Vide, table rase… overdose de ce néant

Aux premiers siècles de notre ère, quand ils furent confrontés au christianisme naissant, les Romains dénoncèrent dans cette religion une forme d’athéisme. Cela nous surprend parce que nous avons oublié la logique du polythéisme. Nier l’existence des dieux multiples et nombreux présents dans la nature au profit d’un seul, étranger de surcroît au cosmos (tel que vu par les Grecs), cela revenait pourtant à détruire la présence foisonnante du divin dans le monde, dans les sources et les bois, l’amour et l’action. Cela revenait à ne plus voir dans la nature et la vie que leur matérialité. En concentrant tout le sacré dans un seul Dieu extérieur à la création, en pourchassant les anciens cultes réputés idolâtres, le christianisme fit de l’ancienne Europe comme une table rase. Ne subsistait plus que le Dieu unique et abstrait. Et du jour où l’existence de ce Dieu devint dépendante de la raison (Thomas d’Aquin introduisant la logique rationnelle d’Aristote dans la pensée chrétienne) le risque s’ouvrit de le voir réfuter par la raison (Descartes ensuite) ne laissant derrière lui que le vide.