{"id":43152,"date":"2026-08-16T00:12:44","date_gmt":"2026-08-15T22:12:44","guid":{"rendered":"https:\/\/polarismedia.fr\/?p=43152"},"modified":"2026-08-16T00:12:44","modified_gmt":"2026-08-15T22:12:44","slug":"lessence-metaphysique-du-paganisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2026\/08\/16\/lessence-metaphysique-du-paganisme\/","title":{"rendered":"L&rsquo;essence m\u00e9taphysique du paganisme"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"522\" data-attachment-id=\"43158\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2026\/08\/16\/lessence-metaphysique-du-paganisme\/pagan-maiden-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?fit=1024%2C723&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1024,723\" data-comments-opened=\"0\" data-image-title=\"Pagan maiden\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?fit=739%2C522&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?resize=739%2C522&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-43158\" style=\"aspect-ratio:1.4163395421134441;width:545px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?w=1024&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?resize=300%2C212&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?resize=768%2C542&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Pagan-maiden.jpg?resize=18%2C12&amp;ssl=1 18w\" sizes=\"auto, (max-width: 739px) 100vw, 739px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Une analyse de la v\u00e9ritable sp\u00e9cificit\u00e9 de la pens\u00e9e pa\u00efenne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">On le sait, mais on l\u2019oublie trop souvent, ce sont les principes situ\u00e9s \u00e0 la racine m\u00eame des choses, qui fondent v\u00e9ritablement les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9riques plac\u00e9es \u00e0 l\u2019origine des diff\u00e9rentes conceptions du monde. Or ce qui distingue radicalement le paganisme du christianisme (termes qui, rappelons-le, concr\u00e8tement, aujourd\u2019hui, ne qualifient plus en Europe aucune r\u00e9alit\u00e9 religieuse distincte puisque, que cela plaise ou non, l\u2019histoire a conjugu\u00e9 non sans quelques difficult\u00e9s il est vrai, ces deux d\u00e9nominations en un seul destin), est une divergence majeure qui ne porte pas entre polyth\u00e9isme et monoth\u00e9isme (1), mais de fa\u00e7on irr\u00e9conciliable porte sur la notion de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Ce qui sp\u00e9cifie, et s\u00e9pare de mani\u00e8re cat\u00e9gorique le paganisme de la pens\u00e9e biblique c\u2019est leur analyse divergente au sujet de l\u2019origine du monde, de l\u2019origine de l\u2019\u00eatre. Si, pour les pa\u00efens, le monde est de toute \u00e9ternit\u00e9 incr\u00e9\u00e9 et suffisant ontologiquement, par contre, la pens\u00e9e h\u00e9bra\u00efque consid\u00e8re le monde comme r\u00e9sultant d\u2019une cr\u00e9ation&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;\u00e0 partir de rien&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;doctrine que la Bible place en t\u00eate de son introduction puisque le premier de ses versets nous dit, \u00ab&nbsp;<em>Au<\/em>&nbsp;<em>commencement, Dieu cr\u00e9a le ciel et la terre&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;(2). Les points de vue, les concepts pa\u00efens et h\u00e9breux sont irr\u00e9ductibles, radicalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, il y a une incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re entre les deux approches de la question de l\u2019existence du monde ; c\u2019est sur ce point que se trouve la v\u00e9ritable ligne de partage des eaux, la c\u00e9sure entre pens\u00e9e h\u00e9bra\u00efque et pens\u00e9e pa\u00efenne. C\u2019est sur ce point, et non pas sur l\u2019all\u00e9geance exprim\u00e9e \u00e0 telle ou telle figure divine, \u00e0 telle ou telle divinit\u00e9 tut\u00e9laire, dans l\u2019attachement \u00e0 Zeus l\u2019olympien ou au Yahv\u00e9 du Sina\u00ef, que se situe la divergence fonci\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I. Probl\u00e8me de la pens\u00e9e religieuse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">On ne saurait trop insister sur ce que pourrait avoir d\u2019illusoire l\u2019id\u00e9e, pour fonder une alternative nouvelle, qui consisterait \u00e0 se rattacher \u00e0 un paganisme affectif et d\u00e9votionnel, dans lequel seraient mis en concurrence et en opposition les dieux qualifi\u00e9s \u00ab&nbsp;d\u2019historiques&nbsp;\u00bb, et le Dieu dit \u00ab&nbsp;unique&nbsp;\u00bb de la r\u00e9v\u00e9lation biblique. C\u2019est, h\u00e9las, sur cette fausse opposition, que se d\u00e9veloppa (et se d\u00e9veloppe encore\u2026) une sorte de vague religiosit\u00e9 pa\u00efenne, dans laquelle est caress\u00e9 l\u2019espoir hypoth\u00e9tique d\u2019un retour des dieux. Or jamais, sur ces questions, le vouloir ne peut avoir de prise, \u00ab&nbsp;il&nbsp;<em>n\u2019est pas possible de faire \u00eatre par la volont\u00e9 ou la parole les choses elles-m\u00eames&nbsp;\u00bb (3).