{"id":43920,"date":"2026-09-27T15:53:39","date_gmt":"2026-09-27T13:53:39","guid":{"rendered":"https:\/\/polarismedia.fr\/?p=43920"},"modified":"2026-09-27T15:53:39","modified_gmt":"2026-09-27T13:53:39","slug":"catholicisme-religion-identitaire-europeenne-assurement-non","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2026\/09\/27\/catholicisme-religion-identitaire-europeenne-assurement-non\/","title":{"rendered":"Catholicisme, religion identitaire europ\u00e9enne ? Assur\u00e9ment non"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le pape L\u00e9on XIV est en France du 25 au 28 septembre 2026. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de rappeler que le Vatican \u00ab\u00a0r\u00e9affirme l&rsquo;alliance \u00ab\u00a0irr\u00e9vocable\u00a0\u00bb de Dieu avec le peuple juif\u00a0\u00bb. Les chr\u00e9tiens sont des juifs synth\u00e9tiques. Les histoires de tout ce monde s\u00e9mite ne nous concernent pas, nous fils d&rsquo;Europe o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9es. Et le catholicisme n&rsquo;est pas une religion identitaire europ\u00e9enne. Est-il besoin d\u2019\u00eatre horticulteur pour savoir diff\u00e9rencier une racine d\u2019un greffon ? Le christianisme est un greffon oriental sur l&rsquo;arbre culturel et cultuel des peuples d&rsquo;Europe. Notre racine, notre identit\u00e9, sont dans le polyth\u00e9isme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019occasion du 60\u1d49 anniversaire de la d\u00e9claration&nbsp;<em>Nostra Aetate<\/em>, le Vatican a publi\u00e9 une nouvelle note majeure, mettant l\u2019accent sur la relation th\u00e9ologique unique entre christianisme et juda\u00efsme ainsi que sur la lutte constante de l\u2019\u00c9glise contre l\u2019antis\u00e9mitisme. Le document affirme que \u00abl\u2019alliance de Dieu avec le peuple juif est irr\u00e9vocable\u00bb et souligne que le dialogue entre juifs et chr\u00e9tiens n\u2019est pas simplement de nature diplomatique ou secondaire, mais qu\u2019il est li\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du christianisme. Il r\u00e9affirme \u00e9galement que l\u2019\u00c9glise \u00abd\u00e9nonce la haine, les pers\u00e9cutions et les manifestations d\u2019antis\u00e9mitisme dirig\u00e9es contre les juifs, en tout temps et par quiconque\u00bb. La note rappelle par ailleurs l\u2019enseignement du pape L\u00e9on XIV selon lequel \u00abtous les chr\u00e9tiens entretiennent une relation particuli\u00e8re avec le juda\u00efsme\u00bb, en raison des racines juives du christianisme, ajoutant que le dialogue th\u00e9ologique entre chr\u00e9tiens et juifs \u00abconserve toute son importance et me tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur\u00bb. Le Vatican souligne enfin que le dialogue interreligieux ne signifie pas l\u2019abandon de la doctrine chr\u00e9tienne. Il doit \u00e9viter \u00able relativisme et le syncr\u00e9tisme\u00bb, tout en associant une identit\u00e9 religieuse affirm\u00e9e \u00e0 une v\u00e9ritable ouverture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres. Voici le texte int\u00e9gral.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I. Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">1. Le 28 octobre 1965, la D\u00e9claration du Concile Vatican II Nostra aetate \u00ab sur les relations de l\u2019\u00c9glise avec les religions non chr\u00e9tiennes \u00bb ouvrait un nouveau chapitre dans l\u2019histoire des rapports entre catholiques, juifs et croyants d\u2019autres confessions ou traditions spirituelles. Bien plus qu\u2019un simple texte, elle marquait un changement profond dans la compr\u00e9hension et l\u2019expression du rapport de l\u2019\u00c9glise avec les croyants d\u2019autres religions. Dans cette D\u00e9claration, l\u2019\u00c9glise affirmait explicitement qu\u2019elle \u00ab ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions\u00bb, invitant les fid\u00e8les \u00e0 consid\u00e9rer avec estime et respect \u00ab ces mani\u00e8res d\u2019agir et de vivre, ces r\u00e8gles et ces doctrines\u00bb[1]. R\u00e9dig\u00e9 dans le contexte de la vitalit\u00e9 cr\u00e9ative et fraternelle du Concile, ce document garde toute son actualit\u00e9 dans un monde marqu\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par des attitudes g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es de fermeture et de l\u2019autre par une recherche de coexistence au sein d\u2019une citoyennet\u00e9 universelle, fond\u00e9e sur la fraternit\u00e9 et la reconnaissance mutuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">2. Sous cet angle, Nostra aetate s\u2019inscrit dans la m\u00eame trame qu\u2019une autre d\u00e9claration conciliaire, Dignitatis humanae, centr\u00e9e sur le droit \u00e0 la libert\u00e9 religieuse. Aucune relation respectueuse des autres religions n\u2019est ni sinc\u00e8re ni viable, sans un respect parall\u00e8le de la libert\u00e9 religieuse d\u2019autrui : \u00ab Cette exigence de libert\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine regarde principalement les biens spirituels de l\u2019homme, et, au premier chef, ce qui concerne le libre exercice de la religion dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb[2]. Cette conviction nous am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9clamer la m\u00eame libert\u00e9 pour les chr\u00e9tiens dans les pays o\u00f9 ils sont minoritaires[3].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">3. Soixante ans apr\u00e8s sa publication, la D\u00e9claration Nostra aetate continue d\u2019inspirer les choix pastoraux et th\u00e9ologiques de l\u2019\u00c9glise ; elle soutient \u00e9galement ce dialogue, qui, en \u00e9tant la forme du d\u00e9veloppement de la vie humaine, est devenu de plus en plus indispensable dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Toutefois, ce dialogue m\u00eame constitue aussi un d\u00e9fi permanent : comment concilier la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne et l\u2019ouverture sinc\u00e8re \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ? Comment vivre concr\u00e8tement l\u2019appel \u00e0 une fraternit\u00e9 universelle dans des soci\u00e9t\u00e9s marqu\u00e9es par une diversit\u00e9 culturelle et religieuse croissante, par la guerre et la violence, et caract\u00e9ris\u00e9es par une tendance croissante \u00e0 la s\u00e9cularisation ? Ce document comm\u00e9moratif vise \u00e0 retracer les \u00e9tapes essentielles du dialogue interreligieux apr\u00e8s Nostra aetate, \u00e0 en \u00e9valuer les acquis et les d\u00e9fis, afin d\u2019esquisser quelques perspectives pour l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Origine et port\u00e9e de Nostra aetate. Une r\u00e9ponse \u00e0 la Shoah<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">4. La D\u00e9claration Nostra aetate a vu le jour apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale ; \u00e0 l\u2019origine, elle ne concernait pas le dialogue avec les autres religions, mais se voulait plut\u00f4t une r\u00e9ponse aux cons\u00e9quences tragiques de l\u2019antis\u00e9mitisme qui a culmin\u00e9 avec la Shoah. D\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s sensible \u00e0 cette question, saint Jean XXIII, apr\u00e8s une rencontre avec le juif Jules Isaac rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation de Maria Vingiani, fondatrice du Secr\u00e9tariat pour les activit\u00e9s \u0153cum\u00e9niques, chargea le cardinal Augustin Bea de r\u00e9diger un texte conciliaire visant \u00e0 apaiser et \u00e0 renouveler les relations entre l\u2019\u00c9glise et le peuple juif. Ce projet fut d\u00e9velopp\u00e9 lors des sessions du Concile Vatican II et s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9 dans un texte qui, \u00e0 l\u2019instar du grain de moutarde de l\u2019\u00c9vangile (cf. Mc 4, 31-32), a grandi au-del\u00e0 de toute pr\u00e9vision, jusqu\u2019\u00e0 devenir un arbre majestueux qui a embrass\u00e9, outre la relation avec le juda\u00efsme, le dialogue avec les diff\u00e9rentes religions. Il refl\u00e8te le dessein d\u2019un accueil toujours plus universel, que l\u2019\u00c9glise souhaite offrir aux fr\u00e8res et aux s\u0153urs des autres traditions religieuses, dans le respect et la recherche commune de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">5. Le dialogue entre catholiques et juifs, dans sa forme officielle et institutionnelle, trouve son fondement au n\u00b0 4 de la D\u00e9claration. Il s\u2019agit de la premi\u00e8re prise de position magist\u00e9rielle qui reconna\u00eet clairement les racines juives du christianisme. Elle se r\u00e9f\u00e8re au passage de Rm 9, 4-5, dans lequel il est attest\u00e9 que les patriarches font partie du peuple d\u2019Isra\u00ebl et que le Christ est issu d\u2019eux selon la chair. La D\u00e9claration affirme \u00e9galement que \u00ab les Ap\u00f4tres, fondements et colonnes de l\u2019\u00c9glise, sont n\u00e9s du peuple juif, ainsi qu\u2019un grand nombre des premiers disciples qui annonc\u00e8rent au monde l\u2019\u00c9vangile du Christ \u00bb[4]. \u00c0 cet \u00e9gard, \u00e9voquant la personne de J\u00e9sus, un document de la Commission pour les relations religieuses avec le juda\u00efsme du Secr\u00e9tariat pour l\u2019Unit\u00e9 des chr\u00e9tiens (aujourd\u2019hui Dicast\u00e8re pour la Promotion de l\u2019Unit\u00e9 des Chr\u00e9tiens) pr\u00e9cise que : \u00ab J\u00e9sus \u00e9tait juif et l\u2019est toujours rest\u00e9 [\u2026]. J\u00e9sus \u00e9tait pleinement un homme de son temps et de son milieu juif palestinien du 1er si\u00e8cle, dont il a partag\u00e9 les angoisses et les esp\u00e9rances. Ceci ne fait que souligner soit la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019Incarnation, soit le sens m\u00eame de l\u2019Histoire du salut, comme il nous a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans la Bible (cf. Rm 1, 3-4; Ga 4, 4-5) \u00bb[5]. Pour reprendre les mots de l\u2019\u00e9vang\u00e9liste Jean (cf. Jn 1,14), selon la r\u00e9interpr\u00e9tation du th\u00e9ologien protestant K. Barth, le Verbe s\u2019est fait \u00ab chair juive \u00bb[6] et est venu habiter parmi nous. Cette demeure de J\u00e9sus, c\u2019est le juda\u00efsme de son temps qui est le terreau originel \u00e0 partir duquel se sont d\u00e9velopp\u00e9es l\u2019Ecclesia ex circumcisione puis l\u2019Ecclesia ex gentibus (voir \u00e0 ce sujet la mosa\u00efque de la basilique Sainte-Sabine \u00e0 Rome).