les entraînant aux enfers ou détruisant leurs biens. La bienveillance des flammes était essentielle à la survie, et de nombreux rituels leur étaient donc associés.

Dazbog était aussi incontestablement le dieu de la pluie. L’un de ses noms était Dazdbog, et « dazd » signifie pluie dans de nombreuses langues slaves (slovaque, tchèque, russe, polonais…). La pluie était importante car les récoltes en dépendaient. En période de sécheresse, de nombreux rituels d’invocation de la pluie étaient pratiqués.

Nous savons que les Slaves s’adressaient à leurs dieux comme à leurs égaux et qu’ils se considéraient comme leurs descendants. Plus précisément, ils se considéraient comme les petits-enfants de Dazbog, ou ses descendants directs. En raison de sa courte espérance de vie, il était rare à cette époque que les petits-enfants rencontrent leur grand-père.

Dazbog était l’un des fils de Svarog. On ne sait pas exactement combien de fils Svarog eut, mais Dazbog en faisait sans aucun doute partie. Certains auteurs n’en mentionnent que deux : Svarozic et Dazbog (Vyacheslav Vsevolodovi et Vladimir Toporov), tandis que d’autres mentionnent Perùn, Svetovid, Dazbog et Veles comme fils de Svarog, et les désignent tous comme un groupe : les « svarozici » (petits Svarogs). Quoi qu’il en soit, Dazbog apparaît dans toutes les combinaisons.

Le jour, le Soleil éclairait le ciel, tandis que la nuit, il était dans le monde souterrain. En réalité, chaque matin, Dazbog partait en voyage à travers le ciel, monté sur un cheval blanc ou en calèche. Le soir, il mourait ou rejoignait le monde des morts, pour finalement revenir à la vie le lendemain matin. On retrouve chez Dazbog le cycle de la mort et de la renaissance, fréquent dans de nombreuses croyances païennes, y compris slaves. Les Serbes mentionnent Dazbog, et le folklore a conservé un Daba boiteux, presque toujours présenté comme un esprit maléfique, ce qui indique probablement la nature de Dazbog lorsqu’il faisait partie du monde souterrain, c’est-à-dire du monde des morts. Les Serbes, plus que tout autre peuple, imaginaient Dazbog comme un vieil homme boiteux, vêtu de peaux d’animaux, généralement d’ours, accompagné d’un loup. Le loup représente en réalité son incarnation animale, sa forme originelle qui n’a pas disparu après que Dazbog soit devenu anthropomorphe. Le loup devint un serviteur, et souvent aussi un messager. Bien que sa forme de base fût anthropomorphe, Dazbog changea fréquemment de forme, et sa première forme de loup resta son symbole. Les Serbes se considérant comme ses descendants, le loup devint un animal sacré. Un catalogue des peuples mentionne que les Serbes descendaient du loup. « Sarrasin descend du sanglier, Turc du serpent, Tatar du chien, Serbe du loup, Bulgare du taureau, Alaman de l’aigle… »

La croyance dans le pouvoir du Soleil était extrêmement forte chez les Slaves. Cajkanovic affirme que Dazbog était le dieu suprême des Serbes. Ceci est corroboré par le fait qu’une fête slave dédiée au Soleil invincible (équivalente du Sol Invictus des Romains) coïncide avec Noël. Cette fête étant impossible à éradiquer, elle fut simplement remplacée par une fête chrétienne tout aussi importante.

Lors de sa conversion au christianisme, des caractéristiques démoniaques furent attribuées à Dazbog. Il devint le plus puissant des démons et le principal opposant au Dieu chrétien. Cela était peut-être dû à son apparence de vieillard boiteux et borgne, vêtu d’une peau d’ours sombre, séjournant fréquemment dans le monde souterrain. On peut cependant envisager que cela soit dû à la puissance du culte de Dazbog, qu’il fallait éliminer à tout prix. Les caractéristiques de Dazbog furent plus tard, dans le christianisme, transférées à saint Sava, également présenté dans les contes populaires comme un berger suivi d’un loup. Saint Sava est également un donateur dans ces récits.