<\/em>&nbsp;Bien souvent, le d\u00e9sir d\u2019un red\u00e9ploiement d\u2019un paganisme r\u00e9el, tend \u00e0 laisser penser, qu\u2019il serait n\u00e9cessaire de refaire surgir de nouveau les anciens mythes. Or, ou bien ce qui est mort est mort, et de la mort rien ne peut rena\u00eetre, ou bien en r\u00e9alit\u00e9 rien n\u2019est jamais mort (les dieux en principe ne meurent pas\u2026) et donc rien n\u2019a jamais disparu, mais se trouve dissimul\u00e9 sous d\u2019autres appellations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le plus \u00e9trange dans l\u2019examen de cette question religieuse, c\u2019est que le paganisme finissant, nous montre une religiosit\u00e9 que l\u2019on peut qualifier sans peine de pr\u00e9paratoire \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du christianisme, ce qui n\u2019est pas sans poser quelques probl\u00e8mes. En effet, si nous regardons l\u2019histoire avec attention, nous voyons que lorsque l\u2019empereur Julien (361-363) tenta d\u2019instaurer contre le christianisme triomphant, une religion \u00e0 ses yeux plus conforme aux traditions gr\u00e9co-romaines, il exprima sa doctrine en des termes, qui concili\u00e8rent le&nbsp;<em>Sol Invictus<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Attis : &nbsp;\u00ab&nbsp;Un \u00catre supr\u00eame, unique, \u00e9ternel anime et r\u00e9git l\u2019organisme universel, mais notre intellect seul en con\u00e7oit l\u2019existence. Il a engendr\u00e9 de toute \u00e9ternit\u00e9 le Soleil, dont le tr\u00f4ne rayonne au milieu du ciel. C\u2019est ce second d\u00e9miurge qui, de sa substance \u00e9minemment intelligente, procr\u00e9e les autres dieux&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(4). Ne serait-il donc pas permis de se demander s\u00e9rieusement, dans quelle mesure, l\u2019\u00e9volution des religions grecque et romaine n\u2019a pas favoris\u00e9 le triomphe du christianisme ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Allons-m\u00eame plus loin&nbsp;: si l\u2019on \u00e9tudie les choses avec r\u00e9alisme, ne constate-t-on pas que d\u00e8s H\u00e9siode, qu\u2019on le veuille ou non, la r\u00e9flexion strictement religieuse des Grecs commence \u00e0 ouvrir un chemin vers le monoth\u00e9isme, et tente de fonder la morale sur la religion ? A Rome, la conception du Jupiter archa\u00efque, arbitre souverain et garant de la bonne foi, attestera une orientation dans le m\u00eame sens, plus instinctive certes, mais non moins \u00e9vidente. Sans doute, l\u2019entr\u00e9e massive des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9o-platoniciens et orientaux dans la religion et la pens\u00e9e hell\u00e9nico-romaine rapprochera encore Ath\u00e8nes et Rome du christianisme futur, en fournissant un aliment mystique au d\u00e9sarroi du peuple, en r\u00e9pandant la notion de salut, en imposant, confus\u00e9ment encore, la conception d\u2019un h\u00e9noth\u00e9isme qui n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9, dans le sto\u00efcisme, du monoth\u00e9isme. Mais il est int\u00e9ressant de voir que le mouvement religieux qui portait les esprits \u00e0 l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale fut, dans son ensemble, plus que favorable \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration du christianisme dans l\u2019Empire. Et ce constat, doit nous porter \u00e0 entreprendre une r\u00e9flexion plus pr\u00e9cise au sujet de la facilit\u00e9 avec laquelle le christianisme prit greffe sur le paganisme. Ceci n\u2019est pas anodin et, disons-le clairement, jamais une religion \u00e9trang\u00e8re n\u2019aurait pu triompher si ne s\u2019\u00e9taient pas trouv\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments communs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du syst\u00e8me religieux ant\u00e9rieur. Il n\u2019existe absolument aucun exemple historique d\u2019une religion s\u2019imposant sans violence \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9tranger \u00e0 elle-m\u00eame, ou plut\u00f4t disons, qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019un seul exemple historique : le triomphe du christianisme \u00e0 Rome sous Constantin&nbsp;; voyons pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Les causes de ce triomphe peuvent se r\u00e9sumer en quelques lignes significatives. Les cultes avaient en r\u00e9alit\u00e9, avec la nouvelle religion de nombreux traits identiques : la monol\u00e2trie de fait qu\u2019ils proclamaient, le souci de l\u2019asc\u00e8se morale et spirituelle ; autant l\u2019admettre, quel que soit le degr\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9vation de tous ces cultes, ils r\u00e9pondaient tous aux m\u00eames besoins par les m\u00eames moyens. Fond\u00e9s sur les notions de mort et de r\u00e9surrection, de naissance nouvelle et de filiation divine, d\u2019illumination et de r\u00e9demption, de divinisation et d\u2019immortalit\u00e9 personnelles, ils pr\u00e9tendaient assurer aux fid\u00e8les le contact direct avec la divinit\u00e9, et l\u2019espoir d\u2019une survie bienheureuse. Ils t\u00e9moignaient en outre, par le biais d\u2019une d\u00e9votion dirig\u00e9e sur un seul dieu, d\u2019une aspiration au monoth\u00e9isme tr\u00e8s prononc\u00e9e. A l\u2019int\u00e9rieur de chaque \u00ab&nbsp;secte&nbsp;\u00bb, le dieu sauveur \u00e9tait con\u00e7u comme sup\u00e9rieur \u00e0 toutes les autres divinit\u00e9s et tendait \u00e0 les \u00e9clipser. Mais il y a plus, les analogies de fond et de forme qui existaient entre tous les cultes conduisirent \u00e0 penser que sous les noms d\u2019Attis, de Mithra, etc\u2026 le m\u00eame Dieu se manifestait, qu\u2019on le consid\u00e8re comme le Dieu \u00ab&nbsp;v\u00e9ritable&nbsp;\u00bb, ou comme un simple interm\u00e9diaire importait peu. Ceci explique pourquoi les tentatives pr\u00e9matur\u00e9es d\u2019Elagabal recevront de fait, leur cons\u00e9cration officielle gr\u00e2ce \u00e0 Aur\u00e9lien (270-275), qui sut habilement r\u00e9aliser le syncr\u00e9tisme devenu in\u00e9vitable. On sait qu\u2019il choisit pour divinit\u00e9 supr\u00eame&nbsp;<em>Sol Invictus,<\/em>&nbsp;dans lequel les fid\u00e8les des diverses sectes pouvaient reconna\u00eetre aussi bien Baal, qu\u2019Attis, Osiris, Bacchus ou Mithra.