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le dialogue avec les religions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">6. D\u00e8s l\u2019ouverture du Concile Vatican II en 1962, saint Jean XXIII, consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab pr\u00e9curseur du dialogue \u00bb[7], a explicitement appel\u00e9 \u00e0 promouvoir non seulement l\u2019unit\u00e9 des chr\u00e9tiens, mais aussi une fraternit\u00e9 plus large avec les croyants d\u2019autres religions, fond\u00e9e sur \u00ab l\u2019estime et le respect \u00bb[8] r\u00e9ciproques. Cette vision, authentiquement humaine et profond\u00e9ment \u00e9vang\u00e9lique, s\u2019est progressivement impos\u00e9e avec une \u00e9vidence th\u00e9ologique autant que pastorale : la rencontre respectueuse avec l\u2019autre est une condition indispensable pour vivre pleinement l\u2019\u00c9vangile. Dans l\u2019encyclique Pacem in terris, quelques mois plus tard, le Souverain Pontife invitait chacun \u00e0 respecter la dignit\u00e9 de toute personne[9].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">7. Saint Paul VI a confirm\u00e9 cette orientation dans l\u2019encyclique Ecclesiam suam, en invitant l\u2019\u00c9glise \u00e0 \u00ab entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit \u00bb[10]. Selon cette encyclique, l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9e \u00e0 assumer avec une ferveur renouvel\u00e9e un \u00ab dialogue avec tous les hommes de bonne volont\u00e9, qu&rsquo;ils soient au-dedans ou au-dehors de son enceinte \u00bb[11], sans exclure personne, mais dans le respect des sp\u00e9cificit\u00e9s et des dynamiques propres aux diff\u00e9rents contextes du dialogue. La vision d\u2019un dialogue structur\u00e9 m\u00e9thodologiquement en diff\u00e9rents cercles \u2013 le dialogue pour la paix, le dialogue avec les croyants en Dieu et le dialogue avec les \u00ab fr\u00e8res chr\u00e9tiens s\u00e9par\u00e9s \u00bb[12] \u2013 s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e d\u00e9terminante pour le d\u00e9veloppement du dialogue \u0153cum\u00e9nique, interreligieux et interculturel au cours de la p\u00e9riode postconciliaire. Cette approche est consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la mission de l\u2019\u00c9glise, fond\u00e9e sur la clart\u00e9 doctrinale, l\u2019\u00e9coute sinc\u00e8re et un profond respect envers les interlocuteurs des chr\u00e9tiens[13]. Ainsi, l\u2019\u00c9glise affirme clairement : la voie du dialogue n\u2019est ni une strat\u00e9gie de circonstance ni un renoncement \u00e0 sa propre identit\u00e9, mais un v\u00e9ritable chemin \u00e9vang\u00e9lique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">8. La particularit\u00e9 de la contribution de Nostra aetate a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e par saint Paul VI \u00e0 l\u2019occasion de la cl\u00f4ture du Concile Vatican II : \u00ab Que nos chers fr\u00e8res chr\u00e9tiens, encore s\u00e9par\u00e9s de la pleine communion de l&rsquo;\u00c9glise catholique, veuillent bien contempler cette manifestation de son visage embelli. Que veuillent \u00e9galement le contempler les disciples des autres religions, et parmi eux, ceux qu&rsquo;une m\u00eame parent\u00e9 en Abraham nous unit, les Isra\u00e9lites sp\u00e9cialement, objets non certes de r\u00e9probation et de d\u00e9fiance, mais de respect, d&rsquo;amour et d&rsquo;esp\u00e9rance. L\u2019\u00c9glise progresse en fait dans la fermet\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 et de la foi, dans le d\u00e9veloppement de la justice et de la charit\u00e9. Telle est la vie m\u00eame de l\u2019\u00c9glise \u00bb[14].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">9. Nostra aetate met en lumi\u00e8re un principe essentiel. Le respect et l\u2019estime sont les fondements indispensables du dialogue interreligieux ainsi que des relations avec le juda\u00efsme ; en effet, ils permettent de surmonter les attitudes d\u2019exclusion, de m\u00e9pris ou d\u2019indiff\u00e9rence qui avaient longtemps pr\u00e9valu : \u00ab Nous ne pouvons invoquer Dieu, P\u00e8re de tous les hommes, si nous refusons de nous comporter fraternellement envers certains des hommes cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image de Dieu. [\u2026] L\u2019\u00c9glise r\u00e9prouve donc, en tant que contraire \u00e0 l\u2019esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur condition sociale ou de leur religion \u00bb[15]. Dans cette ligne, la D\u00e9claration s\u2019inscrit dans l\u2019anthropologie relationnelle de Gaudium et spes, o\u00f9 l\u2019autre n\u2019est pas per\u00e7u comme une menace, mais reconnu comme un interlocuteur avec lequel construire, dans un esprit de r\u00e9ciprocit\u00e9, une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus fraternelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La sp\u00e9cificit\u00e9 du dialogue avec les juifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">10. Le juda\u00efsme actuel et le christianisme contemporain se basent tous deux sur la Parole r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans l\u2019Ancien Testament et puisent leurs racines dans le juda\u00efsme de l\u2019\u00e9poque de J\u00e9sus. Ce dernier, apr\u00e8s la destruction du Temple de J\u00e9rusalem en 70 apr. J.-C., s\u2019est transform\u00e9 au fil du temps principalement en juda\u00efsme rabbinique, tandis que le christianisme primitif s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du mouvement lanc\u00e9 par J\u00e9sus et ses disciples, se distinguant au fil du temps des diff\u00e9rentes formes de juda\u00efsme. Avec J\u00e9sus, qui \u00e9tait juif, les premiers chr\u00e9tiens ont en effet adopt\u00e9 des principes du juda\u00efsme de l\u2019\u00e9poque, puis les ont adapt\u00e9s \u00e0 la nouvelle situation post-pascale. La D\u00e9claration Nostra aetate affirme donc : \u00ab Du fait d\u2019un si grand patrimoine spirituel, commun aux chr\u00e9tiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l\u2019estime mutuelles, qui na\u00eetront surtout d\u2019\u00e9tudes bibliques et th\u00e9ologiques, ainsi que d\u2019un dialogue fraternel \u00bb[16]. Ce riche patrimoine commun constitue une base solide, un v\u00e9ritable tr\u00e9sor pour le dialogue jud\u00e9o-chr\u00e9tien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">11. Mais ce que J\u00e9sus a apport\u00e9 au christianisme en tant qu\u2019h\u00e9ritage juif fait partie int\u00e9grante de la structure th\u00e9ologique du christianisme lui-m\u00eame. Dans la section intitul\u00e9e \u00ab Th\u00e8mes fondamentaux des \u00c9critures du peuple juif et leur accueil dans la foi en Christ \u00bb (nn. 19-65), le document de la Commission biblique pontificale du 24 mai 2001, intitul\u00e9 Le peuple juif et ses saintes \u00c9critures dans la Bible chr\u00e9tienne, fait r\u00e9f\u00e9rence aux principaux aspects scripturaires et \u00e0 leur interpr\u00e9tation. Il s\u2019agit d\u2019un texte de grande valeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">12. En effet, le fait que le Dieu d\u2019Isra\u00ebl se soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans sa Parole, s\u2019adressant ainsi aux \u00eatres humains, est une conviction commune aux juifs et aux chr\u00e9tiens. Que Dieu, en tant que cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, ait cr\u00e9\u00e9 l\u2019espace vital pour l\u2019\u00eatre humain, qu\u2019il entoure et pr\u00e9serve cet espace, que l\u2019\u00eatre humain, en tant qu\u2019\u00ab image de Dieu \u00bb (cf. Gn 1, 26-27), en soit l\u2019intendant et doive assumer la juste responsabilit\u00e9 envers la cr\u00e9ation, et qu\u2019il soit responsable du bien de ses fr\u00e8res, en particulier des pauvres, ce sont des v\u00e9rit\u00e9s communes tant au juda\u00efsme qu\u2019au christianisme[17]. Tout enseignement \u00e9thique concernant la relation juste de l\u2019\u00eatre humain avec Dieu, avec le monde qui l\u2019entoure et avec son prochain, trouve son origine en Dieu lui-m\u00eame et dans la dignit\u00e9 de chaque personne, qui d\u00e9coule du fait d\u2019\u00eatre \u00ab \u00e0 l\u2019image de Dieu \u00bb : \u00e0 l\u2019instar du juda\u00efsme rabbinique, le christianisme a lui aussi adopt\u00e9 les \u00ab Dix Commandements \u00bb. Ceux-ci sont \u00e9galement devenus un patrimoine moral reconnu par de nombreuses personnes. Le double commandement d\u2019amour de J\u00e9sus, \u00e0 savoir aimer Dieu de tout son c\u0153ur, de toute son \u00e2me, de tout son esprit et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-m\u00eame (cf. Mc 12, 30-31, Mt 22, 37-39 ; Lc 10, 27), est tir\u00e9 de l\u2019Ancien Testament, m\u00eame si, dans ce dernier, les deux commandements n\u2019y sont pas explicitement reli\u00e9s (cf. Dt 6, 5 et Lv 19, 18). C\u2019est pourquoi, le pape Beno\u00eet XVI consid\u00e9rait les juifs comme nos \u00ab p\u00e8res dans la foi \u00bb[18]et soulignait que le dialogue entre les deux religions devait commencer par la gratitude des chr\u00e9tiens envers les juifs, car, malgr\u00e9 les \u00e9preuves qu\u2019ils ont travers\u00e9es, ils ont conserv\u00e9 la foi en un Dieu unique. Ainsi, le cardinal Ratzinger pouvait \u00e0 l\u2019\u00e9poque affirmer que \u00ab pour \u00eatre fructueux, le dialogue doit commencer par une pri\u00e8re adress\u00e9e \u00e0 notre Dieu afin qu\u2019il accorde avant tout \u00e0 nous, chr\u00e9tiens, une plus grande estime et un plus grand amour envers ce peuple, les Isra\u00e9lites \u00bb[19].