— Nikola Milošević

Horz

En 980, le prince Vladimir érigea des statues de dieux païens sur une colline surplombant Kiev, ignorant qu’il serait celui qui les démolirait peu après. Outre les statues de Perun, Mokosi, Stribog, Simargal et Dazbog, Vladimir fit également ériger une statue de Horz. On ignore à quoi ressemblait cette statue, mais l’analyse des documents permet de deviner comment Horz était imaginé. Momir Jankovic lui attribua les caractéristiques physiques suivantes : un halo solaire au-dessus de sa tête, une corne symbolisant la Lune et un loup dévorant la Lune sur sa poitrine. Cette description permet de conclure que Horz était avant tout un dieu lié aux corps célestes, même si l’on peut douter que son influence se soit limitée à ce domaine.

Une légende ukrainienne raconte que le prince Viseslav parcourt, à son « allure de loup », la distance entre Kiev et la Crimée. Son objectif est d’intercepter Horz et d’atteindre la Crimée avant le chant du coq. Horz incarne ici le Soleil du matin que Viseslav doit distancer, mais il représente aussi la Lune dont Viseslav suit le chemin. Que signifie le « pas de loup » de Viseslav ? On sait que le folklore slave regorge d’histoires de loups-garous, ces êtres qui, de leur vivant ou après leur mort, se transforment en loups. Le prince Viseslav est l’un d’eux, un loup-garou qui, sous l’influence de Horz/la Lune, abandonne sa forme humaine pour prendre celle d’un loup. L’histoire de l’empereur Trajan est assez similaire, une créature démoniaque qui commet des actes maléfiques la nuit, s’attardant dans l’obscurité et se cachant du soleil matinal. Horz est donc la Lune qui règne sur les loups-garous, les vampires et les démons, bien qu’il ne puisse pas pour autant être considéré comme une force maléfique, mais simplement comme une énergie qui éveille des pulsions bestiales, obscures et cachées chez l’homme et ses semblables. Horz est lié à la Lune d’une autre manière encore. Son symbole est une corne, et sur sa poitrine, il porte un loup dévorant la Lune, symbolisant ainsi son éclipse. L’adjectif kors est très proche du nom de Horz et désigne quelque chose d’incomplet, d’imparfait. Cet adjectif, bien sûr, fait référence à la Lune qui, dans ses phases de croissant et de décroissant, lui ressemble exactement.

Comme nous l’avons déjà dit, Horz représente non seulement la Lune, mais aussi le Soleil du matin, peut-être même le Soleil dans toutes ses phases. Sreznjev, le chercheur qui a découvert une statue de Horz, l’appelle Apollon. Horz est parfois considéré comme identique à Dazbog, ce qui fait de Horz-Dazbog une seule divinité. Les sœurs de Horz sont Hrsalkas – les filles du Soleil. L’analyse linguistique montre que Horz était plus tôt un dieu du Soleil que de la Lune. Cette analyse soulève précisément le problème de l’origine primitive de Horz et de sa place dans la mythologie slave. La plupart des experts (Dragoslav Srejovic, Louis Léger) ne considèrent pas cette divinité comme étant d’origine slave. Le problème fondamental qui se pose lors de l’étude de Horz est son nom, qui ne semble pas être d’origine slave. Que nous apprend l’étymologie ? Spasoje Vasiljev pense que le nom Horz vient de l’iranien kursid et de l’hébreu cheres, tous deux signifiant « le Soleil ». Il existe également l’égyptien Horus et le persan Khores, qui présentent des caractéristiques similaires à Horz. Tous ces mots désignent Horz comme un dieu du Soleil, mais il n’est pas seulement cela. Horz n’est, comme Svarozic, qu’une autre forme du Soleil représentée par la flamme ou la lumière qui apparaît comme la Lune la nuit et comme le Soleil levant le matin. L’une de ses formes corrobore cette hypothèse : Svarozic, fils de Svarog, immatériel, la flamme du ciel. Comme nous le savons, Horz et Dazbog appartiennent au groupe des « svarozic » (petits Svarogs), et ils représentent simplement deux aspects d’une seule et même chose. Il n’est donc pas surprenant que Horz et Dazbog soient parfois perçus comme une seule entité : Horz-Dazbog. En effet, le Soleil, lumière du jour, est perçu comme Dazbog, et la Lune, illuminant la nuit, comme Horz (le Soleil de la nuit). Horz est également le Soleil du matin, auquel Trajan et le prince Viseslav tentent d’échapper. Horz, en tant que membre des « svarozic », jouait un autre rôle. Dans la trinité Perun-Horz-Veles, vénérée avant l’érection des statues du panthéon de Kiev, Horz était perçu comme la flamme. En Horz, on peut voir différentes formes de la flamme terrestre, manifestation du feu céleste de Svarog, le feu qui apparaît sur terre sous les formes du Soleil, de la Lune et de la flamme.

