Dans le sillage de la roue solaire

Lire dans les ceps de nos vignes et les ondulations de nos blés les rythmes païens de nos vignerons et de nos laboureurs – ceux qui furent nommés « pagani », paysans et païens, pour avoir obéi au sang de la terre plus qu’à celui de lointaines idoles.

Les traditions n’appartiennent pas au passé, elles meurent de devenir objets de musée. Quel intérêt y aurait-il à répéter des gestes figés, à obéir à des rituels mis au point à grand renfort de textes qui s’autoproclament définitifs ? Je n’approuve en rien cet immobilisme réducteur. Il s’agit, aujourd’hui, de faire preuve de vitalité et d’imagination, de remettre à l’honneur une poétique qui sollicite notre créativité. Vingt amis se rencontrent chaque été sur les sentiers de montagne, un inséparable trio remet à flot un voilier pour rejoindre Jersey ou les Cyclades, une « cousinade » se réunit pour célébrer la mémoire d’un ancêtre, autant d’occasions d’affermir les clans et de resserrer les liens, autant de fêtes païennes, sans décorum inutile, sans rien n’avoir à justifier – mais en connivence avec nous-mêmes. Des lanternes de Samain aux bougies des plus longues nuits, des crêpes de Chandeleur en Imbolc, des arbres de Mai en feux de solstice, de moissons en vendanges, que tourne la roue de notre éternité ! Puisse dans le sillage de cette roue solaire, s’épanouir cette spiritualité qui unit nos peuples enracinés en terre d’Europe et que nous nommons paganisme.

— Anne-Laure Blanc, « Païens ! », Éditions de la Forêt – 2001.