&nbsp;<em>Sol Invictus<\/em>&nbsp;pr\u00e9sentait d\u2019autre part, l\u2019avantage d\u2019\u00eatre assimilable \u00e0 Apollon, et \u00e9galement \u00e0 une vieille divinit\u00e9 romaine,&nbsp;<em>Sol Indiges,<\/em>&nbsp;dont l\u2019origine remontait au temps mythique de la fondation de la cit\u00e9. Sur cette lanc\u00e9e, Aur\u00e9lien compl\u00e9ta son entreprise en faisant admettre d\u00e9finitivement la divinit\u00e9 de l\u2019empereur vivant, consid\u00e9r\u00e9 comme incarnation de Dieu sur la terre. En r\u00e9alit\u00e9 la seule doctrine qui se heurta \u00e0 l\u2019antipathie du pouvoir, fut le sto\u00efcisme qui, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Marc-Aur\u00e8le, servit de refuge hautain \u00e0 l\u2019opposition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le christianisme, de son c\u00f4t\u00e9, h\u00e9ritant du juda\u00efsme l\u2019intransigeance des Macchab\u00e9es, mit en pratique la parole du Christ :&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Rendez \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar, et \u00e0 Dieu ce qui est \u00e0 Dieu&nbsp;\u00bb (5).<\/em>&nbsp;Sujets loyaux de l\u2019Empire, les chr\u00e9tiens refus\u00e8rent d\u2019encenser les dieux, et de reconna\u00eetre la divinit\u00e9 d\u2019un homme, f\u00fbt-il l\u2019empereur. Leur crime aux yeux de l\u2019\u00c9tat, fut politique et non religieux ; ou plut\u00f4t, il ne fut religieux que parce que leur attitude manifestait fermement leur volont\u00e9 de conserver leur foi \u00e0 l\u2019abri des contaminations du syncr\u00e9tisme. En fait, l\u2019Empire e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pr\u00eat \u00e0 accueillir le christianisme comme les autres religions, cela est si vrai, que c\u2019est au nom m\u00eame du syncr\u00e9tisme et de l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9tat que fut proclam\u00e9e, en 313, l\u2019\u00e9galit\u00e9 de la religion chr\u00e9tienne avec la religion officielle par le rescrit de Licinius :&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Nous avons cru,<\/em>&nbsp;est-il dit,&nbsp;<em>devoir donner le premier rang en ce qui concerne le culte de la divinit\u00e9, en accordant aux chr\u00e9tiens comme \u00e0 tous, la libre facult\u00e9 de suivre la religion qu\u2019ils voudraient, afin que tout ce qu\u2019il y a de divinit\u00e9 au ciel p\u00fbt nous \u00eatre favorable et propice, \u00e0 nous et \u00e0 tous ceux qui sont sous notre autorit\u00e9&nbsp;\u00bb (6).<\/em>&nbsp;Le testament religieux du paganisme gr\u00e9co-romain finissant, n\u2019\u00e9tait donc pas \u00e9tranger au christianisme naissant, et les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise ne s\u2019y sont d\u2019ailleurs pas tromp\u00e9s, qui ont vu en lui l\u2019une des voies pr\u00e9paratoires que Dieu proposa aux hommes pour d\u00e9couvrir son visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Que l\u2019on n\u2019imagine pas, toutefois, en d\u00e9sespoir de cause, trouver dans le paganisme celto-germanique un \u00ab&nbsp;recours&nbsp;\u00bb, qui repr\u00e9senterait un meilleur garant comparativement \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage greco-latin, car la tradition nordique pr\u00e9sente les m\u00eames dangers que sa s\u0153ur du sud. Les incessantes luttes fratricides entre les chefs tribaux d\u00e9pourvus de toute conscience historique, la lente mais r\u00e9elle disparition progressive de la classe sacerdotale&nbsp;<em>(Godis),<\/em>&nbsp;le venin intellectuel que repr\u00e9sente l\u2019id\u00e9e d\u2019une procession du divin d\u2019un centre pur et inalt\u00e9rable vers le dehors par une s\u00e9rie d\u2019hypostases et de d\u00e9miurges, le sens du p\u00e9ch\u00e9 consistant dans l\u2019\u00e9loignement du monde de son sens divin, on retrouve ici les m\u00eames et identiques facteurs d\u2019une lente progression vers le Dieu unique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Que nous enseignent ces faits ? Tout simplement que pour pouvoir \u00e9chapper au monoth\u00e9isme il convient, non pas de savoir&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;comment \u00eatre pa\u00efen&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;au sens religieux du terme, comme beaucoup l\u2019ont cru et, l\u2019imaginent malheureusement encore, mais de comprendre en quoi consiste v\u00e9ritablement l\u2019essence du paganisme, non pas du point de vue religieux, mais du point de vue m\u00e9taphysique, l\u00e0 o\u00f9 se situe l\u2019authentique et irr\u00e9ductible divergence d\u2019avec la pens\u00e9e biblique, l\u00e0 o\u00f9 les th\u00e8ses pr\u00e9sentent une fracture, une incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re. Redisons-le, la religiosit\u00e9 n\u2019est qu\u2019une forme culturelle affective non autonome. Li\u00e9e \u00e0 un substrat collectif traditionnel, le sens religieux, par sa