Le magazine Terre & Peuple publiait à l’été 2013 dans son n° 56 sous la plume d’Alain Cagnat :
Faire l’historique qui a conduit du monothéisme à l’universalisme (récupéré par la franc-maçonnerie) dont nous sommes en train de crever, montre clairement le poison qu’a été le christianisme et ses subversions (son relativisme, « tout se vaut ») introduit dans la société traditionnelle, transposé sans discernement aux idées politiques jusqu’à aujourd’hui.
Pour nous, identitaires européens, l’immigration massive et l’islamisation rampante de notre territoire sont les deux périls qui nous menacent directement et immédiatement. Mais ce ne sont que deux mutations d’un cancer qui a commencé à subvertir la civilisation européenne voici deux mille ans pour lui imposer une idéologie qui lui est totalement étrangère, l’universalisme associé à l’égalitarisme. Pour le comprendre, il faut en chercher la source et en identifier toutes les formes pour mieux les combattre, comme les têtes d’un Hydre.
Naissance du monothéisme : le judaïsme
On attribue au pharaon Akhenaton (XIVe avant notre ère) « l’invention » du monothéisme. Il avait exigé qu’on n’adore plus qu’un seul dieu, Aton, (et lui-même en tant que transfiguration du dieu-soleil sur Terre). Mais ce fut une entreprise sans lendemain, ses successeurs revenant au polythéisme traditionnel de l’Égypte.
Le monothéisme biblique naît vers le VIIIe siècle avant Moïse. Jusque-là, comme les autres Sémites, les Hébreux adorent plusieurs dieux, mais l’un d’entre eux, Yahveh, prend progressivement une place prépondérante jusqu’à devenir le dieu national d’Israël. Le judaïsme repose sur les cinq premiers livres de la Bible, la Torah, texte aux multiples auteurs et qui trouve lui-même sa source dans des écrits sémitiques plus anciens, comme l’Épopée de Gilgamesh qui parle déjà de la création du Monde, de déluge, et de lutte entre le bien et le mal. Pour avoir « reçu » les « Tables de la loi » sur le mont Sinaï, Moïse peut être considéré comme le véritable initiateur du dieu unique : « Tu n’auras d’autres dieux en face de moi ; tu ne te feras pas d’image ».
Le monothéisme juif est une « Alliance » : le peuple d’Israël admet pour seul dieu Yahveh qui, en échange, favorisera Israël dans ses desseins politiques, notamment la reconquête de la Palestine. Dès lors, le peuple juif se considérera comme le « Peuple élu » par Dieu : « Je te donnerai tous les trésors du monde, tous les peuples de la Terre seront à tes pieds et tu règneras sur eux ». Car, si Yahveh est le dieu de tous les peuples de la Terre, il est d’abord celui des juifs. Pour le meilleur et pour le pire…
Jésus de Nazareth, juif parmi les juifs
Jésus, « rabbi » de formation, s’inscrit intégralement dans la tradition biblique. Le Dieu qu’il prêche n’est autre que Yahveh. Loin de lui l’intention de créer une nouvelle religion ; il est juif et fréquente le Temple de Jérusalem : « N’allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abroger mais accomplir » (Mathieu V, 17). Il explique que le monde d’en bas est le monde du Mal, une « vallée de larmes » où les hommes, coupables du péché originel, doivent faire pénitence en attendant le Jugement dernier qui est imminent : s’ils sont méritants, ils auront le droit de siéger dans la félicité à la droite de Dieu, pour l’éternité.
Le retentissement de ses sermons ne dépasse guère le lac de Tibériade, mais, en l’an 30, il agresse les marchands du Temple. Il est alors livré aux Romains par le Sanhédrin, la haute autorité judaïque, comme agitateur politique, puis crucifié sur le Golgotha. Une poignée de fidèles porte la Bonne Nouvelle : Jésus est ressuscité. Jusque-là, ils fréquentaient le Temple assidument. Maintenant, ils sont en rupture : comment des juifs ont-ils pu faire mettre à mort « l’envoyé de Dieu » ?
La communauté de Jésus se scinde en deux. D’une part, les juifs de Jérusalem qui parlent araméen, fréquentent le Temple et vivent repliés sur eux-mêmes, et d’autre part, les juifs de la diaspora qui viennent de milieux ouverts et parlent grec. Entre « hébreux » et « hellénistes », les relations se tendent. C’est le compagnon de Jésus, Étienne, qui met le feu aux poudres, en proclamant : « La Loi juive ne doit pas l’emporter sur l’enseignement de Jésus ». Pour les juifs qui placent la Torah au-dessus de tout, c’en est trop. Le Sanhédrin livre Étienne à la foule qui le lapide à mort. Commence alors un effroyable massacre, « un pogrom de juifs par des juifs » (Alain Decaux, L’Avorton de Dieu, Une vie de Saint Paul). Mais les chrétiens qui s’enfuient se dispersent dans toute la Galilée, en Judée, en Samarie, où ils répandent la parole du Christ. Mais il ressort donc de ce qui précède que le christianisme n’existe pas encore à la mort de Jésus.
Saül de Tarse, le concepteur du christianisme
Saül est un jeune juif de haut rang, citoyen romain formé à la culture grecque. Devenu rabbin, il montre un grand zèle à pourchasser les chrétiens qui ont insulté la Torah. Jusqu’à ce que Jésus se révèle à lui sur le chemin de Damas sous la forme d’une lumière aveuglante : « Je t’ai destiné à être la lumière des nations afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre ». Transfiguré, Saül se convertit sous le nom de Paul et se met à prêcher dans tout le Proche-Orient, puis jusqu’à Athènes et Rome.