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">13. En gardant \u00e0 l\u2019esprit ce riche patrimoine spirituel commun aux juifs et aux chr\u00e9tiens, on comprend ais\u00e9ment que le dialogue jud\u00e9o-chr\u00e9tien ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une pratique accessoire pour les chr\u00e9tiens, ayant pour seul but de mieux conna\u00eetre le juda\u00efsme, ou d\u2019entretenir des relations diplomatiques, voire simplement une amiti\u00e9 avec le peuple juif : il s\u2019agit plut\u00f4t de prendre pleinement conscience de sa propre identit\u00e9 originelle. L\u2019alliance de Dieu avec le peuple juif est irr\u00e9vocable[20]et interpelle constamment l\u2019\u00c9glise. Cela ne signifie pas pour les chr\u00e9tiens qu\u2019il existe deux voies de salut[21]et que l\u2019alliance avec le peuple juif soit parall\u00e8le \u00e0 la voie du salut chr\u00e9tien : l\u2019\u00c9glise enseigne que le Christ est l\u2019unique R\u00e9dempteur[22]. Cependant, cette alliance irr\u00e9vocable rev\u00eat une signification th\u00e9ologique. Plus un chr\u00e9tien conna\u00eet et aime les racines juives de sa propre tradition, mieux il se comprend lui-m\u00eame dans sa pratique de foi, et plus son identit\u00e9 religieuse s\u2019en trouve renforc\u00e9e ; toutefois, pour que cela se r\u00e9alise, il est essentiel que le chr\u00e9tien connaisse bien sa propre tradition de foi et qu\u2019il y soit bien enracin\u00e9. Lorsque, en r\u00e9f\u00e9rence au juda\u00efsme, nous affirmons que nous ne pouvons pas nous passer les uns des autres, cela implique aussi que la religiosit\u00e9 des juifs d\u2019aujourd\u2019hui \u2013 et pas seulement celle li\u00e9e \u00e0 l\u2019Ancien Testament \u2013 est pertinente pour les chr\u00e9tiens. C\u2019est ainsi que s\u2019exprime le pape Fran\u00e7ois : \u00ab Dieu continue \u00e0 \u0153uvrer dans le peuple de la premi\u00e8re Alliance \u00bb[23]. La religiosit\u00e9 juive peut \u00eatre, en effet, consid\u00e9r\u00e9e comme un effet de la Parole r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, toujours vivante et efficace, qu\u2019ils ont accueillie ; pour cette raison, elle garde une valeur actuelle et dynamique, qui peut toujours nous enrichir (cf. Rm 11, 29). Il est donc fondamental d\u2019approfondir, sur les plans biblique, ex\u00e9g\u00e9tique, liturgique et th\u00e9ologique, la relation avec le juda\u00efsme, selon les principes \u00e9nonc\u00e9s dans les Constitutions conciliaires Dei Verbum et Lumen gentium.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">14. Cette solidarit\u00e9 avec le peuple juif inclut \u00e9galement la lutte commune contre l\u2019antis\u00e9mitisme. D\u00e9j\u00e0, Nostra aetate d\u00e9clarait clairement que l\u2019\u00c9glise \u00ab d\u00e9plore les haines, les pers\u00e9cutions et les manifestations d\u2019antis\u00e9mitisme, qui, quels que soient leur \u00e9poque et leurs auteurs, ont \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9es contre les Juifs \u00bb[24], confirmant et allant en m\u00eame temps plus loin que ce qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 par la Sacr\u00e9e Congr\u00e9gation du Saint-Office le 25 mars 1928[25]. L\u2019antis\u00e9mitisme s\u2019est manifest\u00e9 de mani\u00e8re cruelle tout au long de l\u2019histoire, y compris de nos jours, mais son point le plus sombre est certainement repr\u00e9sent\u00e9 par la Shoah. \u00c0 cet \u00e9gard, les propos tenus par Beno\u00eet XVI lors de l\u2019Audience g\u00e9n\u00e9rale du 28 janvier 2009, au lendemain de la c\u00e9l\u00e9bration annuelle de la Journ\u00e9e de la M\u00e9moire, restent tr\u00e8s pr\u00e9cis et forts : \u00ab Dans ces jours o\u00f9 nous nous souvenons de la Shoah, il me revient en m\u00e9moire les images que j\u2019ai gard\u00e9es au cours de mes visites \u00e0 Auschwitz, un de ces camps dans lesquels s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le massacre atroce de millions de juifs, de victimes innocentes d\u2019une haine raciale et religieuse aveugle. Alors que je renouvelle avec affection ma solidarit\u00e9 pleine et indiscutable avec nos fr\u00e8res destinataires de la premi\u00e8re Alliance, j\u2019esp\u00e8re que la m\u00e9moire de la Shoah pourra entra\u00eener l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le pouvoir impr\u00e9visible du mal quand il conquiert le c\u0153ur de l\u2019homme. Que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l\u2019oubli, contre la n\u00e9gation ou le r\u00e9ductionnisme ; parce que la violence faite contre un seul \u00eatre humain est violence contre tous. Aucun homme n\u2019est une \u00eele, a dit un po\u00e8te c\u00e9l\u00e8bre. Que la Shoah enseigne sp\u00e9cialement aussi bien aux anciennes qu\u2019aux nouvelles g\u00e9n\u00e9rations que seul le chemin difficile de l\u2019\u00e9coute et du dialogue, de l\u2019amour et du pardon, conduit les peuples, les cultures et les religions du monde \u00e0 l\u2019objectif souhait\u00e9 de la fraternit\u00e9 et de la paix dans la v\u00e9rit\u00e9. Que jamais plus la violence n\u2019humilie la dignit\u00e9 de l\u2019homme !\u00bb[26].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">15. Les conflits qui ont \u00e9clat\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es au Moyen-Orient ont \u00e9galement laiss\u00e9 leur empreinte sur le dialogue jud\u00e9o-chr\u00e9tien. De nombreux ponts de communication ont vacill\u00e9 et continuent d\u2019\u00eatre mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve en raison des interpr\u00e9tations divergentes des \u00e9v\u00e9nements qui se sont succ\u00e9d\u00e9, interpr\u00e9tations qui ne sont souvent pas univoques, m\u00eame au sein des communaut\u00e9s religieuses elles-m\u00eames. Cependant, les piliers du dialogue entre croyants, \u00e9difi\u00e9s au cours de soixante ann\u00e9es de travail commun, sont rest\u00e9s solides. Sur ces fondements, il est possible et n\u00e9cessaire de construire, en s\u2019inspirant encore des recommandations des P\u00e8res conciliaires, afin de grandir dans la connaissance et l\u2019estime mutuelles provenant \u00ab surtout d\u2019\u00e9tudes bibliques et th\u00e9ologiques, ainsi que d\u2019un dialogue fraternel \u00bb[27].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>II. Les d\u00e9veloppements post-conciliaires : une continuit\u00e9 enrichie par les Papes successifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Saint Paul VI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">16. La nouvelle attitude de l\u2019\u00c9glise envers les autres confessions et traditions religieuses, fruit du Concile Vatican II, est plac\u00e9e par saint Paul VI dans le cadre du \u00ab dialogue avec le monde \u00bb esquiss\u00e9 dans l\u2019encyclique Ecclesiam suam, puis approfondi dans le magist\u00e8re ult\u00e9rieur. Comme le rappelle le Souverain Pontife dans l\u2019Encyclique Populorum progressio, \u00ab le d\u00e9veloppement ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la simple croissance \u00e9conomique. Pour \u00eatre authentique, il doit \u00eatre int\u00e9gral, c\u2019est-\u00e0-dire promouvoir tout homme et tout l\u2019homme \u00bb[28]. Il en d\u00e9coule un appel pressant \u00e0 la fraternit\u00e9, soutenu par un dialogue constant avec les cultures, les religions et les consciences, en vue d\u2019un d\u00e9veloppement solidaire, ouvert \u00e0 la transcendance et orient\u00e9 vers la fraternit\u00e9 universelle[29]. Dans cette lign\u00e9e, saint Paul VI a donn\u00e9 une impulsion d\u00e9cisive au dialogue interreligieux, en l\u2019int\u00e9grant dans les structures m\u00eames de la Curie Romaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">17. Pour cette raison, le Pape avait institu\u00e9, d\u00e8s 1964, le Secr\u00e9tariat pour les non-chr\u00e9tiens, devenu aujourd\u2019hui le Dicast\u00e8re pour le dialogue interreligieux[30]. Cr\u00e9\u00e9 en pleine p\u00e9riode conciliaire, avant m\u00eame la promulgation de Nostra aetate et de la lettre encyclique Ecclesiam suam, cet organisme fut charg\u00e9 d\u2019orienter, de soutenir et de coordonner les relations de l\u2019\u00c9glise avec les membres des autres religions. Aujourd\u2019hui encore, cette instance s\u2019emploie \u00e0 promouvoir \u00ab une v\u00e9ritable recherche de Dieu parmi tous les hommes \u00bb[31].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">18. Saint Paul VI souligna avec force que les religions non chr\u00e9tiennes ne devaient plus \u00eatre per\u00e7ues comme des adversaires, mais comme des compagnons de route \u00ab d\u2019une amiti\u00e9 future et d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e \u00bb[32]. Dans le m\u00eame esprit, une d\u00e9cennie plus tard, deux commissions sp\u00e9cifiques furent \u00e9tablies : l\u2019une pour les relations religieuses avec le juda\u00efsme, l\u2019autre pour celles avec l\u2019islam[33], afin d\u2019approfondir la rencontre avec les juifs et les musulmans et de renforcer la collaboration, y compris avec les autres confessions chr\u00e9tiennes[34]. Par la volont\u00e9 de saint Paul VI, le dialogue s\u2019est enracin\u00e9 dans les institutions de l\u2019\u00c9glise, mais aussi dans son c\u0153ur missionnaire. Il est devenu une composante importante de la vie chr\u00e9tienne : un authentique style de t\u00e9moignage \u00e9vang\u00e9lique, en harmonie avec un monde de plus en plus marqu\u00e9 par la pluralit\u00e9 des croyances et des cultures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Saint Jean-Paul II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">19. Saint Jean-Paul II donna une grande visibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019intuition du Concile en faveur du dialogue interreligieux. Son action visant \u00e0 mettre en pratique les principes de Nostra aetate fut d\u00e9terminante, notamment avec l\u2019organisation de la rencontre historique d\u2019Assise, le 27 octobre 1986. Pour la premi\u00e8re fois, des responsables religieux venus du monde entier se retrouv\u00e8rent, chacun exprimant sa propre foi, afin de prier pour la paix. Ce moment, profond\u00e9ment symbolique, rappela avec force la n\u00e9cessit\u00e9 de consid\u00e9rer les religions non plus comme des sources de division, mais comme des acteurs essentiels d\u2019une paix durable, fond\u00e9e sur l\u2019estime r\u00e9ciproque et la coop\u00e9ration fraternelle[35]. \u00c0 l\u2019issue de cette Journ\u00e9e mondiale de pri\u00e8re, devant les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes religions, le Pape d\u00e9clara : \u00ab Peut-\u00eatre jamais auparavant dans l\u2019histoire, le lien intrins\u00e8que qui unit une attitude religieuse authentique et le grand bien de la paix est devenu \u00e9vident pour tous [\u2026] L\u2019humanit\u00e9 est entr\u00e9e dans une \u00e8re d\u2019irr\u00e9sistible solidarit\u00e9 accrue et d\u2019insatiable faim de justice sociale \u00bb[36].