Un crime contre l’humanité

L’inconvénient, c’est qu’aux yeux de certains, apparemment, il y a des peuples qui n’ont pas droit à leurs « mythes originels » ni, par conséquent, à leur identité. Les Européens sont de ceux-là. Ils n’ont pas droit à la mémoire de leurs origines parce que, si cette mémoire leur était restituée, il se pourrait bien qu’ils ne supportent plus ce qu’ils subissent actuellement. Leur amnésie est préférable. Elle est même profitable, et c’est pourquoi on l’entretient. C’est pourquoi on réalise le génocide de la mémoire.

« Qui contrôle le passé contrôle le présent » disait George Orwell. Ce mot n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Quel avenir nous réservent-ils, ceux qui mettent tant de fièvre à nous dénier notre passé – sinon le leur ? Voilà ce qui, précisément, est insupportable. Tuer nos ancêtres, c’est nous tuer deux fois. Là réside, à nos yeux, ce que l’on pourrait légitimement appeler – et traiter comme tel – un crime contre l’humanité.

— David Barney, Revue Éléments, 1982.