Il est le premier à comprendre que le christianisme n’a d’avenir que s’il sort du ghetto juif et s’adresse au monde des païens : « Il n’y a plus ni premiers ni derniers, il n’y a plus ni Grecs, ni Juifs, ni circoncis, ni esclaves, ni hommes libres, ni hommes, ni femmes. Tous sont un dans le Christ ». Vers l’an 40, les conversions débordent de la population hébraïque. Les prédicateurs chrétiens expliquent aux païens qu’il n’est pas nécessaire de passer par le judaïsme pour accéder au christianisme. Jusque-là, tous les chrétiens étaient d’origine hébraïque, respectaient la Torah et étaient circoncis. Une nouvelle querelle divise les chrétiens. Comment accepter que des Grecs, des Scythes et autres Gentils adhèrent au christianisme en ignorant la Loi et en étant incirconcis ?
Les anciens apôtres du Christ, Jean, Pierre et Jacques, sont hostiles à la conversion des païens : Jésus ne s’adressait qu’aux juifs. Mais Paul a choisi son camp : « Les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, associés à la même promesse en Jésus-Christ ». Pour lui, il n’est pas nécessaire d’être circoncis ou de manger casher pour être chrétien. Dieu n’a-t-il pas dit à Abraham : « Toutes les nations seront bénies en toi » (Genèse, XII, 3) ? A partir de ce moment, on pourra parler de judéo-chrétiens et de pagano-chrétiens (ou helléno-chrétiens). Les premiers ne peuvent admettre cette égalité entre païens et juifs : c’est nier l’Election du Peuple d’Israël !
Note : Quand on dit que les racines de l’Occident sont judéo-chrétiennes, on commet un contresens énorme. La civilisation « occidentale » plonge ses racines dans son passé indo-européen. Et s’il faut prendre en compte les deux millénaires où le christianisme l’a influencée, c’est d’helléno-christianisme ou de pagano-christianisme qu’il faut parler, certainement pas de judéo-christianisme.
La nouvelle religion se veut universelle : Paul s’adresse à toutes les nations et à toutes les races. Mais cette ambition révolutionnaire la fait entrer en conflit avec toutes les autres religions. Le polythéisme antique savait s’accommoder de toutes les croyances : « La société païenne, du fait qu’elle admet l’existence de plusieurs dieux, admet la légitimité de tous les cultes dans les limites de la police des bonnes mœurs. Les religions de la Grèce et de Rome furent des religions sans dogmes, consistant avant tout en des fêtes civiques, requérant une simple adhésion extérieure sans viser jamais à régenter la pensée (Louis Rougier, Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique). C’est là un grand paradoxe : censé être religion d’amour et de tolérance, mais exclusive, le christianisme sombre dans l’intolérance parce que les anciens dieux lui sont insupportables.
La nouvelle religion se veut égalitariste : « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers ». Le colporteur est l’égal de l’empereur, l’esclave celui du centurion. Du spirituel au temporel, il n’y a qu’un pas qui sera vite franchi. La proclamation de l’égalité de tous les hommes – même s’il ne s’agit que de l’égalité devant Dieu – porte en elle le germe de toutes les idéologies égalitaristes qui finiront par conquérir la planète. Or, comme on le sait, la société antique indo-européenne reposait sur une organisation trifonctionnelle : la première fonction contenait à la fois la souveraineté et la religion ; la seconde était le monde des guerriers et des héros ; la troisième rassemblait le petit peuple des producteurs (paysans, artisans, marchands…) ainsi que les esclaves : « …La troisième fonction se doit d’être arrimée idéologiquement aux deux autres fonctions. Ce sont elles qui lui dictent son système de pensée. Dans le cas d’une rupture fonctionnelle, la troisième fonction livrée à elle-même, au mieux crée son propre système de pensée, simplifié et matérialiste, au pire se trouve envahie par des forces hostiles à la trifonctionnalité. Forces extérieures, étrangères à son mode de pensée. C’est ce qui se produisit avec le christianisme ». (Jérémie Benoît, Le paganisme indo-européen).
L’Église du triomphe romain à la fracture de la Réforme
Il faut un millénaire pour que l’Église impose sa loi à la quasi-totalité des peuples d’Europe. Elle christianise les contrées barbares au cri de « La conversion ou la mort ! », et quand la résistance est trop forte, elle a l’habileté de s’adapter, transformant les dieux et les héros en saints et les fêtes saisonnières en cérémonies et en processions pieuses. Délaissant le message évangélique originel de pauvreté et d’abnégation, elle devient une puissance temporelle redoutée. Pourtant, c’est au moment où elle est au faîte de sa gloire qu’apparaissent les premières fissures.
Dès le Moyen Âge, l’Église se voit violemment contestée de l’intérieur et la contestation affirme sa force au XVIe siècle. Nombre de clercs « protestent ». Contre sa richesse quand le monde est si pauvre. Contre les indulgences, ces petits arrangements financiers avec la Papauté qui permettent aux riches d’obtenir le pardon de leurs fautes. Contre l’omnipotence du pape et l’intangibilité de certains dogmes fondateurs de l’Église.
Pour les protestants, tout est inclus dans l’œuvre parfaite qu’est la Bible, démarche intellectuelle comparable à celle des juifs et des musulmans pour lesquels tout est écrit dans la Torah ou le Coran. Ils veulent le retour à une religion plus proche de l’Église primitive, où l’homme serait en contact avec Dieu. Sans statues et sans images, car Dieu ne se représente pas (comme pour les premiers chrétiens, les juifs et les musulmans). Sans processions ni saints, qui ne sont que superstitions. Sans confession, sans communion et sans clergé. Dans la démocratie de la pastorale.
