La Raclette, une tradition née dans les Alpes suisses

Son histoire s’écrit d’abord dans le canton du Valais. Dès le Moyen Âge, les bergers du Valais montent en alpage avec une demi-meule de fromage et du pain. On pose le fromage près du feu de bois, le haut fond, on « racle » la couche fondue directement sur l’assiette. Le geste donne son nom au plat : le « fromage à racler », formalisé sous le nom de raclette au XIXe siècle.

Pendant des siècles, elle reste une tradition helvétique locale, servie au feu de bois. Dans les années 1970, l’histoire bascule. En 1973, un commercial des fromages Richemont la rapporte de Suisse et flaire le potentiel des stations de ski naissantes. La demi-meule devant la cheminée reste réservée aux restaurants.

En 1978, la marque Tefal lance en France le premier appareil à raclette électrique d’intérieur équipé de coupelles individuelles. Plus besoin d’âtre de cheminée ou de machines professionnelles plus encombrantes. La raclette quitte les sommets suisses pour s’installer dans les appartements urbains français.

La France s’approprie le concept et l’adapte à sa culture du terroir. Alors que le Valais défend son Appellation d’Origine Protégée avec un fromage au lait cru pur et fondant, les maîtres affineurs savoyards et franc-comtois développent leurs propres meules (comme la Raclette de Savoie IGP). Côté accompagnement, la tradition française intègre une charcuterie variée : jambon cru de Savoie, rosette, viande des Grisons… là où la coutume suisse restait sobre : pommes de terre en robe des champs, cornichons et oignons au vinaigre.

Aujourd’hui, les Français consomment plus de 30 000 tonnes de fromage à raclette par an. Une invention pastorale suisse métamorphosée en rituel incontournable de la convivialité hivernale.