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">20. En ce qui concerne le dialogue avec les juifs, saint Jean-Paul II, lorsqu\u2019il visita la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, put affirmer devant ses interlocuteurs juifs que \u00ab la religion juive ne nous est pas \u201cextrins\u00e8que\u201d mais, d\u2019une certaine mani\u00e8re, elle est \u201cintrins\u00e8que\u201d \u00e0 notre religion. Nous avons donc envers elle des rapports que nous n\u2019avons avec aucune autre religion. Vous \u00eates nos fr\u00e8res pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, on pourrait dire nos fr\u00e8res a\u00een\u00e9s \u00bb[37]. Puisque J\u00e9sus \u00e9tait juif, l\u2019\u00c9glise et le juda\u00efsme entretiennent une relation unique, une relation qui n\u2019existe pas avec les autres religions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">21. Par ailleurs, saint Jean Paul II, en promouvant ce qui fut appel\u00e9 plus tard \u00ab la logique d\u2019Assise \u00bb[38], partageait avec saint Paul VI la conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de clarifier certains aspects de la relation entre dialogue et \u00e9vang\u00e9lisation. Son pontificat fut marqu\u00e9 par la publication de plusieurs documents fondamentaux, tels que Dialogue et Mission (1984) du Secr\u00e9tariat pour les non-chr\u00e9tiens[39]et la lettre encyclique Redemptoris missio (1990), qui r\u00e9affirme la valeur permanente du mandat missionnaire, suivie de Dialogue et annonce (1991), r\u00e9dig\u00e9 par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en collaboration avec la Congr\u00e9gation pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des peuples[40].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">22. Dans la ligne du Concile Vatican II, ces textes articulent deux exigences indissociables, dont la pertinence demeure d\u2019actualit\u00e9. \u00c0 ceux qui seraient tent\u00e9s d\u2019insister exclusivement sur l\u2019obligation d\u2019annoncer le Christ, on rappelle que la D\u00e9claration Nostra aetate inclut la n\u00e9cessit\u00e9 du dialogue avec les autres traditions religieuses, \u00e9tant donn\u00e9 que celui-ci \u00ab fait partie de la mission \u00e9vang\u00e9lisatrice de l\u2019\u00c9glise \u00bb[41]. \u00c0 ceux, en revanche, qui ont tendance \u00e0 relativiser leur identit\u00e9, cette m\u00eame D\u00e9claration r\u00e9affirme l\u2019exigence de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus-Christ, \u00ab le chemin, la v\u00e9rit\u00e9 et la vie \u00bb (Jn 14, 6)[42]. Le dialogue pr\u00e9suppose donc une conscience claire de sa propre identit\u00e9 religieuse et culturelle, ainsi qu\u2019une v\u00e9ritable ouverture \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, condition indispensable \u00e0 la coexistence au sein de soci\u00e9t\u00e9s pluralistes. Il doit \u00eatre exempt de toute ambigu\u00eft\u00e9, \u00e9viter le relativisme et le syncr\u00e9tisme dans le respect de l\u2019identit\u00e9 de chacun et dans l\u2019engagement en faveur d\u2019un dialogue plus f\u00e9cond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">23. L\u2019une des principales pr\u00e9occupations du pontificat de saint Jean-Paul II fut, sans aucun doute, la promotion d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab dialogue entre les cultures \u00bb[43] au service de la paix dans le monde, surtout face aux \u00e9pisodes de plus en plus nombreux de violence commis au nom de Dieu. \u00c0 l\u2019aube de l\u2019an 2000, le Souverain Pontife r\u00e9affirma avec force qu\u2019il appartient aux croyants de d\u00e9montrer que les religions ne sont pas un obstacle \u00e0 la paix, mais en constituent un \u00e9l\u00e9ment essentiel. Toute instrumentalisation de la religion \u00e0 des fins violentes est une grave d\u00e9formation de son essence. La religion ne doit jamais servir de pr\u00e9texte aux conflits : \u00ab La religion et la paix vont de pair: faire la guerre au nom de la religion est une contradiction flagrante \u00bb[44]. D\u2019o\u00f9 l\u2019appel clair adress\u00e9 aux responsables religieux : il leur revient de t\u00e9moigner, par leurs actes et leur engagement, que c\u2019est leur foi m\u00eame qui les pousse \u00e0 \u0153uvrer pour la paix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Beno\u00eet XVI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">24. Toujours dans l\u2019esprit de Nostra aetate et \u00e0 l\u2019occasion du vingti\u00e8me anniversaire de la rencontre d\u2019Assise, en 2006, le pape Beno\u00eet XVI r\u00e9affirma que \u00ab nous ne pouvons invoquer Dieu, P\u00e8re de tous les hommes, si nous refusons de nous comporter fraternellement envers certains des hommes cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image de Dieu \u00bb[45], car la foi en Dieu ne peut qu\u2019encourager des relations de fraternit\u00e9 universelle entre tous les \u00eatres humains[46]. La pers\u00e9v\u00e9rance dans le dialogue interreligieux vise \u00e0 d\u00e9montrer que le fondamentalisme est une falsification des religions, qui s\u2019oppose \u00e0 leur vocation profonde. Reprenant les paroles d&rsquo;un empereur byzantin dans un discours c\u00e9l\u00e8bre, il a affirm\u00e9 que \u00ab La diffusion de la foi par la violence est contraire \u00e0 la raison. Elle est contraire \u00e0 la nature de Dieu et \u00e0 la nature de l\u2019\u00e2me \u00bb[47].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">25. En reliant \u00e9troitement la recherche de la paix aux exigences de la raison et de la v\u00e9rit\u00e9, Beno\u00eet XVI affirma avec constance qu\u2019aucune religion ni culture ne peut l\u00e9gitimement justifier le fanatisme ou le recours \u00e0 la violence. C\u2019est pourquoi, les croyants doivent continuer \u00e0 se rencontrer et ont le devoir commun de servir la v\u00e9rit\u00e9, et donc l\u2019humanit\u00e9. En particulier, \u00ab Le dialogue interreligieux et interculturel entre chr\u00e9tiens et musulmans ne peut pas se r\u00e9duire \u00e0 un choix passager. C&rsquo;est en effet une n\u00e9cessit\u00e9 vitale, dont d\u00e9pend en grande partie notre avenir \u00bb[48].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">26. De plus, le dialogue doit \u00e9galement s\u2019instaurer entre les cultures, les sciences et les institutions politiques, en vue d\u2019une compr\u00e9hension plus profonde de l\u2019\u00eatre humain dans toute sa complexit\u00e9. Ce dialogue \u00ab \u00e9largi \u00bb a pour finalit\u00e9 le d\u00e9veloppement int\u00e9gral de la personne et l\u2019harmonie de la soci\u00e9t\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, le v\u00e9ritable danger ne r\u00e9side pas tant dans l\u2019affrontement entre blocs religieux que dans celui entre des cultures incapables de se comprendre et de dialoguer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Fran\u00e7ois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">27. Le pape Fran\u00e7ois a poursuivi la mise en \u0153uvre de Nostra aetate, dans la continuit\u00e9 de l\u2019enseignement de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, en affirmant que \u00ab trois orientations fondamentales, si elles sont bien conjugu\u00e9es, peuvent aider le dialogue : le devoir de l\u2019identit\u00e9, le courage de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la sinc\u00e9rit\u00e9 des intentions \u00bb[49]. Le dialogue avec les autres traditions religieuses doit se caract\u00e9riser par une attitude d\u2019ouverture \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la charit\u00e9[50], \u00ab malgr\u00e9 les divers obstacles et difficult\u00e9s \u00bb. Il a r\u00e9affirm\u00e9 que ce dialogue est \u00ab une condition n\u00e9cessaire pour la paix dans le monde, et par cons\u00e9quent est un devoir pour les chr\u00e9tiens, comme pour les autres communaut\u00e9s religieuses \u00bb[51].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">28. Quant aux caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques du dialogue avec les juifs, le pape Fran\u00e7ois, d\u00e8s le d\u00e9but de son pontificat, a fait r\u00e9f\u00e9rence au fondement th\u00e9ologique du dialogue jud\u00e9o-chr\u00e9tien, lorsqu\u2019il a affirm\u00e9, en s\u2019appuyant sur Nostra aetate : \u00ab Ce fondement th\u00e9ologique, il n\u2019est pas simplement l\u2019expression de notre d\u00e9sir de respect et d\u2019estime mutuels. Il est donc important que notre dialogue soit toujours profond\u00e9ment marqu\u00e9 par la conscience de notre relation avec Dieu \u00bb[52].