plasticit\u00e9, peut se voir d\u00e9pouill\u00e9 de ses bases m\u00e9taphysiques et s\u2019adapter sans difficult\u00e9s \u00e0 d\u2019autres conceptions. L\u2019av\u00e8nement du christianisme en est le plus bel exemple. Ce n\u2019est donc pas au niveau du religieux qu\u2019il nous faut d\u00e9couvrir l\u2019essence du paganisme, mais au niveau de son essence profonde, au niveau de sa m\u00e9taphysique propre, l\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9ploie sa v\u00e9ritable nature. C\u2019est pourquoi, il est vital d\u2019atteindre l\u2019essence de son ontologie, l\u00e0 o\u00f9 la question de l\u2019\u00eatre se r\u00e9v\u00e8le comme centrale, car c\u2019est de ce point seulement que pourra surgir l\u2019aurore d\u2019un nouveau Sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>II. Le fondement de la m\u00e9taphysique pa\u00efenne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019originalit\u00e9 de la pens\u00e9e pa\u00efenne se situe sur un point fondamental, point qui ordonne tout l\u2019\u00e9difice de son essence intime : le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 du monde, de son autosuffisance ontologique. Pour les pa\u00efens, l\u2019id\u00e9e que le monde puisse avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, est une proposition absurde, incongrue, alors qu\u2019elle est la base de la foi chr\u00e9tienne, qui h\u00e9rite en cela du cr\u00e9ationisme biblique&nbsp;<em>: \u00ab&nbsp;Credo in Deum Patrem omnipotentem creator coeli et terrae&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(7). C\u2019est l\u00e0 le centre, le c\u0153ur, de toutes les divergences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La cr\u00e9ation, en climat th\u00e9ologique biblique, est une op\u00e9ration qui s\u2019effectue&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;ex nihilo&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(8), c\u2019est-\u00e0-dire que rien ne lui pr\u00e9existe, sauf Dieu bien \u00e9videmment (ce qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas la moindre des incoh\u00e9rences de vouloir faire que la cause de l\u2019existence des choses manque au principe m\u00eame qu\u2019elle pr\u00e9tend expliquer, \u00e9chappant elle-m\u00eame \u00e0 la loi de la causalit\u00e9 dont on nous dit qu\u2019elle pr\u00e9side \u00e0 l\u2019existence de toute chose !). Chez les pa\u00efens au contraire, les dieux sont consid\u00e9r\u00e9s comme les repr\u00e9sentants supr\u00eames d\u2019un Tout divin. Ils sont les premiers dans l\u2019\u00eatre, mais non point les premiers par rapport \u00e0 l\u2019\u00eatre. Leur transcendance n\u2019est pas reconnue, il n\u2019existe pas de&nbsp;<em>Grand S\u00e9par\u00e9 ;<\/em>&nbsp;dans ces conditions, c\u2019est au&nbsp;<em>Grand Tout<\/em>&nbsp;qu\u2019est attribu\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9ternelle. Le probl\u00e8me pour le paganisme ne se pose qu\u2019\u00e0 partir d\u2019une mati\u00e8re commune, nul ne s\u2019avise de rechercher la cause de l\u2019\u00eatre ou du monde. Ce monde, cet \u00eatre, n\u2019a pas besoin d\u2019autre explication que lui-m\u00eame ; il est n\u00e9cessaire, et de cette n\u00e9cessit\u00e9, chez Aristote, le \u00ab&nbsp;Premier moteur&nbsp;\u00bb n\u2019en est que le premier b\u00e9n\u00e9ficiaire, il n\u2019en est pas la cause. Il meut, il actionne la machine universelle, il ne la cr\u00e9e pas. Son action pr\u00e9suppose quelque chose d\u2019aussi n\u00e9cessaire que lui, et qui repr\u00e9sente une passivit\u00e9 \u00e9ternelle sous son activit\u00e9 ou son influence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Il importe cependant de r\u00e9fl\u00e9chir sur la validit\u00e9 et la cr\u00e9dibilit\u00e9 des th\u00e8ses en pr\u00e9sence ; pour ce faire, la philosophie n\u2019a aucunement besoin des sciences physiques ou math\u00e9matiques, qui ont d\u2019ailleurs plut\u00f4t tendance, depuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 flirter \u00e9trangement avec la mythologie ou l\u2019imaginaire, et \u00e0 ne plus \u00eatre en mesure d\u2019\u00e9laborer un discours v\u00e9ritablement s\u00e9rieux. D\u2019autant que sur la question de savoir si le monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 du n\u00e9ant ou pas, les sciences avouent humblement leur incapacit\u00e9 \u00e0 pouvoir fournir une r\u00e9ponse, tant leur m\u00e9thode les rend muettes sur ce sujet. La philosophie par contre, lorsqu\u2019elle exerce son authentique facult\u00e9 de jugement, d\u00e9passe en qualit\u00e9, profondeur et certitude, toutes les hypoth\u00e8ses des disciplines fragmentaires ; elle n\u2019est pas m\u00e8re de toutes les sciences pour rien !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La philosophie, effectivement, est capable (lorsqu\u2019elle ne part pas de&nbsp;<em>l\u2019ego,<\/em>&nbsp;mais du r\u00e9el exp\u00e9riment\u00e9 en tant qu\u2019il est, lorsqu\u2019elle sait que le seul et v\u00e9ritable ma\u00eetre, c\u2019est le r\u00e9el), de par son jugement propre, de saisir et d\u2019affirmer la v\u00e9rit\u00e9 touchant l\u2019Univers et les choses, et cette v\u00e9rit\u00e9 est l\u2019\u0153uvre de son intelligence analytique, car le r\u00e9el est structur\u00e9 selon un ordre et une logique qui rel\u00e8vent de&nbsp;<em>l\u2019ontologie,<\/em>&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire de la science de l\u2019\u00eatre. C\u2019est ainsi qu\u2019avant m\u00eame Nils Bohr ou Costa de Beauregard, et sans l\u2019aide du lourd appareillage des laboratoires de physique nucl\u00e9aire, on savait d\u00e9j\u00e0 au IV\u00e8me si\u00e8cle avant notre \u00e8re en Gr\u00e8ce, que l\u2019espace et le temps ne sont pas des id\u00e9es pures ou des cat\u00e9gories&nbsp;<em>a priori,<\/em>&nbsp;ni un r\u00e9el consistant, ant\u00e9rieur aux objets qui le remplissent, mais pr\u00e9cis\u00e9ment les accidents propres aux substances mat\u00e9rielles <em>dimensives<\/em> et <em>permensives.