Monothéisme, le totalitarisme premier

Nous sommes sensibles à la spiritualité païenne originelle de notre continent européen. Nous venons donc avec force et sans complexe faire le procès du monothéisme.

Quelle est la caractéristique fondamentale du monothéisme, conception juive : c’est la revendication arrogante et méprisante de l’« élection » et de la « pureté » face aux autres par définition considérés dénués de cela, donc inférieurs, l’affirmation mégalomane de détenir seul la Vérité. C’est là une tare obsessionnelle omniprésente dans son histoire.

Élection et concept de « meilleure des communautés » présentes sur cette Terre, seront d’ailleurs repris par le monothéisme mahométan. Ce dernier, organise toute la vie sociale entre ce qui est impur, illicite (haram) et licite (halal). Il recense onze choses impures, au rang desquelles figurent l’homme et la femme non musulmans, avec l’urine, l’excrément, le sang, les ossements, le sperme, le vin, la bière, le porc, le chien, et la sueur du chameau mangeur d’ordures (cité par l’Ayatollah Khomeini dans ses Principes politiques, philosophies, sociaux et religieux, traduit du persan par J.M. Xavière, pp. 59-62). Les textes sont explicites dans le judaïsme et l’islam par les qualificatifs d’infériorité substantielle utilisés à l’encontre des infidèles à leur propre foi. On ne retrouvait pas de mépris équivalent dans la cohabitation acceptée par les cultes polythéistes et païens installés dans certaines villes du pourtour méditerranéen comme Alexandrie à l’époque hellénistique. La véritable bienveillance pour les autres formes de croyance, était païenne. C’est d’ailleurs ce qui fut fatal au paganisme face à une entreprise qui, bienveillante, ne l’était en rien. Les versions officielles de l’histoire sont écrites par les vainqueurs, et chacun prend soin d’occulter les épisodes gênants de son action. Les premiers chrétiens n’ont pas uniquement été de doux agneaux persécutés et donnés en pâture aux jeux du cirque par les méchants Romains, comme on nous l’a appris. Et les moines notamment serviront en tant que nervis extrêmement violents dans les expéditions de destruction fanatique et de lynchage :

– En 380, l’évêque Ambroise de Milan entame une campagne de démolition des temples païens. A Éleusis, des prêtres lancent une foule contre le temple de Déméter. Nestorius le Hiérophante, vénérable de 95 ans, y voit la chute des hommes dans l’obscurantisme pour les siècles à venir.

– En 391, après en avoir fait le siège, une foule chrétienne dirigée par l’évêque Théophile d’Alexandrie fracasse le temple de Sérapis, tue les païens qui le défendaient, et brûle l’annexe de la fameuse Grande bibliothèque. Les chrétiens auront précédé en cela le Calife Omar, second successeur de Mahomet, à qui les textes de l’islam attribuent la destruction de la Grande bibliothèque lorsque ses troupes s’emparent de la ville en 642. L’édifice contenait une partie du patrimoine culturel et spirituel de l’Antiquité grecque. A la question de savoir que faire de ces milliers de volumes, Omar ordonne de les brûler car de deux choses l’une, « soit ils disent la même chose que le Coran, et ils sont inutiles ; soit ils disent le contraire, et ils sont nuisibles ».

– En 394, l’Empereur chrétien Théodose 1er fait fermer le temple de Vesta, déesse du feu et du foyer, protectrice de Rome, l’un des plus anciens temples de la ville. Son ancien et éternel feu qui avait été entretenu sans discontinuer depuis plus de mille ans, est éteint et les vierges vestales sont chassées.

– En 415, un groupe de chrétiens excités par le « Saint » Archevêque Cyril d’Alexandrie enlève la mathématicienne et philosophe Hypatie. Elle est battue, dénudée, insultée jusqu’à une église où elle est écorchée avec des tessons et des coquillages, avant d’être démembrée et brûlée sur une colline.

– En 580, à Antioche, les chrétiens attaquent un temple de Zeus. Les prêtres préfèrent le suicide à la reddition, mais les autres non-chrétiens sont faits prisonniers, dont le vice-Gouverneur Anatolius. Ils sont torturés et expédiés à Constantinople. Condamnés à mort, ils sont livrés aux lions, qui restent indifférents à leur présence. Ils finissent donc crucifiés. Leurs corps sont promenés dans les rues par la foule chrétienne et finissent sans sépulture jetés au milieu des déchets dans une décharge publique.

Arrêtons là l’énumération, le temps nous manquerait. Les premiers chrétiens ont partout vandalisé les lieux sacrés du paganisme, détruit les représentations, comme l’islam tel qu’en lui-même détruit aujourd’hui où il le peut les traces archéologiques du passé pré-islamique. Même démarche mentale d’intolérance absolue. Les travaux de Ramsay Macmullen renseignent définitivement sur les méthodes employées par les premiers chrétiens contre la bonhommie païenne. Après leur lecture, on est délivré des complaintes victimaires pleurnichardes du christianisme sur ses « saints martyrs ».