Le nom de Horz est lié à de nombreux noms de lieux, comme Horsovo et Horos en Bulgarie, l’île d’Hortica sur le Dniepr et la mer d’Horem où se jette la Volga. Le terme tchèque pour feu est horecka, ce qui indique une fois de plus que Horz peut être un « svarozic » prenant la forme d’une flamme. L’un des termes utilisés pour désigner le coq est oroz, l’animal qui annonce l’arrivée de Horz, le soleil du matin. Il existe également le xorovod, une forme de danse.

Bien que l’origine slave de Horz soit débattue, nous l’avons inclus parmi les divinités slaves traditionnelles. Horz est mentionné dans la chronique de Nestor, dans la description du panthéon de Kiev, ainsi que dans de nombreuses autres sources. Nous avons déjà évoqué la légende ukrainienne du prince Viseslav, que l’on retrouve dans les Histoires du peuple d’Igor. Jordanès, le chroniqueur qui a étudié la période historique du IIe au VIe siècle après J.-C., mentionne l’île d’Hortica, sur le Dniepr, comme le site d’un temple dédié à Horz. De nombreux noms de lieux étayent la théorie selon laquelle Horz était un dieu slave, mais l’analyse de cette divinité nécessite de prendre en compte les deux interprétations de son origine.

— Vesna Kakaševski

Gerovit (ou Jarilo)

Gerovit pouvait être interprété de deux manières : comme un dieu guerrier, ou comme un dieu solaire qui, sous le nom de Jarilo, représente celui qui accorde la fertilité. Nous examinerons d’abord la nature guerrière de Gerovit.

Sur l’île de Roujan se trouvait un temple au centre duquel se dressait la statue de Gérovit, ornée de sept têtes et de huit épées. Construit en bois, le temple ne comportait qu’une seule pièce à quatre colonnes, et ses murs étaient ornés de draperies violettes. Que symbolisaient les sept têtes de Gérovit (ou Rudjevit, comme on l’appelait sur l’île de Roujan) ? Certains pensent que ce dieu incarne les sept dieux du panthéon de Kiev, tandis que d’autres affirment qu’elles représentent les sept mois d’été durant lesquels Gérovit régnait. Il en va de même pour les sept épées, tandis que la huitième, que Gérovit tient à la main, lui appartient et représente donc un attribut d’un dieu guerrier. Un bouclier recouvert de plaques d’or était également conservé dans le temple comme objet sacré et représentait Gérovit lui-même. Ce bouclier était porté respectueusement en procession par le peuple.

Quant aux liens planétaires, Alexandre Asov associe Jarilo à la planète guerrière Mars. De nombreux faits corroborent cette affirmation : la couleur de Jarilo est le rouge, tandis que lui-même est associé au signe du zodiaque du Bélier. Le mois de Belojar – le terme est un composé contenant le nom de Jarilo – commençait le 21 mars, jour où le Soleil entre dans le Bélier. Le terme « jare » (qui signifie « chevreau ») survit également dans l’expression utilisée pour désigner ce mois, et des agneaux étaient autrefois sacrifiés en l’honneur de Gerovit. On trouve également le nom « jarost » (frénésie) et le verbe pronominal « razjariti se » (se mettre en colère) qui contiennent le nom de Jarilo et décrivent parfaitement sa nature guerrière. Après la conversion des Slaves au christianisme, saint Georges reprit le rôle de Gerovit. Saint Georges est un saint guerrier combattant les forces obscures incarnées par un dragon. Certains prétendent que ce dragon représente les dieux et les forces païens que le christianisme a qualifiés de démoniaques, et que saint Georges, en tuant le « dragon », tue précisément ces « démons ». Mais si l’on considère que saint Georges n’est autre que Gérovit, cette explication devient caduque et masque une image mythique bien plus claire. Si l’on dépasse les limites fixées par une religion, en l’occurrence le christianisme, on aboutit à l’image d’un dieu solaire et juste, un dieu qui respecte la loi de Justice, qui détruit les forces qui tentent de s’opposer à la Lumière, forces qui causent la dégénérescence et la ruine de tout ce qui est bon, beau et juste. Mars est la planète associée à ce type de purification divine et de destruction de ce qui doit l’être. Un autre fait corrobore la théorie d’Asov selon laquelle Jarilo et la planète Mars sont interdépendants. Arès en grec, équivalent de Mars en romain, est l’amant d’Aphrodite, et son équivalent slave est Lada. Comme nous le savons, Gérovit et Lada sont représentés dans la mythologie slave comme un couple divin. Cette union peut être interprétée de deux manières : comme un mélange d’Amour et de Haine, ou comme une connexion entre l’Amour et la Guerre qui peut devenir l’autre face de l’Amour, et vice versa. Mais on peut aussi l’interpréter différemment : comme une relation et un lien entre un dieu et une déesse de la fertilité. Ceci nous amène à l’analyse de l’autre aspect de Gerovit, son étude en tant que dieu de la fertilité.