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>III. L\u2019\u00eatre et le temps.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Examinons donc \u00e0 l\u2019aide de la logique analytique la th\u00e8se biblique d\u2019une cr\u00e9ation&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;ex nihilo&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;et voyons si ce dont on nous parle, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un \u00e9tat cens\u00e9 avoir pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le monde, d\u2019un \u00e9tat \u00ab&nbsp;d\u2019avant le commencement&nbsp;\u00bb, est une hypoth\u00e8se cr\u00e9dible. Cet \u00ab&nbsp;avant le commencement&nbsp;\u00bb d\u00e9signe un temps nous dit-on, mais de quel temps parle-t-on ? Y avait-il un temps avant le temps ? Cela n\u2019a, pour dire les choses clairement, aucun sens, cela ne d\u00e9signe rien ; car il n\u2019y a pas, et ne peut y avoir, deux temps, l\u2019un avant o\u00f9 le monde n\u2019existerait pas encore, l\u2019autre apr\u00e8s, le temps du monde, venant se superposer au premier comme un rail sur une voie pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 le recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Si le monde est fini en arri\u00e8re, il n\u2019y a rien avant, ni temps ni autre chose. Il n\u2019y a donc pas d\u2019avant, il n\u2019y a pas, et ne peut y avoir \u00ab&nbsp;d\u2019avant le commencement&nbsp;\u00bb. Pour qu\u2019il y ait eu un moment, fut-il un moment du rien, il faut qu\u2019il y ait quelque chose, or un moment est une position du temps, est le temps, est une mesure des choses existantes. La dur\u00e9e est un attribut, et la dur\u00e9e d\u2019une chose ne pouvant pr\u00e9c\u00e9der cette chose, il est clair que si cette chose est le Tout, il ne peut y avoir de dur\u00e9e en dehors d\u2019elle. Un jour, nous dit-on dans la Gen\u00e8se, Dieu se d\u00e9cida \u00e0 donner l\u2019existence au monde. Un jour ! Quel jour ? Ce jour n\u2019existe pas plus que cet \u00ab&nbsp;avant le commencement&nbsp;\u00bb, il n\u2019y a pas de dur\u00e9e o\u00f9 le loger. Le premier jour qui ait exist\u00e9, c\u2019est le premier jour du monde lui-m\u00eame. Nous sommes, de ce fait, oblig\u00e9s d\u2019admettre que le monde a toujours exist\u00e9 puisqu\u2019il n\u2019y a pas de jour o\u00f9 il n\u2019ait pas exist\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La v\u00e9rit\u00e9, est que le temps commence avec le monde lui-m\u00eame : il n\u2019y a pas de temps en arri\u00e8re ; le tout du monde comprend aussi le tout de la dur\u00e9e. Le monde existe et a exist\u00e9 depuis tout le temps qui existe, il n\u2019y a aucun temps possible o\u00f9 il n\u2019ait pas exist\u00e9, il n\u2019y a pas, en toute logique, \u00ab&nbsp;d\u2019avant le commencement&nbsp;\u00bb \u2013 le monde ne peut pas ne pas avoir toujours exist\u00e9 puisqu\u2019il est. Quant \u00e0 parler d\u2019un temps \u00ab&nbsp;avant la cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb, d\u2019un temps pr\u00e9c\u00e9dant le temps qu\u2019inaugurerait la cr\u00e9ation, cela est une pure et chim\u00e9rique imagination, une vision, un r\u00eave enfantin. En effet, il ne peut y avoir continuit\u00e9 entre ce temps imaginaire et le temps r\u00e9el, on ne met pas bout \u00e0 bout un r\u00eave et le r\u00e9el. On ne peut faire commencer le monde qu\u2019au d\u00e9but de la dur\u00e9e o\u00f9 il existe, car on ne compte les jours que de ce qui existe, ce qui n\u2019existe pas ne peut pas se compter ; il n\u2019y a pas de premier jour pour ce qui n\u2019a pas vu le jour : tout commencement est donc forc\u00e9ment une suite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>IV. L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Mais poursuivons, plus avant encore, notre raisonnement, et voyons les cons\u00e9quences qu\u2019impliquent la croyance en l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un temps fini en arri\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un temps ayant commenc\u00e9 apr\u00e8s n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9. On n\u2019y pense peut-\u00eatre pas assez, mais si le temps est fini en arri\u00e8re, on est oblig\u00e9 de se heurter au vide et ainsi de s\u2019imposer \u00e0 un contact entre le tout et le rien. Or entre l\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant, entre le tout et le rien, il ne peut y avoir contact,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;du rien, rien ne vient&nbsp;\u00bb (9).