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">29. Les trois paragraphes consacr\u00e9s aux relations avec le juda\u00efsme rev\u00eatent une grande importance dans l\u2019Exhortation apostolique Evangelii gaudium[53], laquelle constitue la r\u00e9f\u00e9rence essentielle pour interpr\u00e9ter son pontificat. Parmi les th\u00e8mes que le Souverain Pontife a tenu \u00e0 mettre en \u00e9vidence pour d\u00e9finir la compr\u00e9hension de la relation entre l\u2019\u00c9glise catholique et le juda\u00efsme, on peut citer : l\u2019accueil de la Parole r\u00e9v\u00e9l\u00e9e avec le peuple juif, pour \u00ab nous aider mutuellement \u00e0 approfondir les richesses de la Parole \u00bb[54], le dialogue et l\u2019amiti\u00e9 comme partie int\u00e9grante de la vie des disciples de J\u00e9sus, la tristesse pour les terribles pers\u00e9cutions subies par le peuple juif, en particulier celles auxquelles ont pris part des chr\u00e9tiens, ainsi que le partage de nombreuses convictions \u00e9thiques et la commune pr\u00e9occupation pour la justice et le d\u00e9veloppement des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">30. Avec le pape Fran\u00e7ois, le dialogue interreligieux est entr\u00e9 dans une nouvelle phase, profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e de la vision de la \u00ab fraternit\u00e9 universelle \u00bb[55], au sens propre de la fraternit\u00e9 telle qu\u2019on la trouve chez saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise. Comme on peut le lire dans l\u2019encyclique Fratelli tutti, \u00ab la foi fonde la reconnaissance de l\u2019autre sur des motivations inou\u00efes, car celui qui croit peut parvenir \u00e0 reconna\u00eetre que Dieu aime chaque \u00eatre humain d\u2019un amour infini \u00bb[56]. Dans la continuit\u00e9 du principe selon lequel \u00ab l\u2019unit\u00e9 est sup\u00e9rieure au conflit \u00bb[57], le Souverain Pontife affirme : \u00ab La culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance r\u00e9ciproque comme m\u00e9thode et crit\u00e8re \u00bb[58]. Face \u00e0 la tentation de fragmenter le monde en univers culturels et religieux herm\u00e9tiques, le pape Fran\u00e7ois a exhort\u00e9 \u00e0 abattre les \u00ab murs de s\u00e9paration \u00bb[59]et \u00e0 faire le choix r\u00e9solu de la rencontre : \u00ab Isolement non, proximit\u00e9 oui. Culture de l\u2019affrontement non, culture de la rencontre, oui \u00bb[60].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">31. Les personnes et les peuples ne peuvent v\u00e9ritablement porter de bons fruits que s\u2019ils acceptent de s\u2019ouvrir aux autres avec cr\u00e9ativit\u00e9 et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Dans cette perspective, le pape Fran\u00e7ois a \u00e9galement rappel\u00e9 qu\u2019il est impossible de se comprendre pleinement soi-m\u00eame, ou de saisir en profondeur la r\u00e9alit\u00e9 de son propre pays, de sa propre \u00c9glise ou de sa propre communaut\u00e9, sans un dialogue respectueux avec les personnes provenant d\u2019autres horizons. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 devient alors une source d\u2019enrichissement mutuel, \u00e0 condition que les autres confessions, traditions spirituelles et cultures ne soient pas per\u00e7ues comme des menaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">32. Il faut toutefois rappeler que le \u00ab \u201cdialogue\u201d n\u2019est pas une formule magique \u00bb[61]. Il ne va pas de soi, et ceux qui s\u2019y engagent ne doivent \u00eatre ni des na\u00effs, ni des id\u00e9alistes aveugles: ils sont appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre les \u00ab h\u00e9ros de l\u2019avenir \u00bb[62]. Rejetant aussi le repli identitaire que la logique de l\u2019agressivit\u00e9, ils s\u2019engagent sur une voie m\u00e9diane, exigeante mais f\u00e9conde: celle de la construction patiente de la fraternit\u00e9 humaine[63]. Un principe fondamental doit toujours guider leur action : la prise de conscience de ce que croire en Dieu et l\u2019adorer ne garantit pas n\u00e9cessairement une vie conforme \u00e0 sa volont\u00e9[64]. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019un crit\u00e8re de discernement universel que l\u2019on peut trouver dans les textes sacr\u00e9s des diff\u00e9rentes religions : l\u2019accueil ou le rejet de la personne bless\u00e9e au bord de la route. L\u2019attention concr\u00e8te port\u00e9e aux plus vuln\u00e9rables est l\u2019indicateur essentiel pour \u00e9valuer la justesse de tout projet, qu\u2019il soit politique, \u00e9conomique, social, acad\u00e9mique, religieux ou culturel. Le pauvre \u2013 dans toutes les formes de pr\u00e9carit\u00e9 qui le caract\u00e9risent \u2013 est la boussole qui nous permet de savoir si nous avan\u00e7ons dans la bonne direction[65].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u00e9on XIV<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">33. Dans son premier message au Corps diplomatique, le pape L\u00e9on XIV a rappel\u00e9 les trois mots cl\u00e9s qui doivent accompagner toute forme de dialogue : paix, justice, v\u00e9rit\u00e9[66]. S\u2019inscrivant dans la lign\u00e9e de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il a ensuite comm\u00e9mor\u00e9 le soixanti\u00e8me anniversaire de la D\u00e9claration Nostra aetate en affirmant que, gr\u00e2ce \u00e0 ce document, \u00ab une graine d\u2019esp\u00e9rance pour le dialogue interreligieux a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e \u00bb[67]. Le Souverain Pontife a \u00e9galement rappel\u00e9 qu\u2019il y a eu des martyrs du dialogue qui ont donn\u00e9 leur vie pour s\u2019opposer \u00e0 la violence et \u00e0 la haine[68]. De plus, il a soulign\u00e9 que \u00ab nous pouvons conduire nos peuples \u00e0 devenir les proph\u00e8tes de notre temps, des voix qui d\u00e9noncent la violence et l\u2019injustice, qui apaisent les divisions et proclament la paix pour tous nos fr\u00e8res et s\u0153urs \u00bb[69]. Lors de l\u2019Audience g\u00e9n\u00e9rale du 29 octobre 2025, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Nostra aetate, le Saint-P\u00e8re a enfin r\u00e9affirm\u00e9 : \u00ab Ce lumineux document nous enseigne \u00e0 rencontrer les adeptes d\u2019autres religions non pas comme des \u00e9trangers, mais comme des compagnons de route sur le chemin de la v\u00e9rit\u00e9 ; \u00e0 honorer les diff\u00e9rences en affirmant notre humanit\u00e9 commune ; et \u00e0 discerner, dans toute qu\u00eate religieuse sinc\u00e8re, un reflet de l\u2019unique Myst\u00e8re divin qui englobe toute la cr\u00e9ation \u00bb[70].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">34. Le pape L\u00e9on XIV, dans son premier Discours aux repr\u00e9sentants d\u2019autres \u00c9glises et communaut\u00e9s eccl\u00e9siales ainsi que d\u2019autres religions, le 19 mai 2025, r\u00e9sume l\u2019essence du dialogue jud\u00e9o-chr\u00e9tien et souligne \u00e9galement l\u2019importance du dialogue th\u00e9ologique : \u00ab En raison des racines juives du christianisme, tous les chr\u00e9tiens ont une relation particuli\u00e8re avec le juda\u00efsme. La D\u00e9claration conciliaire Nostra aetate(n\u00b0 4) souligne la grandeur du patrimoine spirituel commun aux chr\u00e9tiens et aux juifs, encourageant la connaissance et l&rsquo;estime mutuelles. Le dialogue th\u00e9ologique entre chr\u00e9tiens et juifs reste toujours important et me tient tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur. M\u00eame en ces temps difficiles, marqu\u00e9s par des conflits et des malentendus, il est n\u00e9cessaire de poursuivre avec \u00e9lan ce dialogue si pr\u00e9cieux \u00bb[71]. Les chr\u00e9tiens et les juifs, ne pouvant se passer les uns des autres, devraient parcourir ce chemin ensemble jusqu\u2019\u00e0 la fin du temps terrestre. Et ensemble, ils devraient attendre le jour \u00ab connu de Dieu seul, o\u00f9 tous les peuples invoqueront le Seigneur d\u2019une seule voix et \u201c le serviront sous un m\u00eame joug\u201d (So 3, 9) \u00bb[72].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">35. Le th\u00e8me du dialogue avec les diff\u00e9rentes religions \u00e0 promouvoir et \u00e0 entretenir, est clairement repris, parmi d\u2019autres, dans la d\u00e9claration commune avec le patriarche \u0153cum\u00e9nique Bartholom\u00e9e Ier du 29 novembre 2025 : \u00ab Nous rejetons notamment toute utilisation de la religion et du nom de Dieu pour justifier la violence. Nous croyons qu&rsquo;un dialogue interreligieux authentique, loin d&rsquo;\u00eatre une source de syncr\u00e9tisme et de confusion, est essentiel \u00e0 la coexistence des peuples aux traditions et cultures diff\u00e9rentes. \u00c0 l\u2019occasion du 60e anniversaire de la d\u00e9claration Nostra aetate, nous exhortons tous les hommes et toutes les femmes de bonne volont\u00e9 \u00e0 \u0153uvrer ensemble pour construire un monde plus juste et plus solidaire, et \u00e0 prendre soin de la cr\u00e9ation que Dieu nous a confi\u00e9e. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi que la famille humaine pourra surmonter l&rsquo;indiff\u00e9rence, la soif de domination, la cupidit\u00e9 et la x\u00e9nophobie \u00bb[73]. Dans cette perspective, le dialogue qui s\u2019ouvre dans le sillage de Nostra aetate n\u2019est pas un exercice purement th\u00e9orique, mais un engagement \u00e9thique et spirituel partag\u00e9, orient\u00e9 vers la paix, la justice et la sauvegarde de la maison commune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">36. En particulier dans le contexte international actuel, malheureusement profond\u00e9ment marqu\u00e9 par tant de guerres causant chaque jour de nombreuses victimes et des situations de souffrance immense et injuste, le pape L\u00e9on XIV a tenu \u00e0 r\u00e9affirmer le r\u00f4le d\u00e9cisif du dialogue entre les religions pour rejeter la logique de la violence : \u00ab Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour l\u00e9gitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage: combattre au nom de la religion revient, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 porter atteinte \u00e0 la religion elle-m\u00eame. L\u2019\u201cesprit d\u2019Assise\u201d, suscit\u00e9 par saint Jean Paul II et poursuivi par l\u2019engagement du Pape Fran\u00e7ois \u2013 par exemple dans le dialogue avec le Grand Imam d\u2019al-Azhar \u2013, montre que les croyants peuvent puiser \u00e0 nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, o\u00f9 il n\u2019y a pas de place pour la haine sacralis\u00e9e \u00bb[74].