Venin sous perfusion

L’industrie de l’information et de la publicité agit par sidération mentale, détruisant chez ceux qu’elle touche toute capacité de jugement et de réflexion, même chez des personnes cultivées et en principe difficiles à leurrer. Le martelage indolore des infos « en boucle » à la télévision, à la radio, dans la presse joue son rôle. Il produit sur les meilleurs esprits un complet ahurissement.

Mais le pire dans son action invisible est de fabriquer chez ses victimes une « demande » analogue à celle des drogues. Les esprits les plus avertis qui n’ont pas délibérément coupé le son, l’image et la parole cathodique cèdent inconsciemment à un état de passivité béate, résultat de l’attente de la drogue quotidienne qui provoque un état de manque. Le libre jugement est annulé par l’hypnose produite par la répétition sur toutes les chaînes du même message émotionnel, scandé avec des variantes qui donnent l’illusion de la diversité. Dans la désinformation des masses, la puissance de l’image est considérable. Pourtant, sur ce point, Jean-Luc Godard a tout dit sur l’exactitude de ce que l’on donne à voir à l’opinion : « il n’y a pas d’image juste, il y a juste une image ».

Il n’y a pas d’indépendance de la pensée, ni libération face à l’empoisonnement de l’esprit que constitue la propagande du régime, sans une rupture radicale d’avec ses organes de diffusion, presse écrite, radios, télévision. Par les chaînes de l’audiovisuel public, anesthésie et formatage sont délivrés en continu dans les foyers, et auto-administrés par la victime elle-même lorsqu’elle sélectionne ces canaux. En sortir commence par une prise de conscience. Certains la font. D’autres, la plupart, terminent leur vie sans jamais s’être affranchis de la pensée prémâchée qu’on leur sert.