Nous avons déjà mentionné que les sept têtes de Gerovit pourraient symboliser les sept mois d’été de son règne. À son opposé se trouve Porevit, le souverain des cinq mois d’hiver restants. Il était également le frère de Gerovit, et un temple lui était dédié sur l’île de Rujan. Considéré comme un dieu de la fertilité, Gerovit représente le Soleil lui-même ; l’abondance des récoltes en dépend. En tant que dieu protecteur, il protège également les récoltes de la grêle. Dans les rituels, Gerovit était principalement célébré comme un dieu de la fertilité. Les festivités qui lui étaient dédiées avaient lieu au début de l’été et visaient à célébrer le réveil du soleil après une période hivernale. Un rituel slave est très similaire à celui que les Celtes pratiquaient pour honorer leur dieu de la fertilité : le Dieu Corne. Lors des festivités dédiées à Jarilo, les garçons fabriquaient une poupée avec de la paille et des brindilles, représentant Gerovit. Les Slaves jetaient cette poupée dans l’eau, espérant une récolte abondante. On sait que les Celtes brûlaient des effigies en osier pour la même raison, et représentaient leur Dieu Corne sous les traits d’une divinité verte recouverte de feuilles.

— Vesna Kakaševski

Crnobog (ou Cernobog, Cert)

Crnobog, comme son nom l’indique, est un dieu noir slave (crno, couleur noire), dieu de la nuit, du chaos et du mal. Les Slaves croyaient que tout mal provenait de ce dieu ; Crnobog, par-dessus tout, était donc le moins bienveillant envers les hommes. La plupart des informations sur Crnobog nous viennent d’Helmold. Dans l’un de ses écrits, il affirme : « Il existe une curieuse coutume chez les Slaves. Lors de leurs festins, ils boivent tous dans la même coupe et, ce faisant, prononcent des paroles qui, j’ose le dire, n’ont pas pour but une prière, mais plutôt une malédiction au nom de leurs dieux, dieux du bien et du mal. Ils croient que tout bien vient du dieu bon et tout mal du dieu maléfique. C’est pourquoi ils appellent ce dieu Crnobog dans leur propre langue.» Comme nous pouvons le constater, nos ancêtres pensaient que le rôle de l’un de leurs dieux était de porter malheur, et l’exemple ci-dessus montre clairement qu’ils utilisaient eux-mêmes ce dieu pour les aider à attirer le malheur (le rituel de malédiction). Le malheur pouvait frapper les Slaves de multiples façons : froid extrême, famine, pauvreté, maladie, ou simplement un concours de circonstances, et Crnobog était responsable de tout. Partant du constat que le froid et l’obscurité rendaient leur vie pénible, les Slaves imaginèrent une entité liée à ces phénomènes naturels. Crnobog, Cernobog ou Cert devint ainsi une divinité hivernale et un dieu des ténèbres, une créature terrifiante qui enveloppait le monde de noir. Cependant, il faut garder à l’esprit que les Slaves considéraient l’influence de Crnobog comme nécessaire et que, par conséquent, Crnobog était respecté comme tous les autres dieux. Aucune source pertinente à la mythologie slave ne classe Cert comme une divinité de rang inférieur et, bien qu’il soit considéré comme la source de tous les malheurs, il était considéré comme l’égal des autres dieux du panthéon. Tout cela signifie que nos ancêtres pensaient que les accidents étaient également causés par leurs dieux, ou que même le froid extrême, la famine, la mort et la maladie étaient d’origine divine (provenant de Cert ou de Morana). Et ce qui était envoyé par les dieux devait assurément être respecté. Cela illustre la différence entre la perception païenne du monde et celle des chrétiens, car le christianisme place la vie terrestre dans la vallée des larmes, tandis que pour les païens, la vie, heureuse ou malheureuse, est un don divin.