<\/em>&nbsp;C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019opinion de&nbsp;<em>M\u00e9lissos de Samos<\/em>&nbsp;lorsqu\u2019il \u00e9crit&nbsp;<em>: \u00ab&nbsp;Ce qui \u00e9tait a toujours \u00e9t\u00e9 et sera toujours (\u2026) car rien n\u2019aurait pu, de quelque mani\u00e8re que ce soit, sortir de rien&nbsp;\u00bb (frag., B 8),<\/em>&nbsp;(10). Surgir du n\u00e9ant c\u2019est ne pas surgir du tout puisque le n\u00e9ant est une pure n\u00e9gation ; et voici cependant que l\u2019on fait du n\u00e9ant un point de d\u00e9part positif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le n\u00e9ant, \u00ab&nbsp;est&nbsp;\u00bb une pure n\u00e9gation d\u2019existence, le n\u00e9ant \u00ab&nbsp;n\u2019est&nbsp;\u00bb pas un \u00e9tat, le n\u00e9ant \u00ab&nbsp;n\u2019est&nbsp;\u00bb que n\u00e9ant, (si toutefois nous pouvons employer le verbe \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb \u00e0 propos du n\u00e9ant). Pour venir \u00e0 l\u2019\u00eatre, ce que l\u2019on implique en parlant d\u2019une cr\u00e9ation, il faudrait qu\u2019il y ait d\u00e9j\u00e0 de l\u2019\u00eatre, or&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;de ce qui n\u2019est pas, rien ne peut surgir (\u2026), rien ne peut \u00eatre cr\u00e9\u00e9 de rien&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(11). Si l\u2019on dit que Dieu a tir\u00e9 le monde du n\u00e9ant, on sous-entend que du n\u00e9ant puisse appara\u00eetre quelque chose, mais le n\u00e9ant n\u2019est pas et ne peut \u00eatre un r\u00e9ceptacle dont quelque chose puisse \u00eatre tir\u00e9. On l\u2019a pourtant cru et enseign\u00e9 ! Il s\u2019est m\u00eame trouv\u00e9 des th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens pour \u00e9crire :&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le n\u00e9ant est une r\u00e9alit\u00e9, puisque Dieu en a tir\u00e9 le monde&nbsp;\u00bb (12).<\/em>&nbsp;Malheureusement on ne peut du n\u00e9ant faire succ\u00e9der le monde, une succession dont un des termes est le n\u00e9ant est une absurdit\u00e9 manifeste ! Du non-\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00eatre, il n\u2019y a ni proportion \u2013 ni relation possible \u2013 du n\u00e9ant, rien ne peut suivre. Il ne peut y avoir aucune possibilit\u00e9 concr\u00e8te d\u2019une cr\u00e9ation, aucun moment pour une initiative cr\u00e9atrice, il n\u2019y a aucun fait nouveau qui aurait du n\u00e9ant avant lui. Dans le n\u00e9ant (si l\u2019on peut ainsi s\u2019exprimer), il n\u2019y a point d\u2019application pour une force, il n\u2019y a ni situation ni modalit\u00e9 quelconque puisque le n\u00e9ant n\u2019est pas, puisque le n\u00e9ant est la n\u00e9gation, l\u2019absence totale d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Tout ph\u00e9nom\u00e8ne, quel qu\u2019il soit, s\u2019explique par un ant\u00e9c\u00e9dent d\u2019o\u00f9 il proc\u00e8de, c\u2019est une loi universelle intangible ; donc ou bien il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation au sens o\u00f9 l\u2019entendent les th\u00e9ologiens juifs, chr\u00e9tiens et musulmans, et par d\u00e9duction le monde ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, ou alors quelque chose qui n\u2019est pas Dieu \u00e9chappe \u00e0 la causalit\u00e9 de Dieu. A cette question il n\u2019existe qu\u2019un rem\u00e8de, puisque nous ne pouvons trouver de sens acceptable au mot cr\u00e9ation, il nous faut dire (comme l\u2019affirment toutes les traditions ext\u00e9rieures \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation biblique): l\u2019univers n\u2019est pas cr\u00e9\u00e9, il ne peut \u00eatre ou avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 de rien, et s\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 de rien, c\u2019est qu\u2019il est, fut et demeurera. Il est l\u2019\u00eatre qui en tant que tel ne peut \u00ab&nbsp;provenir&nbsp;\u00bb, puisque pour qu\u2019il y ait de l\u2019\u00eatre maintenant, il faut obligatoirement qu\u2019il y en ait eu toujours, car la vie vient du vivant,&nbsp;<em>l\u2019\u00eatre vient de l\u2019\u00eatre.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir tr\u00e8s rapidement soulign\u00e9 les difficult\u00e9s relatives \u00e0 la th\u00e8se cr\u00e9ationniste, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un premier jour nous devient impensable, la pr\u00e9cession du temps et de l\u2019\u00eatre par le n\u00e9ant aboutit au vide. Or le vide, dans ce cas, serait au minimum un espace ou une dur\u00e9e o\u00f9 l\u2019on pourrait loger quelque chose ; ce serait une capacit\u00e9 d\u00e9finie, avec des dimensions. Ce serait donc de l\u2019\u00eatre, car on ne peut pas dire que ce qui a des dimensions ne soit rien, il en est de m\u00eame du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Dire qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9 le temps n\u2019existait pas, c\u2019est dire encore qu\u2019il existait. Il ne peut donc pas y avoir de vide temporel \u00e0 l\u2019extr\u00eame bord de l\u2019\u00eatre, l\u2019\u00eatre ne peut \u00eatre bord\u00e9 par rien, ne peut se voir pr\u00e9c\u00e9der par rien. On est toujours dans l\u2019\u00eatre, on ne peut rien supposer d\u2019ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00eatre d\u2019autre que de l\u2019\u00eatre. Dire qu\u2019il puisse exister un \u00e9tat de non existence, serait jouer avec les mots :&nbsp;<em>une n\u00e9gation n\u2019est pas un \u00e9tat.