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">III. Les fruits et les d\u00e9fis de la D\u00e9claration Nostra aetate aujourd\u2019hui<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des fruits visibles et silencieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">37. Soixante ans apr\u00e8s sa promulgation, les fruits de Nostra aetate a port\u00e9 dans les relations avec le juda\u00efsme, dans le dialogue avec l\u2019islam et les autres religions sont \u00e9vidents. En ce qui concerne ces derni\u00e8res, pour ne citer que quelques exemples, durant cette p\u00e9riode l\u2019\u00c9glise catholique a dialogu\u00e9 et collabor\u00e9 \u2013 dans diff\u00e9rents domaines et \u00e0 divers niveaux \u2013 avec les adeptes de l\u2019hindouisme, du bouddhisme, du ja\u00efnisme, du sikhisme, du shinto\u00efsme, du tao\u00efsme, du confucianisme et du zoroastrisme, ainsi qu\u2019avec les religions traditionnelles, en particulier celles d\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">38. L\u2019un des effets les plus significatifs de Nostra aetate a sans aucun doute \u00e9t\u00e9 une transformation du regard aux cons\u00e9quences importantes. Des relations durables d\u2019amiti\u00e9 se sont nou\u00e9es entre responsables religieux, des projets \u00e9ducatifs et sociaux communs ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s, des d\u00e9clarations communes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es face \u00e0 des drames humanitaires, des guerres ou des crises environnementales[75]. L\u00e0 o\u00f9 r\u00e9gnaient autrefois le rejet, la m\u00e9fiance ou l\u2019ignorance, ces gestes concrets ont contribu\u00e9 \u00e0 construire une culture du dialogue et une \u00ab culture de la rencontre \u00bb[76]. La revue Pro Dialogo, publi\u00e9e par le Dicast\u00e8re pour le dialogue interreligieux, fait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9cho \u00e0 ces nombreuses initiatives, en recueillant et en diffusant les multiples fruits de ces rencontres \u00e0 travers le monde. Par ailleurs, le Dicast\u00e8re pour le dialogue interreligieux adresse des messages de v\u0153ux aux amis des autres traditions religieuses \u00e0 l\u2019occasion de leurs principales f\u00eates, afin de raviver et de renforcer les liens d\u2019estime r\u00e9ciproque et de collaboration. La Commission pour les relations religieuses avec le juda\u00efsme fait de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">39. \u00c0 la suite de la r\u00e9flexion th\u00e9ologique et de l\u2019\u00e9volution pastorale du dialogue interreligieux, dans le sillage de l\u2019intuition originelle de saint Paul VI, le dialogue[77] s\u2019exerce d\u00e9sormais dans divers domaines, comme en t\u00e9moigne le document intitul\u00e9 Dialogue et annonce : le dialogue dans la vie, englobant le quotidien multiconfessionnel, tant dans les villages que dans les villes, grandes et petites ; le dialogue dans l\u2019action, \u00e0 travers des initiatives communes que les membres des diff\u00e9rentes religions peuvent entreprendre d\u2019un commun accord ; le dialogue th\u00e9ologique \u2013 men\u00e9 par des experts \u2013 consistant en une confrontation des connaissances religieuses sur un plan essentiellement doctrinal ; et enfin, le dialogue de l\u2019exp\u00e9rience religieuse, men\u00e9 principalement par les moines et les moniales adh\u00e9rant au Dialogue interreligieux monastique[78].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">40. Parmi les fruits du dialogue engag\u00e9 avec Nostra aetate, on peut citer le Women\u2019s Network for Interreligious Dialogue, promu par le Dicast\u00e8re pour le dialogue interreligieux afin d\u2019\u00e9largir la participation des femmes, ainsi que la collaboration de plusieurs d\u00e9cennies entre ce m\u00eame Dicast\u00e8re et la Commission pour le dialogue interreligieux du Conseil \u0153cum\u00e9nique des \u00c9glises, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 des documents importants tels que T\u00e9moignage chr\u00e9tien dans un monde multi-religieux : recommandations de conduite (2011).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">41. Ces fruits se manifestent souvent aussi dans le silence et la discr\u00e9tion, enracin\u00e9s dans la vie quotidienne. Pr\u00eatres, religieux et la\u00efcs vivent aujourd\u2019hui dans des quartiers multi-religieux o\u00f9 le simple fait de vivre en paix, d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents les uns pour les autres \u2013 en tant que voisins \u2013 constitue d\u00e9j\u00e0 un t\u00e9moignage. Des couples interreligieux, des groupes de jeunes, des communaut\u00e9s locales inventent sans cesse de nouvelles formes de convivialit\u00e9. Tous ces r\u00e9sultats, parfois embryonnaires, invisibles mais f\u00e9conds, incarnent l\u2019intuition de Nostra aetate : vivre dans le monde en tant que t\u00e9moins de l\u2019amour de Dieu, en dialogue avec tous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">42. Dans la continuit\u00e9 de l\u2019intuition de Nostra aetate et de l\u2019enseignement du Magist\u00e8re r\u00e9cent, il convient de promouvoir, avec un discernement renouvel\u00e9, des dialogues et des formes de collaboration, y compris avec les membres des \u00ab nouveaux mouvements religieux \u00bb et avec les repr\u00e9sentants de nouvelles exp\u00e9riences religieuses. Ces rencontres fraternelles, qui ne peuvent \u00eatre assimil\u00e9es ni au dialogue \u0153cum\u00e9nique ni au dialogue interreligieux, fond\u00e9es sur la clart\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 propre et sur le respect mutuel, peuvent offrir des occasions concr\u00e8tes de travailler ensemble \u00e0 la promotion de valeurs partag\u00e9es et \u00e0 la poursuite du bien commun. Elles peuvent, en outre, contribuer \u00e0 une compr\u00e9hension plus attentive des aspirations spirituelles contemporaines, en \u00e9largissant les espaces de t\u00e9moignage, de connaissance mutuelle et de coop\u00e9ration au service de la dignit\u00e9 humaine, de la paix sociale et de la sauvegarde de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">43. Il convient enfin de rappeler la prise de conscience critique croissante face aux manifestations d\u2019islamophobie pr\u00e9sentes dans les contextes occidentaux qui ne font pas suffisamment la distinction entre les cas de fondamentalisme et de violence et la vie paisible des autres croyants musulmans qui s\u2019int\u00e8grent et travaillent dans les pays qui les accueillent. Nous devons remercier les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes qui ont grandi dans un esprit d\u2019accueil, mais aussi de meilleure connaissance et d\u2019estime envers les croyants musulmans qui, comme le rappelle Nostra aetate, \u00ab adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, mis\u00e9ricordieux et tout-puissant, cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, qui a parl\u00e9 aux hommes. Ils cherchent \u00e0 se soumettre de toute leur \u00e2me aux d\u00e9crets de Dieu, m\u00eame s\u2019ils sont cach\u00e9s, comme s\u2019est soumis Abraham, auquel la foi islamique se r\u00e9f\u00e8re volontiers. [\u2026] Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte \u00e0 Dieu, surtout par la pri\u00e8re, l\u2019aum\u00f4ne et le je\u00fbne \u00bb[79].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sistances et malentendus persistants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">44. Malgr\u00e9 ces progr\u00e8s, des difficult\u00e9s persistent dans le dialogue. Certains milieux continuent de douter de sa pertinence, craignant un relativisme doctrinal ou une dilution de l\u2019identit\u00e9 religieuse. M\u00eame apr\u00e8s la publication du document Dialogue et annonce, des malentendus persistent quant \u00e0 la nature m\u00eame du dialogue. Certains se demandent encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me pastoral, d\u2019un acte de charit\u00e9, d\u2019un \u00e9change th\u00e9ologique ou de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un engagement politique pour le bien commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">45. En dehors des fronti\u00e8res eccl\u00e9siales, les malentendus ne sont pas moins importants. Dans certaines r\u00e9gions, les relations entre croyants de religions diff\u00e9rentes sont historiquement conflictuelles, et le souvenir des blessures anciennes rend difficile la confiance r\u00e9ciproque, malgr\u00e9 l\u2019exhortation de la D\u00e9claration Nostra aetate \u00ab \u00e0 oublier le pass\u00e9 et \u00e0 s\u2019efforcer sinc\u00e8rement \u00e0 la compr\u00e9hension mutuelle \u00bb[80], en particulier entre chr\u00e9tiens et musulmans. \u00c0 cet \u00e9gard, on peut rappeler les paroles du pape Fran\u00e7ois : \u00ab Pour soutenir le dialogue avec l\u2019islam, une formation ad\u00e9quate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu\u2019ils soient solidement et joyeusement enracin\u00e9s dans leur identit\u00e9, mais aussi pour qu\u2019ils soient capables de reconna\u00eetre les valeurs des autres, de comprendre les pr\u00e9occupations sous-jacentes \u00e0 leurs plaintes et de mettre en lumi\u00e8re les convictions communes. Nous, chr\u00e9tiens, devrions accueillir avec