Bien que l’ancienne religion slave ne présentât aucun caractère dualiste, les spécialistes de la mythologie slave opposaient à Crnobog une divinité aux propriétés contrastées : Belobog. Belobog, en tant que principe de lumière et de bonté, aurait dû lui être opposé (belo, couleur blanche), ou la puissance qui contrebalance son influence négative. Pour étayer leur théorie du dualisme dans la mythologie slave, les chercheurs ont affirmé que les noms de certains lieux pouvaient être liés à Belobog. Parmi ces lieux, on trouve Belbuch en Poméranie, Belobozice en Bohême, ainsi que Bialoboze et Bialoboznica en Pologne. Cependant, comme l’affirme Louis Léger, le nom Belobog ne figure dans aucun document écrit authentique concernant la culture slave. Certains mythes slaves, comme celui de la création, mettent en scène Belobog, mais nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que ce mythe trouve son origine à l’époque préchrétienne. Ce mythe raconte que le monde fut créé par Crnobog et Belobog qui, par un effort commun, parvinrent à la perfection. Bien que les dieux soient entrés en conflit lors de la création du monde, ce sont précisément leurs actions réciproques qui ont donné à l’univers son aspect actuel. Un autre concept dualiste proclamait Cernobog dieu de la moitié sombre de l’année, opposé à Belobog, souverain de la moitié ensoleillée. Selon cette croyance, le règne de Belobog commençait au solstice d’hiver, tandis que celui de Crnobog sur la nature commençait au solstice d’été. Le solstice d’hiver lui-même était le jour de la bataille entre ces deux puissances opposées, et ce jour-là, Belobog remporta la victoire. Cette croyance pourrait trouver ses racines dans une foi slave authentique, car tous les autres peuples païens interprétaient ce jour de la même manière.

Nous avons déjà mentionné que les documents sur l’ancienne religion slave ne fournissent aucune information sur les relations familiales entre les dieux. Cependant, Vladimir Aleksejevic Istarhov, auteur de La Frappe des dieux russes, affirme que Crnobog avait une compagne de vie, une chèvre nommée Sedunja, avec laquelle il eut un fils nommé Vij. Bien qu’Istarhov n’ait pas consigné le mythe de cette relation, on peut conclure que cette légende date également de la période postérieure à la conversion au christianisme, car le christianisme associait les animaux à cornes, en particulier les chèvres, aux forces du mal.

Quelle que soit notre conception de Crnobog, il faut se rappeler qu’aucun système païen, y compris slave, n’implique de dualisme. Le polythéisme, caractéristique fondamentale des religions païennes, ne saurait jamais contenir d’enseignements sur une cause primordiale unique, ni sur deux. De ce fait, le système Wicca, par exemple, est un produit typique New Age, car cette religion repose sur deux principes fondamentaux : masculin et féminin, c’est-à-dire Dieu et Déesse. Le néopaganisme slave postule également un seul dieu (parfois Rod, parfois Dazbog) représentant le principe primordial de l’univers. Une telle conception de l’univers n’existait pas dans le credo slave authentique, pas plus que la distinction entre une divinité bonne et une divinité mauvaise. Cette division ne pouvait provenir que de l’influence du christianisme, fondé sur le dualisme du bien et du mal, incarné, au plus haut niveau, par Dieu et Satan, et, aux niveaux inférieurs, par les anges et les démons.