<\/em>&nbsp;Le rien n\u2019\u00e9tant rien, en affirmant que le monde fut cr\u00e9\u00e9 du n\u00e9ant, on ne dit en r\u00e9alit\u00e9 que du vent. Affirmer que le monde, le cosmos, sont cr\u00e9\u00e9s du n\u00e9ant, c\u2019est faire pr\u00e9exister le n\u00e9ant, or le n\u00e9ant, nous l\u2019avons vu, ne peut en aucune fa\u00e7on exister ou m\u00eame pr\u00e9exister, sous peine de cesser d\u2019\u00eatre du n\u00e9ant. Si le n\u00e9ant \u00e9tait, ce ne serait plus du n\u00e9ant. En cons\u00e9quence le n\u00e9ant n\u2019\u00e9tant ni existant, ni pr\u00e9existant, on peut en conclure que rien ne se cr\u00e9e ni ne se fait \u00e0 partir de rien. L\u2019\u00eatre est premier, in\u00e9vitablement.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00eatre est, le n\u00e9ant n\u2019est pas&nbsp;\u00bb (13),<\/em>&nbsp;avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9 Parm\u00e9nide, dans son po\u00e8me qui est comme la parole aurorale de la philosophie ; oui l\u2019\u00eatre est, car la cr\u00e9ation du monde \u00e0 partir de rien est un mythe th\u00e9ologique biblique, une expression impropre \u00e0 laquelle il est impossible de trouver un sens acceptable.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Ce monde, le m\u00eame pour tous, ni dieu ni homme ne l\u2019a fait,<\/em>&nbsp;disait d\u00e9j\u00e0 H\u00e9raclite,&nbsp;<em>mais il \u00e9tait toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s\u2019allumant en mesure et s\u2019\u00e9teignant en mesure&nbsp;\u00bb (14).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>V. Conclusion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, nous esp\u00e9rons \u00eatre parvenu \u00e0 montrer en quoi, aucun espoir s\u00e9rieux d\u2019une restauration de la pens\u00e9e pa\u00efenne n\u2019est envisageable sans une interrogation fondamentale sur l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Les \u00e9l\u00e9ments qui peuplent et enchantent le monde dans les religiosit\u00e9s pa\u00efennes, ne peuvent trouver \u00e0 affirmer leur vie sans une profonde compr\u00e9hension des bases m\u00e9taphysiques qui les sous-tendent. C\u2019est d\u2019ailleurs faute de cette compr\u00e9hension que le christianisme a pu se d\u00e9velopper, avec une telle facilit\u00e9, parmi les populations antiques. S\u2019il est donc n\u00e9cessaire de rallumer certains feux, c\u2019est celui de l\u2019intelligence de l\u2019\u00eatre qui prime en premier lieu, c\u2019est le seul qui ne soit pas symbolique et donc inutile. Si c\u2019est \u00e0 partir de l\u2019\u00eatre que pourra se d\u00e9ployer une nouvelle aurore du sacr\u00e9, c\u2019est que,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de la V\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre que se laisse penser l\u2019essence du Sacr\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(15). La r\u00e9gion de l\u2019\u00eatre est identique \u00e0 la r\u00e9gion du sacr\u00e9,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le Sacr\u00e9, seul espace essentiel de la divinit\u00e9 qui, \u00e0 son tour, accorde seule la dimension pour les dieux, ne vient \u00e0 l\u2019\u00e9clat du para\u00eetre que lorsque, au pr\u00e9alable et dans une longue pr\u00e9paration, l\u2019\u00eatre s\u2019est \u00e9clairci et a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9 dans sa v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb (16).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La question de l\u2019\u00eatre est l\u2019unique question de la pens\u00e9e, et ceci n\u2019est pas une simple formule, car c\u2019est elle qui commande l\u2019ensemble de toutes les r\u00e9gions de\u00a0<em>l\u2019\u00e9tant,<\/em>\u00a0dont en premier lieu celle du sacr\u00e9 et donc du religieux dans lequel il s\u2019exprime. Aborder la question du paganisme uniquement au niveau de son folklore, c\u2019est confondre le fond et la forme. Seule l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00eatre est une exp\u00e9rience fondatrice, qui nous permettra : \u00ab\u00a0<em>de refluer en nous-m\u00eames dans notre propre v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (17).<\/em>\u00a0La pens\u00e9e doit rassembler notre \u00ab\u00a0habiter\u00a0\u00bb, r\u00e9capituler le pli de l\u2019\u00eatre et de l\u2019\u00e9tant, d\u00e9couvrir l\u2019\u00eatre comme\u00a0<em>\u00ab\u00a0fond de l\u2019\u00e9tant\u00a0\u00bb (18),<\/em>\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire effectuer un saut dans l\u2019\u00eatre en tant que tel. Toutes les tentatives de restauration d\u2019une religiosit\u00e9 pa\u00efenne, sont de na\u00efves plaisanteries si elles ne sont pas fond\u00e9es sur une authentique d\u00e9marche philosophique. La philosophie fut et reste, l\u2019expression la plus achev\u00e9e de la pens\u00e9e digne de ce nom. Elle seule repr\u00e9senta un v\u00e9ritable obstacle aux affirmations chr\u00e9tiennes, et ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il lui fall\u00fbt de si longs si\u00e8cles avant de pouvoir resurgir dans son autonomie, alors que dieux, d\u00e9esses, elfes et f\u00e9es, parvinrent rapidement \u00e0 se d\u00e9guiser sous les masques des saints et des apparitions, et continuent d\u2019ailleurs toujours \u00e0 y vivre fort bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019histoire n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019histoire de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, elle est assign\u00e9e \u00e0 un destin en forme d\u2019appel par-del\u00e0 le retrait du&nbsp;<em>Sein.