Luther proclame que l’homme ne peut se racheter par lui-même et que Dieu accorde sa grâce à celui qui croit en lui, balayant ainsi le dogme de l’Église catholique selon lequel l’homme est un pécheur qui doit expier ses fautes s’il veut accéder à la Vie éternelle. Calvin émet une autre hypothèse : l’homme ne peut rien pour sa destinée, c’est Dieu seul qui décide qui sera sauvé et qui sera damné. Ainsi, la Terre n’est pas une vallée de larmes. Au contraire, Dieu a offert à l’homme l’univers pour qu’il en jouisse pendant sa vie terrestre : sinon, pourquoi l’aurait-il conçu ?
Et alors que l’Église catholique (pourtant richissime) professait que l’argent éloignait de Dieu, les protestants clament qu’il n’est pas corrupteur, bien au contraire. S’enrichir c’est montrer à Dieu qu’on a su valoriser les qualités dont il nous a gratifiés. Mieux, comme il n’est pas possible de savoir si l’on sera sauvé ou non, le fait de s’enrichir est un signe annonciateur de la grâce divine. Pour ce faire, la Réforme entérine le prêt à intérêt qui était formellement proscrit dans la Bible, interdit que l’Église catholique respectait (dès le pontificat de Léon Ier le Grand, en 443). Mais les juifs avaient déjà contourné cet interdit de la Torah. Car si le verset 23-19 du Deutéronome dit : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère », le suivant précise : « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras pas de ton frère, afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout ce que tu entreprendras au pays dont tu vas entrer en possession ». Autrement dit, le juif peut « taxer » le goy, mais pas son frère en Israël…
Le libéralisme politique et la démocratie
Le XVIe siècle voit des esprits libres, les humanistes, mettre en cause les dogmes de l’Église au nom de la raison et prôner le libre arbitre et la tolérance. Au nom de la démonstration et de l’expérience scientifique, des chercheurs comme Copernic et Galilée apportent la preuve que l’Église est dans l’erreur et que sa théorie de la création du monde est une fable. Mais la situation s’aggrave au « Siècle des Lumières ». Les Encyclopédistes, les philosophes et les francs-maçons posent les bases d’un nouvel universalisme, libéré des chaînes de l’Église et œuvrant à la fraternité entre les hommes, au progrès de l’humanité et au bonheur universel.
Enfant du Siècle des Lumières, le libéralisme politique promet l’extension des libertés, une limitation de l’action de l’Etat et la protection des individus, la séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). Il ne va pas sans la démocratie, utopie généreuse mais dangereuse quand elle devient la « dictature de la majorité » : « Je regarde comme impie et détestable cette maxime qu’en matière de gouvernement, la majorité a le droit de tout faire » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique). Et quand on lui adjoindra le mot « populaire » pour en faire une « démocratie populaire », on basculera dans le totalitarisme des dictatures communistes et leur cortège de 100 millions de morts !
La religion laïque des Droits de l’Homme
Depuis le Bill of Rights anglais de 1689, les droits de l’homme (l’expression apparaît pour la première fois en France en 1762 dans le Contrat social de Rousseau) ont été déclinés en de multiples versions, toutes empreintes d’universalisme et d’égalitarisme hérités de l’Évangile. Les plus anciennes, anglo-saxonnes, font référence à Dieu. Ainsi, la première, la Déclaration des Droits de Virginie (1776) cite « La Religion ou le Culte dû au Créateur ». La Constitution du Massachussetts (1780) parle, dans son préambule, de « la bonté signalée du Législateur suprême de l’Univers ». L’influence maçonnique y est tout aussi évidente, notamment celle de la « Loge des Neuf Sœurs », très impliquée dans l’indépendance des États-Unis et composée de noms aussi prestigieux que Voltaire, La Fayette, Sieyès, Desmoulins pour les Français, Thomas Jefferson, John Adams, Benjamin Franklin, George Washington pour les Américains.
En traversant l’Atlantique, ces déclarations se laïcisent, mais conservent une imprégnation quasi divine : une déclaration « inengendrée, sortie déjà armée du cerveau de Dieu » (Fauré), « l’intangible Décalogue des temps nouveaux » (Rouvillois), « un nouvel Evangile » (Esmein). Présentant le projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le 27 août 1789, le député Duport déclare : « Vous avez voulu enfin une déclaration convenable à tous les hommes, à toutes les nations… Il ne faut pas craindre de dire ici les vérités de tous les temps et de tous les pays ». En 1797, Bonaparte dit de la Déclaration thermidorienne de 1795 qu’elle est « le résultat des Lumières de la nation la plus éclairée de l’Europe ». Le préambule de la Déclaration universelle de l’ONU (1948) précise : « L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations… ».
Universalisme, égalitarisme, mais aussi droit au bonheur. Jefferson écrit (1776) : « Nous tenons ces vérités pour évidentes : que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables au rang desquels figurent la vie, la liberté et la quête du bonheur ». L’article premier de la Déclaration de 1793 dispose que « le but de la société est le bonheur commun ». Le préambule de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (7 décembre 2000) commence ainsi : « Consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de la dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité ». Même la Constitution de l’URSS de 1936 y fait référence.
