Le philosophe allemand Oswald Spengler considérait qu’en tombant entre les mains des Ottomans musulmans, la chrétienne Constantinople et sa basilique Sainte Sophie n’avaient fait que retourner pour ainsi dire à la « maison mère ». Propos incohérent ? Sans doute pour l’esprit béotien et celui habitué par l’histoire des siècles à voir une opposition entre le monde chrétien et celui de l’islam. Mais une vision claire en réalité chez Spengler. Explicitons :
Ayant adopté le christianisme, qui il ne faut cesser de le rappelle est une invention et une affaire d’orientaux, étrangère à l’âme européenne, Byzance devenue Constantinople s’était ce faisant placée dans la sphère mentale du monde sémite*, ce monde englobant les terres de la Palestine antique des Juifs et la péninsule arabique des futurs mahométans.
De par sa localisation, l’Empire byzantin en tant que multi-ethnique (grecs, arméniens, berbères, arabes et autres moyen-orientaux) était profondément oriental (il suffit pour s’en rendre compte de voir sa carte géographique sous Justinien au VIè siècle), empire oriental tout comme sa capitale Byzance (localisée pour sa part sur le continent européen de l’autre côté du Bosphore). Et les envahisseurs Ottomans musulmans, autre facette de ce monde oriental, n’ont donc fait que s’installer au milieu du XVè siècle dans une parenté orientale antérieure à leur arrivée.
Qu’est-ce que le plan de la mosquée si ce n’est celui d’une basilique byzantine ? La mosquée des Omeyyades à Damas construite entre 706 et 715, ressemble à s’y méprendre à ce qui est visible à Constantinople et antérieur de trois siècles.
(* les princes de l’Europe occidentale se placeront de même sous domination mentale sémite, mais via bien sûr la voie catholique suite aux querelles christologiques installées de longue date dans l’ancien Empire romain, et qui aboutiront au schisme de l’an 1054)