affection et respect les immigr\u00e9s musulmans qui arrivent dans nos pays, de la m\u00eame mani\u00e8re que nous esp\u00e9rons et nous demandons \u00eatre accueillis et respect\u00e9s dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu\u2019ils donnent la libert\u00e9 aux chr\u00e9tiens de c\u00e9l\u00e9brer leur culte et de vivre leur foi, en prenant en compte la libert\u00e9 dont les croyants de l\u2019Islam jouissent dans les pays occidentaux ! \u00bb[81]. Ailleurs, la mont\u00e9e des fondamentalismes, la persistance des pr\u00e9jug\u00e9s, la manipulation politique des appartenances religieuses ou les violences commises au nom de Dieu sapent les fondements m\u00eames du dialogue. Dans les soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9cularis\u00e9es, le discours religieux est parfois marginalis\u00e9 ou instrumentalis\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 du folklore, \u00e0 une opinion subjective, voire totalement occult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">46. Le chemin reste exigeant : il requiert humilit\u00e9, courage et discernement. Pour le chr\u00e9tien, cette exigence n\u2019a rien de surprenant, car le v\u00e9ritable croyant n\u2019est pas anim\u00e9 par l\u2019arrogance ; \u00ab au contraire, la v\u00e9rit\u00e9 le rend humble, sachant que ce n\u2019est pas lui qui la poss\u00e8de, mais c\u2019est elle qui l\u2019embrasse et le poss\u00e8de. Loin de le raidir, la s\u00e9curit\u00e9 de la foi le met en route et rend possible le t\u00e9moignage et le dialogue avec tous \u00bb[82]. Ce dialogue requiert souvent une \u00ab patience in\u00e9puisable \u00bb[83]et ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 un simple consensus g\u00e9n\u00e9rique. Enracin\u00e9 dans la mission \u00e9vang\u00e9lisatrice de l\u2019\u00c9glise \u2013 dont il constitue une dimension essentielle \u2013, il pr\u00e9suppose un engagement sinc\u00e8re, une connaissance approfondie de l\u2019autre et la reconnaissance de la libert\u00e9 de conscience comme fondement de toute relation authentique[84]. Il ne s\u2019agit donc pas de renoncer \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, mais de l\u2019annoncer \u00e0 la mani\u00e8re \u00e9vang\u00e9lique : avec estime, \u00e9coute et charit\u00e9. C\u2019est un v\u00e9ritable partage de ce qui tient \u00e0 c\u0153ur : \u00ab Parler du Christ, par le t\u00e9moignage ou la parole, de telle mani\u00e8re que les autres n\u2019aient pas \u00e0 faire un grand effort pour l\u2019aimer, voil\u00e0 le plus grand d\u00e9sir d\u2019un missionnaire de l\u2019\u00e2me. Il n\u2019y a pas de pros\u00e9lytisme dans cette dynamique de l\u2019amour : les paroles de l\u2019amoureux ne d\u00e9rangent pas, n\u2019imposent pas, ne forcent pas. Elles poussent seulement les autres \u00e0 se demander comment un tel amour est possible. Dans le plus grand respect de la libert\u00e9 et de la dignit\u00e9 de l\u2019autre, l\u2019amoureux attend simplement qu\u2019on lui permette de raconter cette amiti\u00e9 qui remplit sa vie \u00bb[85].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">47. Enfin, et ce n\u2019est certainement pas le moins important, il faut souligner les pers\u00e9cutions dont sont victimes les chr\u00e9tiens, dans diverses r\u00e9gions du monde, de la part de groupes religieux extr\u00e9mistes. Toute pers\u00e9cution, pour des raisons religieuses, constitue toujours une atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 humaine, face \u00e0 laquelle il est urgent de trouver une r\u00e9ponse commune qui, dans l\u2019esprit de Nostra aetate, favorise chez tous et envers tous le respect, le dialogue et la coexistence pacifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une p\u00e9dagogie du dialogue \u00e0 approfondir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">48. Face aux d\u00e9fis contemporains, l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9e \u00e0 renouveler et \u00e0 intensifier sa p\u00e9dagogie du dialogue. Cela suppose, avant tout, une formation approfondie dans les s\u00e9minaires, les instituts th\u00e9ologiques et les parcours pastoraux. Il ne suffit plus de proclamer l\u2019importance du dialogue : il faut d\u00e9sormais le vivre, fournir aux fid\u00e8les les outils n\u00e9cessaires pour y participer de mani\u00e8re \u00e9clair\u00e9e, critique et sereine. La connaissance des religions, l\u2019histoire des relations interreligieuses, l\u2019\u00e9laboration de lignes directrices pour le dialogue et la promotion de la culture religieuse (religious literacy) sont autant de facteurs qui favorisent et soutiennent la rencontre et le dialogue interreligieux ; de m\u00eame, il est n\u00e9cessaire d\u2019int\u00e9grer la compr\u00e9hension des questions culturelles et g\u00e9opolitiques contemporaines dans la formation chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">49. Parall\u00e8lement, les \u00c9glises locales \u00e9tant au premier rang, il convient de valoriser leurs initiatives concr\u00e8tes men\u00e9es en leur sein. Ce sont elles qui, sur le terrain, d\u00e9veloppent les formes de rencontre les plus cr\u00e9atives et les plus audacieuses : commissions de dialogue, projets communs, actions \u00e9ducatives ou humanitaires, c\u00e9l\u00e9brations partag\u00e9es. En recueillant, en partageant et en mettant en r\u00e9seau ces exp\u00e9riences, l\u2019\u00c9glise universelle peut non seulement s\u2019enrichir, mais aussi identifier et orienter de nouvelles voies pastorales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">50. Une attention particuli\u00e8re doit \u00e9galement \u00eatre accord\u00e9e \u00e0 la dimension spirituelle du dialogue. Car ce \u00e0 quoi on tend n\u2019est ni un simple exercice intellectuel ni un jeu diplomatique, mais une rencontre authentique \u2013 une rencontre avec une alt\u00e9rit\u00e9 croyante -, dans un esprit de paix, d\u2019amiti\u00e9 et de recherche partag\u00e9e du vrai et du bien[86]. Le dialogue sinc\u00e8re exclut toute forme d\u2019instrumentalisation. Il vise la compr\u00e9hension mutuelle, la d\u00e9couverte de ce qui est juste et authentique pour tous. Dialoguer, dans l\u2019esprit de Nostra aetate, suppose donc un regard contemplatif tourn\u00e9 vers \u00ab l\u2019autre diff\u00e9rent \u00bb : \u00ab Se rapprocher, s\u2019exprimer, s\u2019\u00e9couter, se regarder, se conna\u00eetre, essayer de se comprendre, chercher des points de contact, tout cela se r\u00e9sume dans le verbe \u201cdialoguer\u201d \u00bb[87].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">51. Dans cette ligne, le dialogue interreligieux peut devenir une occasion d\u2019une plus grande fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019amour universel de Dieu, manifest\u00e9 en J\u00e9sus-Christ. Il transforme les personnes, les communaut\u00e9s et parfois m\u00eame les structures eccl\u00e9siales. Loin d\u2019\u00eatre un th\u00e8me marginal, c\u2019est un lieu th\u00e9ologique o\u00f9 le Saint-Esprit veut se faire entendre, \u00e0 travers la rencontre avec autrui[88].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">IV. Perspectives et orientations pour l\u2019avenir du dialogue interreligieux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">52. L\u2019avenir du dialogue interreligieux exige aujourd\u2019hui une r\u00e9flexion renouvel\u00e9e et des engagements particuli\u00e8rement clairs. Si les d\u00e9cennies qui ont suivi le Concile Vatican II ont permis d\u2019instaurer des relations plus sereines entre les diff\u00e9rentes traditions religieuses, les mutations g\u00e9opolitiques, culturelles et \u00e9cologiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es posent des d\u00e9fis in\u00e9dits. Les tensions identitaires, le repli sur soi des communaut\u00e9s, les id\u00e9ologies fondamentalistes, les conflits \u00e0 connotation religieuse, la manipulation politique du fait religieux, sans oublier l\u2019indiff\u00e9rence croissante dans de nombreux pays \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute forme de spiritualit\u00e9, requi\u00e8rent un renouveau des modalit\u00e9s du dialogue dans un monde en pleine mutation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">53. En r\u00e9alit\u00e9, il ne s\u2019agit pas de fonder une grande religion mondiale dans laquelle toutes les croyances seraient nivel\u00e9es. Cette possibilit\u00e9 doit \u00eatre exclue par respect pour soi-m\u00eame et pour autrui. Il s\u2019agit plut\u00f4t de construire une soci\u00e9t\u00e9 fraternelle capable d\u2019accepter les diff\u00e9rences. Cette intention reste au c\u0153ur du dialogue interreligieux, comme elle l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la D\u00e9claration Nostra aetate et dans les efforts d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 cette fin qui ont marqu\u00e9 les d\u00e9cennies qui ont suivi sa promulgation. Le dialogue ne consiste pas seulement \u00e0 exposer ses propres doctrines ou \u00e0 comparer ses visions du monde ; aujourd\u2019hui, face \u00e0 ceux qui attisent les divisions et pr\u00e9parent les conflits, les croyants des diff\u00e9rentes traditions, et en premier lieu leurs responsables, conscients de leurs diff\u00e9rences irr\u00e9ductibles, sont appel\u00e9s \u00e0 rechercher, avec lucidit\u00e9 et espoir, les conditions d\u2019une coexistence pacifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">54. Pour atteindre cet objectif, un v\u00e9ritable changement des mentalit\u00e9s s\u2019impose : abandonner les logiques de d\u00e9fense, d\u2019hostilit\u00e9 ou de conqu\u00eate, pour adopter une attitude ouverte, bienveillante et courageuse. Les mod\u00e8les monolithiques et isol\u00e9s, qui encouragent une vision ferm\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, s\u2019av\u00e8rent de plus en plus inadapt\u00e9s et, en fin de compte, source de