La déclaration des droits de l’homme devient le « credo » insurpassable de la société laïque. Mais tout comme le christianisme primitif, le nouveau dogme qui prône la tolérance sombre dans l’intolérance. L’édification d’une société de liberté, d’égalité et de fraternité justifie l’élimination physique de tous ceux qui se mettraient en travers de cette quête. C’est ainsi au nom de ces textes magnifiques que la Terreur se déchaîne en 1793 (« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ») et que Staline envoie des millions d’hommes au goulag ou au cimetière !
Autre dérive des droits de l’homme, le « droit d’ingérence », concept créé par Jean-François Revel en 1979, et dont le parangon inénarrable fut Bernard Kouchner. Le droit d’ingérence, devenu depuis « devoir d’ingérence », justifie qu’on intervienne militairement dans un pays pour apporter le bonheur à son peuple, même contre son gré. Nos amis Serbes, mais aussi les Afghans, les Irakiens, les Libyens ou les Syriens en savent quelque chose.
On ne saurait clore ce chapitre sans citer le préambule de la Charte arabe des droits de l’homme (mai 2004) : « Procédant de la foi de la Nation arabe dans la dignité de l’homme que Dieu a honoré depuis la création du monde et dans le fait que la patrie arabe est le berceau des religions et des civilisations dont les nobles valeurs ont consacré le droit de l’homme à une vie digne fondée sur la liberté, la justice et l’égalité… Afin de concrétiser les principes éternels de fraternité, d’égalité et de tolérance entre les êtres humains consacrés par l’Islam et les autre religions révélées ». Imprégnation quasi divine disions-nous. Sans commentaire !
Individualisme, hédonisme, consumérisme, matérialisme
L’individualisme est l’héritier logique du libéralisme. Jadis, l’homme avait conscience d’appartenir à sa famille, à sa tribu, à son clan, à sa cité, et même à sa corporation ; il en partageait la communauté de destin. Désormais, l’individu serait libéré de toute obligation vis-à-vis du groupe auquel il appartient et n’aurait que des droits que l’État serait tenu d’assumer. Vénération du dieu « argent », matérialisme nihiliste, esprit de jouissance, déculturation, perte des repères moraux, nivellement de la vie sociale, consumérisme, voici « l’homme nouveau ».
Quant aux devoirs de l’individu à l’égard de l’État, ils ne cessent de se diluer (sauf en matière fiscale). Si l’homme antique trouvait naturel de défendre sa patrie – ce qui s’est vérifié jusqu’à la Première Guerre mondiale en France – l’individu moderne estime que sa vie vaut plus que la terre et le peuple qui l’ont enfanté. L’État lui a d’ailleurs donné raison en supprimant le service militaire qui, en plus de dispenser une formation militaire à tous les jeunes, avait l’immense mérite de constituer un creuset social inégalable. On a aussi pris soin de ringardiser la notion de patriotisme. Quant au nationalisme, il est condamné grâce au syllogisme suivant : le national-socialisme est né du nationalisme ; or le nazisme a conduit à la Shoah ; donc, le nationalisme about à la Shoah.
L’individu se voit également libéré des chaînes familiales. La cellule unitaire, formée d’un homme et d’une femme unis par le mariage en vue de faire des enfants destinés à assurer la continuité de la communauté, a volé en éclats sous les coups de la révolution morale initiée dans les années 1960 : banalisation du divorce, légalisation de l’avortement, création du Pacs, puis instauration du mariage et de l’adoption des sodomites. Les familles décomposées et recomposées sont devenues tendance même si elles sont des machines à déraciner leurs progénitures. Et les « droits de l’enfant » ont cédé la place au « droit à l’enfant », au nom de l’égalité et de la liberté. Sans parler de la théorie du genre, ultime manœuvre destinée à semer la confusion dans les esprits.
L’individualisme est aussi néfaste parce qu’il brise la solidarité intergénérationnelle. Jusqu’à naguère, les anciens étaient pris en charge par la communauté et les enfants étaient promesse d’avenir. De nos jours, chacun ne se préoccupe plus que de lui-même : les « vieux » sont des empêcheurs de (bien) vivre ; quant aux enfants, ils n’auront qu’à se débrouiller. L’égoïsme de la génération du baby-boom, toujours en partie au pouvoir, a été tel que, pour satisfaire son hédonisme, elle n’a pas hésité à endetter ses enfants, et maintenant ses petits-enfants, jusqu’à la fin de leurs jours.
Le libéralisme économique
Le libéralisme économique prône la liberté de l’entreprise, des échanges, des prix et du marché du travail. Pour cela, il faut réduire au maximum toute intervention de l’État dans le fonctionnement de l’économie, aussi bien en matière d’encadrement de la production et du marché que d’établissement de lois sociales destinées à protéger les salariés ou les consommateurs. Le libéralisme se déclinera ultérieurement en néolibéralisme et en ultralibéralisme, mais ces appellations ne servent qu’à fixer le curseur sur l’échelle de l’interventionnisme de l’État. Si bien que, comme l’avait prédit Thomas More dans L’Utopie, l’État n’est plus au service de l’intérêt général, mais du capital.
Les libéraux affirment que l’économie est animée par des mécanismes naturels qui tendent à son auto-régulation : la loi de l’offre et de la demande aboutirait obligatoirement à l’équilibre. Son objectif est de favoriser l’intérêt privé, ajoutant que tout ce qui est bon pour lui est bon pour l’intérêt général. C’est le meilleur moyen de développer la croissance, ce dont profiteront à terme les salariés même si, dans un premier temps, ils ont à en pâtir. Car les inégalités ainsi crées sont nécessaires à l’adaptation permanente du système économique. A contrario, une politique étatique de redistribution des richesses, sous forme d’aides, de subventions ou autres, ne peut qu’entraver cette machine si bien huilée.