— Vesna Kakaševski

Devana

Déesse la plus fréquemment associée à l’Artémis grecque et à la Diane romaine. Étant donné la grande similitude des noms de Devana et Diane, on suppose que les Slaves ont emprunté cette divinité aux Romains. Son nom long, Dziewona, ou Dzevana comme l’appelaient les Polonais, rappelle encore davantage celui de la déesse romaine de la chasse, ce qui plaide en faveur de la théorie selon laquelle Devana n’est pas une divinité slave d’origine. Cependant, Devana est d’origine aryenne, ce qui laisse penser que Devana et Diane ne sont que deux variantes du même nom. Laquelle ? Les anciens Aryens croyaient aux Devases, fils de Dayus, le père du ciel, c’est-à-dire les dieux eux-mêmes. Les mots deus et theos, qui signifient également dieu, proviennent du sanskrit deva. De nombreux noms divins tirent leur origine de ce terme : Dionysos, Zeus, Diona, Dana (déesse suprême celtique), et, bien sûr, Diane et Devana. Ainsi, Diane et Devana représenteraient la déesse suprême primordiale qui perdit plus tard son pouvoir suprême et devint l’un des dieux. La croyance en une déesse primordiale semblable à Devana existe dans ces territoires depuis des temps immémoriaux. Les habitants des Balkans s’inclinaient devant la Mère des Forêts, maîtresse des forêts et de ses créatures. Diane et Devana sont ces déesses de la forêt, protectrices des animaux sauvages et déesses de la chasse. Si nous percevons Devana comme un aspect de la Déesse suprême païenne, qui apparaît à travers les trois phases de la lune et les trois phases de la vie d’une femme, sous les traits de la Vierge, de la Mère et de la Vieille Femme, nous verrons que le premier aspect, celui de la Vierge, n’est en aucun cas celui de Devana. Le nom même de Devana incarne cette qualité, car elle est deva, ou en français : une jeune fille, une vierge ou une jeune fille. La déesse de la forêt désigne certainement une femme avec quelque chose de sauvage et d’indiscipliné en elle, car elle ne s’est pas donnée à un homme. Cette division trimorphe des déesses n’existe certainement pas chez les Slaves, du moins pas dans sa forme originale, mais elle sera plus facile à comprendre si le système slave est complété par le système celtique et si des parallèles sont établis entre les deux formes de paganisme. On trouvera plus de détails sur la déesse suprême slave et son possible triple aspect dans l’ouvrage d’Aleksandra Bajić, La Grande Déesse des Slaves.

Que dire d’autre sur Devana ? Son animal sacré est une jument, et Devana elle-même est considérée comme une déesse-jument. Sur le mont Devica, manifestement lié à Devana, un rocher représentant une jument a été découvert. Aleksandra Bajić estime que Devana apparaît dans les poèmes épiques serbes comme la mère de Miloš Obilić, dont le nom de famille – Obilić – vient de Kobilić (du serbe kobila, qui signifie jument ; -ić est un suffixe pour les noms de famille serbes). Miloš représente donc Jarilo, le fils de Devana et de Veles.

Comment s’est déroulé le mariage de Devana et Veles ? Au début, la déesse s’y opposait, mais Veles trouva un moyen de l’apaiser. Il se transforma en fleur de basilic, apaisant ainsi Devana, un peu sauvage. Épouse de Veles, Devana apparaît dans les contes de fées russes sous le nom de Vasilisa, une belle femme sage qui aide son mari à surmonter de nombreux défis. Outre son rôle de déesse de la forêt, Devana est associée aux rivières et aux lacs. Ses arbres sont le noisetier et le saule. Le Jour du saule, une fête célébrée au début du printemps, lui est dédié. Spasoje Vasiljev considère Devana comme la déesse du printemps, ce qui explique pourquoi on peut la considérer comme similaire, voire identique, à Vesna.

— Vesna Kakaševski

Koledo

Koledo est un être que l’on peut considérer de deux manières : comme un esprit de l’hiver et comme un dieu. Les fêtes dédiées à Koledo avaient lieu en hiver, la plus importante étant Koljada, qui coïncidait avec le solstice d’hiver. Les coutumes liées à cette fête ont survécu au christianisme, et certains auteurs pensent que cette fête fait partie de celles (comme Jul chez les nordiques), que le christianisme s’est approprié, les transformant en Noël. En Bulgarie, Noël s’appelle encore Koleda, et la salutation utilisée ce jour-là est « Joyeux Koleda ».