<\/em>&nbsp;Si, selon la fort belle expression de Hegel,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019\u2019esprit du monde utilise les peuples et les id\u00e9es pour sa propre r\u00e9alisation&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(19), l\u2019histoire du monde est donc bien le jugement du monde. Le chemin du savoir r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019essence du dire silencieux, s\u2019accomplira comme mise en lumi\u00e8re de la substance invisible qui s\u00e9journe dans le temps, et ceci par-del\u00e0 mythes, symboles et fables de la pi\u00e9t\u00e9 affective. La pens\u00e9e des choses pr\u00e9sentes est le lieu o\u00f9 s\u2019entrecroiseront occultation et d\u00e9voilement, le lieu qui livrera la m\u00eamet\u00e9 de l\u2019\u00eatre et de la pens\u00e9e, selon l\u2019intuition lumineuse de Parm\u00e9nide ;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;comme l\u2019\u00catre absorbe l\u2019essence de l\u2019homme par la fondation de sa v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tant, l\u2019homme fait partie de l\u2019histoire de l\u2019\u00catre, mais seulement en tant qu\u2019il se charge, qu\u2019il perd, qu\u2019il omet, qu\u2019il lib\u00e8re, qu\u2019il sonde ou qu\u2019il dissipe son essence par rapport \u00e0 l\u2019\u00catre&nbsp;\u00bb (20).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est donc, si nous l\u2019avons bien compris, que par l\u2019exercice d\u2019une extr\u00eame tension de nature ontologique, que nous pourrons revenir \u00e0 notre source originelle\u2026 si tant est que nous l\u2019ayons un jour quitt\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Jean-Marc Vivenza<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">(1) On est surpris aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce aux recherches r\u00e9centes, de voir \u00e0 quel point cette distinction, qui semblait fondatrice il y a peu de temps encore, n\u2019ob\u00e9it en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019\u00e0 une convention de langage, tant il appara\u00eet, en effet, que les tendances monoth\u00e9istes ou h\u00e9noth\u00e9istes ont travaill\u00e9 en profondeur la pens\u00e9e pa\u00efenne (M\u00e9sopotamie, \u00c9gypte, Iran, Gr\u00e8ce, Rome), et influenc\u00e8rent tr\u00e8s fortement le polyth\u00e9isme originaire des H\u00e9breux en l\u2019orientant vers une monol\u00e2trie jalousement exclusive, tant est si bien que Misson \u00e9crit:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le monoth\u00e9isme pa\u00efen a bien pr\u00e9par\u00e9 le terrain du christianisme&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;(cf.&nbsp;<em>Lumi\u00e8re sur le paganisme Antique,<\/em>&nbsp;A. Neyton, Ed. Letourney, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(2) (&nbsp;<em>Gen., 1, 1),<\/em>&nbsp;Bible de J\u00e9rusalem, DDB, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(3) Aristote, Organon, V,&nbsp;<em>Les Topiques,<\/em>&nbsp;Vrin, 1987.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(4) P. de La Briolle,&nbsp;<em>La R\u00e9action pa\u00efenne,<\/em>&nbsp;vol II, 1934.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(5) Nouveau Testament, T. B. S., 1988.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(6) P. Grimal,&nbsp;<em>La civilisation romaine,<\/em>&nbsp;Arthaud, 1960.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(7) Ier Concile de Constantinople, (II\u00e8me oecum\u00e9nique, 381).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(8) (11&nbsp;<em>Mac., Vll,<\/em>&nbsp;8), Bible de J\u00e9rusalem, DDB, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(9) Proclus,&nbsp;<em>Commentaires sur le Tim\u00e9e,<\/em>&nbsp;t. I, Belles Lettres, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(10) J-P Dumont,&nbsp;<em>Les \u00e9coles pr\u00e9socratiques,<\/em>&nbsp;Folio, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(11) Lucr\u00e8ce,&nbsp;<em>De Natura Rerum,<\/em>&nbsp;I, 56, Flammarion, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(12) Fridugise de Tours,&nbsp;<em>De Nihili et Tenebris, Patrol. Iat.,<\/em>&nbsp;1526.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(13) Parm\u00e9nide,&nbsp;<em>Le Po\u00e8me,<\/em>&nbsp;PUF, 1987.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(14) H\u00e9raclite,&nbsp;<em>Fragments,<\/em>&nbsp;PUF, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(15) M. Heidegger,&nbsp;<em>Lettre sur l\u2019humanisme,<\/em>&nbsp;Aubier, 1980. (16)&nbsp;<em>Ibidem.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(17) M. Heidegger,&nbsp;<em>Essais et Conf\u00e9rences,<\/em>&nbsp;Gallimard, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(18) M. Heidegger,&nbsp;<em>Questions IV<\/em>, Gallimard, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(19) G-H F. Hegel,&nbsp;<em>Le\u00e7ons sur l\u2019histoire de la philosophie,<\/em>&nbsp;t. III, Vrin, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(20) M. Heidegger,&nbsp;<em>Nietzsche,<\/em>&nbsp;t. II, Gallimard, 1991.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une analyse de la v\u00e9ritable sp\u00e9cificit\u00e9 de la pens\u00e9e pa\u00efenne On le sait, mais on l\u2019oublie trop souvent, ce sont les principes situ\u00e9s \u00e0 la racine m\u00eame des choses, qui fondent v\u00e9ritablement les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9riques plac\u00e9es \u00e0 l\u2019origine des diff\u00e9rentes conceptions du monde. 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