Pour les libéraux, le marché ne doit pas avoir de frontière et doit s’étendre peu à peu à la planète entière. Pour que son fonctionnement soit optimal, il faut que les États se rapprochent des standards mis en place par les instances internationales, OMC, FMI, banques centrales… Quant aux habitants de la petite planète bleue, les libéraux ne voient pas en eux des peuples, mais des masses de consommateurs.
Malheureusement les axiomes vantés par les libéraux se révèlent inexacts. La liberté du marché n’est pas forcément synonyme de croissance, d’efficacité économique ou de développement du bien-être. La dérégulation voulue par Reagan et Thatcher au début des années 1980 a eu des effets désastreux. Quant à l’autorégulation du marché, chaque crise boursière apporte la preuve qu’il s’agit d’un fantasme funeste. Car le marché spéculatif est tout sauf raisonnable, sachant que son moteur unique est le profit.
Capitalisme et mondialisation
C’est au XVIIIe siècle que le mot « capitalisme » apparaît pour la première fois en Angleterre. Ce n’est pas un hasard, évidemment, car la Réforme est passée par là. En dédiabolisant l’argent, le protestantisme met en place les conditions du décollage du capitalisme monétaire et financier. La Révolution industrielle du XIXe siècle, quant à elle, provoque l’envolée du capitalisme, sous deux formes, le capitalisme productif et le capitalisme financier.
Pour le premier, il s’agit de produire toujours plus, avec des coûts toujours moindres. Cette recherche effrénée de la productivité favorise le progrès technique. Cependant, la mise au point de machines toujours plus perfectionnées et efficaces n’est pas suffisante, il faut exercer une forte pression sur le monde du travail. On ne peut donc compter sur le capitalisme pour développer les lois sociales ; celles-ci ne seront acquises qu’au prix de luttes toujours plus dures et souvent tragiques. Et ces « acquis sociaux » ne seront jamais définis car toujours remis en cause par le patronat. Ce qui était vrai au XIXe siècle l’est toujours au XXIe : le monde du travail est entré dans une phase de grande régression sociale. La critique marxiste assimile le capitalisme à une « exploitation de l’homme par l’homme ». Ceci n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui.
Le capitalisme industriel a compris que le chômage était un moyen efficace pour accentuer sa domination sur le monde salarié. Un volant de chômage important permet de peser sur les salaires, c’est ce que Marx appelait « l’armée de réserve du capitalisme ». De plus, dès les années 1960, le capitalisme a imaginé qu’il pouvait encore plus écraser les salaires en employant une main d’œuvre immigrée en provenance d’Afrique, puis d’Asie, même si celle-ci était peu qualifiée. Au milieu des années 1970, les politiques, serviteurs du grand capital, ont l’idée de faciliter le « regroupement familial », avec un double objectif : contrôler cette main d’œuvre étrangère célibataire, donc instable, et augmenter la masse des consommateurs potentiels. Les conséquences sociales prévisibles de l’arrivée massive d’allogènes sur le sol européen ont été délibérément négligées : la promesse d’un génocide par substitution de la population blanche d’Europe n’a rien pesé face à la cupidité des nouveaux esclavagistes.
Mais celle-ci étant sans fin, les capitalistes décident de délocaliser la production vers des pays toujours plus éloignés, toujours moins chers. Dans les pays industrialisés, les entreprises ferment les unes après les autres, générant des millions de chômeurs. L’emploi industriel a, depuis 1990, régressé de 25 % aux États-Unis ! Mais les pays bénéficiaires des délocalisations n’en tirent guère de profits. Le capitalisme apatride les met en situation de concurrence impitoyable. L’exemple le plus flagrant en est l’industrie du textile : un tee-shirt dont le prix de revient est inférieur à un euro au Vietnam ou en Chine, est vendu 25 fois plus cher en Europe. Les nouveaux géants que sont Benetton, Camaïeu, Zara, H&M, Mango… se comportent en négriers : l’incendie récent qui provoqua la mort de plus de mille esclaves modernes au Bengladesh apporte la preuve de leur épouvantable rapacité.
C’est le résultat de la mondialisation des échanges, évolution souhaitée du capitalisme international qui a débuté dans les années 1970 et a atteint sa vitesse de croisière après la chute du mur de Berlin, en 1989, avec l’effondrement de l’URSS et l’intégration des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) dans le grand marché sans nations.
Dès 1942, Schumpeter avait défini la « destruction créatrice » : la disparition de centaines de milliers d’emplois dans un endroit de la planète est compensée par la création d’emplois en nombre plus importants sur un autre site. A la condition que le système économique jouisse d’un haut degré de flexibilité et jouisse d’une capacité d’adaptation très réactive. La mondialisation apporte la preuve du contraire : les emplois détruits dans les pays riches ne sont pas compensés en mieux dans les pays pauvres ; ils n’engendrent que des esclaves. Mais ce n’est pas un hasard si les socio-démocrates qui nous gouvernent ne parlent que de flexibilité et d’adaptabilité du marché du travail ; comme les libéraux, ce sont les larbins du patronat.