Koledo est le frère jumeau d’Ovsenj. Leur mère est Zlatogorka Maja et leur père Dazbog. Ovsenj est né avant Koledo et attela les chevaux au char céleste pour laisser la place à son frère. Koledo symbolise la descente du dieu Krishna, ou Krisnji, sur terre. Ovsenj apparaît en été et Koledo en hiver. Le jour du solstice d’hiver, Ovsenj dit adieu à l’année écoulée et Koledo accueille la nouvelle année, ou le nouveau Soleil.

Koledo a transmis aux hommes la connaissance de l’univers et des corps célestes. Il leur a donné un livre sur les constellations que les Slaves appelaient le Livre des Étoiles de Koledo. On observe ici une autre similitude entre Koledo et Krishna. Krishna apporte aux hommes la connaissance sous forme de livres – les Védas – et Koledo fait de même. Si l’on consulte les Védas, on peut conclure que Koledo est une autre forme de Krishna ou Krisnji, terme utilisé par les Slaves pour désigner ce dieu. Koledo a créé un calendrier pour les humains, un calendrier que les Slaves appelaient « le don de Koledo », et il leur a également révélé la connaissance du « Grand Cercle » (probablement la Voie Lactée). Selon la légende, la dernière descente de Koledo sur Terre aurait eu lieu vers 6530 av. J.-C. Depuis, ce savoir s’est transmis de génération en génération. Les Grecs disaient tenir leur connaissance sacrée des étoiles des Hyperboréens du Nord. Les Hyperboréens sont le peuple des mythes grecs qui vivait dans l’extrême nord. Ils ne faisaient jamais la guerre et vivaient dans le luxe. Ils vénéraient le Soleil et les dieux solaires. On disait que le Soleil ne se couchait jamais dans leur pays. Du fait qu’ils vénéraient le Soleil et vivaient au nord, certains ont pu conclure qu’il s’agissait en réalité des Slaves. Le Livre de Veles raconte l’époque où les Slaves menaient une vie facile et ne connaissaient pas la guerre. De là une hypothèse selon laquelle les Grecs auraient acquis leurs connaissances en astronomie et en astrologie auprès des Slaves. Ces derniers, à leur tour, auraient acquis ces connaissances auprès de Koledo.

Le nom de Koledo est mentionné dans de nombreux voeux le verre à la main. On trouve également les chants dits « koledar », ou « koledi ». Ces chants rituels lyriques sont principalement interprétés pendant les fêtes de solstice d’hiver et sont encore présents aujourd’hui dans de nombreuses régions. On pensait qu’en faisant ses adieux au Soleil, Ovsenj libérait les morts. Les hommes, vêtus de vêtements divers, parcouraient les villages en faisant du bruit. Les koledars étaient exclusivement des hommes. Ils apprenaient les chants du maître du village. Ils parcouraient le village et chantaient toute une nuit, jusqu’à l’après-midi du lendemain. Ils étaient toujours douze, mais ils se divisaient en deux groupes de six. Chaque groupe était dirigé par un chef qui portait une lanterne décorée de romarin, ainsi que trois chanteurs et un trésorier. Ils engageaient un porteur de sac dont le seul rôle était de transporter les offrandes faites par les chefs de famille. Ces offrandes consistaient principalement en nourriture et en boissons. Voici un exemple de chant koledar :

Notre hôte, Koledo !
A un nourrisson, Koledo !
Jeune nourrisson, Koledo !
Tête d’homme, Koledo !
Sur sa tête, Koledo !
Chapeau de vison, Koledo !

Les Koledars parcouraient les rues et frappaient aux portes des maisons dont la fenêtre était ornée d’une bougie. Ils chantaient des chants dédiés à chaque membre de la maisonnée. Ils chantaient pour le marié, le chef de famille, la mariée, les bébés, les enfants. Tous les chants des Koledars avaient leur utilité. Koledo y était mentionné comme un protecteur et son nom était chanté en appel au bonheur, à la force et à l’amour. Il devenait ainsi le protecteur de la famille et de chacun de ses membres. Plus tard, dans certains chants, il fut remplacé par le dieu chrétien, logiquement, pourrait-on dire, puisque Koledo était un dieu védique, une des manifestations d’un seul et même dieu.

— Nikola Milošević