violence et de souffrance pour les plus faibles. La d\u00e9fense intransigeante de sa propre position et le pros\u00e9lytisme, comme seule modalit\u00e9 de rencontre avec \u00ab l\u2019autre \u00bb, n\u2019ont d\u00e9sormais plus de sens dans un monde qui ressemble de plus en plus \u00e0 un village plan\u00e9taire interconnect\u00e9 et en constante effervescence. C\u2019est ce que rappelait le pape Fran\u00e7ois en 2019, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Chulalongkorn de Bangkok, devant des responsables religieux bouddhistes, musulmans, hindous, sikhs et chr\u00e9tiens : \u00ab Les \u00e9poques, o\u00f9 la logique du repli sur soi pouvait pr\u00e9valoir dans la conception du temps et de l\u2019espace et s\u2019imposer comme un m\u00e9canisme valable pour la r\u00e9solution des conflits, sont r\u00e9volues. Il est temps aujourd\u2019hui d\u2019oser imaginer la logique de la rencontre et du dialogue mutuel comme chemin, de la collaboration mutuelle comme conduite et la connaissance r\u00e9ciproque comme m\u00e9thode et crit\u00e8re. Et, de cette mani\u00e8re, offrir un nouveau paradigme pour la r\u00e9solution des conflits et contribuer \u00e0 la compr\u00e9hension entre les personnes ainsi que pour sauvegarder la cr\u00e9ation. Je crois que, dans ce domaine, les religions, de m\u00eame que les universit\u00e9s, sans pour autant renoncer \u00e0 leurs notes essentielles et \u00e0 leurs sp\u00e9cialit\u00e9s propres, ont beaucoup \u00e0 apporter et \u00e0 offrir ; tout ce que nous faisons dans ce sens est un pas significatif pour garantir aux plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations leur droit \u00e0 l\u2019avenir, et sera aussi un service rendu \u00e0 la justice et un service \u00e0 la paix \u00bb[89].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">55. Aux antipodes de ces attitudes rigides qui pr\u00e9tendent r\u00e9soudre les conflits par la force, il est temps de promouvoir une nouvelle \u00e9thique du dialogue : une culture de la complexit\u00e9, de la souplesse et de l\u2019amiti\u00e9. Il ne s\u2019agit plus de craindre ou de tenir \u00e0 distance \u00ab l\u2019autre croyant \u00bb, une autre civilisation, une autre fa\u00e7on de penser, mais d\u2019oser la rencontre. Celui qui \u00e9tait autrefois per\u00e7u comme une menace, un ennemi \u00e0 craindre, \u00e0 respecter de loin, voire \u00e0 d\u00e9truire, peut devenir un interlocuteur, un alli\u00e9, un ami, voire un \u00ab p\u00e8lerin de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb[90] avec lequel partager un bout de chemin. Les civilisations et les religions peuvent certes entrer en tension, mais elles peuvent aussi entrer en une harmonie profonde, dans une dynamique cr\u00e9ative, en sachant transformer la diversit\u00e9 en solidarit\u00e9. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ne doit plus \u00eatre v\u00e9cue comme un obstacle, mais comme un d\u00e9fi \u00e0 relever. Dans un monde enferm\u00e9 dans l\u2019asphyxie de l\u2019immanence, les croyants, appartenant \u00e0 diff\u00e9rentes religions, ne doivent pas renoncer \u00e0 pr\u00e9senter au monde la v\u00e9rit\u00e9 de la transcendance et l\u2019amour de Dieu pour tous les \u00eatres humains. Cela est particuli\u00e8rement important \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on \u00ab d\u00e9pr\u00e9cie les \u00e9crits qui sont apparus dans un contexte d\u2019une conviction croyante, oubliant que les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les \u00e9poques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons, stimule la pens\u00e9e et fait grandir l\u2019intelligence et la sensibilit\u00e9 \u00bb[91].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">56. Un mod\u00e8le de dialogue plus riche et plus structur\u00e9 est donc non seulement souhaitable pour l\u2019avenir, mais il commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 prendre forme au sein de l\u2019\u00c9glise et dans ses relations avec les autres traditions religieuses. Ce mod\u00e8le aux multiples facettes pourrait \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 un poly\u00e8dre : il exige de se confronter \u00e0 plusieurs dimensions simultan\u00e9ment, de faire preuve de patience, de lucidit\u00e9, mais aussi d\u2019imagination et de cr\u00e9ativit\u00e9[92]. C\u2019est dans cette interaction que se construit un avenir commun, o\u00f9 la paix et l\u2019amiti\u00e9 ne sont plus des utopies, mais les fruits m\u00fbrs de la rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>V. Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">57. Soixante ans apr\u00e8s la D\u00e9claration Nostra aetate, l\u2019\u00c9glise catholique porte un regard empreint de profonde gratitude sur le chemin parcouru. En six d\u00e9cennies, ce document, bref mais audacieux, a radicalement transform\u00e9 le visage des relations interreligieuses. L\u2019\u00c9glise est pass\u00e9e d\u2019une attitude souvent empreinte de r\u00e9serve ou de distance \u00e0 une d\u00e9marche courageuse de dialogue sinc\u00e8re, de rencontre respectueuse et de coop\u00e9ration fraternelle. Cet h\u00e9ritage constitue d\u00e9sormais un patrimoine vivant et incontournable, qui continue d\u2019interpeller les croyants d\u2019aujourd\u2019hui et les engage \u00e0 poursuivre cette aventure humaine et spirituelle, si vitale pour notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">58. Dans un monde \u00e0 la fois profond\u00e9ment interconnect\u00e9 et fragment\u00e9, le message de Nostra aetate reste donc d\u2019une grande actualit\u00e9. La fraternit\u00e9 entre croyants de diff\u00e9rentes traditions religieuses n\u2019est pas un simple id\u00e9al, mais une exigence morale, spirituelle et sociale. Face aux d\u00e9fis contemporains \u2013 extr\u00e9mismes religieux, migrations mondiales, s\u00e9cularisation, crises \u00e9cologiques et sociales \u2013, les religions sont appel\u00e9es \u00e0 transformer le monde et la soci\u00e9t\u00e9 afin qu\u2019ils soient l\u2019expression fraternelle de la volont\u00e9 de Dieu. Cet engagement passe n\u00e9cessairement par une \u00e9ducation renouvel\u00e9e au dialogue, en particulier aupr\u00e8s des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, afin de surmonter les peurs et les pr\u00e9jug\u00e9s et d\u2019enraciner une v\u00e9ritable culture de la rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">59. \u00c0 l\u2019occasion du 60e anniversaire de la D\u00e9claration Nostra aetate, l\u2019\u00c9glise r\u00e9affirme avec conviction sa d\u00e9termination \u00e0 poursuivre ce chemin exigeant, \u00e0 l\u2019\u00e9coute du Saint-Esprit, toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 et au sein des diff\u00e9rentes cultures et religions des peuples, dans lesquelles, selon des modalit\u00e9s que Lui seul conna\u00eet, Il allume la flamme de la sagesse, et dispense ses multiples dons. L\u2019\u00c9glise invite chacun \u00e0 devenir \u00ab des b\u00e2tisseurs de ponts, et non de murs \u00bb[93], des artisans de paix et de fraternit\u00e9, capables d\u2019accueillir l\u2019autre dans sa singularit\u00e9, de reconna\u00eetre ses richesses spirituelles et de collaborer \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus humaine. Comme l\u2019a souhait\u00e9 le pape L\u00e9on XIV : \u00ab Le t\u00e9moignage de notre fraternit\u00e9, que j\u2019esp\u00e8re nous pourrons manifester par des gestes efficaces, contribuera certainement \u00e0 \u00e9difier un monde plus pacifique, comme le d\u00e9sirent dans leur c\u0153ur tous les hommes et toutes les femmes de bonne volont\u00e9 \u00bb[94].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">60. Aujourd\u2019hui plus que jamais, il est n\u00e9cessaire d\u2019avancer r\u00e9solument dans cette direction, soutenus par la gr\u00e2ce de Dieu et par le tr\u00e9sor spirituel des traditions religieuses. Nostra aetate, \u00ab il y a soixante ans, a apport\u00e9 l\u2019esp\u00e9rance au monde de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Aujourd\u2019hui, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 refonder cette esp\u00e9rance dans notre monde d\u00e9vast\u00e9 par la guerre et dans notre environnement naturel d\u00e9grad\u00e9 \u00bb[95].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le Souverain Pontife L\u00e9on XIV, lors de l\u2019Audience accord\u00e9e le 22 juin 2026 aux Pr\u00e9fets et Secr\u00e9taires soussign\u00e9s du Dicast\u00e8re pour la Doctrine de la Foi, du Dicast\u00e8re pour la Promotion de l\u2019Unit\u00e9 des Chr\u00e9tiens et du Dicast\u00e8re pour le Dialogue Interreligieux, a approuv\u00e9 la pr\u00e9sente D\u00e9claration et en a ordonn\u00e9 la publication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Fait \u00e0 Rome, au si\u00e8ge du Dicast\u00e8re pour la Doctrine de la Foi, du Dicast\u00e8re pour la Promotion de l\u2019Unit\u00e9 des Chr\u00e9tiens et du Dicast\u00e8re pour le Dialogue interreligieux, le 16 septembre 2026, m\u00e9moire liturgique des saints martyrs Corneille, pape, et Cyprien, \u00e9v\u00eaque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pape L\u00e9on XIV est en France du 25 au 28 septembre 2026. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de rappeler que le Vatican \u00ab\u00a0r\u00e9affirme l&rsquo;alliance \u00ab\u00a0irr\u00e9vocable\u00a0\u00bb de Dieu avec le peuple juif\u00a0\u00bb. Les chr\u00e9tiens sont des juifs synth\u00e9tiques. Les histoires de tout ce monde s\u00e9mite ne nous concernent pas, nous fils d&rsquo;Europe o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9es. Et&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2026\/09\/27\/catholicisme-religion-identitaire-europeenne-assurement-non\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Catholicisme, religion identitaire europ\u00e9enne ? 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