Le capitalisme financier est tout aussi vorace que le capitalisme industriel. Son but est l’accumulation du capital, c’est-à-dire de produire de l’argent à partir de l’argent, sans finalité industrielle autre. Au bout de quelques siècles seulement, il n’est d’ailleurs plus possible de distinguer réellement les deux formes de capitalisme. La concentration sans fin du capital a permis la consolidation de quelques dizaines de multinationales d’envergure mondiale, dont certaines sont plus riches et plus puissantes qu’un Etat moyen comme la France. Ces majors et les banques qui leur sont associées par un système de croisement des participations très élaboré et très dense, sont devenues les maîtres du monde, des maîtres qui servent avec consciences des dirigeants politiques tout acquis à leur cause, puisque la plupart du temps ils sont eux-mêmes issus du sérail (Goldman Sachs, FMI…).
La grande leçon à en tirer est l’extrême impuissance des nations à juguler cette opération de prédation, même en s’unissant : les flux financiers qui tournent autour de la planète représentent 50 fois le montant des transactions portant sur les biens et les services ; les capitaux des fonds d’investissement sont supérieurs à la somme des capitaux détenus par l’ensemble des banques centrales ; les réserves de ces dernières ne représentent que la moitié du volume quotidien des transactions sur le marché des changes !
La grande mafia politico-affairiste a eu l’habileté de pousser les États à s’endetter toujours plus, non plus auprès de leurs ressortissants, ce qui rendait la dette maîtrisable par l’émission de monnaie, mais auprès de capitaux privés apatrides. Par le seul poids des intérêts, la charge de la dette devient exponentielle, pour le plus grand malheur des peuples, mais pour le plus grand profit des banksters et de leurs complices, les politiques corrompus : « Le temps n’est pas loin où l’humanité tout entière servira Mammon en esclave de l’intérêt » (Gottfried Feder, Critique national-révolutionnaire du capitalisme spéculatif). Ces lignes, écrites voici 80 ans, n’ont rien perdu de leur force : nous voici tous serviteurs du Veau d’Or des sémites talmudiques.
De Marx à Cohn-Bendit
Karl Marx est né en 1818, à Trèves. Son père, fils de rabbin, est un avocat prospère, libéral nourri de la philosophie des Lumières, qui s’est converti au protestantisme pour échapper aux brimades antisémites. Son œuvre est donc fortement empreinte de son éducation juive, protestante et libérale. En 1847, il adhère à la Ligue communiste qui a succédé à la Ligue des Justes, dont l’ancienne devise, « Tous les hommes sont frères », est remplacée par le célèbre cri : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ».
Pour lui, les peuples sont des « masses laborieuses » qui doivent renverser les classes dominantes. Cela passe par « l’éducation des masses », car toute révolte populaire, qu’elle soit politique ou sociale, qui ne remplit pas ce préalable, est vouée à l’échec. Le Manifeste du Parti communiste (1848) consacre la « lutte des classes » comme moteur de l’Histoire. L’objectif de Marx, c’est la « révolution prolétarienne » qui doit permettre l’avènement d’une société nouvelle, la « dictature du prolétariat ».
Cette idéologie est aux antipodes de l’organisation coutumière de la société indo-européenne. Ce que prône le marxisme n’est ni plus ni moins que la dictature de la troisième fonction. Bien qu’athée, il plonge ses racines dans l’égalitarisme prôné par l’Evangile, « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers », et dans son universalisme : « Et demain, l’Internationale sera le genre humain… » comme le chante son hymne. Forts de ces illusions, les communistes attendront l’avènement du « Grand Soir », comme les premiers chrétiens espéraient la « parousie », le retour du Christ sur Terre.
Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur l’échec total du communisme, sous toutes ses formes et dans tous les pays du monde. Partout, il a entraîné la ruine de l’économie et l’instauration d’un régime totalitaire sanguinaire dirigé par une Nomenklatura qui pratiquait elle aussi, pour son seul profit, « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Mais s’il a échoué en tant que tel, il n’en a pas moins contaminé les esprits occidentaux à travers toutes ses chapelles gauchistes, maoïstes, trotskistes et christiano-progressistes. Les marxistes ont donc perdu sur deux fronts, politique et économique, mais ils ont remporté la bataille culturelle, la plus importante.
Les chrétiens progressistes
Les prêtres ouvriers : dès les années 1930, des prêtres sont attirés par le marxisme. Ils y entendent des résonances du message évangélique : solidarité avec les pauvres, égalité entre tous les hommes, désir de justice sociale. A leurs yeux, la paroisse est essentiellement bourgeoise et néglige le milieu ouvrier déchristianisé. Ils entrent donc à l’usine, se syndicalisent à la CGT et même, pour certains, adhèrent au Parti communiste. Plusieurs organismes les soutiennent : l’Action catholique, la Mission de France, la Jeunesse ouvrière chrétienne… En 1954, Pie XII, effrayé par ce déviationnisme, met fin à l’expérience des prêtres ouvriers. Ce n’est que partie remise. En 1965, après le concile Vatican II, Paul VI autorise à nouveau le sacerdoce des prêtres au sein de l’usine, sous l’égide de la Mission ouvrière.
L’évangélisation des « sauvages » : au XVIe siècle, l’Église monte dans les fourgons des Conquistadors pour apporte la Parole de Dieu aux peuples amérindiens. Ces conversions se font de gré ou de force, souvent de force. Mais des religieux s’indignent des conditions inhumaines dans lesquelles les colons les font travailler. La « Controverse de Valladolid » sur le traitement infligé aux autochtones, servira de référence à des générations de religieux qui seront, dès lors, plus préoccupés du sort temporel de leurs ouailles que de leur avenir spirituel.