Incapable par définition d’accepter l’idée d’une pluralité de conceptions et de représentations du divin, le monothéisme est par essence totalitaire, négateur des libertés d’autrui. Les chrétiens se sont voulus hérétiques du judaïsme et rejetant le Sanhédrin. Mais une fois l’entreprise chrétienne florissante, ils n’accepteront pas les hérésies futures à leur dogme, que ce soit celle des bogomiles, des cathares, ou encore des protestants qui soit dit en passant ne manqueront pas de s’illustrer de leur côté par leur vandalisme envers les représentations catholiques, reproduisant l’iconoclasme religieux du huitième siècle. Iconoclasme présent de longue date dans le judaïsme, et lui aussi recyclé par l’islam. 

Citons quelques exemples de ce qu’a été la tare obsessionnelle du monopole de la Vérité dans la fraction occidentale de l’ancien Empire romain. Après quatorze siècles de règne sans partage du catholicisme, apparaît la réforme luthérienne. Elle est introduite dans la cité de Munster en 1532. Le luthéranisme était déjà une hérésie radicale du catholicisme. Mais ce n’était pas suffisant pour certains. En conséquence, à l’été de la même année, des prédicateurs s’opposent au baptême des enfants. La dissidence « anabaptiste » récuse donc le baptême qui, selon elle, ne peut être administré à des enfants incapables de comprendre le sens de ce sacrement. Sur le plan théologique, Luther lui-même est récusé par ces ultras. Devant l’impossibilité pour les anabaptistes de changer l’Église de l’intérieur, ils se retrouvent dans le projet d’une communauté chrétienne séparée du monde, libre de tout pouvoir extérieur. Jean de Leyde et Gert Kloster, deux envoyés du « prophète » Jan Matthys, des Pays-Bas, arrivent à Munster au début de 1534, avec l’intention d’édifier, dans un climat troublé, le « royaume de Dieu », en recourant au besoin pour cela à la violence. Sous prétexte qu’il fallait purifier la ville des impies, une première émeute éclata et de nombreux modérés quittèrent la cité, tandis que convergeaient vers elle des anabaptistes venus des Pays-Bas, dont Jan Matthys, attendant comme les Juifs le « retour du Messie ». Jan Matthys prit le pouvoir, appelant à l’extermination de tous ceux qui refusaient l’ordre nouveau.

A la même époque à Genève, Farel et Calvin imposeront une société puritaine et austère, interdiction des jeux de dés et de cartes, interdiction de danser, fermeture des cabarets le soir, visites et interrogatoires domiciliaires pour questionner les occupants sur leur manière de vivre, recueillir leurs professions de foi annuellement renouvelées, et traquer les « déviants », obligation d’assister aux offices. Calvin et Luther auront respectivement huit cents et vingt mille brûlés vifs sur la conscience. L’esprit totalitaire enfanté par le monothéisme d’origine sémite sera parfaitement illustré par les propos de Théodore de Bèze, successeur de Calvin, qui déclare en 1570 : « Dirons-nous qu’il faut permettre la liberté de conscience ? Pas le moins du monde, s’il s’agit d’adorer Dieu chacun à sa guise ». La chose est très claire : il est hors de question d’admettre une autre façon que « la nôtre », qui doit être adoptée par tous à l’exclusion de toute autre.

En France, entre Protestants et Catholiques, l’Édit de Compiègne promulgué en 1557, introduira la peine de mort contre « ceux qui professent une religion autre que catholique ». De la même manière, le parti lorrain entend faire adopter par tout le monde une formule de soumission à la foi catholique, les dissidents se voyant promis au bûcher. La liberté de conscience ne sera reconnue aux protestants qu’avec la paix d’Amboise en 1563. Mais le traité de Nemours en 1585 interdit de nouveau le protestantisme et les Réformés ont quinze jours pour abjurer ou quitter le royaume.

Les anglicans avec Cromwell imposeront leur dictature puritaine réformée au christianisme irlandais empreint de « pratiques païennes haïssables » selon le prétexte adopté dès le XVè siècle par les Plantagenêts. Après avoir été massacrés sous Elizabeth Ier, puis spoliés de leurs terres sous les Stuart, les catholiques irlandais verront Sir John Clotworthy affirmer devant le Parlement, que la conversion de ces papistes ne pourra s’effectuer « qu’une Bible dans une main et une épée dans l’autre ». Cromwell ne les assimile pas moins qu’à « des ennemis de l’humanité ».

Louis XIV affirmera son hostilité aux protestants, attachés à une « pernicieuse erreur » que ses devoirs de Fils Aîné de l’Église lui imposent de détruire. La révocation de l’édit de Nantes suivra. Bossuet qualifiera le roi de « nouveau Constantin, nouveau Théodose, nouveau Marcien, nouveau Charlemagne… ». En effet, quand on sait avec quelle violences ces empereurs ont imposé le christianisme aux peuples païens, le parallèle dans l’intolérance dogmatique est justifié.

Quant à l’islam, chacun sait maintenant avec suffisamment de clarté comment il légitime par le Jihad la violence faite aux « mécréants ».

« Seule ma foi est la bonne et admissible, à l’exclusion de toute autre », telle est l’obsession totalitaire objectivement constatable associée à tout ce qui a émané du monothéisme oriental.