Des missionnaires en Afrique et en Asie : la seconde vague importante de colonisation, au XIXe siècle, entraîne la création d’une multitude d’ordres missionnaires, catholiques et protestants. Chargés d’instruire les indigènes, mais surtout de leur apporter le message évangélique, les religieux prennent de plus en plus leurs distances avec les autorités administratives et militaires dont ils dépendent et s’engagent aux côtés « des peuples du tiers-monde opprimés par les puissances coloniales qui les pillent et les exploitent ». En 1944, dans l’encyclique « Pour le progrès des missions », Pie XII intime aux missionnaires de ne plus chercher à occidentaliser les populations qu’ils évangélisent, mais au contraire à créer un clergé indigène et conscient de son « indigènité ». Il va plus loin en demandant à ses missionnaires de « s’indigéniser » eux-mêmes et d’œuvrer à l’accession à l’indépendance de ces populations.
Les guerres de décolonisation : nombre de religieux entendent le message papal et s’engagent aux côtés des insurgés. Citons des mouvements comme l’Action catholique, la Jeunesse agricole chrétienne, la Jeunesse étudiante chrétienne, les scouts-routiers… ou des journaux comme La Croix et Témoignage chrétien. Après avoir soutenu le Vietminh en Indochine, ils prennent fait et cause pour le FLN lors de la guerre d’Algérie. Parmi eux, les Sœurs blanches de Birmandreis, les sœurs Clarisses de Notre-Dame d’Afrique, les Pères Blancs, les prêtres de la Mission de France… sans oublier le premier d’entre eux, Monseigneur Duval ; tous ces braves gens planquent égorgeurs et poseurs de bombes dans les presbytères et jusque dans les locaux de l’évêché d’Alger. Il en est de même en métropole : un réseau d’aide au FLN est démantelé en 1958 au séminaire du Prado à Lyon. Ben Bella confiera à Témoignage chrétien : « Les Algériens savent la part prise par les vrais chrétiens dans notre lutte libératrice… ». Pour l’anecdote, on rappellera que le monastère de Tibérhine, rendu célèbre par le massacre de sept de ses moines (par les islamistes du GIA ou par l’armée algérienne ?) était réputé pour avoir caché des membres du FLN ; quarante ans plus tard, les moines étaient donc dans la continuité de leur action en protégeant des islamistes. Frère Luc, le médecin qui fut décapité, avait lui-même opéré des fellaghas blessés.
La théologie de la libération : il ne suffit pas que les pays du tiers-monde soient libérés de la tutelle coloniale. Il faut dire que le concile Vatican II est passé par là, avec son orientation nettement progressiste et son « ouverture au monde ». Dès les années 1970, un courant tiers-mondiste envahit les milieux chrétiens (CCFD, Cimade, Secours catholique, ATD Quart-Monde…) et accuse les pays occidentaux d’être responsables de la pauvreté du tiers-monde.
C’est ainsi en Amérique latine, surtout, que ce courant se développe. Il est théorisé par monseigneur Gustavo Guttierez lors du congrès épiscopal de Medellin (1968) sous le nom de « théologie de la libération ». Le discours va très loin car il synthétise le message chrétien et la doctrine marxiste. Lors du premier Congrès des Chrétiens pour le Socialisme qui rassemble catholiques et protestants à Santiago en 1972, Salvador Allende prend la parole devant 400 délégués tout acquis à la lutte des classes. De nombreux religieux s’engagent dans les réseaux communistes qui luttent contre les dictatures d’Amérique latine. Beaucoup le paieront de leur vie. Le mouvement s’implique aussi dans l’émancipation des Noirs aux États-Unis et dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud (Desmond Tutu).
Mais la théorie de la libération ne convainc pas seulement la base, elle est admise au plus haut sommet de l’Église. Le Synode des évêques de 1971 publie un document qui s’en inspire fortement : « Justice dans le monde ». En 1974, Paul VI écrit and Evangelii nuntiandi : « L’Église a le devoir d’annoncer la libération de millions d’êtres humains, beaucoup d’entre eux étant ses propres enfants ; le devoir d’aider cette libération à naître, de témoigner pour elle, de faire qu’elle soit totale. Cela n’est pas étranger à l’évangélisation ». Mais la dérive marxiste du mouvement rend plus prudents ses successeurs, même si tous y font référence. En 1981, un certain cardinal Ratzinger rédige une Instruction sur quelques aspects de la théologie de la libération où il condamne la trop grande implication des clercs dans ce mouvement. Jean-Paul II exprime le même état d’esprit dans son encyclique Sollicitudo Rei Socialis en 1987 : « Cette conception d’un Jésus politique, révolutionnaire, du dissident de Nazareth, n’est pas en harmonie avec l’enseignement de l’Église ». Aujourd’hui, les partisans de la théologie de la libération ont délaissé le marxisme moribond pour s’engager dans des combats plus « modernes » comme l’altermondialisme.
L’antiracisme, l’autre religion laïque
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la science classait « l’espèce » humaine en trois « races » blanche, jaune et noire, chacun se déclinant en une multitude « d’ethnies ». On retrouvait là, finalement, l’application du récit biblique de la Genèse, avec les trois fils de Noé, Japhet l’Européen blanc, Cham l’Africain noir et Sem venu d’Orient. Pour les antiracistes, il n’y a plus qu’une race, la race humaine. La gauche française est même allée beaucoup plus loin, en rayant le mot « race » des textes officiels de la République. Comme si la suppression d’un mot supprimait la chose. Ne leur en déplaise, même s’il n’y a plus de races blanche, jaune et noire, il y a toujours de Blancs, des Jaunes et des Noirs. Qu’on ne nomme pas.
Comme il n’y a qu’une race, la race humaine, nous avons forcément tous les mêmes ancêtres. Et cela tombe bien, il est africain. C’est ainsi que le mythe de l’Out of Africa persiste à prétendre que l’homme moderne, comme l’homme primitif, est né dans l’Est africain. Contre toute évidence, car régulièrement, des découvertes paléoanthropologiques ou génétiques invalident un peu plus cette thèse.
Mais l’antiracisme a élargi son champ d’action. Tout ce qui tend à identifier des groupes humains est suspect et peut être qualifié de discriminatoire. Gare à celui qui s’est rendu coupable de « discrimination » ou simplement de propos peu amènes à l’égard des juifs (antisémitisme), des homosexuels (homophobie), des musulmans (islamophobie)… Il tombera sous les coups de lois liberticides redoutables et toujours appliquées avec la plus grande sévérité. Paradoxalement, le racisme antiblanc n’est pas reconnu, de même qu’il n’existe pas de « christianophobie ».
L’antiracisme a achevé de se discréditer en prônant la « discrimination positive » qui n’est rien moins qu’un racisme à l’envers. Apparue aux États-Unis dans les années 1960 sous Kennedy, celle-ci sévit en France depuis le début du XXIe siècle. Sa manifestation la plus choquante est la possibilité d’entrer dans les grandes écoles sans avoir à passer de concours, mais simplement sur dossier, pour les « jeunes » des quartiers défavorisés. Quand on sait par qui sont peuplées ces cités, on ne peut que déplorer que la sélection à l’entrée des grandes écoles se fasse sur des critères ethniques.
Les déclinaisons modernes de l’universalisme
Le cosmopolitisme peut être défini comme « le mélange de plusieurs identités et le sentiment d’être un citoyen du monde au-delà des nations, sans être rivé à l’une d’elles ». Cette notion est apparue au Siècle des Lumières : les jésuites se proclamaient cosmopolites dans le sacerdoce qu’ils exerçaient dans les colonies. L’individu n’appartient plus à sa culture d’origine, « il est de toutes les cultures » et appartient au « village-monde ». Kant disait qu’il s’agissait d’un « progrès de l’Histoire »…
Le multiculturalisme est le mélange de plusieurs cultures dans une même nation. C’est une formidable machine à tuer les peuples, ce qu’on peut voir chaque jour un peu plus en Europe où les autochtones sont priés d’adopter les coutumes des envahisseurs, comme manger halal ou accepter la construction de mosquées en terre pagano-chrétienne.
Lorsque la mayonnaise ne prend pas, ce qui est presque toujours le cas, on parle de communautarisme. Chaque groupe humain vit replié dans son ghetto, avec sa propre culture et ses coutumes, sans s’occuper des autres. Si cela peut fonctionner tant bien que mal aux États-Unis où l’immensité du pays permet que les différents groupes puissent s’éviter, il n’en est pas de même en Europe, devenue un extraordinaire terrain d’entraînement pour une guerre interethnique.
Le mondialisme s’entend plus sur le plan économique. C’est l’oméga de l’évolution de la petite planète. Le bonheur universel sera atteint lorsque l’ensemble de la Terre ne sera plus constitué que par un seul peuple (qu’il soit bleu, jaune ou vert, ou métissé, qu’importe) dont les membres ne seront plus appelés des hommes, mais des « consommateurs » déracinés dont les multinationales planétaires assouviront tous les désirs (moyennant finances bien sûr) et qui seront dirigés pour leur plus grand bien par un Gouvernement mondial, lui-même aux ordres du grand Sanhédrin. C’est ce que promet le « Nouvel Ordre Mondial ».
« Toute l’organisation économique, politique et sociale de l’Occident est désormais fondée sur le formatage des individus à cette société de consommation qui réclame des individus isolés et soumis à leurs pulsions ». Ce n’est pas nous qui l’écrivons, c’est la chroniqueuse du Figaro, Natacha Polony (édition du 25 mai). Ce journal n’a pourtant pas la réputation d’être de nos amis…
La fin d’un cycle ?
A la lecture de ce qui précède, certains hausseront les épaules. Amalgame, esprit partisan, délire pagano-fasciste, etc. Et pourtant !… Le même message est porté par des chapelles apparemment contradictoires : foi des chrétiens progressistes et des protestants opposée au matérialisme athée du marxisme ; individualisme du libéralisme et du capitalisme opposé au collectivisme communiste ; fausses valeurs des uns et des autres : liberté, égalité, fraternité, laïcité, etc.
Toutes ces idéologies convergent. Toutes ont la même origine biblique et participent à une immense opération de conditionnement des esprits destinée à installer un monde meilleur, universalisé et égalitaire. Le Paradis terrestre ? L’un de ses thuriféraires explique : « …un système-monde meilleur qui nous permettrait d’universaliser nos particularismes et de particulariser nos universels dans une espèce de chassé-croisé ininterrompu » (Immanuel Wallerstein, L’universalisme européen. De la colonisation au droit d’ingérence). Des fous furieux qu’il faudrait pendre au gibet ou brûler sur le bûcher.
On peut supposer que tout ceci se terminera par un désastre. Les anciens Indo-Européens disaient que les cycles étaient composés de trois temps, correspondant aux trois fonctions. Il semblerait que nous soyons parvenus dans le temps de la troisième fonction. La fin du cycle n’est donc pas loin. Nous sommes peut-être proches du Ragnarök. Il faudra donc que ce monde disparaisse pour que naisse un nouveau cycle. Les anciens dieux en feront-ils partie ?
